The Woods

id., 2006.
Du Pique-Nique à Hanging Rock à Suspiria en passant par Innocence (mais aussi Saint-Ange, Carrie, Magdalene Sisters et Créatures Célestes dans une certaine mesure), le film fantastique de « pension pour jeunes filles » a souvent su faire mouche, fort du fétichisme patent des troublants émois de teenageuses en fleur, en proie à de bien métaphoriques « transformations » (ou expériences).
Un univers tout désigné pour un Lucky McKee dont le May flirtait déjà avec la difficulté d’être une ado… différente. Toutefois exit le réalisme du titre où la jeune Angela Bettis faisait preuve d’un jusqu’au-boutisme traumatisant : on entre ici en pleine forêt à sorcières, on s’embourbe fatalement dans la flippante communauté, gothique, paganisante et plénipotentiaire (type Réincarnations, Wicker Man ou Course contre l'Enfer) et le cauchemar se fait vite implacable (le fait d’un casting de « profs » remarquable (Patricia Clarkson, Marcia Bennet (une Piper Laurie-like impressionnante), …)).
Et si l’on râle certes un temps aux poncifs de réfectoire, aux scènes de dortoirs un peu convenues, qu’on hésite à se laisser promener par « la légende », usée et stérilement référentielle (Argento, Raimi (et son Evil Dead), DePalma mais revus par le prisme Kevin Faculty Williamson ?), qu’on baille un brin en somme à une mise en place un peu trop balisée, le dernier tiers se montre soudain plutôt captivant, manipulant angoisse et frustrations avec un bel entrain. N'aurions nous pas là, en substance visqueuse, tous les alléchants ingrédients d'un Grand Film Malade ? Du Culte à tout le moins ? Le temps le dira vite, mes amis, croyez m'en.,

par Lucky McKee.

Le Forum en Folie

200587~A-Funny-Thing-Happened-on-the-Way-to-the-Forum-Posters

Ce vaudeville romain so Broadway! (même si la plupart des chansons ont été gommées), vastement hystérique et au priapisme forcené, n’est pas sans rappeler l’autre production excitée de l’époque : What’s New Pussycat ? de Clive Donner (d’un an son aîné guère plus sage), tout autant qu’elle préfigure la prime œuvre d’un Mel Brooks (y sont en germes ses Producteurs ou le pan majeur de sa Folle Histoire du Monde).
Vieillie aujourd’hui, pas toujours finaude ni bien souple dans sa structure, elle soumet toutefois quelques séquences amusantes, au montage sacrément pop (Lester ne filmait pas les Beatles et le Swingin’ London pour rien) et offre l’occasion de voir une dernière fois Buster Keaton à l’écran (malgré le cancer qui allait l’empêcher de voir même le film en boîte !), dans un rôle certes anecdotique mais qu’il incarne de tout son magnétisme physique (et il parle !).
La poursuite finale vaut en outre un peu plus que celles, ultimes elles aussi, du Benny Hill Show (et même que du …Pussycat ? précité) sans qu’il n’y ait cependant le moindre porte-jarretelles…
Richard Lester (1966)

Big

big

Sous des dehors flagrants d’une Amblin Touch, ce pop-corn movie culte n’a à voir avec Spielberg que parce que c’est sa petite sœur qui l’a écrit (pour ne plus jamais rien faire ensuite ?!), et guère plus. Pourtant tout y est : propos fantastico-nostalgique, automnaux suburbs souriants et doucettement formateurs, éveil aux technologies, goût extrême du ludique… le titre se place dans une droite lignée de pré-teen movie qui fit le bonheur des natifs de 70-75. L’ébouriffant argument central du titre (un gamin de 13 ans dans le corps d’un type de 30 devient le créatif n°1 d’un magnat du jouet) caresse dans le sens du poil toute une génération d’adulescents en marche, mais sans oser pousser sa réflexion aussi loin toutefois qu’un Toy Story 2. Profitant ainsi, sans jamais vraiment l’interroger, de son sujet (pas de « leçon », pas de morale initiatique, pas de révélation), le script de la petite Anne S. ne fait qu’enchaîner des situations réjouissantes (seule l’amorce nu-yorkaise est un peu « dure »), des fantasmes de kids devenus réalités (le loft de Manhattan !), sans autoriser l’existence même des autres personnages (hors Susan et Billy, un peu plus développés, ils ne sont que vignettes stéréotypées à peine creusées) ni celles de concepts quelconques.
Mais malgré ces « vétilles » la production fonctionne à plein tube, s’avère farouchement immersive et, nous rendant des gamins de 13 ans, nous happe, nous chope, nous fait plonger, garde baissée certes, dans la folle aventure… au pays des jouets.
Penny Marshall (1988)

