Sans Arme Ni Haine Ni Violence

Parce que trop fantaisiste, parce que trop formaliste (l'ouverture split-screenée semble devenue le sésame de toute reconstitution 70's ?), parce que trop peu rigoureux le premier film de Jean-Paul Rouve manque son coche. Le garçon jouit certes d'un correct capital sympathie et son sujet également mais sans doute s'est-il un rien trop reposé sur ces chaleureux acquis (seule la dimension humaine de ses persos (même si l'ombre de ceux-ci n'est quand même pas franchement explorée) tient à peu près debout (encore que Gilles Lellouche, autre garçon très sympathique, ne surprenne que peu avec son faux journaliste à Match) autant que sur le succès (et la réussite) de productions telles OSS 117.
Film de surface, un peu trop malin et démonstratif (le pénible générique laloschifrineque), un peu trop léché dans sa reconstitution (un mal français dans le film de malfrats !*), un peu trop gratuit et nostalgique et sans doute trop grisé aussi par son propre exhibitionnisme d'acteur (les runnings allusions à Alain Delon semblent nous dire que Spaggiari avait tout d'un grand comédien), le projet de Rouve peine à trouver et ses marques et son positionnement, valse hésitant en outre dans ses enjeux et ses tonalités... la danse devenant alors sinon pénible au moins insignifiante pour le spectateur...
Sans Arme Ni Haine ni Violence... mais sans grand intérêt ni point de vue non plus (tiens ! nous voilà mûrs pour pondre des chapeaux dans les colonnes des hebdos moqueurs !).
Jean-Paul Rouve (2008)

* nous sommons Krapulax
d'intervenir à ce propos !

Les Chroniques de Spiderwick

Non content de monopoliser les rayons de librairie et les écrans de cinoche, le pénible binoclard Harry Potter (enfin, Azkaban (le #3), c'est pas si mal...) porte en outre l'odieuse responsabilité de tout un courant post-, de toute une descendance opportuniste mais aussi d'une râcheuse réhabilitation du courant proto-: remise en selle de Tolkien (Seigneurs des Anneaux et prochain Bilbo), Narnia, Terabithia, Croisée des Mondes, Eragon, Orphelins Baudelaire (les moins tocs peut-être ?), l'Arthur de Besson ou Spiderwick (même acteur principal, diable que l'offre est variée !), difficile d'ignorer l'envahissante scène, l'invasive mythologie, l'authentique défaite de l'imagination (on se croirait en pleine contagion du psychokiller post-Halloween)...
Adaptées d'une série de romans (5+2 à ce jour, selon les « cycles ») chouettement illustrés par Tony DiTiterlizzi (seul crédit de poids à apporter à la chose, le reste brassant un folklore goblino-trollien des plus barbants), ces Chroniques "mises en formes" (un bien grand mot !) par un yes-man «familial» sans patte aucune, (le réal passe comme qui rigole du teen movie lindsaylohanesque à de l'adaptation de Marc Levy !) n'ont guère plus que leurs condisciples à offrir (effets spéciaux en pagaille, inévitable grimoire et foutu bestiaire, marmots-têtes-à-claques et adultes dépassés (famille disfonctionnelle à la Spielberg)... et une habituelle -désormais- invitation à un merveilleux qui est tout sauf merveilleux) sinon une exceptionnelle brièveté (80 minutes hors génériques). Rendons-leur ce juste hommage en ne nous appesantissant pas plus nous non plus.
Mark Foster (2008)

L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford

Late Fordo-Malickien, ce post-western atmosphérique, élégiaque, à la mélancolie mortifère (contagieuse) ne tarde pas à s’avérer franchement hypnotique et à dépasser son prime (mais étroit aux vues des riches et subtiles ambitions de la chose) argument de l’idole revolverisée par le fan aveuglé. Nourri à la peur (moteur de presque toutes les actions du film) et à la fatalité patgarettokidesque plus qu’au questionnement du mythe JJ même (encore que Pitt campe un Jesse James tel un troublant miroir pour l’acteur : icône dépossédée, solitarisée, malheureuse, schizophrène et gravement dépressive à cause de son statut), la superbe fresque (longues séquences contemplatives orchestrant une nature bouleversante, qu’elle soit enneigée ou pas) malmène aussi les certitudes de l’empathie : le bandit fantasmé s’avère une relative ordure – certes charismatique, romantisée à donf – et le traître finalement désavoué par l’opinion publique (un peu complaisament opportuniste le Bob, faut dire, pas top classe…) devient plus martyr encore que sa victime (l’épilogue du film, remarquable). Servie par une réalisation de goût et un casting bellement impliqué (Pitt, Affleck évidemment mais nombre de seconds rôles n’ont pas à rougir non plus (Sam Rockwell, Paul Schneider)), l’œuvre fascine (et ennuie rarement malgré ses 160 minutes) et rachète aisément tous les Wyatt Earp du monde. Esthétique et poétisant (ou l’inverse) sans jamais pour autant négliger son récit (la narration n’oublie jamais que les mythes d’alors étaient colportés avec force chromos (traduit à l’écran par une élégante voix off et des images à bord filtrés, comme les chevilles illustratives parmi les pages d’un récit d’Ambrose Bierce ou de O.Henry), lyrique et psychologisant, sans jamais renoncer à une certaine apesanteur spleenesque (qui confine à l’hypnotique)… une belle surprise !
Andrew Dominic (2007)

