Une première fois vu en salles l'été 2008 (mais l'ayant bien caché, idem de Wall-E d'ailleurs !), nous nous décidons à revisionner et à ré-appréhender le -suspectement ?- unanimiste* Chevalier Noir. Rien moins que blackboulé 5ème film préféré des familiers ihémdébesques (derrière deux Coppola et un Leone, mais aussi et surtout Les Évadés de Darabont, comme quoi ça ne veut pas tout dire non plus) et occasion de voir les rédactions de Chronic'art et de Télé 7 Jours se tomber dans les bras, les larmes aux yeux d'enthousiasme, le film de Christopher Nolan poursuit de réhabiliter (à tout le moins de relire) un héros que la purge Schumascheresque nous avait salement crotté.Il nous faut cependant d'ores et déjà, préambulément donc, reconnaître n'avoir pas le moindre souvenir de Batman Begins (vu il y a un peu plus de deux ans) qui amorçait cette relecture « réaliste » (ce qui en soit n'est guère un bon signe) ni d'enclin particulier (ou de méfiance d'ailleurs !) pour le gars Nono dont nous avions aimé en son temps le roublardement habile Memento sans non plus nous relever dés potron-minet pour le défendre devant les sceptiques: nous laisserons donc à d'autres l'animation (parfois) hystérique du débat « Auteur?/Pas Auteur! ».
Ceci posé, qu'avons-nous ressenti au sortir de ces 147 minutes de lutte entre le bien et le mal, questionnant la responsabilité, la légitimité et la corruption, l'héroïsme mérité et celui permis, opposant le nihilisme ludique à l'humanisme torturé ? Un peu tout et son contraire, à dire vrai.
Passons sur l'envahissante (jusqu'à l'obscène) partition de Zimmer et Howard Newton (authentiquement infecte), faisons fi de la faible lisibilité de la plupart des séquences d'action (tout, de l'intervention du Batman contraint de rosser et du mafieux à accent et du citoyen stupidement plagieur jusqu'au décevant assaut final en passant par la huge poursuite centrale - bien en deçà de celle d'un T3 - par exemple, relève d'un confus plus patent encore que notre alambiquée syntaxe) et feignons de n'avoir pas noté une ou deux séquences dramatiquement foirées (le poncif du Joker poussant à bout son geôlier en lui détaillant la mise à mort au couteau de ses collègues flics) pour nous concentrer sur les quelques (rares ?) forces surnageant à l'entreprise (oublions encore pour ce faire, voulez-vous, la risible performance de Christian Bale** qui compose en outre un Bruce Wayne encore plus vulgaire qu'il ne le feint, ainsi que tout le tralala techno-scientifique assommant autour des sonars gnagnagna et du kevlar tissé au point de croix).
Apprécions à leur juste valeur en revanche certaines maximes sur le goût de l'irresponsabilité (je suis comme un chien qui court après les bagnoles: si j'en attrapais une je ne saurais pas quoi en faire) et tout l'éventail filmique imposant avec un certaine force le barré Joker de Ledger (paix à ses cendres médicamentées !) comme « un agent du chaos », appuyée par une gestuelle cinégénique (qu'on ne saurait réduire à ses coups de langue ! Tout son corps est impliqué !), un masochisme nihiliste et magnétique (comme on n'en avait plus vu depuis Seven ?) et des inspirations de mise-en-scène exacerbées dés le petit père en velours violet à l'image (force qui s'effondre cependant lors de son ultime confrontation avec eul'Batman, dans un discours fatigué sur le mode du « nous sommes les deux faces de la médaille » (sillon déjà (et mieux !) creusé par le B.Returns de Burton): la faible fin du film et la patente impossibilité à en finir puissamment avec ce personnage (pourtant enigmatiquement développé auparavant (sa fascinante mythomanie quant à ses cicatrices (voir ici et là) !)) est ainsi rachetée in extremis par un épilogue aux enjeux annexes, fuyant une vraie conclusion ricanante).
