28 mai 2009

Canicule

Gravement infusé de l'Erskine Caldwell de La Route au Tabac (pousser jusqu'à Faulkner, ça serait un peu too much !), même si l'affaire tourne à la parodie absurde façon Charles Williams (Fantasia chez les Ploucs), cette ambitieuse allégeance au film de genre à la ricaine ne manque pas - hélas ! - de tôt louper son coche (grief applicable à d'autres Boisset, tel Le Prix du Danger !).
Trop plein d'intentions et de manières pour se contenter du 1er degré nécessaire à pareille entreprise, la production ne tarde pas à se trouver être ainsi un produit hybride, assez courant d'ailleurs dans le paysage frenchy d'alors (Rue Barbare, Diva, certains Mocky jusqu'au Polanski de fin 80's - le casting du film reflètant d'ailleurs très bien cette « couleur » contemporaine (Milo, Kalfon, Dreyfus,...), le cul entre deux chaises insatisfaisantes, hésitant entre hommage et parodie, tiraillé entre franchise dépouillée et envahissante exception culturelle (les dialogues trop écrits qu'Audiard place en bouche de Carmet le nostalgique d'Indochine, le vétéran adagesque du Tonkin). Proposant une sorte de western désenchanté (un Rio Bravo érotomane et morbide ?), mâtiné de fragrances poissardes empruntées au meilleur du survival 70's (comment ne pas penser à Massacre à la Tronçonneuse ?!), le titre pêche aussi par la mollesse du script (co-signé pourtant par cinq auteurs !!) qui néglige trop vite ses personnages (même les plus travaillés (background poétique et/ou mystérieux) et les plus profonds, tels ceux tenus par Carmet et Miou-Miou*, finissent par être aussi abandonnés par le script (dés que Miou-Miou quitte la ferme, son perso parfumé à la femme fatale décalée perd tout intérêt)...
Désamorçant bien trop vite ses enjeux par excès maladroit d'absurde et de poésie à l'européenne (naufrage patent du personnage campé par David Bennent (par ailleurs calamiteux !)), abattant ses cartes avec bien trop de précipitation, sacrifiant ses atouts sur de mauvais plis (le rôle de Bernadette Laffont et, plus encore, celui de l'étrange et suicidaire Muni, sont vraiment tués dans l'œuf), Boisset renonce, gâche et, comme disait ailleurs son dialoguiste, « éparpille façon puzzle » un sujet et un contexte potentiellement valables (le roman originel de Jean Vautrin est-il plus solide ? on tâchera de le savoir).
Pourtant, malgré encore et pour finir une réalisation discutable** (les séquences en ville sont assez faibles, voire carrément et ridiculement merdiques (la fusillade de l'Orléanaise Banque de Beauce***)), le seul fait de voir le minéral et magnifique Lee Marvin, offrir un chant du cygne à ses rôles chez Siegel et Boorman sauve l'affaire pour le cinéphile (ainsi que sa très bonne affiche), préférant le voir ici laisser filer sa fin de carrière que chez Menahem Golan...
Yves Boisset (1984)

* les deux meilleurs du film du coup, fatalement

** on passera sur la délicieusement ridicule (culte ?) partition de Francis Lai,
digne des meilleurs jingles de logos VHS (type Proserpine ou RCV...) !


*** qui paye donc ses culs-terreux céréaliers à grands coups de dollars !

26 mai 2009

Les Professionnels, prétexte/constat/résolution

Sans doute certains d'entre vous vont-ils s'étrangler avec leur cuillerée (en bois) de fayots mais je n'avais jamais vu Les Professionnels jusqu'à aujourd'hui.
Il n'en va pas de même avec nombre de films.
Non pas qu'en plus d'avoir tout lu et tout fait, j'ai en outre déjà tout vu, mais bien parce qu'elle s'avère bien congrue la fraîche part des nouveautés et des inédits dans cette interminable et pugnace colonne que commence à être EDaW - vingt gros pour cent, allez, guère plus !

