Mondovino

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Apparemment moins frontal et moins « truquant » que Michael Moore, Jonathan Nossiter parvient à proposer un docu « à charge » (la mondialisation, la globalistaion et ses suppôts vinicoles (un journaliste trop influent et potentiellement partial, un œnologue monopoliste et écœurant d'autosatisfaction, un magnat californien assez sobre dans ses propos, moins dans ses actes et ses démonstrations)) sans trop nous donner l'impression d'imposer un encombrant et franc manichéisme (ce qui serait pourtant aisé, tant l'univers décrit nous est étranger (je ne connaissais pas même les Mondavi !)). Néanmoins, avec plus de talent que de nette pédagogie, il parvient à passionner même les plus néophytes d'entre les palais, ceux-là même qui ne ferait pas la différence entre un grand Bourgogne, un Bordeaux artificiellement oxygéné et un Coca Zéro. La forme baguenaudante (on passe d'un sujet à un autres sans guère plus d'articulation, pour y revenir et, parfois, le réabandonner) offerte par le montage impose certes une attention de tous les instants mais aussi une souplesse intéressante, humaine, chaleureusement antididactique et finalement payante: on n'est pas là d'oublier d'oublier le vieil Hubert de Montille et mieux: on rêve de goûter séance tenante un de ses Vaulnay !
Jonathan Nossiter (2004)
Voir aussi ça

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L'Amour Six Pieds Sous Terre

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Vu au début de l'été, je crois me souvenir que la chose m'avait plutôt amusé, insaisissable et iconoclaste qu'elle se montrait (voir autant l'inédit casting contremploi-esque (Naomi Watts est bien loin des collines Lynchiennes ou du contemporain puits Nakato-Verbinskien !) et le mélange des genres qu'elle s'impose: comédie macabre, musical). Mais puisqu'il ne m'en reste cependant rien quelque semaines plus tard (un truc entre Six Feet Under et La Souris ?), que les plus pugnaces se reportent à la note de DevilDead sur le sujet...
Nick Hurran (2002)

Entrons dans la Danse

Mineur,
bien qu'offrant la double anecdote d'être le tardif, ultime et unique rassemblement coloré du duo Rogers-Astaire et l'occasion de découvrir le jeune et exilé Jacques François (campant ici un glacial et volontiers flatteur Jacques Pierre Barredout, dramaturge coincé du cul (l'évocation de cet épisode dans les mémoires de l'acteur est assez savoureuse (comme l'ouvrage en son entier hautement recommandable, à l'instar (car du niveau) des Mémoires de George Sanders !))
et proposant, au détour d'une intrigue que n'épice véritablement que les réparties d'Oscar Levant, un authentique morceau de bravoure (la délicieuse (et disneyenne !) séquence des dancing shoes),
ce titre était à l'origine prévu pour Judy Garland, que la production écarta finalement pour ses hauts et bas barbiturico-dépressifs
et souffre spectacuairement des principaux griefs souvent faits à la comédie musicale hollywoodienne (à commencer par ici, la preuve là).
Seuls les grands titres du genre (Singing in the Rain, Silk Stockings) parviennent ainsi à user des instants musicaux pour véritablement servir le script, épauler la narration ou illustrer subtilement l'évolution des caractères. Ici, malgré quelques tentatives éparses (la chorégraphie sur They Can't Take That Away From Me, écho private-jokeux en outre à L'Entreprenant Mr Petrov), les parties musicales sont balancées assez platement, fussent-elles pourtant enthousiasmantes, à l'instar des saillies du compositeur Ezra Miller (le toujours savoureux Levant, donc) ou des parties théâtrales (Rogers déclamant, dans la peau de Sarah Bernhardt, une Marseillaise nasale et sur-aiguë s'avère cependant d'un ridicule assez revigorant (quand bien cela ne !) sans jamais vraiment gommer non plus une encombrante morale mâtinée de pygmalionnisme mou: le fichu époux aurait donc bien raison (il lui fait même dire avant de virevolter sur le canapé final !) de vouloir étouffer les aspirations de sa femme !
Charles Walters* (1949)

*dont on se languit de voir l'High Society
(un peu plus que le pourtant successfull Parade de Printemps)