Neuf Mois Aussi

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Remake US et sans âme (autre qu’opportune) d’une comédie franquaoui et poussive même si inédite, cette burlesquerie de l’enfantement se montre en bien des points inférieure à sa référence (pourtant discutable). De certes réussis numéros en roue libre (Robin Williams) en catalogue de grimaces faussement expressives (Hugh Grant), de compositions affadies (le couple Tom Arnold :Joan Cusack est à des années lumières en deça du Daniel Russo /Catherine Jacob originel) en pistes dramatiques stérilisées (Jeff Goldblum (pour Bouchitey)), la balance se solde par navrant débit en faveur du film de Braoudé auquel on ne peut pas songer sans cesse (sera-t-il à réévaluer ?) tant le script de Columbus (meilleur en d’autres occasions) ne parvient pas à s’affranchir de sa matrice originelle et alterne poudre aux yeux et mièvreries, sans jamais exploiter vraiment le cathartique rayon cynique et vachard qu’il sait (et devrait ici !) manipuler parfois avec juste mesure…
Chris Columbus (1995)

Gloups ! Je Suis Un Poisson

gloups

Pas aussi cheap qu’il n’y paraît, malgré d’affreuses chansons et une cohabitation 2D-3D souvent laide à l’écran, cette production indépendante et européenne (du genre « nagez, c’est danois ») ne cherche cependant qu’assez peu à s’affranchir d’une tutelle scenaristique et graphique Disneyenne (séquences chorégraphiées, manipulation de stéréotypes (la paire de villains est assez réussie), et menue parabole moralisante). Peu de personnalité en réalité au fond de l’eau (et un canevas un peu lâche secouru par un régulier arbitraire scriptofantastique) mais quelques séquences menées à bien, des plans ici et là de vraie bonne facture (mais bien que préfigurant Nemo ou Gang de Requins, il n’en épuise vraiment pas toutes les ressources et trouvailles visuelles) qui n’en font certes pas un titre mémorable, mais une petite chose d’honnête tenue, modeste mais volontaire. Rompre avec les formes canoniques à grandes oreilles lui aurait toutefois rendu de grands services.
Michael Hegner & Stefan Fjeldmark (2001)

L'Invasion des Morts-Vivants

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Classique de la veine non Fisherienne de la Maison Hammer, le présent Gilling l’est en outre par une trame lorgnant davantage vers les mystères mystérieux d’un Conan Doyle frotté à l’ail Nietzschéen que ne versant dans un Gothique symbolique à l’érotisme vénéneux.
Il ne s’agit pas là pour autant (rangez vos pieus et vos maillets, thuriféraires !) de renoncer à une franche approche graphique, à négliger une atmosphère délétère et (un poil) complexe, ni de bâillonner turpitudes, fantasmes et névroses sexuelles, larvées ou pas (l’impuissance de Thompson !), non ; Gilling ne saurait être chiche en rien !
Mais, malgré un soin de tous les instants (photo, cadres, direction d’acteurs), une sincérité réelle, et deux-trois audaces (les rapports entre Hamilton et ses cavaliers ("jeunesse dorée" terrorisant la populace !) sont bien croquignolets), la naïveté ambiante et l’exotisme un peu forcé (Haïti quand tu nous tiens !), bien que traités avec le plus parfait des sérieux, rendent la chose charmante, soignée et finalement guère plus.
Si !: sans doute sut-il nourrir la jeunesse d’alors et permit à des barbus, tel Landis (les Cornouailles du Loup-Garou de Londres, dans sa première partie) ou les Lucas/Spielberg (Indiana Jones et le Temple Maudit, auquel le dernier tiers fait immanquablement penser), de livrer ce que joyeusement ils nous livrèrent, à l’orée des 80’s. Et nous, sales enfants de la VHS 84, de préférer alors les « copies » aux originaux ? C’est moche, hein ?
John Gilling (1966)