Pourquoi cela ? serez-vous tenter d'effarouchement demander, vos beans recrachés. (il vous en reste un collé, là... non pas là, de l'autre côté !). Je serais bien tenté, sachez-le, de vous suggérez de vous occuper de vos oignons - ceux-là même qui auraient foutument accommodé vos haricots en sauce - mais je m'en tiendrais à une courtoise et relative honnêteté:
entre l'enclin paresseux et grégaire à parler de choses que l'on connaît déjà et, par extension, le goût que l'on a à les partager avec vous (les encensant ou les traînant dans la rigolarde fange !) depuis que la technologie jesaipascombien-point-zéro nous le permet, mais aussi la possibilité suspectée de faire frissonner une éventuelle vague générationnelle et/ou cinéfamiliale, ou à tout le moins une école de goût (ou encore un parcours cinéphile ?) et paf ! les choses sont déjà sur la pente fatale du serpent mâchouillant désespérément (mais avec une consciente application !) son extrémité: on se coltine quotidiennement des films déjà vus (et revus pour certains).

L'affaire n'est pas dramatique en soi (je pourrais voir, je pense, Spinal Tap, New York 1997 tous les jours ou Les Vacances de Mr Hulot), occasionne même d'intéressantes relectures ou redécouvertes, mais la vibration de la découverte (enthousiasmante) a toujours ce petit plus de grisant (lorsqu'elle est débarrassée de l'effet de groupe (rien ne me gonfle plus qu'un collectif consensus proclamé et satisfait) et/ou de buzz: nombre de publications et de blogs m'ont ainsi gâché (castré ?) mon No Country for Old Men, même repoussé un an après !). Pourtant, un tout petit quart de mes notes occasionne des premières fois... Gosh ! Damn ! A quoi joue-je ?!
Allez ! Ceci pris et même si le film de demain sera encore un rewatching, engageons-nous à plus de spectaculaire curiosité: 63 des prochains 100 films prévus en chroniques seront de ces premières rencontres, fraîches et (potentiellement) dénuées d'a priori. ! Paf again ! ca vous la coupe, les ramenards, hein ?!
Gageons qu'elles auront le charme, ces premières fois, et l'enthousiasme communicatif de ces crépusculaires Professionnels du jour, dont je ne vous aurais finalement pas parlé alors qu'ils le méritent amplement (Vincent from Inisfree, en pleine redescente cannoise, nous les évoquera peut-être en com' la semaine prochaine... allez, tous avec moi: Vin-cent ! Vin-cent ! Vin-cent !)
Richard Brooks (1966)

NB: cette note-confession s'inspire largement du travail de l'émouvant pop-questionnement qu'a dernièrement entrepris le tombouctien môssieur Coolbeans ici et . Grâce infinie lui en soit rendu. Et courrez vous y reconnaître, baltringues !