Déjà Vu


De Retour vers le Futur à L'Armée des 12 Singes (et son modèle Markerien La Jetée) en passant par Fréquence Interdite, la réflexion morale, éthique, sur l'impact du voyage temporel est un dada hollywoodien que quelques-uns en face avec moins de dollars en poche mais autant d'imagination, parmi nous autres, partagent sans modération.
Toutefois, en nous enmanchant le dernier Tony Scott avant son Pitteux ouéstèrne, dont nous ne savions que peu, le prenant même avec aigreur anticipée pour une Denzelerie de plus (un syndrome proche de la Freemanade, non ?), nous ne pressentions pas que l'affaire allait tourner sur ce postulat science-fictionnel et que, pire, il serait l'argument énhaurme et envahissant qui devrait servir de colonne vertébrale. Ainsi là où nous attendions un thriller efficace et, possiblement, biaisant son surcalibrage (façon Hostage avec Bruce Willis, un autre type frappé du virus monomaniaque que celui cité plus haut (mais dans son versant héroïco-WASP)), nous découvrions un objet assez ambitieux (pas toujours un compliment !), un rien trop alambiqué (un gros et démissionnaire laïus technique central est à s'envoyer (genre Matrix) pour gober et piger la suite du métrage), gaulé étrangement (la mise en place est nettement supérieure au développement (malgré une ahurissante course poursuite entre deux espaces-temps distincts) et annihile un final qui ne suscite pas la moindre excitation (sans parler de sa discutable vraisemblance, même dans la logique imposée par l'argument time-travelleux du film).
Demeure une affaire le cul entre deux eaux mississippiesques, évoquant quelques Badhammeries bien 80's (Adam Goldberg, tout barbu, semble ainsi échappé de Wargames) autant que de fades thrillers plus blockbusterément contemporains, et un avis sur la chose... aussi instable.
Tony Scott (2006)

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Le Corbeau

Bien mignonne cette joute à cabots (seul Nicholson encore jeunot ne s'embarque pas dans le concours (les années 80 viendront plus tard pour le laisser jouer à son tour exagérément du sourcil !)), entre trois vieux spécimens à pedigree ad hoc. L'œil en accent circonflexe de Vincent le dispute aux yeux roulant sous bosse de Peter tandis que Boris, donné comme le monument par la distribution des rôles, acte aussi autoritairement qu'il peut sans ses écrous aux tempes*... Pas de place à l'infra-jeu, donc, au non-dit, ici on théâtralise un max, risquant le claquage lors des morceaux de bravoure (la première rencontre entre l'oiseau (Lorre en fait) et Price, le duel de magie entre les deux sorciers, festival d'effets spéciaux délicieusement ridicules).
C'est gothique (même si un soin supérieur dans la réalisation aurait été bienvenu), c'est désuet, c'est souvent drôle (parfois involontairement mais souvent parce que souhaité) et inédit en ce que rarement Poe n'a été traité sous ce burlesque biais... c'est exactement ce qu'on vient chercher en somme: Corman ne nous ayant jamais menti sur la camelote.
Ah si ? Presque tout le temps ? Pardon, je voulais dire quand on connaît le bonhomme...
Roger Corman (1963)

* il sera invité à poursuivre encore deux jours durant
ses performances vieillies sur le plateau,
Corman ayant entrepris de tourner, avec Boris et Nicholson,
The Terror sans plus attendre...
... mais sans scénario non plus !

