
On a facilement l'enclin - et nous les premiers ! - à qualifier de "guilty pleasure", de plaisir coupable, la bienveillance, l'enclin, que l'on aurait pour telle ou telle oeuvre au goût indiscutablement douteux, à la complaisance flagrante,... De qualité moindre en somme, mais par laquelle, quoique conscients du "scandale", nous nous laissons faire. C'est, à vrai dire, se fort tromper que de penser ainsi et Wes Anderson vient de nous le rappeler.
En effet, tout, dans le tout à fait digne Royal Tenenbaums est là pour nous plaire. Mais c'est précisément ce "bon goût" de tous les instants (déviant et original juste ce qu'il faut) - fait de caresses dans le dos entre gens bien éduqués, maniant l'ironie et la discothèque idéale - qui nous pose soudain problème: oui le plaisir pris là est coupable en ce qu'on voit (trop) bien comment il nous est prescrit.
N'est pas mis en jugement l'honnêteté ou les intentions (il ne s'agit pas de critiquer un univers ni d'en soupçonner plus que de raisons les ficelles) mais juste l'effet produit. Oui la fantaisie de tous les instants, le savoureux des compositions (Hackman ! Murray ! Paltrow !), les fétichismes proposés (painted toes, old skool tennis style, masochisme, mutilations), les morceaux de fort bonne (et no FM) musique (Drake, Nico, Rhodes, Satie, Smith,...)*, l'iconoclasme, la drôlerie et l'émotion sont bien au détour de chaque séquence, nimbés de cette évidence qu'on est au dessus du mainstream et passés au polish (trop) déterministe de l'indie credibility. Mais what for (comme diraient toutes les femmes de ta vie) ?
Le Wes précédent et culte (Rushmore) nous avait donné l'impression d'un vent, d'une nécessité supérieure aux "confortables" Tenenbaums (très dignes héritiers de fantasques familles dysfonctionnelles de la littérature américaine)... nous n'irons pas jusqu'à l'urgence mais une vibration, à tout le moins, absente ici (et plutôt relayé par un pittoresque "bourgeois").
Ici, le plaisir pris sera égal à celui de recevoir son cadeau de ré-abonnement aux Inrocks, de baptiser son nouveau pass au Festival Télérama dans un cinéma de province, d'offrir le DVD hype de l'année à sa bru pour l'ouvrir à un autre monde que celui des Intouchables... Réel, sincère, mais assurément et authentiquement, oui putain !, coupable !
Et... on plaidera (soupir).
* une audace, minime mais réelle, du film consistera à faire jouer, diégétiquement, un 33 tours (Between the Buttons) et de laisser tourner le disque au-delà de son premier morceau. Vivre ainsi aussi au cinéma une écoute réelle de disque, dans sa durée, waow. C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup.
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