25 mai 2009

Elmer Gantry, le Charlatan

Malgré un nom qu'on imaginerait bien sur une palanquée de 33T d'accordéon pour baloche bien 70's, André Previn (né Andreas Ludwig Priwin) est en réalité un compositeur juif allemand ayant fui le Reich pour composer quelques partoches pas toc, telles La Belle de Moscou ou Beau Fixe sur New York (un titre à retenir, croyez-m'en !). Et cet Elmer Gantry qui nous occupe aujourd'hui et dont il avait pigé tout l'épique de l'affaire, presque plus encore que Brooks himself, si occupé à nourrir sa thèse et à brocarder son petit monde. D'aucuns, et parmi les plus fameuses autorités, voit en ce film le chef-d'oeuvre d'un réalisateur pas vraiment auteur et surtout amené à décevoir le monde qui avait tant misé sur lui à la fin des fifties puis des sixties. Authentiquement emballés par l'affaire, nous ne nous embarquerons pas à tant de la dithyrambe pas plus que dans a franche exégèse (vous en trouverez néanmoins un brin ici, lieu fort fréquentable s'il en est), la farouche volonté dénonciatrice de l'entreprise nous menottant un brin trop les mains pour applaudir à tout rompre. Il y aurait pourtant de quoi, de la performance exaltée de Lancaster (ka-ching ! un oscar !) à celle à peine moins négligeable de Jean Simmons qui paroxismise là son perso du sergent Sarah Brown (in Guys & Dolls) en cette sister Sharon Falconner, mais l'intention pamphlétaire (et les moyens parfois réducteurs ou simpliste spour la servir) embarrasse, nuise, empèse... plombe un brin, quoi.
Nous aurions su nous contenter de cette même histoire, admirablement photographiée d'ailleurs par le fort fréquentable et fichtrement Manno-Minnellien John Alton (La Brigade du Suicide, Un Américain à Paris, Allons Donc Papa !) à échelle d'homme et de femme, comme le titre l'est d'abord dans un premier et savoureux temps (la première heure, bigrement bonne), avant d'être emporté par la même exaltation que ses personnages mais pour dessouder du bigot et du prédicateur...
Décidément, les films à thèses... c'n'est point (trop) pour nous...
Richard Brooks (1960)

22 mai 2009

Blanches Colombes et Vilains Messieurs

Malgré la « faiblesse » (pas de francs hits, quoi) des chansons de Frank Loesser (seules Fugue for Tinhorns, Adelaide's Lament (par Vivian Blaine) et Sit Down You Rockin the Boat (donnée par Stubby Kaye), obtiennent un sursaut d'adhésion enthousiaste), en dépit de la « mollesse » des chorégraphies (les numéros de Vivian Blaine et les Goldwyn Girls sont un peu mécaniques et seule l'ouverture collective l'emporte un brin*) et nonobstant son timing interminable (2h30, gosh !), on est vite contraint de reconnaître en Guys & Dolls, comme le dirait papa, une fichue bonne comédie musicale. Trame savoureuse (gamblers meets Salvation Army !), transposition broadway-to-screen aux petits oignons (choix artistique du tout toc-studio, réécriture de talent par Ben Hetch et Mank himself), casting alléchant** et seconds rôles aux petits oignons, signature étonnante (Mank le fin psychologue aux commandes d'un spectacle huge et futile à la fois) et deux-trois morceaux de choix (l'ouverture, le faux enterrement de vie de garçon de Nathan Detroit, la bagarre de bal à Cuba, ...)... le tout supervisé par l'avisé Samuel Goldwyn, font en effet ce que d'aucuns appellent communément une incontestable huge piece of cheesecake (parlez-en à Sinatra !) de la culture new-yorkaise... A défaut du hall of fame de la comédie musicale, c'est toujours ça de pris !
Joseph Mankiewicz (1955)

* la séquence du tripot dans les égouts,
bien qu'amusante et bigrement proto-West Side Story,
s'avère un peu trop athlétique...


** pourtant longtemps difficile à mettre sur pied
(Gene Kelly est pressenti pour le rôle de Brando
- que Sinatra veut avoir pour lui –
et chacun voit en la présence du Stanislavskien Marlon
(troquant là son marcel de légende, sa casquette de cuir anthologique
et sa veste à carreaux de bouleversante mémoire
pour un costume croisée de caïd cyniquement flegmatique)
une foutue mauvaise idée de casting !)


