08 février 2012

Il Etait une Fois un Flic

id., 1971.
C'est au (re)tour de Krapulax, l'incontournable autorité du ciné popu 70's, d'être (re)convoqué pour nous (vous) entretenir d'un surclassique du créneau (popu. 70's).
Occasion de rappeler qu'on peut être "spécialiste" et ne pas tout gober pour autant...

"… Ou comment saloper un bon script.
1969. Francis Veber et Richard Caron pensent tenir un bon sujet de cinéma et font le tour des producteurs. Sans succès. Plutôt que de jeter leur histoire à la poubelle, Veber abandonne l’idée à son ami qui en tire un roman publié au Fleuve Noir.
Georges Lautner lit le livre et le soumet à Alain Poiré, grand producteur de la Gaumont, qui confie l’adaptation à… Francis Veber.
L’histoire est simple : Pour piéger un trafiquant de drogue, un commissaire, célibataire endurci, doit jouer les pères de famille. Lautner verrait bien Ventura dans le rôle du commissaire mais depuis Ne Nous Fâchons Pas, Ventura se méfie du caractère « excessif » de Lautner.
La suite va lui donner raison.
En dépit du refus de la vedette, Alain Poiré, satisfait du script de Veber, décide de le tourner quand même. Michel Constantin remplacera Ventura.
Un monolithe en chasse un autre. Sur le papier, l’idée n’est pas si saugrenue. Les deux acteurs cultivent un même penchant pour l’underacting et une même largeur d’épaules.
Mais au tournage, Constantin révèle vite ses limites et Lautner, son outrance.
Tandis que l’un semble chercher sur le front de ses partenaires sa prochaine ligne de dialogue, l’autre noie vite le récit sous une avalanche de bourre-pifs et de course-poursuites en accéléré.
La force des situations et des dialogues est vite annihilée par le traitement parodique du sujet.
Le film s’en trouve vidé de toute tension et se dévide mécaniquement jusqu’à son issue, parfaitement convenue.
Paradoxalement, les scènes les plus réussies sont les plus intimistes : celles où la femme, son fils et le commissaire apprennent à se connaître. Les fans de Veber quant à eux, apprécieront le passage à tabac dans le commissariat qui renverra, quelques années plus tard, à la chevalière de Coup de Tête.

On peut se laisser à imaginer ce que serait devenu pareil script entre les mains d’un réalisateur « plus mesuré ». La vision de Dernier Domicile Connu, réalisé par José Giovanni et interprété par Lino Ventura, en est un bon aperçu",
par Georges Lautner.

Les Zozos

id., 1973.
Quelque part entre Diabolo Menthe et A Nous les petites Anglaises, mais aussi à quelques coudées reliant Les 400 Coups à Passe ton Bac d'Abord, une chronique douce-amère alors nouvellement naturelle auscultant les émois et concupiscences adolescentes à l'heure (mélancolique) des internats non mixtes, des baloches villageois de dimanche aprème où l'on se rend à bicyclette tandis que les tontons pêchent... et celle surtout des lointaines correspondantes suédoises naïvement fantasmées, qu'elles soient de Malmö ou d'ailleurs,
par Pascal Thomas.

05 février 2012

Alice dans les Villes

Alice in den Städten, 1974.
Errances urbaines et existentielles faisant étrangement résonner le jetlag culturel de Vacances Romaines autant qu'elles préfigurent Jarmusch et Coppola (un homme, une enfant perdue ... une paternité fantasmée, une bagnole mythifiée... et des hôtels...),
par Wim Wenders.