Burn After Reading

Nouveau (dernier ?) volet de la série « des abrutis » menée par la « paire » Coen et George Clooney, ce titre vient après l'épatant O'Brother et le plus en-deçà Intolérables Cruautés (un film cependant par trop sous-estimé !) mais aussi (et surtout ?) après Fargo (dans le ton) et No Country for Old Men (dans le temps).
Et, à arriver si tard, Burn After Reading ne manque pas de vite se montrer un brin balisé (redondant ? répétitif ?) tant dans les caractères qu'ils développe (pourtant très bien écrits), les situations (certes parfois surprenantes, mais ce genre d'effet sera familier aux amateurs) qu'il installe habilement ou les contrastes qu'ils suggèrent. On est donc en terrain sans doute trop connu (tant dans l'atmosphère que la forme impeccable) pour s'amuser spectaculairement* lors de cette comédie noire et gentiment bouffonne, confusionnante et pointant goguenardement les symptômes d'une Amérique paranoïaque (enfermée dans des rites et des fantasmes à la peau dure, aux espoirs abîmés), machine à fabriquer des solitudes et de l'incommunicabilité, – d'ailleurs on ne s'amusera guère (ou surtout ?) qu'à voir les acteurs (Pitt, Clooney et McDormand en tête mais aussi John What's the Fuck Malkovich) s'amuser eux (attention, on n'est pas chez Soderbergh's Oceans' non plus !) et on se gargarisera de quelques plans diablement bien troussés, de foisonnants dialogues et d'un découpage fort malin (les tunnels narratifs tenus par la CIA sont drôlissimes, les ellipses audacieuses qu'elles campent)...
Ailleurs tout ça ferait bien sûr grandement l'affaire et plus encore. Ici, chez nos chouchous d'frangins, ce petit théâtre pochadeux fait décidément pas l'compte. Vache, le revers de la brillante médaille, hein ?
Joel et Ethan Coen (2008)

Paris, Je T'Aime

Il est toujours difficile de juger un film compilant des courts-métrages. Tentation de la hiérarchie, de la traque rottweileresque des déséquilibres, risque qu’un module efface l’autre, etc.
Étonnamment, et par préalable il faudra se faire vite à l’idée que l’affaire Paris Je T'Aime n’a finalement que peu à voir avec un hymne parisien (on y enfile par trop de clichés et n’y trouve que peu d’inédit dans la manière d’aborder la ville physiquement). C’est ainsi davantage une fragrance parisienne* qui transpire qu’autre chose (la plupart des titres étant davantage des affaires d’appartements ou de lieux clos), même si certains titres captent bien les mouvements de la capitale (le stationnement du Podalydès, le métro du Salles), un mood, une ambiance (les titres bourgeois ayant d’ailleurs une plus juste résonance que les ouvertement « populaires » (le ridicule Quais de Seine tout juste bon à offrir une bande-annonce contre le racisme sur France Télévisions)).
Mais curieusement, bien que disparate, la polyphonie ne vire pas caco-, parvenant même à former un tout plutôt cohérent (même s’il aurait plutôt du s’appeler "Acteurs, Je Vous Aime") et propose une petite musique qui se laisse suivre, malgré les vignettes (donc) un peu en dessous des autres… ainsi si Craven ou Van Sant se contentent de vraiment peu, les frères Coen, Sylvain Chomet, Bruno Podalydès ou Alexander Payne (parfaite conclusion LostinTranslationesque) assoient davantage le projet… Une curiosité qui n’occultera pas l’aîné de 40 ans Paris Vu Par de Chabrol, Rohmer, Godard et consorts mais excite la comparaison : que peut bien valoir du coup le nu-yorkais 11’09’’01 ?
Collectif (2006)
*Mensongère puisque Paris puerait plutôt…

