Les Frères Grimm

frres_grimm_affiche

Le merveilleux s’accommoderait-il mal de trop d’ambition (formelle ou thématique) ou bien ne serait-ce que la seule paille, faite poutre fort spectaculaire, dans l’œil -et l’œuvre parfois- de Terry Gilliam ?
Car, à l’occasion de ce Jabberwocky (la folie hargneuse en moins) rencontrant Sleepy Hollow (étêté de sa classe épique), on flirte souvent avec les minutes les plus bouffonnes et branlantes du fort inégal (quoiqu’attachant !) Munchaüsen… Par trop démiurgique une nouvelle fois, sur-illustratif (les décors et effets 3D (le loup !!) sont d’ailleurs souvent vilains), vain et arythmique, le film ne parvient vite pas à trouver un second souffle une fois son argument installé (les 40 premières minutes sont sans doute les meilleures). L’environnement tourne alors au procédé myope, le casting s’avère à la fois envieux (l’héroïne pourrait être Helena Bonham Carter, mais celle-ci est désormais trop Burtonienne !) et/ou redondamment référentiel (Jonathan Pryce récite au rictus et la punchline près son Horatio Jackson de 88) mais surtout fade (Damon s’en sort, quand même !)… et peu de choses percent la gangue d’ennui et de boursouflure gothique sans réelle charge poétique de l’entreprise: le vol d’yeux et de bouche de la petite Sarah par un seau de boue en est cependant une, bluffante et fugace, mais quoi d’autre ?
Trop de désillusions (regrettable dans ce genre) au point que l’on craigne –ne l’ayant toutefois pas vu- que le triste Dahan et son Petit Poucet n’aient, en leur temps, pas fait foncièrement pire… C’est moche, Terry, c’est moche : presque comme une trahison. Plutôt comme un parent qu’on ne voudrait pas voir vieillir, tandis que nous nous grandissons… Oui… moche.
Terry Gilliam (2005)

Vaillant

poster-valiant

Bien qu’exclusivement dégustable en VO (le match Eric-Ramzy vs John Cleese-Ricky Gervais n’appelle aucun espoir médaille en faveur des froggies !), Vaillant ne prend, hélas, pas plus son envol que ça. Le contexte est pourtant relativement valable et le scénario serait assez honnête pour tricoter une petite heure quinze corrèque. Malheureusement le niveau n’est pas celui de l’autre aviaire aventure (pas trop grippée) qu’est Chicken Run à commencer par le fait qu’aucun personnage ne soit solidement campé, exception faite (et on y revient !) par le biais du voice casting original, ni jamais une seule « scène » digne de ce nom proposée ! On s ‘ennuie alors bien vite, on se passionne peu, on sourit paresseusement ici et parfois là à des recettes éculées au rythme mal négocié, puis moins devant des situations déjà vues (le ralenti d’équipage d’Armageddon repris à Monstres et Cie, le motif de la machine (lors du duel final avec le faucon SS), très Aardman, …) sans que rien ne crée, jamais, d’électrochoc salutaire… C’est bien dommage mais c’est comme ça.
Gary Chapman (2005)

Le Temps Qui Reste

temps reste


Partant d’un thème à fort potentiel savonneux (les derniers mois d’un trentenaire homo en phase terminale de cancer, sans soin mais avec pleine connaissance de son sort), on ne craignait cependant pas trop que l’inégal Ozon aille tête baissée se planter dans la bassine aux clichés. On avait relativement raison (même si les visions et flash-backs enfantins, sans doute incontournables, sont un peu pénibles). Ou plutôt biaise-t-il pour amener le sujet dans son propre univers et ses propres clichés (homo-erotisme au romantisme tout Guibertien, sexualités troubles et sphère familiale confuse, …). C’est pourtant, et surtout lors d’une première vingtaine de minutes puis les dix finales, quand il attaque son sujet à l’économie, lorsque l’incommunicabilité n’est plus à dire ou à exposer, quand le silence s’installe, que l’émotion est la plus vive et l’impact le plus durable (le père taiseux et magnétique, la grand-mère digne mais chaleureuse, jusqu’à la très belle scène de plage d’envol).
Juste milieu, tragique juste milieu, entre les premières œuvres de théâtre-massacre sexo-corrosives (Sitcom, Gouttes d’Eau sur Pierres Brûlantes) et la maturité parfois un peu forcée (Sous le Sable) de sa dernière partie de carrière, Le Temps qui Reste fait office d’une lucide et belle occasion de clore un chapitre, de mourir un peu pour mieux renaître… prochainement. A suivre donc.
François Ozon (2005)