04 février 2012

Crocodile Dundee

id., 1986.
Confondant mystère boxoffiesque mondial (Hogan arrive quand même de nulle part !) qui voit cette vieille recette proto-Chtis du choc des cultures affuter longtemps les vieilles antiennes opposant la simplicité du péquenaud (certes un peu manipulateur ici) et la sophistication décadente de l'urbain (New York dans une énième charge sodomégomoresque) avant de muter soudain (et maladroitement) en une comédie sentimentale passablement tirée par les cheveux (le final dans le métro !).
Esthétique de carte postale, découpage d'amateur (le réal vient de la téloche australienne), acting transparent, gags anémiques, contrastes éculés (même il y a 25 ans !), c'est par sa seule (et maigre) roublardise que le film amorce parfois quelques chose... sans jamais s'y tenir non plus. En 2012, nostalgie ou pas, ça laisse pantois,
par Peter Faiman.

NB: on notera ce particularisme culturo-national qui fit que deux films sortis dans un laps assez réduit, Talk Radio et ce Dundee-ci, devaient présenter comme symbolisme incontournable de la culture télévisuelle à complaisance rediffusionelle la série I Love Lucy, évoquée dans les deux métrages comme symptôme de l'immobilisme conservateur des médias américains (paradoxe puisque la série, lors de sa sortie originelle (1951), s'avérait on ne peut plus "moderne" !)

03 février 2012

Le Dernier Vol de l'Arche de Noé

The Last Flight of Noah's Ark, 1980.
En plein registre verno-defoesque, ces (mielleuses) aventures de naufragés "atterrissant" sur une île occupée par des militaires japonais ignorant que la guerre est finie depuis 35 ans et transformant leur B-52 en bateau de fortune (unique idée valable du film, massacrées toutefois), le film n'a plus, triste air du temps, la classe, la dignité et l'élan des productions d'autrefois (chez Disney compris: 20.000 Lieues sous les Mers avait une autre gueule !), et les troque contre une vulgarité contrebalancée par une niaiserie toutes télévisuelles.
Gould est bien loin de chez Altman (qui se compromettra aussi, popeyesquement lui, en terre Mickeyland !) et ne parvient pas à tenir le lustre hansoloien de son rôle (Bujold est en revanche aussi pénible que Leïa !), paumé dans ce produit de recyclages effrénés aussi stériles et mal aimables...*
Quid en outre de l'identification des gosses devant ce spectacle prêchi-prêcha: Ricky Shroder y est proprement insupportable !,
par Charles Jarrott.

* il était pourtant déjà familiarisé avec les us de la maison,
puisqu'au générique de Max et le Diable, quelques mois auparavant !

La Folle Histoire du Monde

History of the World: Part 1, 1981.
Aux croisées de ce que purent livrer en leur temps flamboyants les ZAZ (pour le spoof), Woody Allen (pour le stand-up loquace) et le Monty Python (pour la cruauté absurde), augmenté de son ton propre donc (le scato-jewish ?), Mel Brooks livrait avec History of World, part I, un film qui m’apparut longtemps (c’est à dire adolescent) culte et hilarant.
Evidemment rien n’est aussi absolu ni évident et certaines séquences même, autrefois ries, s’effacent derrière d’autres, davantage appréciées avec le temps (l’Inquisition Espagnole (très Flying Circus !) s’avérant ainsi supérieure au gros segment de l’Empire Romain jadis chéri, les larmes aux yeux à force de se bidonsker).
Au-delà du principe, proto-Jean Yanne presque (Deux Heures Moins le Quart Avant JC/Liberté, Egalité, Choucroute), la recette de Mel est déjà grave rodée : casting familier, à la vulgarité forcenée et efficace (Kahn, deLuise et Korman en tête), saillies bavardes et inégales (quasiment toutes les taglines dépassant deux phrases tournent laborieuses), allégeance au music-hall et au musical, et autres tics fort (cinéphiles ou pas) identifiables. Elle fonctionne parfois, d’autres non et c’est là même la patte du gugusse : un truc borderline, vaguement gaulé, à l’efficacité aléatoire, au goût souvent douteux. Mais tout de même pugnace (plus qu’opportuniste) et cohérent. Une œuvre, ou bien ? (voir pour s’en convaincre ça et ça aussi),
par Mel Brooks.