John Rambo

Ce qu'il y a de « touchant » chez Rambo (et plus encore aujourd'hui, à 60 balais passés), c'est l'alter-ego artistique qu'il représente au fond, pour son créateur Sly.
Voilà un type (Rambo/Stallone) qui a fait ses preuves incontestées dans un domaine, dans une défroque qui lui attira autant de lauriers (dollars et mythologie) que de volées de bois vert (critique, etc.), et qui regimbe à retourner au combat faire cela même pour quoi il est le plus fameux... Rambo est condamné contre son gré à se rendre sur tous les théâtres orientaux (Vietnam, Afghanistan, Birmanie) de barbaries génocidaires, où ses « talents » font bigrement mouche, tandis que Sly ne peut, lui, s'abstenir, aux yeux de son public, de reprendre le bandeau dans les cheveux et la kalashnikov... sa touch inimitable). Le rêve flash-backeux que le héros fait d'ailleurs à la fin de la première demie-heure résume assez bien ce noeud gordien: Sly/Rambo continuera(ront) à souffrir tant qu'il(s) n'acceptera(ront) ce qu'il est(sont) profondément.
Cependant, l'humilité réaliste du premier opus, sorti voilà 26 ans (manipulant autant le feel-bad movie politique que le survival le plus fruste), fut bien vite relayée par un révisionnisme discutable, un héroïsme busho-reaganien qui posera vite problème (les GI filant en Guerre du Golfe pour faire comme leur modèle à sale moue)... et aujourd'hui une ambition humanitaire bien simpliste et bien ramenarde, finalement aussi embarrassante que le reste (flattant un brin trop l'ingérence édictée comme valeur philantrope). Certes les Twin Towers sont tombées depuis, le FPS a fait ses preuves sur toutes les consoles du monde et Jack Bauer lutte en 24 heures et au mépris de toute éthique contre le terrorisme mondial toutes les semaines sur le petit écran (on notera d'ailleurs la présence dans le casting de Paul « Ryan Chappelle » Schulze) mais ici rien ne change vraiment, que le mood (qui perd ici, hélas !, en épique !) ou les « scènes (de crimes massifs) »: argument minimal malgré ici une surcontextualisation ridicule (junte birmane et évangélistes US s'en prennent plein la glotte), extrême cruauté, violence graphique à la gratuité surgoresque la plus désolante, manichéisme sommaire et racisme latent, réflexion en low mode (aphorismes de bazar et parfaite absence de second degré (on aime d'habitude, là étrangement ça angoisse !)), ... splendeur et décadence d'un genre, d'un personnage, d'une carrière...
Alors oui, tout ça empeste du goulot, mais dans cette carnageuse haleine fétide est né et demeure un mythe. Intact, malgré les scories. Indiscutable, malgré les défauts.
Sylvester Stallone (2008)

Le Gendarme à New-York

Pas moins de trois Fufu au box office français de 1965 (l'année du Corniaud et de Fantomas se Déchaîne) ! L'acteur est alors au sommet de sa gloire et le plus foireux de ses titres (car ce Girault-là en est un !) se voit porter au pinacle par le public, qui se tape un peu hâtivement sur les cuisses, dés qu'apparaît le képi de Cruchot.
Pourtant comment expliquer que malgré le caractère poussif, hystérique, poujadiste, superflu, rance, essoufflé, spectaculairement patent de ce deuxième opus maréchausso-tropezien, celui-ci, nonobstant, se hissa si haut (distançant nettement l'autre douteuse et promptement épuisée série des Don Camillo (en Russie, lui, la même année !)) et fit le bonheur du benoît amateur de comédie populaire ?
Comment, remplaçant pour une minute le placide et peu regardant fan à Fufu, l'exégète forcené parviendra-t-il à soutenir la présence ici d'une vraie mécanique comique (telle que chez Oury), à nous brandir sous le nez un propos droit dans ses bottes, un trame vaillante, un argument tenant la route et dépassant le simple (et bien paresseux) choc des cultures (truc simpliste, flirtant toujours avec un certain racisme poli), à nous convaincre qu'on tient-là un sommet de l'énergie chorégraphique ou une démonstration de plus des enjeux hiérarchique et socio-culturels qu'on pouvait concéder au premier épisode de la saga à sifflet ? Car usant de stéréotypes plus qu'outrés au point de gagner l'exsangue (les rares clins d'œil un peu vivaces sont étirés sur une longueur les annulant (cf. le West Side Story à l'entrecôte)), comptant trop sur des ressorts comiques laissés pour morts et sur des articulations dramatiques plus que lâches, le film s'en remet à une poignée de numéros pour le moins inégaux, même si parfois miraculeux (l'aveu masochiste des gendarmes nostalgiques de l'injuste discipline et de l'ingratitude hexagonale en regard de leur sacerdoce) mais surtout piètrement transformistes ou stupidement obscurantistes (la navrante séquence psychanalytique)...le tout caressant toujours son audience autosatisfaite dans le sens du poil (quels cons ces américains qui mangent mal et qui ont des médias si peu dignes et regardants !).
Et, last but not least comme on dit aux stéhitses, la chose est encellophanée avec une paresse formelle confondante (quelques plans sont à sauver tels ceux, inauguraux, sur les cantines des maréchaux) et un manque de sérieux assez évident... qui n'empêchèrent pas ni les rires des gamins (assez légitimes) et de leur parents (moins), ni la pugnacité de l'équipe, qui nous en recollera, ad nauseum, pour quatre livraisons encore...
Jean Girault (1965)

NB: un contre-avis ici, pas idiot du tout, voyant sans doute avec autant de bienveillance que d'acuité ce que nous ne sommes plus à même de voir...