Cecil B. Demented

On a eu tôt fait de considérer qu'à la minute où il cessa de faire déguster des étrons canins à des travelos obèses le finement moustachu (s'il est une finesse que ses détracteurs ne pourront lui refuser c'est au moins celle-ci !) John Waters s'était rangé des voitures, affadi, auto-trahi, fait avaler (blowjober ?) par le système. Sans être toutefois bien familier de son œuvre pré-80's il nous apparaît difficile de soutenir bien longtemps (et avec d'autres arguments que ceux des amants se croyant délaissés) ce discours d'aventuriers du trash perdu, fut-il tenu par des apparatchiks de l'underground. Car en instillant son roboratif mauvais goût, son enclin pour les marges (sexuelles, sociales, physiques) dans leurs formes les plus outrées et le scabreux le plus politiquement incorrect dans un cadre policé (de représentation tv-hollywoodienne), la manière nous semble d'autant plus subversive et réjouissante (les exemples criants sont légion depuis Serial Mom à Dirty Shame en passant par le savoureux Pecker, authentique mode d'emploi du principe même du Waters nouveau: la marge chez les branchés, les branchés dans la marge).
Dans cette progression formelle (et budgétaire), Cecil B.Demented (qui coûta 10 fois plus cher que Pink Flamingos) se pose un peu tel un hors série. Quant bien même conserve-t-il nombre des ingrédients « maison » (aréopage de sexualités débridées, exacerbation de la libre-pensée choquant les pouvoirs,...), ses allures hautement revendicatrices et ses attaques directes (les grands studios) en font une profession de foi annexe, punkoïde en diable, nihiliste et braillarde, orgiaque et salutaire. Le cinéma terroriste* prôné ici (et voué fatalement à la mort) n'est certes guère plus qu'un principe (il y a peu de chances que le film tourné par la branque équipée de Demented-for-Ever soit bien regardable ou n'apporte quoique ce soit) mais ce contre quoi il s'oppose est effectivement le bon ennemi (le cinéma aseptisé, calibré) !
Drôle et bruyant, extrême et faisant surtout office de chapelle philosophico-cinéphile au fond (chaque membre du crew a le nom d'un indie-réalisateur tatoué sur la peau (de Preminger à Peckinpah en passant par HG Lewis et Almodovar (étonnant que Friedkin, Carpenter et Verhoeven ne soient pas du CV, sans doute leurs quelques succès éclairs apparaissaient-il comme incompatibles avec le propos ?!)), ce film volontiers sous-estimé par les uns (on aurait tendance à prendre aujourd'hui Waters pour un doux-dingue radoteur), rien moins que culte pour les autres, fait en définitive bien plaisir à voir.
John Waters (2000)
* dont la version comique serait à chercher
dans le Landisien Bowfinger de Frank Oz ?

Bug

Ce n'est qu'après avoir vu le dernier Friedkin que nous avons jeté un œil sur ce qu'avait pu en dire certains de nos confrères, émérites autant que pugnaces (pour le plus grand nombre). Retrouvant étrangement (?) la plupart des impressions notées lors du visionnage (indépendance, seventivisme, auto-citations, incorrection politique, cronenbergiades et paranoia petite soeur des psychoses frankheneimeuses) dans les lignes de l'un d'entre eux (l'encyclopédiste parmi les plus ouverts et circonstanciés et les plus fichtrement Fordiens, Vincent (from Inisfree)), nous nous sommes permis de lui laisser, après Coolbeans il y a quelques semaines pour Johnny Got his Gun, la main*.
Nous la reprendrons, d'autorité bien entendu, juste après.


