30 avril 2009

Hercule

Héritier direct du nouveau mood de la Maison de l'Oncle Walt - initié en 92 par le fort fréquentable Aladdin mais un peu abandonné ensuite - à savoir une radicale auto-dérision et une ironie de tous les instants, l'Hercule mis en boîte par Clements et Musker (la paire coupable du Génie bleu et de l'immense Jafar* !) surprend fort au lendemain du lyrique Bossu de ND et à la veille de l'épique Mulan (il marchera d'ailleurs moins bien que ces deux là).
En effet, ses efforts de second degré, sa rupture plastique et philosophique (un héros résolument abruti, auquel il est difficile de s'attacher, une « héroïne » tragiquement « traîtresse »), seule l'absolue réussite du villain Hadès (et dans une moindre mesure du satyre DannydeVitesque Philoctete) élève le film, de loin en loin, à l'occasion de séquences hystériques et réjouissantes (le débit de James Woods qui campe l'odieux ourdisseur est diablement bien repris par la voix de Dominique Collignon-Maurin (qui double Mark Hamill, Kevin Kline, Nicolas Cage mais surtout, d'une manière assez analogue à la présente, Gary Oldman dans Le Cinquième Élément**)).
Graphiquement assez laid (la sensation est pire encore lors des séquences intégrant une hideuse 3D telle le combat avec l'Hydre !), le titre joue la carte de la satire, de l'auto-satire même puisque fustigeant le merchandising, les produits dérivés et tout ce qui fait la force impériale des productions Disney de par le monde (y adjoignant dans sa charge les cartes de crédits vertement célèbres, les inévitables sodas et les chaussures de sports aériennes) et s'embarque aussi dans le complice principe de la citation ou de la référence.
Or si ces manières fonctionnent lorsqu'elles sont autocentrées (la dépouille de Scar, issue du Roi Lion) elles sont déjà plus poussives lorsqu'elles revisitent d'autres univers (Star Wars, Karaté Kid), tirant l'affaire vers une certaine vulgarité dont la maison mère n'a d'ailleurs toujours pas su s'affranchir à ce jour (le problème demeurait encore dans le récent Il Etait une Fois). Non pas que l'ironie soit interdite à Disney (et réservée au Shrekien Dreamworks ?), la preuve en est avec la culture des villains « grotesques » (entendez «comiquement contrariés », de Medusa à Jafar ou Hadès justement), mais elle ne lui est décidément pas naturelle lorsqu'il s'agit de farouchement coller au post-modernisme ambiant (quoique ce soit véritablement plus fin dans certaines prods Pixar telles Toy Story 2 ou Les Indestructibles).
Dés lors la production, hybride et le cul, comme son héros hésitant avec la Terre et l'Olympe, entre deux chaises ne trouve pas vraiment et son rythme et sa place... pour finir par déplaire plutôt (les faibles chansons (fadassement gospelisantes) de Menken ne facilitant en rien l'adhésion !)...
Ron Clements & John Musker (1997)

* mais aussi de la faiblarde Planète au Trésor qui leur coûtera oreilles
(un minimum chez Mickey !) et queue.

La crise de la 2D chez Disney ne sera pour autant pas solutionnée
puisque le dernier métrage à peu près valable demeure,
et ce malgré l'avis des farouches fans
de l'ultérieur Lilo & Stitch (Sanders/Deblois, 2002),

Kuzco, L'Empereur Megalo (Mark Dindal, 2000) !