19 mai 2009

Missouri Breaks

Si parmi les ceusses qui nous fréquentent, il en est un pour qui la chose ouésterne est une évidence (voir son œuvre ici *), c'est bien le gars Tepepa. A l'aise avec le spagh' autant qu'avec les grands classiques de Ford, Mann ou Hawks, le garçon n'est pas en reste avec le post-modernisme US le moins orthodoxe. Pour preuve son avis sur The Missouri Breaks dont il nous honore aujourd'hui:
Moins connu que Little Big Man ou Bonnie & Clyde du même Arthur Penn, Missouri Breaks est de nature à embarrasser les amoureux de westerns aussi bien que les fans du grand Marlon. Les amoureux de western d’abord, parce que Penn utilise le même ton ironique distancié, la même décontraction apparente que dans Little Big Man, le caractère initiatico-épique en moins, la surenchère dans le décalage en plus. La musique pop-rock (si mes souvenirs sont bons), le flirt très seventies de Jack Nicholson avec la belle Kathleen Lloyd, la part belle faite aux dialogues, tout concourt à déstabiliser l’amateur bousculé dans ses codes, à peine rassuré par les brèves et sèches explosions de violence sadique qui tranchent avec la touche iconoclaste de l’affaire.
Le tout bien sûr aggravé par la performance de Marlon Brando, en mode auto-parodique ingérable, imposteur grossier imbu de lui-même pour les uns, génie démesuré pour les autres, devisant dans son absence de barbe des litanies incohérentes et arborant des déguisements toujours plus anachroniquement savoureux. Pour un million de dollars, Brando improvise totalement et coule le film, mais il le coule avec élégance, avec classe et avec savoir-faire. Le spectateur en écarquille tout grand les yeux et en vient à trouver Jack Nicholson totalement effacé, ce qui est quand même un comble. Le résultat est bancal, entre film expérimental et hommage au genre, entre trip hippie très seventies et western naturaliste alors en vogue à l’époque (la démythification du bandit du fait qu’il rate ce qu’il entreprend, son aspect sale et anti-glamour, son absence d’habileté aux armes, son potager minable), Missouri Breaks ne sait sur quel pied danser et échoue alors à marquer les esprits autrement que par son étrangeté.
Dommage serait-on alors tenté de dire, mais dans la mesure où l’on serait bien en peine de décrire exactement ce qui ne va pas, ce qui manque ou ce qu’il faudrait changer pour que Missouri Breaks devienne un grand chef d’œuvre incontestable, on ne cherchera pas à analyser plus en détail les intentions du réalisateur, qui – de son propre aveu – laissa quelque peu filer son film du fait de l’impossibilité de diriger Brando. Un western décalé qui se mesure à l’aune de son étrangeté et du jeu déjanté d’une des plus grandes stars de cinéma de tous les temps, c’est déjà pas mal non ?
Arthur Penn (1976)
* hélas pas aussi régulière que nous l'aimerions !

18 mai 2009

Quand la Panthère Rose S'Emmêle

Sans doute le plus drôle des Pink Panthers (le meilleur ?), le plus culte* pour les fans à tout le moins (le premier, aussi classe et symptomatique des 60's fut-il, ne constituait pas un hilarious top pour autant).
Les corps ont pourtant vieilli (Sellers est même assez avancé dans la maladie (son humeur s'en ressentira souvent sur le plateau), nous en sommes déjà au quatrième épisode (imposé par le succès du précédent et annoncé comme l'ultime (ce qu'il ne sera, bien sûr et hélas !, pas)), les trucs et registres de la licence nous sont déjà presque tous par trop familiers (presque: le diamant du titre (pink panther) n'existe plus et le nom a étonnamment glissé de la pierre à ladite licence !) et l'enclin à parodier 007** s'annoncent pourtant aussi envahissant qu'embarrassant.
Le résultat (tourné en partie au château d'Anet, dans notre proche voisinage d'enfant !), perclus de private jokes et de références en tous genres, et tourné dans la plus grande et exclusive défiance (la production refusera de prêter des éléments de décors au fauché Gilliam qui met en boîte son Jabberwocky, de peur qu'on les identifient à l'écran !!) est pourtant d'une rare efficacité, Herbert Lom y sortant le grand jeu (et auto-parodiant sa performance dans l'Hammerien Fantôme de l'Opéra) et les séquences cultes s'enchaînant les unes après les autres (du combat avec le majordome Cato à l'assaut du pont-levis du repaire du villain en passant par l'interrogatoire fait par le « Pavlova des barres parallèles »)...
Quant à Sellers, plus transformiste que jamais, il en impose envers et contre tous.
Blake Edwards (1976)
* La fort fréquentable Cinémathèque de Toulouse
ne s'y était d'ailleurs pas trompée l'hiver dernier,
lors de sa zygomatiquissime rétro "Comédie Déjantées"...