J'aime beaucoup le cinéma de William Friedkin. L'homme pas trop, surtout depuis qu'il a tripoté son Rampage pour le faire coller à l'évolution (!) de sa pensée sur la peine de mort. Mais bon, l'homme et son oeuvre, on sait qu'il faut faire la part des choses. Je dois donc être l'un des seuls à avoir apprécié son polar Jade qui l'avait remis en selle commercialement et l'un des rares à avoir vu et aimé son Blue Chips sur le monde du basket avec l'un des plus beaux rôles de Nick Nolte. Les fesses entre deux tabourets pour écrire poliment, Friedkin ne fait partie d'aucune famille à Hollywood. Il n'est ni assez rebelle pour figurer entre Cimino et Carpenter, ni assez docile pour jouer entre Cameron et McTiernan, ni assez barbu pour faire partie du clan Spielberg – Scorcese – Coppola. Son cinéma continue pourtant vaille que vaille à maintenir un regard original au sein d'une industrie qui ne favorise plus guère ce genre d'attitude.
Dans ce contexte, Bug, sa nouvelle oeuvre, est une bonne nouvelle. Cela commence par un long et vaste mouvement aérien, planant au dessus d'un motel miteux en plein désert. J'ai pensé à A History of Violence de Cronenberg quand la caméra s'avance vers la femme isolée sous le porche pour la faculté à créer, immédiatement, une ambiance lourde. Et puis l'on plonge sur Agnès jouée par Ashley Judd, pour une dizaine de minutes éblouissantes, filmées au plus près afin de pénétrer l'angoisse de cette femme seule et misérable, belle encore, en butte au harcèlement téléphonique (?) de son ex-compagnon, ex-taulard violent et fraîchement libéré.
Le film déroule ensuite une histoire banale d'apparence, somme toute un peu mélo, avec la rencontre entre Agnès et Peter joué par Michael Shannon, un étrange jeune homme visiblement assez angoissé lui aussi. Premier basculement brutal lorsque, après la première nuit d'amour, Peter est piqué par un insecte. Cet insecte que l'on ne verra pas fait sortir le film de sa route balisée de la romance marginale pour les chemins tortueux de l'angoisse. Mais qui est vraiment Peter ? D'où vient-il ? La vérité est-elle ailleurs ? On replonge plus profondément dans l'univers mental des protagonistes à mesure que leur univers physique se réduit de pair avec la cadre, entre les quatre murs du motel.
(Une) deuxième rupture, franchement traumatisante (...) qui voit le film passer cette fois dans le fantastique horrifique et à travers le miroir jusqu'au final sur la corde raide. Mais comme je l'ai lu quelque part, moins on en sait en allant voir ce film, mieux c'est. Avec le long monologue d'Ashley Judd, Friedkin nous entraîne au bout de son œuvre sans crainte de perdre certains de ses spectateurs en route. Marche ou crève ! On retrouve le même schéma de progression que dans L'exorciste, où l'on basculait du portrait naturaliste de cette mère-actrice dans l'étrange avec les premières perturbations de sa fille, Regan ; puis brutalement dans l'horreur avec les fameuses et terrifiantes montées d'escalier. Bug a de nombreuses similitudes avec ce film qui fit la gloire de Friedkin. Y compris lors des impressionnantes convulsions de Peter qui sont une citation littérale. On y retrouve aussi la fascination pour le Mal, un mal qui est nécessairement à l'intérieur des êtres. Un mal qui se manifeste de façon violemment physique. On pourra bien sûr y lire diverses métaphores sur l'Amérique d'aujourd'hui, mais ça ne me semble pas l'essentiel. Même si Peter cite à un moment deux icônes du « mal » réel : Jim Jones, gourou de je ne sais plus quelle secte d'illuminés et Timothy McVeight, auteur de l'attentat d'Oklahoma City.
Bug est aussi une sorte de film somme dont les images ramènent aux grands moments du cinéaste. Le visage inondé de sang de Rampage, La boîte homo de Cruising, la violence physique et le feu de To live and die in L.A., les névroses obsessionnelles de « papa » Doyle dans French Connection et de tous les autres. (...)
William Friedkin (2007)
* plus qu'une "commande",
nous avons repris ici les grandes lignes
de son avis à chaud le lointain 3 avril 2007

Cruising


Œuvre fantasmythique de mon adolescence (un numéro de Vidéo 7 recensant les scènes à scandale du 7ème Art me faisait savoir qu'on y fist-fuckait sec (longtemps je crus d'ailleurs que le poing promis l'était pour le bel Al !) sans que je ne la visse vicieusement avant d'avoir attrapé une bonne vingt-cinquaine d'années, Cruising de Friedkin ne m'a finalement pas tant choqué (ni même troublé) et n'y parviendra pas encore cette fois-ci. Ce Serpico SM, ce French Connection 2 au pays des homos à cuir, outre « le dépaysement » un rien forcé (limite pittoresque dans la provoc') et foutument démonstratif qu'il propose en guise de contexte (paradoxalement la chose la moins intéressante du titre (même s'il occasionna nombre de foudres au réalisateur, suspectement motivé il est vrai, comme souvent)), semble davantage nourri de légendes (les conditions d'écriture, puis de tournage, de passage en commission de censure, le peu de feeling passant entre Pacino et Friedkin) qu'autre chose. On notera cependant la place logique dans l'œuvre d'un réalisateur (maniant le questionnement du Mal et une vive volonté à choquer son petit monde) dont on apprécie plutôt le travail (mais guère la personne) et le farouche de la posture politiquement incorrecte. On ne peut plus franc-tireur, le metteur-en-scène confond certes parfois audaces (le tueur de ce film-ci n'a jamais la même tête du début à la fin du film, comme si sa matérialité importait en réalité peu) et complaisances (ses plans in-situ, voulus documentaires, frisent parfois la visite au zoo) mais il sera difficile de lui ôter la même implication sinon suicidaire au moins masochiste des martyrs qu'il met en scène. Habile technicien, auteur indiscutable, kamikaze (donc peu fréquentable ?) assurément.
William Friedkin (1980)


Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal

C'est peu dire que nous nous embarquâmes dans le présent visionnage les poches remplies de la plus hargneuse des circonspections. Projet superflu s'il en est et à priori « loupé d'avance », échos de notre entourage à la sévérité toute transgénérationnelle... nos ciseaux affûtés et nos plus beaux patrons pour costards étaient à égale portée de main que notre remote control.
Et pourtant. Pourtant sans que l'affaire soit une franche réussite, elle ne nous apparût pas non plus comme une authentique catastrophe. Non plus. Certes l'invasion massive et i-élémesque de la 3D (on ne le referra pas notre Jojo Lucas) rompt salement le charme des deux premiers opus. C'est entendu, certains rôles ont perdu de leur piquant (Karen Allen, tristement accessoire, est loin de sa hargne Hepburnesque d'autrefois) tandis que d'autres semblent de simples copies hâtivement ravalées et nous agréerons encore que la relève (toujours cet impossible neo-bankable de Shia LaBoeuf (cf. Transformers) !) n'offre pas la charge d'excitation nécessaire pour qu'on s'emballe non plus (il est d'ailleurs au coeur des séquences les plus faibles (références à L'Equipée Sauvage, Tarzan, etc.). Mais l'élan, le ton, l'ambiance semblent plutôt intacts,. A tout le moins enterrent les Benjamin Gates, mouchent les Lara Croft, torchent la descendance sans cinéphile conscience (même si ici, parfois, cette cinéphilie est surtout auto-complaisante (American Graffiti, CE3K)) et, mieux encore: la première demie-heure remplit brillamment son office, fait espérer le meilleur, toucher du doigt des émotions peu revécues depuis 1981. Et rien que pour ça, allez...
Steven Spielberg (2008)

Pour plus de détails,
vous reportez à la rigoureusement honnête note Inisfreeque,
signée par le toujours vaste et éclairé Vincent

WALL-E

Livraison après livraison le studio Pixar voit, à juste titre, chacune de ses productions immanquablement saluée bien bas, louangée bien haut, coiffée de lauriers enthousiastement tressés et pommadée volontiers des pompes aux tifs. Pourtant, alors que nous usions jusqu’alors de notre propre et personnelle huile de coude pour astiquer à la main les statues de Jobs, Docter, Lasseter, Stanton ou Bird, voilà deux ou trois films qui, passé un certain enchantement (plus qu’un enchantement certain d’ailleurs !), ne nous excitent plus autant que les inépuisables Toy Story 2, 1001 Pattes ou encore l’indépassable Monstres et Cie.
WALL-E, connaissant pourtant un pinacle critique* (voire metacritique) et public (la plus grosse cotte Pixar sur imdb.com) – et ce malgré sa place de 5/9 en termes de recettes mondiales (un peu plus que la moitié de Nemo, le plus mignon), nous fait une fois de plus un même effet**.
Certes assez riche dans ses enjeux SF-ecolo, son propos critique sociétal (la surconsommation accumulante entraînant à la fois la destruction de la Terre et l’asservissement passif des hommes –arguments goûteux pour une production Disney, grand pourvoyeuse en pulsions consuméristes), ses références cinéphiles (2001, ET, et quelques titres 70’s à la mode Fleischer ou Trumbull), et toujours renversant techniquement, le titre accumule cependant un certain nombre d’incohérences, de raccourcis et de négligences (particulièrement dans sa seconde partie spatiale) nuisant à l’adhésion parfaite à l’optimiste parabole.
Seconds « rôles » pas assez creusés (les robots défectueux appuyant la résistance (un trick Burtonnesque déjà présent dans Toy Story) ont un regrettable goût de trop peu) - voire simplistes, réactions positivistes peu vraisemblables (les humains sont instantanément prêts à se prendre en main après des siècles de « décérébration » techno-mediatico-publictaires alors que même physiquement leur renoncement des XXème et XXIème siècle les a fait darwinément muter en d’obèses « spectateurs » que l’on gave d’images et de besoins qu’ils n’ont en réalité pas) et points de vue fluctuants (d’une main on condamne l’excès de consumérisme, de l’autre on se caresse dans le sens du geek auto-satisfait (Steve Jobs étant co-fondateur d’Apple) en fétichisant les jeux vidéos (Pong) ou non (Rubik’s Cube), les ordinateurs (lorsqu’il atteint son niveau de charge solaire WALL-E fait le bruit de démarrage d’un Mac) et dérivés (l’i-pod sur lequel le robot regarde Hello Dolly)…
Restent les deux robots principaux, fondateurs d’une nouvelle humanité (pas d’ambigüité : elle s’appelle Eve !), plastiquement réussis (WALL-E est un habile mélange d’ET, de Numero 5 (Short Circuit (voir cette édifiante note sur l'influence de ce film jusque dans le visuel des affiches !)), de Charlot et de la lampe-logo du studio, Luxo Jr) et une poignée de séquences plaisantes, tendrement drôles et délicates, et la vision de cette terre devenu décharge géante mais architecturée. Et surtout l’assurance absolue que, même un brin « léger » à nos yeux, le titre et la boîte Pixar sont à des années lumières devant la concurrence du DA en 3D, piètre, ramenarde et asthmatique.
Andrew Stanton (2008)