La Véritable Histoire du Petit Chaperon Rouge

hoodwinkedlg


Grossière erreur, fameux contresens, vaine et stérile entreprise que de s’embarquer dans la parodie frontale des contes de fées, bien après Pixar, Shrek et les autres, à la manière pourtant épuisée depuis des décennies (y compris par les brillants Dingodossiers de Gotlib et Goscinny et plus largement la french BD 70’s-80’s)… que pourtant commet cet Hoodwinked ! (effroyablement retitré La Véritable Histoire du Petit Chaperon Rouge).
Post-modernisme boutonneux, bricolage conceptuel aux croisées d’un laborieux Rashomon ultra-didactique et d’un Usual Suspects vague et forcé, partition péteuse, faiblesses de rythme et 3D mochtingue font (entre autres) foirer l’entreprise de ces petits indies, vendue comme alternative low-$ aux studios géants (payée tout de même par l’un des Weinstein bros) .
Incapable d’installer un univers valable, ivre de son propre fun 2nd degré (pourtant piètre), persillé de complaisances jeunistes au mou fédérateur,… le film ne parvient à se hisser au genou de titres-parrains que lors de trop rares séquences : principalement celles du loup (impeccablement servi par la voix de Michel Leeb ( ?!?!), dans un registre très Richard Darbois), unique perso qui décolle vraiment, plus écrit, mieux écrit que les autres…
Peu de saveur donc, malgré le panier du Chaperon, exceptée celle, regrettable, d’une chose improductive, à la traîne et inutile comme un pathétique has-been dans l’œuf.
Cory Edward (2005)

Lord of War

Baignée par un cynisme tantôt réjouissant, tantôt terrifiant, cette évocation clinique du trafic d’armes international est bienheureusement débarrassée des scories romantico-véristes habituelles au genre (on est ainsi loin de productions telle le Depp-Performisant Blow ou les volontés docu-drama de Traffic), qui, s’il maintient toujours à distance des enjeux profonds du film et empêche l’implication réelle du spectateur (ou une connaissance suffisamment épaisse du milieu), n’en distille pas moins un malaise et une certaine forme de scrupule citoyen, sans pour autant jamais verser dans une naïveté immaculée. Suffisamment habile et pas plus malin qu’il ne faut (à l’inverse de S1mone ou Truman Show, trop grosses-bonnes-idées), plastiquement bien balancée, la parabole perd soudain en force quand tout se délite autour de Nicolas Cage (bon, mais en service minimum) pour ne pas même se relever grâce à son anti-morale désespérée (le duel en filigrane avec l’interpolien Ethan Hawk est hélas un parfait pétard mouillé).

Au sortir, c’est surtout donc la philosophie ambiante et les punchlines régulières du film (Une personne sur 12 est armée sur Terre. La question est : comment armer les 11 autres ?) qui emballent le morceau plus que la progression dramatique ou les portraits tirés… à balles réelles.
Andrew Niccol (2005)

