11 novembre 2009

Le Cauchemar de Dracula

Hammer.
On dit Hammer et on croit avoir tout dit. Mais non.
Idem d'Angoulême.
Hier soir, dans le sémillant mais trop rare cadre des Mardis Fantastiques de la CIDBI*, les jeunes gens (et les moins) d'Angoulême ont pu s'envoyer un double programme à dents longues, offrant à leur sagacité et au Grand Croqueur un foutu grand écart. Stylistique.
Le très fréquentable – et suédois de surcroît - Morse à une extrémité... et Le Cauchemar de Dracula à une autre... soit un panorama pas dégueu du mythe traité dans le cinéma d'après-guerre, un retour pas superflu sur le traitement des incisives éclatantes hissées à leur âge moderne.

The Horror of Dracula s'offre ainsi comme le premier film d'horreur gothique (et baroque)** de la Guerre Froide (après une bonne dizaine d'années de trouille nucléaro-envahissante, nourrie aux profanateurs de sépultures, aux damnés blondinets, aux mutations génétiques et, pour faire court, aux zitis de toutes sortes) et, fidèle et frivole avec l'orthodoxie du mythe, le lustre d'un érotisme évident tout en en gommant le manichéisme que le passé avait, à tort, retenu du texte de Stoker: difficile de soutenir aveuglément le « justicier » tristement intègre que s'avère être Van Helsing autant qu'il est délicat d'encourager trop bruyamment les frasques du Comte gominé... l'ambiguïté règne et les sens sont troublés au plus haut point: victimes craignant autant que s'offrant (morsures en alcôves) et confusion générale entre le bien (austère) et le mal (sexy) !
Outre ce fond, inédit et rigoureusement excitant, la forme, so Hammer !, y est exposée on ne peut mieux, faisant tinter le La cristallin et putréfié à la fois d'un parfait diapason: foisonnants décors (velours rouge, boiseries encaustiquées), chaleur des lumières indoor (candélabres généreux),... une ligne artistique hautement identifiable du studio que reprendra scrupuleusement Polanski dans son Bal des Vampires (même si c'est plutôt, a priori, des Maîtresses de Dracula (Fisher, 60) et du Baiser du Vampire (Sharp, 63) que le réalisateur poignardé par la Suisse traîtresse semble s'être inspiré).
Pépite mordorée (dont la BO ne traverse hélas pas très bien le temps, elle: ses hautbois d'angoisse flirtent avec le cartoon scoobydesque), à l'influence durable (y compris sur la carrière de ses acteurs, vite enfermés dans ses charismatiques mais étroits emplois) et à l'autorité indiscutable chez nombre de cinéphiles de genre, The Horror of Dracula demeure un égal enchantement à chaque visionnage.
Terence Fisher (1958)

* Je n'y étais hélas pas, mais j'aurais bien voulu !
** le premier Dracu' in color, aussi.



8 commentaires:

Elihpenic a dit…

Salut,
Je mettrai bien une pièce sur "the horror of dracula" de Fisher (1958).

Dr Strangelove a dit…

Un messe pour Dracula ?

il Gatto del rabbino a dit…

Tout simplement : Horror of Dracula, de Terence Fisher (1958) avec Lee, Cushing et la blonde Melissa Stribling.

FredMJG a dit…

Coucou !
ce ne serait point ce cher Michael Cough dans un Hammer ? Le cauchemar de Dracula ? horror ! horror ! je les ai enfilés comme des perles lors de la nuit d'Halloween, la faute à un rhume persistant... :D
Bon, y a personne qui vient jouer, c'est quoi c'complot ?!

Vincent a dit…

Miam, c'est un Hammer grande époque ça, je dirais bien, à cause de la forme du sarcophage, "Dracula, prince des ténèbres".

Raphaël a dit…

Bonjour Mariaque, pour le film du jour, je je penche pour un des joyaux de la Hammer Film : Le cauchemar de Dracula (1958) de Terence Fisher. Je vais d'ailleurs, coïncidence encore une fois (ou pas), consacrer un certain nombre d'articles à ces films dans un proche avenir.

il Gatto del rabbino a dit…

Il me semble que tous les Dracula qui ont suivi le premier ont surtout comme point commun que, la Hammer étant une grande boîte de prod' faisant signer des contrats à ses acteurs, Christopher Lee était tenu de jouer encore le comte aus dents longues un certain nombre de fois. Et il l'a parfois fait juste pour honorer les termes de son paraphe et en finir avec ce rôle qui lui a collé à la nuque un peu trop longtemps à son goût.
Il doit en être de même pour Cushing. Dire que ces deux-là sont ensuite entrés dans le même univers de StarWars, le premier toujours anobli du titre de "comte".

"duper" en vérif de mots : voilà qui confirme le marché.

Vincent a dit…

On raconte et je veux bien le croire, que Christopher Lee trouvait les dialogues du second opus "Dracula, prince des ténèbres" tellement mauvais qu'il a réussi à faire de son rôle un rôle muet. Ce qui finit par servir le film par ailleurs.
Moi, j'aime bien le système des studios, ceux ci comme les autres, ça permet de tourner beaucoup, de ne pas trop faire cas d'éventuels échecs et d'éviter ainsi ce qui me semble l'une des plaises actuelles, passer cinq ans pour monter un film.
Au final le bilan de la Hammer est plus que positif et les méthodes de travail n'ont pas empêché les grandes œuvres, comme cette "Invasion des motrs-vivants" que j'ai découvert avec ravissement il y a peu.
Pour aller dans le sens du cher chat, Lee a été honoré par une rétrospective à Nice il y a quelques années et, à notre grand désappointement, il a ignoré ses Dracula flamboyants et préféré nous programmer les starwarsdesanneaux. C'est dur de vieillir...