** on le retrouve aussi avec plaisir au service
des méchants en chef de 1001 Pattes ou de Monstres et Cie.

Balance Maman Hors du Train

Malgré une œuvre (d'acteur, de réalisateur ou de producteur) pour le moins foutraque, et aux qualités diverses, ici on aime Danny DeVito. Ses responsabilités dans des choses telles Vol au Dessus d'un Nid de Coucous, Batman le Défi, Pulp Fiction, Bienvenue à Gattaca, Virgin Suicide, Man on the Moon (what a 1999 year !!!), Anything Else ou La Guerre des Rose (pour faire court), nous feront toujours passer l'éponge sur ses (plus) faibles Reitmaneries ou ses consciencieux renvois d'ascenseur Sonnenfeldien.
Lorsque le petit bonhomme se décide enfin à passer derrière la caméra (après une poignée d'épisodes télévisuels pour la série culte Taxi (laboratoire de Tony Danza, Andy Kaufman, Christopher Lloyd et DeVito himself) ou celle, Spielbergienne en diable, des Amazing Stories, dont il inaugure la saison 2 avec La Bague), il parvient à faire mieux (boxofficément parlant) que ses émérites confrères Steve Martin, Dan Aykroyd, Mel Brooks, Rob Reiner ou Joe Dante... et il faudra des poids lourds tels Schwarzie, Ed Murphy, Mike Douglas, Nicholson, Sean Connery, Mel Gibson, Pat Swayze ou Robin Williams pour le tenir en respect: 13ème film US pour l'année 1987, voilà qui est surprenant pour un film dont on se souvient à peine aujourd'hui !?*
Pourtant cette comédie noire, malgré un titre discutable**, s'avère une chose des plus fréquentables, au rythme soutenu, à l'enchaînement de situations plaisant et ne versant jamais dans les outrances possibles (à défaut d'être permises). Reprenant l'argument homicide de L'Inconnu du Nord-Express (Hitch, 1951) et le resituant dans une tonalité de burlesque 80's (le contexte « abus littéraire » n'est d'ailleurs pas sans rappeler le différend entre Woody Allen et Meryl Streep dans Manhattan), le titre fait la part belle à son trio d'acteurs principaux (DeVito, Crystal, Ramsey), savamment dosé, et soigne régulièrement une mise en forme faite de plans sacrément valables et de points de vue insolites. Drôle et hargneux (pas autant que le futur War of Roses !), le film prend cependant le temps de laisser une bienveillante chance à ses personnages (la collections de coins, par exemple), sans jamais les sacrifier hâtivement au profit d'effets quelconques - on concédera cependant peut-être que les personnages féminins ne sont pas aussi préservés que les masculins (l'ex-femme est hystériquement dessinée, la nouvelle fiancée paresseusement installée).
On reconnaîtra aussi que le train promis par le titre est une portion diablement congrue du métrage et d'un intérêt aussi faible que celui dont Landis use dans Un Fauteuil pour Deux.
Mais globalement la surprise est de taille... diamétralement opposée à celle du réalisateur (1m52, comme Toulouse-Lautrec, Sartre ou Shakira)
Danny DeVito (1987)
* C'est un peu le cas aussi d'Etroite Surveillance de John Badham,
vrai succès d'alors, évaporé depuis...

** et qui curieusement a toujours amené la confusion dans mon esprit
avec Y'a-t-il Quelqu'un pour Tuer ma Femme ?,
un faible ZAZ de l'année d'avant, avec DeVito itou.

28 avril 2009

Explorers

S'il nous faut (rien ne nous y oblige mais, paresseux que nous savons être, nous nous laisserons aller une fois de plus à la complaisance réductrice) augurer de la première moitié de la filmo de Joe Dante à l'aune de celle de Spielberg, nous constaterons sans trop nous casser la nenette que débutant sur les bases d'un remake à peine déguisé de l'un par l'autre (Piranhas pour Jaws) et se poursuivant par un vague négatif iti-esque (Gremlins pour ET), elle atteint son acmé œcuménique avec le plus méconnu Explorers, authentique CE3K de l'affreux Jojoe.
Foutument personnel (malgré le fait que la Paramount lui retirera le titre des mains en précipitant sa sortie sur le marché), sinon confessionnel, ce petit film (qui révélera Ethan Hawke et River Phoenix)...
Joe Dante (1985)
A SUIVRE

