10 février 2009

Bullitt

A la fois terriblement classique dans sa trame (Macouine campant un Bogart so late 60's) et diablement moderne dans son traitement (après la tempête formelle du Point de Non Retour (Boorman, 67) et avant la radicalisation virtuose de French Connection (Friedkin, 1975) le film se pose comme un jalon volontiers maousse), cette culterie du cool (impression pourtant on ne peut plus fausse (on n'est pas chez Thomas Crown !), due au charisme de Steve enveloppé dans la musique warmy jazzy de Schifrin) est loin d'être anecdotique et de se réduire à une poursuite de bagnoles, aussi virtuose soit-elle (presque trop: elle en viendrait à deux doigts de contredire le réalisme pointilliste, la lenteur immersive, la quotidienneté taiseuse et fichtrement documentée (certains flics sont d'ailleurs joués par d'authentiques cops, idem des toubibs) de cette affaire de témoin suspect).
Marquée du sceau plastico-philosophique de Philip D'Antoni (un producteur rare et méconnu mais pas toc, putain !), l'enquête, au-delà de ses ramifications éthiques et, disons le tout net, existentielles (impression appuyée par certains regard du lieutenant et carrément énoncée par le personnage de Jacqueline Bisset), ne joue plus la carte magnétique et clair-obscurée des polars à la papa (fussent-ils prodigieux !) mais s'applique à faire se répondre une imagerie léchée (voir le renversant générique chicagesque) avec des instants au vérisme méticuleux (l'autopsie, la fouille de valise, les diverses procédures sont archi-détaillées et mises au centre du dispositif) des plus fascinants. Proposant ainsi une nouvelle donne, un nouvel axe, un nouveau ton, le film de Yates (pas exempt non plus de défauts, attention !, de toomeutcheries formelles, ni épargné par les outrageux ans parfois (des cadrages pop un peu fanés)) impose un nouveau réalisme sexy, une nouvelle manière diablement séduisante de faire du Noir à l'heure du peti déj'.
Les personnages, dépossédés de leur dialogue (le plus bavard dans l'histoire est bien Lalo Schifrin même s'il sait judicieusement lui aussi se taire quand il faut (quand la Porsche passe la quatrième)), gagnent immanquablement en charisme (MacMac en tête mais Vaughn aussi, dans un de ses meilleurs trucs) et les lieux aussi (on n'avait pas aussi bien filmé Frisco depuis Vertigo), ainsi que l'époque, proposée avec économie malgré le flower power ambiant (un jam vaguement free-jazzeux dans un resto à la mode et basta)... la formule est décidément gagnante sur tous les fronts. Quant bien même au fond, la trame, le cas en situation s'avèrent aussi confus que presque anecdotiques. L'affaire est ailleurs, dans ce mélange des tonalités: empirisme et bigre prosaïque.
Peter Yates (1968)

NB: et si mon notre avis ne suffit pas, écoutez Johnny !

09 février 2009

Sans Issue

Ehontément vendu sur le seul (et oiseux) argument qu'il s'agissait là d'un scénario (que la Cannon de Golan et Globus même aurait hésité à acheter !) du jeune Carpenter (le carbone 14 évoque un petit 1975) par la paire Curtis/Michaels, producteurs opportunistes sortant tout juste de Philadelphia Experiment (projet déjà né de la plume de Big John) tentant là de profiter de la côte du réalisateur de Starman (et à la veille de sortir son Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, sorte de NY97 burlesque et authentique hommage, bien avant Tarantino, au cinéma de genre asiatique), Sans Issue (Black Moon Rising en VO) brille essentiellement par la clairvoyance des distributeurs français qui auraient pu toutefois pousser l'aveu jusqu'à un plus juste encore "Sans Intérêt" !
Le script, tant vanté (à base de barbouzes free-lance bossant pour le gouvernement, de prototype automobile futuriste (conçu par un trio débonnaire (et au tiers sourd !)) incidemment dérobé par un une filière d'escamoteurs de bagnoles de luxe et de magnat féru de technologie et d'architecture en permettant l'épanouissement) est d'un foutraque accompli - à faire passer Buckaroo Banzaï pour un film de Walter Hill –, s'avère en outre péniblement mis en images (un 4/3 étroit et mollasson) et, pour parfaire le tout, joué sans grande conviction (Jones* et Vaughn font bien de la peine tandis que Linda Hamilton tente -en vain- de prouver qu'elle peut-être offrir autre chose qu'une Sarah Connor). Quelques tardives et douloureuses séquences de coups de poings relèvent un peu la poussive sauce, et le final dans les Ryland Towers laisse même imaginer de manière goguenardement inédite ce qu'aurait donné le 007 On Ne Vit que Deux Fois s'il avait été réalisé par un John Badham sous Lexomyl... Au petit jeu des « si ça avait été lui » d'ailleurs, Carpenter himself ne semble presque pas le plus pertinent (malgré le vague profil hardboilo-Pliskenien de son anti-héros Quint) mais on imagine en revanche ce qu'aurait pu faire le récemment calanché Michael Crichton.
Rien qui ne soit pire, assurément, que la très faible copie rendue par le réalisateur du nanardo-culte Camion de la Mort, sous-Mad Max 2 qui troubla le jury d'Avoriaz au point de se voir décerner le Prix du Jury 83 (ex-aequo avec Le Dernier Combat de Besson) dont le président n'était autre que... George Miller** !?!?!?!?!?!?!?!
Harley Cokeliss (1986)

* à croire que Tommy Lee remplira l'office d'acteur fétiche
des scripts-non-réalisés-par-Carpenter-lui-même,
puisqu'il brillait déjà au générique
des Yeux de Laura Mars (Kirschner, 77),

autre chose un poil alambiquée
(presque une dizaine de rewriters imposés par la Columbia !)

et pleine de promesses non tenues,
née du cerveau du père de Michael Myers.


** réal précisément de Mad Max (pour les odieux profanes)...