Titanic

De 44 ans précédant l’autre, là, çui qu'on nous ressort en 3D (occasion d'ailleurs pour moi du rattrapage !), on s’inquiétait déjà des affaires de classes entre 1ères raffinées et fonds de cale à bruyants espingouins avant que le grand glaçon ne vienne noyer le sirupeux cocktail transversalement (et artificiellement) social.
Plus mélo que catastrophe, le titre de Negulesco souffre par ailleurs (et malgré l'élégance légendaire de ce naufrage, du concepteur Andrews au magnat Guggenheim, engloutis avec classe) d’un flagrant et envahissant excès de dignité, d’héroïsme un rien ridicule et de manières un poil surannées, pas toujours en phase avec le contexte dramatique du tragique épisode.
Ainsi Barbara Stanwyck, affectée, trottine de mine en mine tandis que Clifton Webb (de 18 ans son aîné) surjoue le dandysme vieillissant, nuançant à peine le trouble qui devrait l’assaillir (il apprend à bord que son fils n’est pas le sien et le rejette catégoriquement jusqu’à ce que l’ultime et imbécile bravoure les rapproche avant le grand bain). L’amourette de rigueur est celle vécue du bout des lèvres par le couple Wagner-Dalton, bien timoré (en regard des Jack et Rose de Cameron), et les amoureux seront bien sûr préservés, grâce à la ridicule maladresse du godelureau à grosse casquette.
On préservera d’ailleurs le spectateur jusqu’au bout de tout macabre émoi, évitant de lui montrer le moindre corps, et préférant lui faire entendre le chant repris par les derniers passagers, condamnés stoïques, et s’enorgueillir du nombre des survivants plutôt que de placer la caméra en direction du supplice humide et frigorifiant que vécurent les plus nombreux sacrifiés : ici, point de panique ni d’hystérie, on se noie dans l’eau glaciale sans broncher, les yeux droits dans ceux du Seigneur… et la pochette réajustée ! Too Much Class Kill the Class ?

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Titanic, 1953 - Jean Negulesco, canonné par Mariaque.

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