27 avril 2009

L'Aventure Intérieure

Dante voulait prouver qu'il pouvait réaliser un blockbuster classique, Spielberg s'était convaincu qu'il s'agissait là d'un script taillé pour Zemeckis et la Warner était convaincue que le film n'était pas drôle (elle voulait la peau de Martin Short))... autant dire que tous se trompaiten au sujet d'Innerspace !
Si la WB parvint à être calmée en faisant seulement virer le comédien Luca Bercovici (idéalement remplacé pour l'emploi d'Igoe par l'inénarrable Vernon Wells*), si Zemeckis refusa le sujet craignant d'être dans des eaux trop proches de Retour Vers le Futur, si le film s'avéra plutôt amusant (mentions aux indefectiblement Dantesques Kevin McCarthy et Robert Picardo)... c'est surtout le pépère Joe qui se trompait le plus: il était tout bonnemet incapable de faire un film « classique » (entendez « lisse ») !
Malgré les efforts quant à l'esthétique (la photo d'Andrew Laszlo est, à quelques exceptions près (les roses accompagnant Scrimshaw) on ne peut plus "blockbusteuse"), les retenues geek-cinéphiliques** et la rigueur rythmique de l'affaire, Joe ne peut s'empêcher longtemps de cartooniser son propos et de vite verser dans une certaine folie, jubilatoirement arbitraire et savoureusement foutraque.
Si le titre emprunte l'argument « technique » (mais guère davantage !) du Voyage Fantastique de Fleischer mâtiné de burlesque Tashlinien (que se passerait-il si on injectait Dean Martin ans le corps de Jerry Lewis ?) et offre par là même une comédie fantastique doublée d'un trépidant film d'aventures, il ne tarde toutefois pas à donner l'impression que le réalisateur est tenté de casser ses rutilants jouets, de disperser ses potentiels acquis et de filer dare-dare en roue libre, à l'énergie et à la folie pure (même s'il passe par des moments plus inédits (et grand public) pour Dante, telle la bluette « cruellement » ambiguë entre Jack et Lydia (sous l'oeil de Tuck), sorte de problématique hitchcockienne, façon Notorious ou Under Capricorn). Pour notre plus grande et morveuse satisfaction.
La chose a cependant vieilli, sans que l'on détermine vraiment en quoi (la VF*** ? les sapes ? (le late-80's est peut-être ce qu'on fit de pire...)), mais reste suffisamment échevelée pour assurer l'adhésion (l'exposition des 35 premières minutes est assez exemplaire, dans le genre). Et si l'on parvient à outrepasser le trio d'acteurs principaux (Meg, Martin et Dennis ne sont pas du goût de tous, y compris du nôtre...) pour se consacrer au rythme et à la cocasserie de la chose, le plaisir est immanquablement au rendez-vous (plus que le succès: le film, laborieusement distribué (la confusion vaut autant pour le contenu du film que pour son auteur puisque tous et toutes sont persuadés qu'il s'agit là d'un film de Spielberg), ne rencontrera pas vraiment son public en salles (presque six fois moins de recettes que Gremlins !) et ne sera repêché que par la bénie VHS !).
Joe Dante (1987)

* immense villain traînant son rictus
de Mad Max 2 à Fortress,
en passant par Commando ou Kiss of Death (soit une sorte de GR20 du culte !)

** telles ces irrépressibles apparitions caméiques
de Chuck Jones et de Kathleen Freeman...

*** l'équipe Bernard Lanneau (voix officielle de Dennis Quaid
mais surtout de Kevin Costner !),
Jean-François Vlerick (l'agacante voix de N°5 dans Short Circuit),
Virginie Ledieu (la Willow de Buffy
mais aussi une tapée de persos dans les Chevaliers du Zodiaque),
et l'immense Marc Cassot (Monsieur Paul Newman !)
sonne effectivement foutument 80's !

