A la fois terriblement classique dans sa trame (Macouine campant un Bogart so late 60's) et diablement moderne dans son traitement (après la tempête formelle du Point de Non Retour (Boorman, 67) et avant la radicalisation virtuose de French Connection (Friedkin, 1975) le film se pose comme un jalon volontiers maousse), cette culterie du cool (impression pourtant on ne peut plus fausse (on n'est pas chez Thomas Crown !), due au charisme de Steve enveloppé dans la musique warmy jazzy de Schifrin) est loin d'être anecdotique et de se réduire à une poursuite de bagnoles, aussi virtuose soit-elle (presque trop: elle en viendrait à deux doigts de contredire le réalisme pointilliste, la lenteur immersive, la quotidienneté taiseuse et fichtrement documentée (certains flics sont d'ailleurs joués par d'authentiques cops, idem des toubibs) de cette affaire de témoin suspect).Marquée du sceau plastico-philosophique de Philip D'Antoni (un producteur rare et méconnu mais pas toc, putain !), l'enquête, au-delà de ses ramifications éthiques et, disons le tout net, existentielles (impression appuyée par certains regard du lieutenant et carrément énoncée par le personnage de Jacqueline Bisset), ne joue plus la carte magnétique et clair-obscurée des polars à la papa (fussent-ils prodigieux !) mais s'applique à faire se répondre une imagerie léchée (voir le renversant générique chicagesque) avec des instants au vérisme méticuleux (l'autopsie, la fouille de valise, les diverses procédures sont archi-détaillées et mises au centre du dispositif) des plus fascinants. Proposant ainsi une nouvelle donne, un nouvel axe, un nouveau ton, le film de Yates (pas exempt non plus de défauts, attention !, de toomeutcheries formelles, ni épargné par les outrageux ans parfois (des cadrages pop un peu fanés)) impose un nouveau réalisme sexy, une nouvelle manière diablement séduisante de faire du Noir à l'heure du peti déj'.
Les personnages, dépossédés de leur dialogue (le plus bavard dans l'histoire est bien Lalo Schifrin même s'il sait judicieusement lui aussi se taire quand il faut (quand la Porsche passe la quatrième)), gagnent immanquablement en charisme (MacMac en tête mais Vaughn aussi, dans un de ses meilleurs trucs) et les lieux aussi (on n'avait pas aussi bien filmé Frisco depuis Vertigo), ainsi que l'époque, proposée avec économie malgré le flower power ambiant (un jam vaguement free-jazzeux dans un resto à la mode et basta)... la formule est décidément gagnante sur tous les fronts. Quant bien même au fond, la trame, le cas en situation s'avèrent aussi confus que presque anecdotiques. L'affaire est ailleurs, dans ce mélange des tonalités: empirisme et bigre prosaïque.