Smiley Face


Si, au cours des causeries dont vous abreuvez à la moindre occasion (moi je ne manque jamais de le faire !) votre entourage toujours friand (à tout le moins le croyez-vous), vous condescendez à décréter After Hours le pire des Scorsese (moi je ne le fais pas), d'une même tempêtante voix que vous assurez aux benoîts et aux incrédules que Jay & Silent Bob Contre-Attaquent ou Eh Mec ! Elle est Où ma Caisse ? relèvent du navrant crétinisme potacho-US le plus congénital qui soit, évidemment vous faudra-t-il faire l'économie, c'est plus sage, du dernier Araki en date, plus frivole qu'à l'accoutumée (j'n'ai pas vu le réputé (et) boullifiant Mysterious Skin).
Virée tripée à l'argument lapidaire (qui ne tient d'ailleurs pas son heure vingt) et volontiers nerdique, le titre est en outre offert sous une forme (voulue ad hoc) roublarde et branchouille (elle est pourtant déjà fatiguée depuis Roger Avary rendant visuelles Les Lois de l'Attraction !) et tenue à bout de bras par un gros numéro d'acting burlesque de la courageuse et surmimiquante Anna Faris (cadrée face gros plan les trois quarts du film).
Si la poésie (ni la finesse) ne semblera pas lovée aux proches abords de Venice (33ème Festival du Chanvre) et que les stéréotypes présentés ont la peau décidément bien trop dure (le geek fan de SF et de figurines amouraché de la coloc de son pote), quelques (trop rares) minutes offrent en revanche un décalage sociologique (façon Clerks) parfois plaisant (le débat sur le deal de beuh comme modèle du capitalisme ou de la redistribution équitable) ainsi que quelques (épars) moments plutôt bien troussés, entre slapstick sunshinant et cartoon paranoïaque (les seconds rôles ne sont toutefois guère construits...). C'est peu pour certains, las du gadget, c'est suffisant pour d'autres. Nous aurons, une fois n'est pas coutume, la souplesse (la mollesse ?) des seconds (un film qui colle du Ladytron et du Stone Roses dans sa BO ne peut toutefois pas être foncièrement mauvais !).
Gregg Araki (2008)

La Belle de Moscou

Sans jamais avoir vu Ninotchka (dont la présente production est le remake musicaleux) il est tout de même bien possible d'apprécier La Belle de Moscou pour ce qu'elle est (avoir vu l'indéboulonnable Lubitsch semblant d'ailleurs même altérer l'objectivité): une fichue bonne comédie musicale.
Sorte de lointaine Cendrillon chez les Soviets (un thème de Cole Porter va jusqu'à sembler relire une page de la partoche de Smith et Wallace pour le Disney de 50), truculemment anti-coco ("vulgairement" diront Coursodon et Tavernier in 50 Ans de Cinéma Américain) tout en stigmatisant la futilité hollywoodienne (les mirages glitterés du cinéma sont aussi moqués que la rigidité cartoonesque de la russie léniniste est raillée), sa trame un tantinet poussive, provoquée et solutionnée par ses trois « fées » du Parti (Bibinsky, Ivanov et Brankov (Peter Lorre, délicieusement achorégraphique)), est relayée par nombre de trouvailles plastiques et musicales (la progression des sentiments de Canfield et de Ninotchka Yoschenko est admirablement mise en ballets, l'acmé étant atteinte lors du célebrissime reversing strip-tease de Cyd Charisse, au mythique justifié) - fait suffisamment rare pour être souligné et loué plus encore.
Les caractères hauts en couleur occupant dans ce type d'oeuvre le second plan ne sont par ailleurs pas négligés, à l'instar de l'hilarante Janis Paige dans le rôle d'une star sirènique, alcoolique et la tête pleine d'eau (dans tous les sens du terme) ou du Commissaire aux Arts Markovich, pas plus que la prise (fort post-moderne) de l'air du temps n'est oubliée* (on singe (un peu gratuitement et avec un à-propos approximatif toutefois) le rock'n'roll naissant et on brandit le recyclage culturel comme un indiscutable étendard commercial).
Tardif Musical, quasi anachronique, fruit de la collaboration d'artistes doutant alors de leurs capacités (Astaire a vieilli, Charisse se sait réduite à une simple paire de guibolles et Mamoulian cherche un nouveau souffle), manipulant des thèmes douteux, réacs et limite méprisants, Silk Stockings brille ainsi paradoxalement de cette toujours touchante qualité extra-diégétique: d'être un (bel) animal blessé, un lion d'un autre âge (Hello Dolly ou Funny Girl feront pourtant sursauter un temps la dépouille), s'agitant avec plus de grâce que d'amertume, plus de sensualité que d'opportunisme, au rythme du drôle Siberia ou du touchant All of You.
Rouben Mamoulian (1957)