* Un coup de chapeau au téléramesque Aurélien Férenczi
pour son courage de fée Carabosse...
** et pire encore à ce monsieur !

Diary of the Dead

Pour être tout à fait honnête – enfin un chouia plus qu'à l'accoutumée – il nous faudra assez vite concéder que bien que plutôt amateur du bonhomme et à l'inverse du plus grand nombre, le dernier Romero nous est passé un peu loin de la carafe. Pas plus stupides que d'autres (à tout le moins nous berçons-nous quotidiennement de le croire tandis que nombre de flatteurs entretient le confortable postulat) nous avons bien vu là les intentions socio-politiques (l'avalanche d'images de médias officiels ou alternatifs usent finalement des mêmes ficelles manipulatrices (pour faire court)) et nous avons bien noté que le film s'ajoute ainsi aux productions de l'années usant du même procédé filmique et/ou dénonciateur (Redacted, Cloverfield, REC). Nous avons bien conscience en outre que déjà lassé des budgets et des contraintes des majors (le précédent opus, Land of the Dead, était présenté par Universal), le grand échalas à lunettes impossibles a souhaité retrouver - avec une audace certaine - la sève de ses premières heures (la fondatrice Nuit des Morts Vivants) en travaillant avec un max d' « amateurs » (et de caméos-admirateurs (souvent sonores) tels Stephen King, Guillermo del Toro, Tom Savini, Simon Pegg, Wes Craven ou Quentin Tarantino) et un minimum de thunes (2 petits millions de dollars après les 15 alloués pour Land...) et donc de temps (23 jours de shooting). Vi, vi, vi.
Mais bon, rien à faire, en tant que spectateurs nous ne sommes, nous, guère parvenus à retrouver l'émotion suscitée par l'opus de 68, ni ne fûmes vraiment sensibilisés par les enjeux du jour.
George Romero (2007)
Un avis plus positivement circonstancié ici.

Jackie Brown

Le problème avec les œuvres dites « de maturité » c'est qu'il n'est pas rare qu'elles soient ainsi qualifiées, avec un soupçon de digne amertume, par des chats échaudés (ou plutôt soudainement refroidis), afin que l'on entende « chiant mais respect ! » - c'est peu dire que Jackie Brown dérouta nombre d'amateurs aveuglés des costards et du raisiné de Reservoir Dogs et de Pulp Fiction.
Et lorsque ce ne sont pas ces matous fous et contrariés qui usent de l'expression, elle peut être alors l'occasion d'une réappropriation par une autorité condescendante, une académie opportuniste et patelinement revancharde – diable qu'ils nous en servirent de « la maturité » les Télérama et consorts, toujours en retard d'un métro (fut-il le Pelham 123) sur la ligne des films de Genre.