D'autres maximes encore, désabusées ou pas, sur la seule justice possible que constitue la chance individuelle (fut-elle orientée !), défendue par le vengereux Harvey Dent mis un genou à terre (pour chercher encore un sens à sa vie et, accessoirement, la moitié de sa gueule partie en fumée) irradient la production de diverses philosophies sociétales, auxquelles s'ajouteront la posture sacrificielle (il saute d'un renoncement auto-expieur à un autre plus flagellant encore) du Bat-gars, la bienveillante (et éculée) sagesse birmano-Kiplingesque du domestique, l'éthique effarouchée de l'ingénieur (alternant ironie et engoncement servile) ou celle, in fine, pessimistement résignée de Wayne et Gordon... laissent paradoxalement rugir un souffle épique et plutôt impliquant, offrent un réseau de vastes enjeux à l'ambition (assez) bien digérée (des personnages en font cependant bien sur les frais) pour ne point trop nuire et à la narration et au rythme de l'affaire (même si toute la séquence chinoise, très M:I:III, aurait pu sans doute être bienheureusement escamotée, histoire de resserrer le truc !).
Le tout est emballé dans une forme hollywoodo-hachée bien de son temps (rien pour se gargariser non plus, ce nous semble), assez inoffensive malgré tant de darkness promise (le film est au fond, malgré sa noirceur apparente, bien plus poli et TV-friendly que le Batman de 89 !) et constitue un spectacle qui, pris au premier degré et appréhendé à chaud, s'avère néanmoins assez hypnotique (malgré quelques gratuités scénaristiques encore, telle la disparition du frais émoulu commissaire Gordon !), où "l'esprit" assené, suffisamment punchy (à tout le moins visiblement pour faire se baisser bien des gardes et autoriser les envolées dithyrambiques des plus romantiquement enthousiastes), fait avaler les faiblesses de la "lettre", approximative et maladroite...
Mais enfin, comme disaient autrefois les distributeurs de Wes Craven: it's only a movie, hé les gars. Et pas le tout tout meilleur non plus***...
Christopher Nolan (2008)
Ceci posé, qu'avons-nous ressenti au sortir de ces 147 minutes de lutte entre le bien et le mal, questionnant la responsabilité, la légitimité et la corruption, l'héroïsme mérité et celui permis, opposant le nihilisme ludique à l'humanisme torturé ? Un peu tout et son contraire, à dire vrai.
Passons sur l'envahissante (jusqu'à l'obscène) partition de Zimmer et Howard Newton (authentiquement infecte), faisons fi de la faible lisibilité de la plupart des séquences d'action (tout, de l'intervention du Batman contraint de rosser et du mafieux à accent et du citoyen stupidement plagieur jusqu'au décevant assaut final en passant par la huge poursuite centrale - bien en deçà de celle d'un T3 - par exemple, relève d'un confus plus patent encore que notre alambiquée syntaxe) et feignons de n'avoir pas noté une ou deux séquences dramatiquement foirées (le poncif du Joker poussant à bout son geôlier en lui détaillant la mise à mort au couteau de ses collègues flics) pour nous concentrer sur les quelques (rares ?) forces surnageant à l'entreprise (oublions encore pour ce faire, voulez-vous, la risible performance de Christian Bale** qui compose en outre un Bruce Wayne encore plus vulgaire qu'il ne le feint, ainsi que tout le tralala techno-scientifique assommant autour des sonars gnagnagna et du kevlar tissé au point de croix).