Shrek

Shrek


Alternative à l’hégémonie (justifiée) des Studios Pixar, Dreamworks signe, avec ce détournement des codes des contes de fées (avec un post-modernisme renvoyant Elle Voit des Nains Partout à une pochade entre adolescents ayant loué une Super 8), un film à la revoyure finalement honnête (le 2 n’est-il pas toutefois meilleur ?) grâce à un humour crado-trashlight fort populaire dans les cours de récré. Il parvient même à imposer des personnages, point pourtant souvent faible des pures parodies, et ne pas trop souffrir de temps morts ni de facilités par trop fédératrices.
Un contresens dérangeant nimbe cependant le propos central de la chose: le film défendant la différence et incitant à ne pas juger sur une simple impression ou un court à-priori, Lord Farquaad (le félon !) est pourtant moqué à chaque minute uniquement pour sa petite taille et ses complexes supputés… offrant un simple déplacement de la norme (les monstres c’est cool, les gens petits non ?), plutôt qu’une vraie œuvre « tolérante »… Une imposture finalement facile par trop d’auto-complaisance, digne d’une balle tirée dans le gros pied vert, mais qui n’embarrassera au fond que les esprits ergotants, les boudeurs de plaisir et les épuisants (car farouches) amateurs de la chose (vraiment) bien faite.
Emmerdeurs dont je suis.
Et qui vous invite, le cas échéant, à aller vous faire mettre au fond du marais.
Andrew Adamson / Vicky Jenson (2001)

Open Water

ow-poster


Forte d’une plotline ultralapidaire, relevant presque du témoignage « véridique » le plus clicheteux lu dans la Sélection du Reader’s Digest (un couple en plongée « oublié » au large requineux), et d’un traitement immersif (ah ! ah !) très proche du documentaire (point de vue absolument pas omniscient, longs passages en temps réel, camera-vérité, …), cette production particulièrement angoissante, agoraphobe, cruelle et primale fonctionne pourtant assez vite dans un premier temps, une fois le drame engagé, pour retomber un poil avant la fin (le film est moins valable après que le couple, paniqué, se soit craché tout son fiel à la gueule), malgré un générique de fin nihiliste et ironiquement cruel.
Pas si étranger au Projet Blair Witch (buzz, snuff-attitude et folklore « sorcerique » en moins) quand le film questionne lui aussi (à ses minutes perdues) la grammaire du cinéma d’épouvante (la fille du couple lance même cette interrogation essentielle au genre: « qu’est-ce qui est pire : de les voir ou de ne pas les voir venir ? »), il ne dépasse malheureusement pas assez souvent la démarche un tantinet voyeuriste d’un reportage à sensations à publier dans Choc ou à se taper en deuxième partie de soirée de TF1 il y a quelques années, dans une émission de Jean Bertolino…
Chris Kentis (2002)

H2G2, Le Guide du Voyageur Galactique

guide galactique


Sans doute la forme filmique n’est-elle pas la plus adaptée pour mettre en images la saga SF-burlesque de Doug Adams (le feuilleton, support de plus en plus sérieux et populaire, serait peut-être plus en phase ?)…
Quelque part entre les MiB, Breakfast of Champions (autre bouquin barré peu adaptable (et à l’adaptation manquée…)) et Le Cinquième Elément, la tentative UK fait sourire assez souvent sans jamais passer de vitesse supérieure. Les trouvailles visuelles ne dépassent jamais celles du script originel et la saveur ne vient que par la proximité familière d’un casting extrait du creuset indé-popu-décalé british qu’on retrouve ici et là depuis Love Actually (un titre pas si mauvais ?!).
On pourrait, paresseux et galvaudeurs, convoquer un esprit MontyPythonesque (les drôles tracas de l’hyper-espace !) mais ce serait assez inexact : l’originalité ambiante, très comics, est tout de même, avec le temps, calibrée par les scénarios Pixar, la télé US et ses échos cinématographiques (Ben Stiller et Owen Wilson) et une poignée d’autres sources désormais prodigues en coûteuses bizarreries. Ne décollant donc jamais vraiment, un brin de poésie ou de décalage plus léché (type La Vie Aquatique d’Anderson) ou plus punkoïde-déglingo (genre Buckaroo Banzaï) n’auraient sans doute pas nuit et permit d’entretenir un souvenir plus durable.
Garth Jennings (2005)