A ce gros mot de « maturité » est collé à la peau brune de la sensuelle production de « classique »: nous ne vous renverrons au débat qui fit récemment rage chez nos confrères ici et autour du dernier Eastwood que pour y glaner les opinions de ce qui relève du cinéma classique ou non, n'ayant pas le cœur à vous les réciter par le menu. Les modestes et tempérés détracteurs autant que laudateurs de Jackie Brown, prenant visiblement l'ombre pour la proie, décrétèrent alors que Tarantino se classicisait (enfin ?) parce que renonçant à une narration fragmentée, un montage achronologique (et levant en outre le pied sur les situations et les personnages par trop décalés, gommant les explosions de violence graphiques, promises pour le culte) – nous avons longtemps eu notre part dans ce débat stérile et galvaudé.

Revoyant cet hymne à l'esthétique blaxploitation (pour le fond repassez à Spike Lee !) et au vieillissement des icônes (si Quentin s'est fait une spécialité de réhabiliter les gloires passées, les autres genreux-cinéphiles que sont John Carpenter et Tim Burton avaient déjà été rechercher Pam Grier* pour Los Angeles 2013 et Mars Attacks! (pour de petits rôles certes)), cette lente - et plus bavarde que jamais – arnaque faite par de sexy et vieux roublards aux jeunes loups de LA (police et malfrats), la classe générale nimbant l'affaire saute aux yeux en même temps que tous les codes et tics (signatures ?) du réalisateur bien-vite-culte-devenu.

Tout en BO 4 étoiles et en ellipses (rares sont les actions, seules en subsistent leur projet, leur préparation et leur bilan, leurs conséquences à posteriori), preuve que le savant montage - même si moins spectaculaire que dans le puzzle Pulp – demeure) et filmé avec un goût certain (les obscurités y sont aussi sensuelles qu'angoissantes), le film est en outre remarquablement écrit et installe des caractères une nouvelle fois très emballants après quatre coups de caméra (fussent-ils toe-fetichists, une marotte chez Quentin, les pieds des femmes), soutenus qu'ils sont par un casting de très belle tenue (la palme revenant évidemment à Robert Forster - qu'on avait un peu perdu de vue depuis Le Trou Noir, Vigilante et L'Incroyable Alligator – tout en fausse sagesse retenue).

Ouais c'est classe, quoi (nous pensons d'ailleurs à cette aune réévaluer prochainement l'Hors d'Atteinte de Soderbergh, autre « volet » de la « série » d'Elmore Leonard mettant en situation le détective Ray Nicolette).
Quentin Tarantino (1997)

* qui aurait fait le casting de Pulp Fiction
pour se voir souffler le rôle par Rosanna Arquette !

Transformers

Immanquablement bourrin (eh, on est chez Michael Bay les amis !) et d’une parfaite laideur (y’aurait-il quelqu’un pour interdire le budget « grue » du chef op ?), ce titre, portant en son postulat même rien qui puisse nous enthousiasmer (trop vieillards que nous sommes pour avoir été des contemporains actifs de la série animée, pas plus que par son merchandising hasbresque préalable), parvint sur un étrange malentendu à retenir notre attention une petite heure durant (hélas il en compte 1,20 de plus…des plus indigestes) de par son résolu coup d’œil dans le rétroviseur, lorgnant (plus boulimiquement que gourmandément) vers un certain pop-corn movie à la mode 80’s. Quand bien même toutes les références ânonnées le sont avec un sens démonstratif détestable (comme est pénible l’entier pan de roublarde et auto-référentielle comédie post-moderne épaissie de régulières et serviles complaisances à la geek culture (X-Men, tuning, Apatow prods,…) qui nimbe la production entière), il n’e nous semblait pas inintéressant de voir le produit bâtard, la progéniture consanguine de cette culture pourtant biberonnée à Joe Dante (Gremlins 1 & 2, Small Soldiers), Carpenter (Christine), Badham (WarGames, Short Circuit), Cameron (les trois Terminator) et le patron Spielberg of course (Dieu le père, et même executive prod du présent machin), comme ces mêmes réalisateurs furent le produit de la culture Matinee (la SF 50’s, le western, les comics,…).
Hélas, l’héritage du jour semble de moins belle facture que les crus bercés aux Universal Monsters, à George Pal, Jack Arnold, Howard Hawks, qui voyaient sautiller Keith Gordon, Matthew Broderick, Michael J.Fox ou Corey Feldman (le personnage de Shia LaBoeuf est un excessif mix de ces acteurs)… et Bay, ivre de son succès assourdissant*, ne retenant aucune leçon (n’en désirant pas !) et affirmant tenir là son meilleur film (pas vu son boursouflément ambitieux (dit-on dans les milieux qui largement s'autorisent) The Island mais serais bien curieux tout d'même !), s’impose, film après film (avec Roland Emmerich (Transformers creusant assez bien le sillon pompierissime entamé avec le soc d'Independance Day)), comme un odieux pourvoyeur d’excroissances filmiques ahurissement outrées et à la testostérone gaspillée en emphases ridicules (appuyées par les nappes solennelles du calamiteux Steve Jablonsky (un émule d’Hans Zimmer visiblement !))... au point de presque faire passer Renny Harlin pour Michelangelo Antonioni…
La plupart des amateurs, geeks ou nerds (je crois en être pourtant un représentant mais mes limites sont bien plus promptes à tirer l’alarme visiblement) y voient un fun certain, une patente « éclate » et un spectacle (redondant) incontestable - et nul doute que d’ici 10 ans on ira jusqu'à nous pondre une thèse de cohérence auteurisante pour le vilain bougre, façon McTiernan -, pourtant nous n’y voyons nous que virtuosité stérile, une surenchère technique sans charme (malgré le huge de quelques séquences finales), une mythologie pénible, un actionning vain à l’héroïsme embarrassant, sans sous-texte ni finesse (que c’est plein de bons sentiments !)… du pas bien bon, en somme.
Michael Bay (2007)