Mon Nom est Shangaï Joe

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Ouvrant la voie au bref courant de l’exploitation du western spaghetti à la sauce soja (sorte donc d’Il Etait une Fois du Kung-Fu dans l’Ouest), et préfigurant ainsi La Brute, Le Colt et le Karaté (de Margheriti, avec Lee Van Cleef et Lo Lieh), faîte de cette scène nimportnawakement opportuniste, cette curiosité nippo-latine distille toutefois un charme certain (ce mariage hybride donc), soutenu par une réalisation (nimbée de flashs un peu gore* et gouleyamment gratuits asseyant davantage encore, par un soupçon de sadisme graphique, la réjouissante dimension exploitation) et un casting (des gueules, encore des gueules** !) de jolie facture.
Le progression narrative est certes simpliste et éculée, mais l’ambiance noirissime (racisme primaire, esclavage et sordides mentalités jamais franchement humanistes), le ton naïvement désenchanté (so 1st degree !) du film concourent à le rendre attachant et relativement audacieux (même si les mélodies de Bruno Nicolai héroïsent peut-être un peu trop l’affaire cependant…). Quant au rythme, il se veut à brides abattues (ah ! ah!), y parvient plutôt d’ailleurs (on passe de scènes « maousses » en autant de « climax » (la séquence du taureau !)), et permet d’enquiller les portraits de salopards corrompus et cruels en tous genres (ah c’est bô l’Amérique !) plus vite encore qu’il ne faut à Chen Lee pour planter un clou long ça-comme avec le plat de la main (et sans même un Kii-Ah !). On notera encore au crédit de la chose la belle girly touch (Christine, l'ourlée Mexicaine) et l'apparition fugace mais toujours inouïe d'un Klaus Kinski, une nouvelle fois halluciné (en fébrile scalp-fetichist).
Mario Caiano (1972)

*de la ponction occulaire (les globes du gambler)
au fist fucking cardiaque !

**dont l'impeccable Gordon Mitchell...


Ils

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Etonnante et sincère entreprise française se frottant au Genre, ce survival abstrait (personnages désincarnés ce qu’il faut), immersif et plutôt réaliste (même si le label « basé sur des faits réels » est outrageusement pénible, jusqu’aux ridicules cartons finals), anxiogène et farouchement nail-bitter, brille essentiellement par son radicalisme formel et son propos minimal (et son sobre traitement). Pas théorique pour autant, guère intellectualisant ni roublard (comme pu l’être Aja), le titre est facilement comparé au Projet Blair Witch avec lequel il n’entretient pourtant que peu - dépassée une volonté plastique documentisante. Car si le Myryck-Sanchez reposait sur des bases booh-frighten-me ludiques et légendaires, tandis qu’il interrogeait d’un même élan la nature propre de l’horreur filmique (travail sur le hors-champ, métaphore luminaire et lumineuse), le Palud-Moreau s’inscrit dans une veine toute contemporaine, essentielle, paranoïaquement post-Kosovo War, l’amenant sur des terres finalement plus proches de celles d’un Hostel (sans que les titres aient beaucoup à voir cependant).
Labyrinthique et implacablement répétitif, le titre ronge son os et nos nerfs autant par panique que par épuisement et se solde par une réussite suffisante pour qu’on s’inquiète de la prochaine livraison de la paire en question (et de la maison Eskwad qui commence à trouver son ton, y compris loin du Canal + spirit) : The Eye)…
Xavier Palud & David Moreau (2006)

Sylvie et le Fantôme

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Si l’on parvient à dépasser (et ce n’est guère aisé) l’introduction nunuchissime du joli et mélancolique conte angulaire du Fantastique Poétique made in Qualité Française (oui Môssieur), et que l’on s’accroche, mettons, jusqu’à l’entrée de François Perrier, alors –et alors seulement- pourra-t-on savourer le désenchantement de cette œuvre un peu artificielle mais sertie de séquences dialoguées de belle tenue (les apparitions spectrales de Jacques Tati (pré-Hulot) étant quant à elles aussi moyennes qu’inutilement envahissantes).
Odette Joyeux (32 ans et devant jouer une adolescente tourmentée de 16 ans !!), toute en yeux de biche aux abois et spleen de godiche, s’y montre ridiculement mauvaise, à la menue lisière du supportable, tandis que Jean Desailly (26 pour 17 !) et surtout Perrier, donc (27 pour 18 !), s’en sortent avec de vrais honneurs (Carette et Larquey sont quant à aux à leur beau rythme de croisière)) et maintiennent l’œuvre à joli flot, méchamment épaulés par un Aurenche des grands soirs, rayon répliques.
La curieuse alchimie Fantastique/Réalisme donne à l’affaire une couleur particulière que le romantisme ambiant n’affadit pas tant (quand Odette daigne quitter la pièce, quoi !) et la métaphore de la fin de l’enfance se tient, agrégée qu’elle est par un triste ciment coagulant à coups d’illusions perdues et de poésie résignée. Celle d’un hussard qui n’avait pas encore quitté ses chaussons ? (Le Cloclo gagnera vite en furibarde corrosivité !)
Claude Autant-Lara (1946)