Broken Flowers

broken-flowers-poster01

Dans les mains d’une autre production, au service d’un autre casting, l’argument de Broken Flowers (un type retrouve les femmes qu’il a connu 20 plus tôt et qui auraient pu lui cacher le fils qu’il croit (craint ?) soudain avoir) serait sans doute l’occasion d’une comédie sentimentale rythmée, riche d’une galerie de portraits croquignolets, à l’anglaise, ou bien d’un petit thriller initiatique enfonçant les portes béantes.
Or, Jarmush, à qui on ne saurait la faire, opte lui pour un traitement tout proche du travail du Brautigan du Privé à Babylone : le biais cool dépressif. Incarnation depuis Sofia Cop’ de ce cool dépressif, Bill Murray, tout en survêt’, fait un sans faute (hormis donc une sensation de déjà vu), tout comme les actrices l’entourant avec une chaleur étrange ou une froideur particulière (Delpy, Stone, Conroy, Lange et les autres… jusqu’à la petite Lolita !). Vibrante errance, philosophiquement pas si étrangère au Straight Story de Lynch (le road movie « inutile » et neurasthénique), évocation en creux, vision d’une Amérique douce-amèrement paumée, qui se cherche (les réussites professionnelles y sont vaines ou risibles (la brochette d’alter-créatrices new-ageuses ! L’apprenti-Sherlock black !)), plus que farouche interrogation de la paternité…
…en évitant bien des écueils, le Jim Jar’ fait, une fois encore, mouche.
Jim Jarmush (2005)

Peter Pan

peter_pan_ver2


Vouloir coller à l’œuvre originale au plus près du slip vert ne saurait constituer une garantie inébranlable de qualité ou de réussite. Que ne l’a-t-on répété sans cesse à PJ Hogan tandis qu’il y allait de son hommage empesé au John Barrie (voulant dépasser par la même occasion la vision disneyenne) du Peter Pan ?!
Car s’il colle aux pages originelles, le traitement visuel (et poétique) qu’il y applique tient de la dernière laideur.
Beaucoup de contre-performances (Clochette, Pan himself), de scènes manquées et de visuels lamentables (les ciels, foireux, mais l’artwork est globalement repoussant). De nombreuses amorces avortées, manquées (le trouble érotisant entre Wendy et Crochet), et de moments épuisés, saignés à blanc par mauvais goût (la résurrection de Clochette)… sans parler de la partition (n’en parlons pas, donc !)
Mauvais goût général, oui, malgré encore un Capitaine Crochet plein de potentiels (la seule scène du guet-apens « Lili la Tigresse » se solde par une correcte, et donc presque miraculeuse !, réussite), qui plombe et trahit avec application la philosophie générale (noyée ici dans un sentimentalisme écœurant) du titre.
Pour enfoncer le clou, j’encouragerais presque PJ à un remake de Mary Poppins… tant qu’on est dans le mauvais manège…
PJ Hogan (2003)

The Wicker Man

Wickerman

La bucolique décadence et l’hédonisme païen baignant cette prod singulière, ovniesque, n’est pourtant pas sans évoquer les premiers Peter Weir (Picnic at Hanging Rock, Les Voitures qui Ont Mangé Paris), avec qui elle complète cette vision atypique australo-zélandaise (bien que le présent film soit britannique !), autant que tout un pan plus mondial du Fantastique freaky-communautaire (de 2000 Maniacs à Calvaire en passant par le trop méconnu Réincarnations (Gary Sherman, 81)).
Hymne paganiste volontiers inquiétant malgré la blondeur joviale et partageuse (…) des demoiselles du cru, le trouble régulièrement procuré est soutenu par ce bain (de jouvence ?) pop et flower-power que fait couler de nombreux instants musicaux, chansons, hymnes et célébrations diverses (le soleil, les moissons et le phallus sont au cœur des préoccupations sacrificielles locales) qui donnent à voir ce que serait le monde s’il était gouverné (dans le pire des cas hallucinés) par les Polyphonic Spree ou d’autres mystiques assemblées à toges et pétunias…
La force du film est toutefois un brin altérée par un casting inégal (principal hic, ce flic continental, sous-Michel Duchaussoy pas assez inspiré) et le clivage trop marqué entre la religion catholique et ce culte alternatif (auquel doit être plus sensible les ressortissants du Commonwealth)… et un twist final, peut-être, un rien deus ex machina ricochesque.
Mais l’expérience, en ce qu’elle a de singulière, demeure valable.
Robin Hardy (1973)