* l’opus 2 arrive bien sûr (et en IMAX tant qu’à faire) !

Un Crime dans la Tête

Si l'esprit chagrin pourrait ne pas dépasser un certain goût du grotesque/ridicule dans le sérieux compassé, un recours régulier au confus, voire au franc fumeux, ni même un (pourtant familier) enclin au manichéisme le plus bas de plafond, l'esthète (sans parler de l'exégète, illuminé comme on le sait !) saura voir en The Manchurian Candidate un certains nombre de crédits fichtrement pas négligeables, limites historiques même.
Le premier, et pas des moindres, serait de prendre acte de la naissance, en 62 donc, du thriller psychologique paranoïaque (accessoirement politique) moderne tant les enjeux, les codes et les ressorts du genre sont ici savamment détaillés (comme de nombreux autres, l'Henri Verneuil d'I...Comme Icare n'en perdra pas une miette !). Un autre serait, pas une paille encore, de s'apercevoir que Frankenheimer ne saurait se réduire au réalisateur de Ronin (qu'il est toutefois devenu) et qu'il put être un cinéaste étonnamment audacieux, formellement enthousiasmant, sachant captiver son auditoire tout en installant des dispositifs filmiques assez bluffants (les séances de lavage de cerveaux mandchouriens ouvrant le métrage sont d'un surréalisme pavlovien et d'un symbolisme estomaquants (chaque "participant" ayant une vision propre et "adaptée" des théâtrales séances).
Production assez symptomatique de la Guerre Froide (nanti donc d'un anti-communisme primaire, pathologiquement délirant) et même terriblement visionnaire (le film sort quelques mois avant l'assassinat de Kennedy, qu'il préfigure diablement !), la chose est l'occasion d'un portrait satirique (voire authentiquement sardonique) et vitriolé d'une Amérique remplie de militaires hagards et détruits par des traumas guerriers, de politiciens manipulateurs ou maccarthément fantoches (y'a pas que les cocos qui trinquent ici: la droite américaine en prend elle aussi pour son grade), et de médias jetant sur le feu une huile des plus confusionantes (à ce titre, les séquences de conférences de presse sont graphiquement admirables et volontiers explicites).
On ne manquera pas de louer la profondeur de champs de certains plans (que de foisonnantes images ces jours-ci sur 8DaW !) et de noter que les leçons prises chez Welles (qu'on vantait ici ces jours-ci) ou Hitchcock (comment ne pas penser à L'Homme Qui en savait Trop ?) occasionnent le meilleur pas plus qu'on n'aura de cesse d'applaudir la performance d'Angela Lansbury (quelle actrice décidément !) en mère machiavélique et diaboliquement pugnace mais aussi les compositions convaincantes de Sinatra et Laurence Harvey (deux rôles assez difficiles tant ils sont subtils autant qu'ingrats). S'il nous reste assez de souffle et que nos mains ne sont pas trop endolories, on saluera encore la richesse des plans (tant dans leur contenu symbolique (abondance des reflets et des écrans, multiplication des motifs lincolniens (bustes, portraits, déguisements),...) que dans leur savante composition (tu l'aurais pas vu et revu celui-ci, de Palma ?)) et le goût certain de la réalisation, pour ne pas s'attarder sur certaines zones d'ombres (le personnage d'Eugénie Rose tenu par Janet Leigh, vague et presque superflu à force d'être mystérieux). Recommandable !
John Frankenheimer (1962)