Apprécions à leur juste valeur en revanche certaines maximes sur le goût de l'irresponsabilité (je suis comme un chien qui court après les bagnoles: si j'en attrapais une je ne saurais pas quoi en faire) et tout l'éventail filmique imposant avec un certaine force le barré Joker de Ledger (paix à ses cendres médicamentées !) comme « un agent du chaos », appuyée par une gestuelle cinégénique (qu'on ne saurait réduire à ses coups de langue ! Tout son corps est impliqué !), un masochisme nihiliste et magnétique (comme on n'en avait plus vu depuis Seven ?) et des inspirations de mise-en-scène exacerbées dés le petit père en velours violet à l'image (force qui s'effondre cependant lors de son ultime confrontation avec eul'Batman, dans un discours fatigué sur le mode du « nous sommes les deux faces de la médaille » (sillon déjà (et mieux !) creusé par le B.Returns de Burton): la faible fin du film et la patente impossibilité à en finir puissamment avec ce personnage (pourtant enigmatiquement développé auparavant (sa fascinante mythomanie quant à ses cicatrices (voir ici et là) !)) est ainsi rachetée in extremis par un épilogue aux enjeux annexes, fuyant une vraie conclusion ricanante).
D'autres maximes encore, désabusées ou pas, sur la seule justice possible que constitue la chance individuelle (fut-elle orientée !), défendue par le vengereux Harvey Dent mis un genou à terre (pour chercher encore un sens à sa vie et, accessoirement, la moitié de sa gueule partie en fumée) irradient la production de diverses philosophies sociétales, auxquelles s'ajouteront la posture sacrificielle (il saute d'un renoncement auto-expieur à un autre plus flagellant encore) du Bat-gars, la bienveillante (et éculée) sagesse birmano-Kiplingesque du domestique, l'éthique effarouchée de l'ingénieur (alternant ironie et engoncement servile) ou celle, in fine, pessimistement résignée de Wayne et Gordon... laissent paradoxalement rugir un souffle épique et plutôt impliquant, offrent un réseau de vastes enjeux à l'ambition (assez) bien digérée (des personnages en font cependant bien sur les frais) pour ne point trop nuire et à la narration et au rythme de l'affaire (même si toute la séquence chinoise, très M:I:III, aurait pu sans doute être bienheureusement escamotée, histoire de resserrer le truc !).
Le tout est emballé dans une forme hollywoodo-hachée bien de son temps (rien pour se gargariser non plus, ce nous semble), assez inoffensive malgré tant de darkness promise (le film est au fond, malgré sa noirceur apparente, bien plus poli et TV-friendly que le Batman de 89 !) et constitue un spectacle qui, pris au premier degré et appréhendé à chaud, s'avère néanmoins assez hypnotique (malgré quelques gratuités scénaristiques encore, telle la disparition du frais émoulu commissaire Gordon !), où "l'esprit" assené, suffisamment punchy (à tout le moins visiblement pour faire se baisser bien des gardes et autoriser les envolées dithyrambiques des plus romantiquement enthousiastes), fait avaler les faiblesses de la "lettre", approximative et maladroite...
Mais enfin, comme disaient autrefois les distributeurs de Wes Craven: it's only a movie, hé les gars. Et pas le tout tout meilleur non plus***...
Christopher Nolan (2008)
* quelques salvateurs maquisards s'accrochent cependant ici et là
à un vital contre-discours même si le vachard venin
dont ils usent affaiblit paradoxalement la précision de leur morsure.
** irrésistiblement synthétisée ici
*** on pourra ainsi s'interroger en parallèlisant l'incompréhensible succès public
d'une chose quelconque comme les Ch'tis et celui, critique,
de cette bat-production des plus hollywoodo-calibrées.
Le divertissement intelligent me direz-vous ? Mais vous parlez de quel film ?
à un vital contre-discours même si le vachard venin
dont ils usent affaiblit paradoxalement la précision de leur morsure.
** irrésistiblement synthétisée ici
*** on pourra ainsi s'interroger en parallèlisant l'incompréhensible succès public
d'une chose quelconque comme les Ch'tis et celui, critique,
de cette bat-production des plus hollywoodo-calibrées.
Le divertissement intelligent me direz-vous ? Mais vous parlez de quel film ?


