The Descent

descent


Preuve supplémentaire, s'il en faut encore (après Creep et Shaun of the Dead et même le Boyleux 28 Jours plus Tard, au moins dans sa première heure), de l'extrème vitalité de l'horreur anglaise, ce survival claustrophobique et véritablement angoissant ferait ainsi prendre le Burt Reynolds de Delivrance pour une petite tapette juste bonne à jouer dans That 70's Show.
Minimal et essentiel, utérin (le film est d'ailleurs 100% féminin) et faisant sacrifier les ongles, ce cauchemar souterrain, d'abord hyper-éprouvant dans sa première moitié de terreur vraisemblable (être coincé dans un boyau de caverne, se fracturer ouvertement une jambe dans un labyrinthe sans fin...) verse ensuite (en une seconde partie délibérément fantastique-épouvante) dans une débauche de survivalisme furieux et frénétique, offrant quelques séquences à laisser pantois le Jupiter de La Colline a des Yeux !
Les créatures (parce que créatures il y a: les crawlers) sont décevantes en elles-même mais la métamorphose épilléptique des filles luttant pour leur vie est littéralement estomaquante (comme d'hab, mais là ça cogne quand même bien grave).
Au point qu'hagard au sortir, on s'avoue volontiers qu'avec des succès divers (un peu trop smart & clever le James Wan !) la jeune garde du genre, de Saw (donc) à Hostel en passant par l'Aja et le Du Welz nationaux (Haute Tension et Calvaire), a tout de même une sacrée putain de niaque de ta mère !
Neil Marshall (2005)

A Bout Portant

a-bout-portant

L’autre adaptation de la nouvelle d’Ernest (en fait davantage un remake 18 ans plus tard du film de Siodmak), proposée par Don Siegel (celui des Bodysnatchers et des Inspecteur Harry) n’a plus grand chose à voir avec ses origines (la seule ligne qui demeure est : pourquoi un type n’essaye-t-il pas d’échapper aux deux tueurs venus le flinguer ?).
La scène d’ouverture n’est plus dans un petit diner de campagne mais dans un institut pour aveugles (l’occasion d’une démonstration de cruauté sur handicapée stupéfiante), la garce n’est plus brune et distinguée mais blonde et plutôt vulgaire (Angie Dickinson) et le boxeur sacrifié est devenu coureur automobile (et ce sont les tueurs eux-même (rêvant aux lingots) qui mènent l’enquête). Pour le reste, la trame inventée par le scénariste de la version de 46 est respectée : le coup, le magot et la trahison orchestrée par la salope. Les flash-backs narratifs aussi.
Tout est cependant plus 60’s et nerveux, plus catchy, plus brutal aussi, et le méchant Ronald Reagan fait plutôt la rue Michel. Mais ce n’est bien sûr rien en regard du magnétisme terrifiant (ce type est capable de tout à n’importe quel moment !) du grand Lee (Marvin), impeccable de violence bornée (un exemple pour la vengeresse mariée de Kill Bill !).
Donald Siegel (1964)

