Tirez sur le Pianiste (1960)

Tirez_sur_le_pianiste
Ruptures de ton, dramaturgie prétexte, montage nerveux et inventif (l’inattendu karaoké sur Boby Lapointe !), mood unique,… s’il on est en quête à cette aube des 60’s d’un cinéma libre et décomplexé, léger (ce qui n’empêche pas d’être grave), stylisé et sensible, implacable et désinvolte à la fois, sûr qu’on en trouvera une belle portion au cours des 80 minutes renversantes de ce Pianiste sur lequel on nous invite arbitrairement à décharger.
Résolument moderne (on pense un peu au Godard d’A Bout de Souffle et d’Alphaville), en parfaite rupture avec le franchouillard polar à la papa (qui compte quand même de fichus grands titres, pas ?), ce second long de Truffaut se pose comme un vibrant hommage au bouillonnant cinéma américain (et la pulp-littérature qui lui est liée), celui d’Aldrich et quelques autres grands nerveux désenchantés.
S’ouvrant sur une séquence renversante (15 minutes anthologiques à l’énergie inédite) où un type poursuivi par des tueurs se heurte à un bec de gaz et, relevé par un passant, se met à théoriser tout à trac sur le mariage et les femmes dans la vie, le film enchaîne tous les quarts d’heure sur un autre morceau de choix (le dialogue automobile le temps d’un kidnapping (les deux malfrats, absurdes et bavards sont un sommet d’absurde aussi ironique qu’inquiétant (à croire que Frank Miller s’en est inspiré pour Fatman et Little Boy, les hitmen logorrhéeux de Sin City), le flash-back sur la tragique destinée du pianiste Saroyan, le final enneigé comme un sacrifice résigné) et vous laisse étourdi tandis que Charlie Koller reprend au piano le thème éternel de Delerue, hagard et aussi paumé qu’au début, décidément marqué, comme dans toute Série Noire (et plus particulièrement encore chez David Goodis !), par la mouise, la scoumoune intégrale.
Du nanan dans le Genre, un exercice de haute-voltige, pur matériau pour les Frères Coen en somme (qui doivent kiffer grave le film !).

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Tirez sur le pianiste, 1960 - François Truffaut, canonné par Manchec.



2 commentaires:

Jen a dit…

Je ne peux que m'incliner face à cette brillante critique, de ce film qui reste un de mes préférés de Truffaut.
Bravo !

Anonyme a dit…

Pour le coup, je te trouve bien indulgent.
Pour la petite histoire, Boby Lapointe a été sous-titré à la demande du producteur.

Krapulax