Enemy

Toujours entouré d'une proche équipe germanique (surtout à l'assistanat et à « l'artistique » (les décors, assez laids, de Rolf Zehetbauer semblent tout droits tirés de scènes coupées de L'Histoire Sans Fin * !), Petersen opère cette fois-ci pour la Fox, pour qui il reprend un tournage mal barré avec Richard Loncraine (David Lynch et Terry Gilliam furent aussi approchés, mais déclinèrent), et accueille sur les plateaux munichois du Bavaria Film Studios des acteurs en passe de devenir bankables (Quaid sort de Jaws 3D, de L'Etoffe des Héros et de Dreamscape et s'apprête à gentiment briller sur la fin de ces 80's). Et outre d'un tournage partant à vau-l'eau, le réalisateur s'empare également ce faisant d'un roman (de Barry Longyear, 1979) que sa mécanique narrative et empathique ne va pas manquer de singulièrement affadir.
Fable pompière à base de choc des cultures et d'isolement forcé (soit Duel dans le Pacifique meets Robinson Crusoe, réévalué via le prisme Star Wars (Willis Davidge a beaucoup de Han Solo)), le titre souffre évidemment d'un manichéisme encombrant (les extra-terrestres dracs, mystiques et pleins de sagesse, s'opposent pourtant aussi stupidement que les humains, cow-boys de l'espace sans foi ni loi ni héritage), d'une simplification épuisante (l'humanoidisme de ces mêmes dracs est poussé à l'extrême pour faciliter l'adhésion) aux enjeux métaphoriques plus didactiques que simplement limpides (tous les dracs sont joués par des blacks !), d'un recours systématique au larmoyant et, surtout, d'un manque cruel de rythme (ellipses soudaines (la fuite de Zammis), séquences avortées avant qu'elles ne donnent tout leur sel (retour de Davidge sur sa station spatiale) et rebondissements faméliques, à la mécanique rien moins que vide et archi-balisée (tout le faiblard final dans la mine)).
On ne jettera pas pour autant le bébé de Jerryba l'hermaphrodite avec l'eau du bain, quelques plans s'avérant plaisant et le projet ayant une ambition louable mais l'impression générale, qu'elle soit philosophique, dramatique ou technique reste et demeure dans un brouet trop peu rigoureux, une situation trop vague (des amorces pourtant, tuées dans l'œuf) et bien trop sage...
Wolfgang Petersen (1985)

* ils sont pourtant issus des rochers canariens de Lanzarote !
Mais quelques éléments, comme l'étang artificiel,
seront effectivement des éléments réemployés.

L'Histoire Sans Fin

Pour le plus grand nombre (et donc pas nécessairement la crème !) Die Unendliche Geschichte se réduit à son Main Theme musical, psalmodié sur des arrangements synth pop de Gorgio Moroder, par l'ex-leader des éphémères angliches Kajagoogoo (que le plus grand nombre de frangins français avaient rebaptisés - avec force mépris pour les différents brushings pas si timides des minets incriminés - Cage à Gogols), Limahl. Le film, sans être une foudre non plus, vaut pourtant un peu plus que cela.
Baignant en pleine fantasy (l'époque y est bigrement propice, de Dark Crystal aux Livres Dont Vous Êtes le Héros (série interactive popularisée par Steve Jackson et Ian Livingstone à laquelle il est impossible de ne pas penser ici !) en passant par le Krull de Peter Yates), il est aussi un parfait témoignage de spiritualité germanique (le film n'a presque d'américain que ses capitaux Warneriens) et une aimable tentative d'allégoriser l'acte de lecture*.
Certes Michael Ende, auteur littérairement du titre originel, désavoua la chose et refusa de voir son nom au générique,
certes encore le symbolisme est aussi hâtivement expédié (miroirs, correspondances entre personnages réels et leur alter ego dans le récit (le libraire = la tortue),... ) - bien plus qu'il ne l'est dans les versions cinématographique d'Alice au Pays des Merveilles ou du Magicien d'Oz, par exemple ! – que les personnages sont dessinés à la va-comme-je-te-croque... et seul un bestiaire sympathique (plus que les décors, vieillis) parvient à lier un tant soit peu une sauce initiatique par trop délayée, voire carrément arythmique (bouh ! quel sale découpage !) et négligeant régulièrement ses climax (le didactique « loup » Gmork est un authentique pétard mouillé tandis que Falcor s'avère un deus ex machina particulièrement gratuit).
Le casting, intéressant parce qu'anonyme, n'habite cependant pas plus que ça des personnages sommairement écrits (les mômes** viennent de la téloche (K2000, Hulk, Chips, Galactica, Huit ça Suffit et le nain indien Deep Roy n'a pas encore marqué les esprits comme il le fera chez Burton (Oompa Loompa, c'est lui !!), en ayant pourtant joué dans Le Retour du Jedi, Greystoke, Flash Gordon ou Quand la Panthère Rose s'emmêle) et trop de choses reposent sur de (vilaines) nappes de synthés pour marais désolés.