La Tour de Londres

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Parce qu’elle peine à se positionner et oscille sans cesse entre une posture historisante (la montée en puissance du cruel, sur-intriguant et so shakespearien Richard III) et une démarche plus gothic monsters (propre à tout un pan de son prestigieux catalogue), cette production Universal, à casting orienté (Karloff-Rathbone-Price qu’on vit meilleurs ailleurs), n’offre guère pour réalisées les promesses faites (ou par nous fantasmées ?) de charme vénéneux : pire elle s’engage même dans une prime mise en place, longuette et un peu pénible, où les forces en présence n’offrent que peu de consistance et d’épaisseur (ainsi Boris ne sera qu’une paire de sourcils à grosse voix et Basil un félon qui devrait urgemment changer de coiffeur; seul Vincent tire un brin son épingle du jeu). Confuse et barbante, l'affaire finit par ne verser (et encore, à peine !) que dans son ultime tiers (à partir du « duel des bocks de Malvoisie ») dans le ton CormanoPoesque (Roger reprendra l’histoire himself (avec Price again, passant du pauvre Clarence au chanmé Richard) en 62) longtemps espéré (parce que complaisamment vanté aussi !), mais jamais vraiment obtenu.
Trop d'intrigue, trop peu d'atmosphère... et la mayo médiévale tourne.
Rowland V.Lee (1939)

Sherlock Jr

SherlockJr

Le type qui invente tout : La Rose Pourpre du Caire (et peut-être plus encore Last Action Hero), James Bond, Bruce Willis (in Die Hard 3 (Mc Tiernan again)), Bebel (même implication personnelle), le dernier Dupontel (donc),… tout.
Moment de grâce mécanique, ivresse de la poésie rythmique, trucages sensas’ et acrobaties vertigineuses, Buster (sans Artbuckle, dépressif à mort) livre un opus de plus pour compléter sa légende. Le pauvre projectionniste se voit, dans le film qu’il passe en salle, revivre en vainqueur la réalité qui lui fait défaut (une sombre histoire de gonzesse, de père et d’affreux moustachu) et devient un maître de l’intrigue, un héros de belle trempe, transformiste et cascadeur, pugnace et destructeur. D’une partie de billard virtuose (la boule 13 est une bombe) à la poursuite finale, digne donc de 007, en passant par des voltiges sur wagons roulant (un numéro qui lui flinguera les cervicales pour la vie !) et le grand numéro motocycliste, Keaton expérimente alors toutes les formes d’entertainment à bolides, à escamotages, à destruction, à jubilation.
Un enchantement, déjà auto-questionnant (le 7ème Art mis en abyme), presque aussi bon que (le prodigieux et cataclysmique) Cadet d’Eau Douce, c’est dire !
Buster Keaton (1924)

Mortuary

mortuary

Reprenant in-fine le motif contextuel du labyrinthe grotesque (avec son tueur débile et enfantin sous les cicatrices et les difformités (le monstre joué par Wayne Doba ou Leatherface), qui fit le succès de Funhouse ou de TCM 2, remettant à mal la cellule familiale (et sa maison) en tentant de sacrifier again la puînée (Poltergeist), Tobe Hooper, miraculé, renoue avec le meilleur de son œuvre, ironique et sincère, 20 interminables années après.
Mêlant gothique de circonstance (un funérarium et son cimetière), fugace instantané sociétal (le mal-de-vivre de la jeunesse buffy-gothique locale appuyé par des jeunes acteurs castés habituellement dans la teen-comedy opposé à l’errance philosophique des parents contemporains de Woodstock) et zombies hystériques (une première dans le champs lexical du réalisateur !), le film parvient à installer son mood et sa trame (un peu too much et éculée d’un point de vue « mythologie de l’horreur») et d’entretenir un parfait équilibre en 1er et 2nd degré, au point de rendre l’entreprise tantôt malaisante et craspec, tantôt frénétique et funny.
La mise en boîte se montre en outre suffisamment soutenue et soignée pour laisser croire que Mr 1st Shot-Only Shot va enfin rompre avec sa (regrettable) légende !
On ne tient pas un chef-d'oeuvre, non. Mais un vrai film d'artisan, plein de soin et d'envie, oui.
Tobe Hooper (2005)