Un Shérif à New York

sherif_york

Le bluff de Coogan, ce coilleboille macho et monolithique (sorte de Crocodile Dundee joué par John Wayne) perdu dans une métropole dépravée, c'est d'avoir court-circuité les démarches administratives pour extrader un bad boy jusqu'à son Arizona natal (et pas le Texas !). Du coup, le type lui file entre les doigts et c'est la police nu-yorkaise entière qui lui tombe sur le rable, au Coogan. Incompréhension, fossés des méthodes, c'est deux Amériques qui s'affrontent (ou deux époques): là où une corde à la branche ferait l'affaire du pro de la traque, les techniques immersives et la patience (trop ?) lâche du NYPD répondent, désabusées.
Cette problématique (réac ?) énoncée, ses illustrations ne sont hélas pas toutes réussies (le club hippie est foutument ridicule) et l'intensité du film se relâche sans cesse (si la scène avec la mère du fuyard marche (le female casting est d'ailleurs de belle tenue !), la poursuite finale est assez mochtingue).
New-York n'est pas si bien filmée que ça (la photo, globalement, est moyenne: l'esthétique est bien en-deça de l'artwork de l'affiche), la BO signée par un Shifrin en petite forme et Eastwood, entre The Duke donc et Harry (il ne croit à l'accompagnement social ou thérapeutique des délinquants que pour s'en taper les assistantes...), sera plus convaincant quelques mois plus tard avec son célèbre magnum.
Sur un sujet et un ton voisinant Maquouinne dans Le Chasseur (The Hunter, 1980) de l'inconnu Kulik (une carrière télévisuelle surtout), m'avait fait une impression supérieure.
Donald Siegel (1968)

Les Quatre Fantastiques

4fantas


Aïe. Quatre Aïes !
La licence Marvel en prend un coup, enfin. Après les Synger et les Raimi, qui avaient tout compris ou presque (X-Men et Spidey étant tout de même sacrément bien balancés !), Les Quatre Fantastiques viennent rejoindre le gros tout vert d'Hulk, dans la série désormais lancée des foirages de première bourre (mêm New-York y est laid et désincarné !).
Casting indigent malgré les idées TV (Docteur Troy vs Vic Mackey, Nip/Tuck - The Shield), narration asmathique et sans force (une scène-choc sur le pont de Brooklyn et c'est marre), le seul argument psychologisant étant: "c'est-y cool ou c'est-y pas cool d'être un Super-Héros ?". On est loin de la noirceur magnétique de Wolverine ou des vrais labyrinthes émotionnels sur la responsabilité de l'Araignée (sans parler du puits sans fond de Bruce Wayne, chez Burton ou Nolan !)...
Le film ne raconte rien, ne s'implante dans aucune réalité (même propre et sienne), tout est expédié à la va-comme-je-te-filme-mal, ne s'épargnant même pas une pénible génèse superflue et envahissante 1h30 sur... 1h30 !),... et j'en passe.
Et je préfère en passer..
Tim Story (2005)

Rendez-Vous au Tas de Sable

rendezvous


Petit ovni cheap et très BD (comment ne pas penser à Margerin et à une école Echo des Savanes franche et (pas) nette ?), cette unique incursion de Gotainer dans le cinéma (pour un bide retentissant) n’est pas sans charme et sans répliques qui font hachement mouche (on est à mi-chemin entre Audiard et Lucien de Bananes Métalliques).
Volontiers particulier et personnel dans sa ligne artistique (les bagnoles, les décors, le ton), impossible de se croire en France (comme chez Beineix (on est presque dans un remake de Diva !) ou Besson (Grousset est un de ses « faiseurs », aussi…)), ni de trouver de production germainement cousine de la chose (la lose chimérique des Arcandiers peut-être ?).
Parcours burlesque d’un petit groupe naissant (le film flanche, l’heure venue, lorsqu’il s’agit de vraiment professionnaliser le truc et lorsqu’il croque la culture internationale (Prince, le hard-glam,…)), traité avec la même énergie que les Blues Brothers mais avec les moyens du Téléphone Sonne Toujours deux Fois (le 1er Inconnus !), le film a tout du culte souterrain et du nanar franchouillo-alternatif.
La BO, due à Engel (of course !) peut distancer le spectateur qui ne goûterait pas les mélodies Belle des Champs mais les textes du bigleux Richard fonctionnent aussi bien sans musique, surtout balancés par une poignée de comédiens chaleureusement investis (mentions à Ged Marlon, JC Leguay et Vincent Ferniot, vraiment dans le coup): dis donc, quand tu dis ça serait chouette d’avoir une groupie qui bouge bien… tu veux dire qui bouge bien… autour de ta bite ?
Didier Grousset (1990)