Pour le plus grand nombre (et donc pas nécessairement le plus perspicace !) Niekonczaca Sie Opowiesc (comme on dit en Pologne) se réduit à son Main Theme ? C'est un peu expéditif donc, mais c'est pas non plus, même si Rob Bottin a du se laisser influencer pour les fxs du Legend de Ridley Scott, beaucoup plus que ça. Non plus...
Wolfgang Petersen (1984)
* « aimable » seulement car la mise en abyme est bien faiblement articulée,
voire même, dans un sursaut de conscience,
péremptoirement artificielle dans les dernières minutes du film !

**Barret Oliver aura sa petite heure de gloire étendue 5 ans durant
grâce à Cocoon ou DARYL
(il sera aussi le petit Frankenstein de Burton dans Frankenweenie)

14 avril 2009

Spinal Tap

C'est peu dire que Rob Reiner eut l'heur de nous farouchement séduire, et ce dés ses primes efforts. Carré inaugural imbattable pour un ado des 80's que d'aligner Princess Bride, Stand By me, Le Coup Sûr et Spinal Tap. Le fiston du père des Cadavres Ne Portent Pas de Costards et de L'Homme aux Deux Cerveaux, pépites drôlatiques s'il en est, avait sans doute dans les artères de quoi nourrir un indiscutable sens du culte. Si le terme, cinéphiliquement parlant, est aujourd'hui galvaudé voire carrément contredit (on en use à propos des Ch'tis avec une égale fougue que si l'on causait des films de Jodorowski !), il est incontestable que le premier film de Reiner relève de ce, plus que genre: ce prisé statut.
Dialogues (et chansons !) sus sur le bout des doigts, looks éminemment reproductibles, anecdotes et séquences qu'on s'évoque à tout bout de champ, la moindre minute de Spinal Tap a été mille fois digérée et répétée par les fans hardcore du film de par le monde.
Ce documentaire rock (aussi indispensable que le bien plus réel Dig!), donné donc pour rockumentaire (mais en réalité authentique mockumentaire !), est une bible, à l'égal des Rutles d'Eric Idle et Neil Innes (autre massive culterie de 1976), pour tout fan assourdi de rock.
Au travers du groupe fictif Spinal Tap, mené par la paire aussi créatrice qu'inenarrable David St Hubins et Nigel Tufnel (les Lennon/Macca du metal), Reiner effectue une hilarante radiographie du monde (et de l'histoire) du rock. Calquant de loin la carrière des Beatles (british invasion puis flower power) mais l'extrapolant jusqu'à les faire passer par le blues rock stonien, le heavy metal black sabbatheux et le prog rock ésotérique, le titre avance sous la forme d'un reportage façon « in bed with » tandis que le groupe, en tournée nord-américaine, tourne surtout lui aux has been incapables de s'arrêter. Tous les poncifs de l'univers musical semblent abordés (à l'exception du sexe, lointainement évoqué, et des excès alcool/dope, juste évoqués), avec force parodie: yoko-oneries, délires instrumentistes (très jimmypagiens !) et absurdités techniques (les potards à 11, la guitare qui ne sera jamais jouée), relations avec la critique, tensions manageriales et récriminations artistiques (la pochette de Smell the Glove !), mais encore quotidien loin du glamour (séances de signatures, errances et exigences de backstage, plans pourris), ambitions mal placées (l'opéra en Ré Mineur de Nigel, My Love Pump ou la collections de tous les acoustiques de David), aléas techniques (les cosses récalcitrantes, le Stonehenge miniature)... tout y passe jusqu'à l'auto-combustion des batteurs et au pèlerinage gracelandais (désopilante séquence harmonique autour d'Heartbreak Hotel) !
On s'amusera à reconnaître nombre de groupes et artistes (les Whos, Led Zep, Kiss, Manowar, Van Halen, Ozzie Osbourne, ...), repérer les guests (Billy Crystal, Fran Descher, Patrick MacNee... et Anjelica Huston !) ou identifier l'origine des anecdotes (Black Sabbath pour Stonehenge, le vomi d'Hendrix ou Bon Scott)... mais on s'amusera surtout tant l'affaire est drôle et savamment mise en forme (impossible d'imaginer que Christopher Guest puisse être quelqu'un d'autre que Nigel Tufnel *!!!)... à voir et revoir. Indéfiniment !
Rob Reiner (1984)
* il sera pourtant l'odieux
et estropié comte Rugen de Princess Bride !