Reeker

reeker

Ayant un enclin plus net pour les œuvres intenses et personnelles (auteurisantes ?) que pour les productions de petits malins, roublardes et poseuse, cette nouvelle mouture de creepy 00’s lorgnant dans le rétroviseur 80’s n’a que peu pour ramasser nos aveuglés suffrages. Car s’il on lui reconnaîtra un certain savoir-faire et un sens empathique de la mise en place - la rapprochant en cela d’un Wolf Creek -, si on appréciera ses déviances gore, graphiques et impactantes, on ne saura se réjouir de sa multiplication stérile de registres (amorce choc, développement mi-slasher mi-TCM-like (un aveugle pour un fauteuil roulant ?), acmé monstrueuse (tendance Jeepers Creepers)… puis didactique twist final à la Amenabar, voulu smart and clever), affadissant le tout par excès de roublardise gratuite. Par ailleurs le modus operandi du «tueur à la foreuse», précédé par son haleine fétide et numériquement envahissante, ne porte guère ce dernier aux meilleures places du hall of fame des killers hypnotiques.
Mais enfin, entre cauchemar sanitaire (Cabin Fever), drame cruel (Wolf Creek again) et massacre en règle (La Colline a des Yeux), ça craint toujours au XXIème siècle de poursuivre la route au-delà the last gas station…
David Payne (2005)

Enfermés Dehors

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Lorsqu’il ne tombe pas en ricanant dans la marmite à sousoupe sentimentaleuse (la rédemption du grand patron, et l’entier final globalement), qu’il ne balance pas du cartoon bruyamment vain (les collisions surjouées, surmises-en-scène, et sursonorisées), et qu’il n’enquille furieusement pas les provocations à tous les étages (les scènes théoric-trash du sex-shop, à l’utilité peu claire), le dernier Dupontel flirte avec quelque chose de, bien qu’iconoclaste et vite épuisant, vraiment réussi (pour une fois).
Une Keatonnerie sous Libéralisme (et colle-scotch), du DinoRisisme à l’heure des multinationales, un mix Boudu-Robinhood pour friches industriels, pour no man’s lands de ZAC.
L'anxieux garçon hypercatif compose à la fois ici son meilleur personnage et son meilleur film, une fois quelques tics dépassés (photo de Debie, un temps trop gasparnoèsque,
velléités de séquences à la JP Jeunet (sa Marie vaut bien Amélie, en plus punk),
les Deschiens dans leurs étroites œuvres (ils prennent corps, enfin !, à mi-chemin),
et casting rameutant large l’alter-comédie (Berroyer, bande à Baer, celle à Deschamps, celle à Groland),
et propose quelques instants de grâce, que ce soit dans sa Cour des Miracles de SDF, ou pendu à une antenne télé, tel un Harold Lloyd déglingué.
Aussi énervante que touchante, la parabole extrême, généreuse et énervée ferait-elle davantage mouche qu’il n’y paraîtrait ?
Albert Dupontel (2005)

Ah ! Les Belles Bacchantes...

ah les belles bachantes

Fort peu cinématographique, cette suite de sketches de music-hall peine à trouver un rythme et une forme adéquats pour soutenir l'attention du spectateur du XXIème Siècle (script inexistant. numéros d'acteurs souvent ridicules (Raymond Bussières et sa grosse, Robert Dhéry et sa directrice, Colette Brosset et son tutu) ou particulièrement vains (Francis Blanche, Jacques Jouanneau),...)
La chose fut certes "le premier burlesque français en Technicolor", et ne se montre jamais avare en (menues) poitrines et lestes gambettes du Crazy Horse (d'où un certain impact et une certaine réputation alors), le titre ne se laisserait gober que grâce aux interventions moustachues d'un de Funès naissant, tout en grimaces et imitations de volailles, ... finalement indigestes.
Flûte alors.
Jean Loubignac (1954)