* Le contemporain West Side Story se montrant
bien plus à la page cependant.

Serial Mother

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Préfigurant sans conteste aucun de dix ans les femmes au foyer désespérées de Wisteria Lane, cette prime incursion du trashos Waters dans l'univers faussement aseptisé de la suburbia américaine (les fans hardcore d'alors craignant le pire niveau haute trahison !), qui gagnera en outrance jusqu'à la fort débridée Dirty Shame, est un joli morceau de cinéma conviant en son sein les Lyncheries les plus twinpeakseuses et les gravosseries d'un Russ Meyer les moins hypocrites (on pense aussi, d'une certaine manière au To De For à venir, sous l'objectif de Gus Van Sant). Fort d'un cynisme digne des Wes Craven les plus roublards (Matthew Lillard aura d'ailleurs un emploi goro-vidéophile pas si étranger que celui tenu ici, dans son Scream à venir), le titre fait la part belle à une Beverley Sutphin (Kathleen Turner, tout en force) qui ferait passer Bree Van de Camp pour une souillon démissionnaire: le moindre écart aux convenances, aux lois de la bienséances, et la barrée maman sévit, ciseaux, climatiseur ou gigot d'agneau en main !
On apprécie un temps le grisant roboratif de l'affaire mais, à mesure que la chose s'enormise, il est aussi évident qu'elle ne creusera jamais plus son propos, se contentant d'une potacherie sitcomesque de mauvais goût certes mais de regrettable surface. Les compositions sont d'ailleurs au diapason de l'impasse, Sam Waterson (meilleur chez Allen) n'en finissant plus de grimacer hébétément dans le vide tandis que quelques comédiens atteignent leurs limites plus vite qu'il ne faut pour le taper sur un clavier azerty (Justin Whalin, dans un registre coreyfeldmanien, est ainsi en dessous de tout).
Plaisant, taillé pour le culte, mais insuffisant.
John Waters (1994)

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Sierra Torride

Mariant les genres (comédie et ouéstèrne) tout en jouant la nette carte du post-modernisme (la pleine conscience des habituels caractères campés par les comédiens est pour beaucoup dans la complicité établie avec le spectateur), le toujours fréquentable Don Siegel (qui reprend là en fait un projet de Boetticher prévu avec McQueen et Bardot !) livre ici une sympathique pièce de road movie à mule et cheval (le titre original, comme l'entièreté des dialogues !, est bigrement affadi en français), traversée de minutes au masochisme accompli (la séquence des yanquis puis de l'explosif attentat sur train (le point d'orgue du film assurément, de l'arrachage de la flèche aux entraînements contrariés de tir)) et de secondes à la violence outrée (façon Peckinpah ?) mais toujours désamorcées par un humour du bourru le plus savoureux.
Toutefois si l'exposition est menée avec un brio et une immersivité notables, l'intrigue peine, patine parfois (le segment 50'-65'), collant paradoxalement trop aux lenteurs inhérentes à la pedestrie désertique. Le final pétaradant prendra en outre et enfin des allures de soufflé promptement dégonflé, malgré ses fulgurances graphiquement gore, le rapprochant un brin du pendant all'italiana du genre !
Le plus spagh des westerns américains, Sierra Torride ? La BO épatante du Morric' ne se chargera pas de démentir l'impression, toujours...
Don Siegel (1969)