10 avril 2009

Interlude : Petit Sondage Pascal et San Francisain

Selon vous, le meilleur film basé in Frisco ?

Sueurs Froides ? Bullitt ? La Dame de Shanghaï ?
Les Passagers de la Nuit ?
Prends l'Oseille et Tire-Toi ? L'Inspecteur Harry ? 48 Heures ?
Dangereusement Vôtre ? Basic Instinct ? Zodiac ?
Harvey Milk ?
(..., d'autre titres possibles encore... par ici)

07 avril 2009

Meurtre Mystérieux à Manhattan

Je ne crois pas me tromper, et la confession est bien malaisante !, en avouant que MMM est le premier Woody Allen que je vis – que j'appréciais, à tout le moins.
S'il n'est certes jamais trop tard pour bien faire (et avoir superbement ignoré les travaux du bredouillant binoclard une vingtaine d'années durant relève effectivement de cette confortablement élastique notion de « tard » !), il était temps en outre, et par complément, de ravaler secrètement un orgueil mal placé qui me fit longtemps prétendre (à quiconque me chatouillait sur le dossier) « ne pas aimer les films du new-yorkais drôlement névrosé ». Peut-être avais-je vu distraitement une demie-heure de Take the Money and Run, en VF, quelques temps auparavant ?, mais ce n'est plus clair dans mon pénitent esprit et c'est bien sur la scandaleuse foi d'une ignorance niée que je me drapais régulièrement en suffisance (jusqu'en classe de seconde ?) et bien par MMM que j'entrais enfin en véritable Allenerie *.

Avec ce MMM qui voyait Woody renouer avec la franche comédie de ses 70's (la deuxième moitié du film est proprement hilarante) mais aussi bouclait une boucle nostalgique (et un peu « facile » ?) avec ses grandes heures Keatoniennes, puisque l'actrice (et le scénariste Marshall Brickman itou) le retrouvait (et nous, public, aussi) comme si de rien n'était, 16 ans après Annie Hall. La formule semblait ne pas pouvoir foirer (même si Woody n'était pas trop inquiété par le box office, son Ombres et Brouillard mis à part !)), rapport à l'adage mêlant équipe inchangée et victoire.

Curieusement, à le revoir aujourd'hui, force est de constater combien Meurtre Mystérieux à Manhattan a déjà vieilli. Les femmes y sont épouvantablement vêtues (en bon hôpital moquant la charité, Carol Lipton critique d'ailleurs pourtant au détour d'une auto-private joke, le look d'Annie Hall (la cravate) qui a pourtant mieux passé les ans !), les mécaniques amicalo-professionnelles sentent vraiment le réchauffé (même si le motif a ce qu'il faut de rassurant) et plus encore que les enjeux relationnels interrogés (sommes-nous devenus une simple paire de chaussettes confortables ?) c'est surtout les situations installées, la pétillante parodie d'enquête 30's (et son sommet: « le chantage par magnétophone ») à la mode William Powell/Myrna Loy (The Thin Man) qui force finalement l'adhésion, les brillants dialogues (et ils le sont souvent !) ne semblant plus suffire maintenant que nous connaissons si bien les ficelles...
Les vannes à Wagner ou à Robbe-Grillet/Resnais, les clins d'oeil et d'oreille à Guys & Dolls ou à La Dame de Shanghaï (ou Assurance sur la Mort) émaillent certes sympathiquement le métrage mais quelque chose semble définitivement usé (Diane Keaton ?), par trop ronronnant (Alan Alda ?) ou systématique (Anjelica Huston ?)... ce qui n'empêchera pas au film d'être l'un des préférés de la troisième période de Woody (93-04)... pour les mémères abonnées à L'Evénement du Jeudi de Jean-François Kahn ?
Woody Allen (1993)