Revolver

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Ayant systématiquement recours à un ésotérisme bavard, à solliciter le plus prétentieusement du monde la mythologie du gangster, à citer à hue et à dia les sages et les philosophes, Guy Ritchie, pourtant drôle et plutôt plaisant autrefois, semble prendre le train fumeux et compassé des Matrix et offrir la contribution qu’aurait pu fournir eux-mêmes les frères Wachosky s’ils avaient réalisé Casino ou Goodfellas.
Caricatural, poseur, ivre de sa propre et fumeuse faconde métaphysique, didactique, alambiqué et vite chiant (la Luc Besson’s touch ?), peut-être l’interminable production (les 45 dernières minutes sont inbouffables !) lorgne-t-elle aussi (une fois de plus ?) vers ce que Tarantino sut faire avec grâce dans Kill Bill et d’autres (usage de la japanim’, montage non linéaire, … et ces nom de Mr Green et Mr Gold ?!), et aussi vers le classieux puzzle mental d’un Synger première main (Sam Gold = Keyser Söze ?)…
Quoiqu’il en soit, Revolver en main, le film vise ici, vise là et vise encore… sans atteindre aucune cible. Ni jamais faire mouche.
Guy Ritchie (2005)

Le Cerveau qui ne Voulait Pas Mourir

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Cormanade plus qu’EdWooderie, cette Frankensteinouille (ou, si on la prend par son côté le moins gothique, cet avatar de l’Herbert West, Réanimateur de la nouvelle Lovecraft (in Dagon)) frottée aux « épices » des softies et des nudies (le ton (surtout lors des séquences à pépées, of course !) cousine avec les premiers Russ Meyer) s’intègre autant au courant cérébral-SF de l’époque (du Cerveau de la Planète Arous (1957) à celui de Donovan (La Femme et le Monstre, 1953) en passant par l’improbable et nanardissimement télévisuel They Saved Hitler’s Brain (?!, 1963)) qu’il se pose en flagrant inspirateur de certaines et savoureuses déviances 80’s (Henenlotter, Gordon donc) ou d’œuvres plus ambitieuses encore, le romantisme démembrée de quelques titres de Tim Burton (dont on sait officiellement le goût pour la cheaperie SF) se faisant un stylisé écho à toutes ces présentes abracadabranteries anatomiques. Le film opère à sa mesure, sans jamais ambitionner plus qu’il ne peut (on appréciera l’ellipse maousse des 45 minutes centrales, évacuant le sujet-titre principal pour s’engager dans la quête interlope (et fauchée) d’un corps de femme idéal) et distille un certain charme et quelques menues audaces (du gore N&B ?!).
Mais, à moins de nerderie forcenée, de chasse au culte ahurie, difficile de bramer à la pépite non plus, les aminches (rassurez-vous !) …
Joseph Green (1959)

Les Noces Funèbres

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Qu’il est embrassant de pérorer sur un Burton de plus, nous qui l’avons tant chéri et tant ce dernier opus s’avère pourtant superfétatoire. Puisqu’il nous dit ce que l’on sait déjà, donne à voir ce que nous maîtrisons désormais et s’enrobe d’une joliesse gothique-cartoon qui ne parvient plus à nous surprendre, affranchi que nous sommes.
Oui The Corpse Bride est très joli, macabre et émouvant, romantique et ciselé, onirique et fort d’une poésie à nulle autre pareille. Mais.
Mais pourquoi donc la magie n’opère-t-elle plus (ou moins) ?
Est-ce la faute de redites, celle d’un conte bien campé sur ses rails certes alternatifs mais roulant à toute blinde, aveuglément ? D’où vient ce goût de déjà-bu ? Cette impression que le film n’est qu’un prologue atmosphérique, un contexte victorien, une mise en place avant que les choses ne commencent vraiment ? Pourquoi les personnages nous semblent-ils plein de promesses et n’en tiennent aucune ? Pourquoi aucun personnage n’est « empêché », le récit se déroulant sans véritable heurt (ni tiroir) ?
Pourquoi certains titres d’Elfman sonnent ici à nos oreilles comme une paresseuse auto-parodie ?
L’âme devenue système, sans doute, les motifs tournant gimmicks.
L’univers désormais désenchanté par le GPS et le Guide du Routard : les mêmes adresses, autrefois fort bonnes, avec juste le prix qui change.
Et les lauriers faits malheureusement couche ?
Tim Burton (2005)