Mélodie du Sud

song south

1er film mêlant l'animation et les scènes "humaines", et second titre de la période hésitante des Studios Disney (la période des "pots-pourris", des films composites qu'il enchaînera entre Dumbo et Cendrillon), l'objet ici présent, lorgant autant le Twain le plus Sawyerien que la sagesse édifiante et animalière d'un La Fontaine (c'est en fait l'adaptation d'un classique US pour mômes de J.C. Harris (Uncle Remus)), n'offre pourtant guère plus de charme qu'une pub Uncle Ben's (avec le Tom de la Case nous avons d'ailleurs là le brelan des tontons blacks !). Tout en condescendance coloniale (par comparaison Autant en Emporte le Vent passerait pour du Spike Lee !), avec ses noirs toutes dents blanches et yeux qui roulent (et causant comme la vigie des pi'ates des albums d'Asté'ix), et en chouineries de morveux blancs becs (Bobby Driscoll et Luana Patten sont à baffer avec une planche), les seuls moments de respiration sont les séquences animées mettant en scène Bibi Lapin, Basile et Boniface, plutôt réussies même si globalement répétitives... Mineur, vous avez dit mineur ?
Harve Foster - Wilfred Jackson (1946)

Comment Réussir Quand On Est C... et Pleurnichard ?

Comment_reussir_quand_on_est

A 40 minutes le relief se fait enfin, grâce à une réplique de Jane Birkin ravie (elle kiffe les losers) à Jean Carmet, au sortir du lit: tu m'as loupée comme un chef !
Apologie de la médiocrité et du ringard, hommage au frenchy-vulgaire (mais lettré !) servi par une distribution ad hoc (Marielle & Rochefort (magnifiques !), Prévost, Stéphane Audran) et en roue libre, les combines et les manipulations larmoyantes d'Antoine Robineau le vendeur en spiritueux (Carmet dans le même registre geignard que chez Yves Robert, le machiavelisme en plus) ne constitue pas (et loin s'en faut !) le meilleur d'Audiard (épaulé dans cette piètre entreprise par le naissant et (déjà !) contre-performer JM Poiré !).
On sent la fatigue (ça n'a par exemple pas le punch des early Bertrand Blier !), la faible inspiration, le procédé (excès d'écriture !), ... l'anar de droite s'est fait aigre populiste à l'occasion de ce petit jeu de massacre et de chaises musicales (a-t-on jamais la femme qu'il nous faut ?) qui fait parfois sourire, souvent grogner. Mais plus souvent bailler...
Michel Audiard (1974)

Orca


Bien loin de chez Visconti et de chez Cavani la môme Rampling !
En Terre de Feu pour être exact, dans une production opportuniste (De Laurentiis...) et un poil prétentieuse, sorte de Moby Dick (bien plus que Jaws d'ailleurs !) écolo-pontifiante, à l'humanisme rance et à la réalisation sans trouvaille ni intensité, sans rythme ni saveur.
Un casting pourtant (Richard Harris, Bo Derek (?!), Charlotte R. donc (sapée comme sur Tatooïne !), mais aussi Will Sampson (l'indien "muet" du Nid de Coucou) en énième sage peau-rouge qui comprend tout et qui la ramène, mystérieux...) et un budget, balançés par la fenêtre de ce western aquatique (impression consolidée par le soundtrack d'un Morricone mou de la baguette), de ce pétard épique mouillé, de ce mélodrame de poissonnier romantique,... de cette brandade noire et blanche chichement assaisonnée en moments chocs (si ce n'est, peut-être, le coup de la barraque engloutie et le final antarctique, graphiquement superieurs (mais graphiquement seulement !))...
Préférer d'authentiques rip-off Spielbergiens, même bisseux, tel La Mort au Large (Castellari, 1980) ou bien se repasser, pour la veine Melvillienne, le Greg Peck, fou et furieux, attaché à son mat, sous l'oeil tout aussi furibard du Huston. Non mais. Et reprendre des sushis.