* Le titre m'enthousiasmait tant (sans pour autant n'avoir jamais vu
de Billy Wilder
ou d'Orson Welles !)
qu'il me fit promptement rattraper mon incurie,

le plus largement possible et avec un plaisir souvent égal
et placer le bonhomme parmi mes réalisateurs fétiches
(enfin surtout entre 69 en 93 justement !),

au point même que je dérobais vite,
dans une bibliothèque de camp de vacances du Pas de Calais,

l'ouvrage que Giannalberto Bendazi consacra au réalisateur
(c'est moche: comment allaient-ils être sensibilisé au fameux mood allenien,
les salariés de l'EDF ?).

06 avril 2009

La Dame de Shanghaï

Maudit (retrituré par la prod avant sortie) et incompris en son temps s'il en est, -quel titre d'Orson ne l'est pas ? -, cette étrange, vénéneuse, romanesque (poétiquement cynique) et anti-romantique production engagée de suspecte manière (entre la légende mensongère colportée par Welles vendant un projet à Harry Cohn (de la Columbia) sur le seul titre d'une couverture de Série Noire et les allégations plus prosaïques du producteur William Castle, difficile de savoir à quoi s'en tenir), vendue de spectaculairement cruelle façon (Welles fait couper samsonodalilément les cheveux auburn et hollywoodiens de Rita Hayworth devant les objectifs de la presse, puis la platine aussitôt) et irriguée quotidiennement de bad mood (Orson et Rita sont en passe de divorcer et se cherchent noise en toutes occasions et à tous propos: lui, hystérique, vire son maquilleur officiel à elle, qu'elle réengage aussitôt mais en cachette !), avançant sous des airs alanguis de film noir (ce qu'il est certes, mais presque « négligemment ») et de baroque moite (ah les séquences de yacht ! (tournées sur la Zaca, le schooner d'Errol Flynn (qui ne quittera jamais le bateau et fera chier bien bien la production !))... cette Dame de Shanghaï, donc, brille au firmament du 7ème art (et du nôtre accessoirement) pour mille raisons parmi lesquelles, et non des moindres !, le final tout en miroirs et reflets (après un petit trip psychotrope bigrement caligarien !) et surtout cet ahurissant crime de lèse-majesté: laisser crever l'icône comme une chienne !
En effet, Welles y va de cette audacieuse rupture avec le glamour hollywoodien de refuser à La Femme de mourir dans les bras de son aimé ! Déjà responsable du plot du parfaitement cynique ladykiller Mr Verdoux de Chaplin (qui ne se décidera à le créditer au générique que lorsque le scandale arrivera), Orson parachève là sa crucifixion de la femme américaine (symbolique), en lui refusant tout salut ou pitié...
Plastiquement fascinant (même si, surtout dans la première moitié, plus sobre et « classique » qu'à l'accoutumée), ambiancé comme c'est pas permis, Lady from Shangaï ne souffre en outre même pas de son intrigue un peu lâche et vaguement fumeuse (on sent Welles peu intéressé par son récit), tant le frisson lui parcours toute la colonne vertébrale (et nous l'échine !).
La trogne du trop rare Glenn Anders (l'onctueusement dangereux Grisby !), la démarche douloureuse d'Everett Sloane (qui sera vite cantonné à la téloche, hélas !), les moues indéchiffrables de Rita et les profils (il ne se cadre jamais de face ?!) habités/hébétés de Welles, le tout filmé sous le nez, comme autant de mouches s'agitant sous un microscope inquisiteur, s'opposent au large spectre des décors (les quais de Sausalito (un des rares travellings à grue), les rochers de Panama, les rues de Frisco), immensités de cartes postales impuissantes aux drames qui se jouent en leur sein.
Sensuel et cérébral, machiavélique et dépouillé, atmosphérique et instinctif, Lady from Shangaï (tiré, tout comme Touch of Evil, d'un petit roman noir magnifié par son réalisateur) est un film littéralement fascinant, s'enrichissant à chaque visionnage... et rigoureusement culte.
Orson Welles (1947)