Robots

robots

Même s’il ne parvient jamais à la cheville boulonnée d’un Pixar (Cars en tête !), cet opportune 3D prod de la Fox se sort du cambouis avec de relatifs honneurs.
En cause principalement une facture graphique de haute tenue (même s’il est plus évident de traiter par ordi des êtres tout de métal que le poil soyeux de Sully dans Monsters Inc., la réussite demeure notable) et un ton plutôt amusant (des pastiches et clins d’œil (d’Oz et Gene Kelly à Brtitney Spears) émaillent régulièrement le métrage), qui permettent de porter plus que ce qu’il aurait été possible un script un peu léger (énième épisode naïvement initiatique), doucettement nostalgique (« c’était mieux avant », même chez les robots !) et faiblement articulé (ellipses, invraisemblances et abandons pullulent !).
On s’intéresse au monde complet, Metropolisien et ModernTimesément Chaplinesque plus qu’à la trame et au sort de chacun des personnages (et pour cause !), on ricane aux vannes potaches et on s’émerveille aux mécaniques de Grand Huit du système de transport local… mais le gros jouet, bruyant et coloré, ne dépasse pas vraiment son stade d’innocent toy (contrairement aux œuvres de Lasseter !) et on le range donc –l’oubliant même un peu ?-, aussitôt qu’on nous appelle pour le goûter.
Chris Wedge & Carlos Saldanha (2005)

Zazie dans le Métro

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Multipliant les solutions graphiques et cinématographiques pour offrir un légitime et approprié écho à la prose tarabiscotée de Queneau mais aussi au chaos hystérique de la vision d’une enfant dans une ville elle aussi pithiatique et grotesquement auto-prédatrice, le travail de Louis Malle à l’occasion de cette adaptation Zazienne, alterne une avant-garde psychédélique spectaculaire, proprement cartoonesque (héritage de Chuck Jones et Tex Avery mais annonciateur de Benny Hill, des Monty Python mais aussi d’une certaine manière des Tati urbains (Playtime, Trafic)), avec une emphase théâtrale gonflée, un lyrisme régulièrement ridicule (mais n’est-ce pas le jeu ?) et gourmand à la fois (la superbe séquence en Tour Eiffel).
S’enchaînent frénétiquement portraits lapidaires, vignettes outrées, scènes improbables et séquences accélérées, sans tête ni queue, épuisantes à l’œil et fatigantes à l’oreille mais avec une vraie résonance sociétale et générationnelle. Conflit générationnel, confusion des mœurs, désordre urbain, terrorisme du tourisme et des loisirs, incommunicabilité contemporaine, tout passe au pétaradant moulinet du cinéaste.
La chose, aussi audacieuse soit-elle a certes vieilli, et son radical systématisme formel (grosse contribution artistique de William Polly Magoo Klein, assurément !) pourra user des patiences et des tempéraments même initiés. Il n’en demeure pas moins que cet ovni cinématographique impacte méchamment et que si Zazie confesse avoir vieilli en un week-end parisien, nous nous avons été proprement terrassés !
Louis Malle (1960)

Panique dans la Rue

panic

C’est par le biais d’un réalisme tout italo-rosselinien (point de rassurant studio hollywoodien, ici on s’immerge !), d’un contexte social exacerbé (marins et dockers fauchés, immigration clandestine, bouges miteux) et d’une métaphore lourde (et plutôt anti-communiste) qu’Elia Kazan nous entraîne dans cette course-poursuite paranoïaque, cette traque d’hommes contaminés par un fléau amené par des émigrants illégaux d’Europe de l’Est : la peste (rouge ?).
Mais malgré d’apparents gros sabots (surtout présenté ainsi !), le titre se nimbe d’une véritable ambiguïté, volontiers fascinante et pas si éloignée de la Pandora’s Box d’En 4ème Vitesse, puisque cette « peste », ignorée par les malfrats, est suspectée d’être un « trésor » (ils ne comprennent pas pourquoi on cherche à retrouver le petit truand Prodi, contaminé, et pensent cupidement que c’est parce qu’il a un truc « spécial», et veulent du coup le récupérer aussi !). Par ailleurs, le vrai trouble de conscience du docteur aux Affaires Sanitaires, à la petite vie tranquille et mignonette, contraint de se frotter à une certaine et sordide réalité de la société américaine n’est pas inintéressante non plus.
N’en demeure pas moins, malgré de régulières qualités visuelles et rythmiques (le casting aussi s’en sort très bien, de Widmark à Mostel en passant par le terriblement magnétique (et terrifiant) Jack Palance), et un ton globalement très désenchanté, une patente naïveté d’époque dans la si classique représentation triangulaire des pouvoirs sollicités (Science/Police/Presse) qui rend parfois les choses un peu nano-nanettes.
Mais un magnifique final sur les quais clôt l’affaire.
Elia Kazan (1950)