----------
Orca, 1977 - Michael Anderson canonné par Mariaque.

Dig !

dig_poster

Niche étroite, et peu féconde en masterpieces, le film rock (et le rockumentaire en particulier) est un genre souvent mieux réussi lorsqu'il est pris par la bande (l'hilarant et cultissime Spinal Tap, le freaky symbolique Hedwig & the Angry Inch) ou se montre le plus généraliste possible (le portrait choral, ironique et désabusé de Sugar Town) que lorsqu'il s'attache avec ferveur (et aveuglement ?) à son sujet (le toutefois corrèque Kurt & Courtney) ou se montre juste cliniquement démonstratif (Velvet Goldmine, Almost Famous).
Le film consacré aux histoires parallèles et entrecroisées des Brian Jonestown Massacre et des Dandy Wahrols (sorte de Beatles-Stones post-modernes) offre pourtant une exception de taille.
Remarquablement documenté (le filmage in vivo 7 ans durant), le métrage brille en de nombreuses autres occasions tant tout est ici convoqué: mythe et mythologie rock'n'roll, dimension initiatique, énergie brute, charismes inouïs, autodestructions..., ces 107 minutes sont un cours d'histoire du rock magistral (le fait qu'on ne traite pas, à cette occasion, de vénerées mégastars est un atout considérable), à livrer séance tenante aux écoles.
Et même si le 1er volet de la clicheteuse et fondatrice Trinité Sex, Drugs & Rock'n'Roll n'est pas abordé (?!), le film, prenant vite le rythme d'un drame poignant et addictif, s'avère proprement fascinant.
Qu'on aime ou pas la musique concernée (et on aime plutôt !) importe finalement peu (car c'est là tout autant les FabFours contre la bande à Jagger que l'empoignade Salieri-Mozart dans Amadeus !) puisque ce grand film de l'an passé (sous ses allures modestes on tient un truc équivalent pour le rock de ce qu'a fait Ford pour le Ouéstèrne !) s'avère rien moins qu'une insondable et ébouriffante parabole sur les créateurs (entre eux, face au business, etc.) de la meilleure eau.
Et puis... I wanna be Joel Gion !!
Ondi Timoner (2004)

Le Crime Farpait

Crimefarpait

Joyeusement transgressif et volontiers too much, le dernier de la Iglesia ne trahit pas l'Oeuvre en cours.
Fait d'excès, de méchanceté hargneuse, de tendresse réelle et de freakisme ibère, le cinéma du barbu poursuit sa route pavée du mauvais goût le plus sophistiqué, la misère et la cupidité humaines en parfaits cantonniers.
Conservant toujours sa forte thématique du beau et du laid dans la société (les bases, furieuses, avaient été jetées avec le punkoïde et extrèmiste Action Mutante), il l'emmène cette fois-ci dans les rayons du grand magasin Almodovaresque, confectionné avec forces chichis 60's et ce lourd parfum de roman-photo, propres au pédalo Pedro.
Construit en trois actes, pour le moins contrastés (une comédie sexy et fantasmatique de winner - une caricature sociale méprisante à la Chatilliez (après un intermède gore) - un thriller machiavélique), avec une ferveur et un sens du timing dans chacun des cas, le tout hésite un peu quant au pied sur le quel danser (à tout le moins est-ce la position inconfortable du spectateur), ce qui ne s'avère pas assez immersif.
L'ensemble est plaisant mais l'identité floue (guère aidée par les narrations en voix-off, procédé pénible) du film altère, oui !, le plaisir et l'intérêt immédiat qu'on devrait ressentir.
Mais bon. Dans le genre graphique, artificiel et hénaurme, c'est toujours mieux que Serial Lover...
Alex de la Iglesia (2004)