01 avril 2009

Halloween H20

Fruit d'un opportunisme ridiculement inépuisable - désormais coutumier - tout autant que frappé d'un paradoxal anachronisme (Scream est passé par là, crucifiant et résurrectionnant tout un genre: le slasher), l'anniversaire célébré en 1998 pour les 20 ans de la créature willimashatnerement masquée de John Carpenter et Debra Hill avait évidemment tout de la plus parfaite des mauvaises idées.
Bien que parmi les moins illégitimes à entreprendre l'affaire, Steve Miner (réalisateur de deux Friday the 13th (pas nécessairement les pires d'ailleurs: 2 et 3) et coprod du 1er) s'embarque avec une infinie retenue graphique sur les plates-bandes - régulièrement souillées depuis 78 - d'Haddonfield. En effet, la prime impression distillée par cette médiocre production est celle d'une version light, tous publics, des pugnaces poignarderies de l'indérouillable tueur: Myers ne fait jamais peur, ne jouit d'aucun charisme et ses incartades sont ainsi d'un fade accompli, doublées de maladresses contradictoires.
On acceptera avec force soupirs que le scénario, se voulant so 1st degree (on n'est jamais contre, nous autres !) et respectueux des codes en vigueur, y aille de tous les poncifs (à base de clés bredouillantes, de reflets roublards et de moteurs récalcitrants) et que les personnages n'aient finalement rien appris en 20 ans (ils n'ont donc jamais vu Scream (le #2 passe pourtant à la télé des roomies !!), enfermés qu'ils sont dans une Amérique parallèle ?), et ce alors même que leurs contemporains jouent à fond la carte du post-modernisme (les pas si ridicules, avec le recul, Urban Legend et I Know What You Did Last Summer), puisque nous sommes en présence donc et redonc d'un « retour aux sources » (pourtant co-produit par (e post-modernissime pétard mouillé Kevin Williamson !).
On grincera en revanche beaucoup plus des dents tandis que le film rompt à mi-parcours avec les « bénéfices » de séquences d'abord finement orchestrées (cf: le commentaire de Tepepa) et de la (lapidaire) mise en place « psychologique » de ses personnages: exit la détresse paranoïaque et alcoolisée vaguement proposée, la nouvelle Laurie Strode s'avère vite une Ripley (in Aliens) de campus et cache sous son incoercible angoisse et ses tourments un soudain déterminisme très NRA des plus incongrus.
Sa rupture en outre avec l'enthousiasmante topographie originelle (troquée ici avec un vague et stérile contexte de haunted house), ses ressorts exclusivement tendus par une complicité et une connaissance extra-filmique (la private joke de la mère et la fille Leigh, celles au film originel), le plat étant certainement plus fade encore sans avoir vécu au préalable les relations Laurie-Michael, et son casting inégal (pour un Josh Hartnett doucettement mémorable, combien de George Clooney et de Sarah Michelle Gellar* du pauvre ?) font de cette énième production de l'inarrêtable Moustapha Akkad** un bouton disgracieux de plus sur le cul de la licence (seuls les deux premiers valent vraiment quelque chose), quand bien même engrangea-t-il plus de dollars que les épisodes précédents...
Steve Miner (1998)
* d'ailleurs clind'oeilée,
comme il est prouvé ci-dessous.
** aussi pugnace que son monstre, le pépère !