Card Player

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C’est sur une BO technoïde du plus navrant effet (on est là plus proche de Robert Miles que de Squarepusher !) – que l’héroïne interrompt radicalement in fine – et installé dans une esthétique hésitant entre Julie Lescaut et NCIS (la photo de Ben Debie a su se montrer plus inspirée (Innocence, Calvaire, Irréversible)), que Dario Argento offre une nouvelle et tiède mouture pas même sorti en salles françaises !) de l’éternel giallo transalpin, qu’il travaille et retravaille sans cesse.
Or, au lendemain de son Sang des Innocents (aux allures florilèges du Femme Fatale pour B.dePalma) de très honnête facture, quoi faire de plus, qu’entreprendre de neuf ?
Très sobre dans son contenu et dans sa forme (un épisode des Experts vous remuerait davantage !), peu finaud dans ses ressorts psychologiques ou ses articulations scénaristiques, fadement campé (Stefania Rocca fait ce qu’elle peut, mais il y a peu à faire, et Sylvio Muccino (petit génie du poker échappé de Pulsions ou de WarGames) semble avoir été choisi pour sa seule ressemblance avec David Hemmings (Profondo Rosso)), et régulièrement ridicule (le monde du gambling et la sphère internetisante sont assez piètrement représentés (et le final est rigoureusement grotesque !)), le film n’offre de qualités que comptables et historiques : de combien de manières l’autrefois baroque romain rongera-t-il son os (demoellifié), en attendant le Grand Œuvre promis (le troisième volet « Mater » devant succéder à Suspiria et Inferno) ?. Les petites marques argentesques sont certes bien présentes (fétichisme intrinsèque du giallo, motifs voyeuristes (reflets, écrans, caméras), trahison environnementale du coupable (dont l’identité est finalement et toujours peu importante) après contrarié modus operandi de l’enquête (et implication personnelle de l’enquêteur)…), mais au service de quoi ? Je vous le demande.*
Dario Argento (2004)

* L'influent et focalien Marquis tente courageusement ici d’y répondre,
… sans être toujours parfaitement convaincant.

V Pour Vendetta

V-For-Vendetta-Posters

Un Batman (ou un X-Men) réalisé par le David Fincher de Fight Club s’avérerait plus subversif, l’efficacité cynique et hargneuse d’un Verhoeven circa-Starship Troopers eut permis de ruer autrement dans les brancards… autant dire que ce faux prototype du blockbuster conscientisé, bavard et épuisamment didactique (une constante chez les Wachos’ !), n’offre en somme rien de l’audace vantée (tout en flirtant éhontément avec le romantisme d'un Phantom of the Paradise qui s'ignore ?). Tout au plus un trouble généré par la dimension pro-terroriste et mégalomane (gros culte de la personnalité !) mollement questionnante nimbant l’interminable affaire, et promptement dissous toutefois par excès de mythologie péniblement évocatrice (genre history repeating) et de symbolisme balourd (à en regretter le sibyllin minimalisme parfois fumeux de quelques perles de SF mid-70’s).
Survit tout juste à l’affaire un héros certes graphiquement imposant mais régulièrement ridicule, à l’ironie tout sauf mordante, et –heureusement !- un vague contexte socio-politique (les relations Gouvernement - Médias - Police) qui, pour n’être guère inédit, prend suffisamment pour ne pas renoncer au visionnage de l’outrageusement ambitieux thriller SF.
Débordant encore de pathos politique, volontiers simpliste et naïf (la stérile complexité n'est, encore une fois, que cache-misère d'escrocs (la longue séquence de torture mentale "éradiquant les émotions")), ou de charges gratuitement bouffe-curés, le tout vendu pour de l’épaisseur anti-facho et de la saine ambition (aux côtés desquels les liminaires saillies d’un Costa Gavras passeraient pour du Pierre Tchernia tandis que celles de JP Mocky pour les plus naturalistes et immaculés Walt Disney), la principale qualité de cette production n’est guère et intrinsèquement philosophique, décidément non, mais bien qu’elle soit parvenue à être financée dans l’Hollywood que l’on sait (le film, se passant en Angleterre, est cela dit européen à plus d’un titre (et pas seulement de casting) !)...
Alors une œuvre ? Loin s’en faut (c'est un peu comme si JP Jeunet s'entichait d'un remake de 1984 !). Mais une brèche, certainement…
James McTeigue (2005)