
War of the Worlds, 2005.
Le postulat scénaristique d’abandonner les procédés omniscients et chorals pourtant coutumiers du genre (voir encore les récentes Emmericheries !) et de laisser là même la vision des puissants « dépanneurs » (Etat, Armée, Scientifiques, Presse) au profit du prisme réduit d’un pauvre mec (anti-héros autant que peut l’être Cruise, ne poussons pas trop quand même !), d’un citoyen lambda ignorant tout de ce qui se passe et qui tente de fuir est la force vive, l’intérêt principal de cette relecture Wellsienne. Les effets spéciaux, volontiers bluffants aussi, mais c’est la forme du récit qui tient le film en haleine, nourrissant sa paranoïa paradoxalement naïve et post-09.11.
Ainsi peu de séquences, pourtant impressionnantes, ne se détachent du corpus (à condition qu’elles ne soient pas exagérément référentielles, comme la scène de la cave, clin d’œil proche du TOC à Jurassic Park et Minority Report en un seul coup de caméra) ou bien sont-elles exclusivement celles presque dépourvues d’envahisseurs (la foule en panique attaquant la bagnole de Cruise), mettant en scène la furie aveugle de l’homme affolé, aux repères égarés.
Sorte de négatif de CE3K (comme Poltergeist était celui d’ET), ce film est surtout une oeuvre adulte (le vilain mot !), pleine encore des petites affaires de Steven (la famille décomposée, par exemple*) mais débarrassée à jamais de la légèreté 70’s au profit de la noirceur des années de l’après barbecue Ben-Ladesque,
par Steven Spielberg.
* les diverses thématiques seront sans doute évoquées par Clément Safra,
auteur du Dictionnaire Spielberg récemment publié par Vendemiaire,
lors de la présentation qu'il fera ce soir du film à La Cinémathèque de Toulouse,
dans le cadre du cycle Fin du Monde ?
7 commentaires:
Par pitié, ne tombez pas dans la référence post 11 septembre, dont on nous bassine à longueur de blogs et de critiques.
Cela dit, vous avez particulièrement bien souligné la force du film - l'invasion extra-terrestre vécue par une famille désunie de la middle class - qui permet d'emblée au spectateur de s'identifier aux personnages principaux, contrairement à Independance day, par exemple.
Une des grandes qualités du film est la tension perpétuelle entretenue même pendant les scènes de repos et le refus du Happy Ending. Certes, les extra-terrestres ont été anéantis, mais le héros, lui, se retrouve exactement dans la même situation qu'au début du film.
Chapeau l'Artisse.
Sur Facebook, l'Inisfreeien Vincent de préciser:
"Spielberg était "noir" dès "Duel", c'est vrai que ce film peut se lire en miroir de CEOTFK, mais les scènes de panique sont les mêmes.".
Parce que les retrouvailles avec son fils, c'est un refus du "Happy ending". Nous n'avons pas la même conception d'une fin dérangeante, mon cher Krapulax. Revoyez la fin d'A time to love and a time to die de Douglas Sirk pour voir la différence. C'est cette fin, cette pénible rédemption qui me gâche le plaisir d'un spectacle riche, par ailleurs, en visions saisissantes (notamment l'apparition des aliens à l'horizon lorsque nos héros sont sur le pont)
Parce que pour vous, cher Sonic, refiler ses mômes après sa semaine de garde à son épouse - remise en ménage avec un type qui gagne trois fois votre salaire - et s'en retourner à son existence de docker, c'est une fin heureuse ?
Chez Guédiguian, peut-être...
Je confirme pour la noirceur. Les fins chez Spielberg semblent heureuses mais plus ambiguës dès que l'on gratte un peu la rassurante surface. J'avais été un peu déçu, à la première vision, par celle-ci, mais en y repensant, je me suis rappelé Ford. Et dans "La guerre des mondes", il y a "La prisonnière du désert" en filigrane. Du coup, cette fin se justifie et possède sa dose sombre. comme le dit Krapulax, on recompose la famille mais les problèmes restent et le sentiment d'exclusion du personnage de Cruise se lit dans le plan final. Me semble-t'il...
Compte-tenu de la psychologie du personnage d'Ethan , la seule fin acceptable eut été le meurtre de Debbie puisqu'elle était "souillée" mais je reconnais qu'en 1956, cette fin-là était impossible à tourner.
Certes, mais dans l'humanisme fordien, les hommes changent et le sens de l'intérêt commun, de la cohésion de la communauté et de la famille sont capables de faire ployer cette psychologie.
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