** cela aurait du être pire encore,
la James Bond girl Maud Adams ayant abandonné
le rôle qui lui était écrit à la dernière minute
au profit mystérieux de la toujours insaisissable Lesley-Anne Down
(brunette bombasse et hautement télévisuelle
(Nord&Sud, Dallas mais surtout Amour Gloire & Beauté (548 épisodes)
et le cultissime Sunset Beach (348) !!)
ayant pourtant tourné avec P.Sellers, S.Connery, J.Wayne, H.Ford
et pour John McTiernan !)

15 mai 2009

Dr Folamour

Après un Bebel par Krapulax*, retour de Coolbeans pour nous entretenir d'un film par nous utres chéri itou:

La première fois que notre bien aimé Mariaque fit appel à mes services afin de rédiger une notule, c'était, je vous le rappelle, pour un film déjà notoirement antimilitariste. Un schéma se précise donc. Je dois, quelque part, figurer dans une liste secrète d'audio-blogueurs vaguement cinéphiles et anti-guerres prêts à écrire sur les films qui les bottent.
Mariaque connaissant mon admiration pour l'œuvre de Stanley Kubrick m'a commandé de revoir son Dr Folamour et d'en écrire tout le bien que j'en pensais.
Dont acte.

De Docteur Folamour, il y a beaucoup à dire. Comme de chaque film de Maître Stanley, d'ailleurs. A tel point que, je le confesse, je ne sais par où commencer.
Quelques faits peut-être pour se mettre en jambes... Il est le seul film "comique" de Kubrick et certainement pas le meilleur. Peter Sellers y tient trois rôles (anecdotique astuce de casting) et aurait même dû en tenir quatre sans une sale entorse à la cheville. Il est le dernier film de la première période de Kubrick, celle très influencée par les films noirs, celle de quand il n'avait pas encore développé sa froide grammaire cinématographique à base de symétrie obsessionnelle et de travellings en tous genres.
Ce que nous retenons du film se situe ailleurs que dans des choix de mise en scène. De ce point de vue, et comparativement aux chefs-d'œuvre esthétiques à venir, Docteur Folamour n'a pas un impact visuel fort. C'est surtout le traitement satirique d'un sujet si grave (surtout pour l'époque : dans les années 60, la course à l'armement entre les deux blocs a dû en empêcher plus d'un de fermer l'œil plus d'une nuit) qui retient notre attention. On aurait pu attendre de Kubrick qu'il nous refasse un film à la Paths Of Glory, pamphlet définitif qui dénonçait les absurdités des armées en temps de guerre. Mais Les Sentiers de la Gloire était un film qui montrait comment la guerre pouvait rendre les hommes fous. Et la guerre, c'est un sujet sérieux que Kubrick avait choisi de traiter sérieusement. Docteur Folamour, lui, est un film qui montre comment la folie des hommes peut mener à leur destruction.
Pour montrer cette folie, Kubrick a conçu un film fou où tout est caricaturé. La drôlerie constante des dialogues, le pouvoir hilarant du jeu de Sellers (la scène où le Président américain réveille en pleine nuit son homologue soviétique manifestement ivre est d'ailleurs la scène "au téléphone" la mieux jouée qu'il nous ait été donné de voir), l'enchaînement absurdement plausible des événements qui conduiront au pire, installent constamment une distance salvatrice entre la cruauté du constat que fait le film sur le danger de la manipulation de l'atome et ses spectateurs.
La grande réussite de ce film, c'est donc que son message (fort peu nuancé, c'est le point faible du scénario) réside autant dans son fond que dans sa forme. Oui, l'être humain est capable, par bravade, par fierté, parce qu'il a le malheureux réflexe d'organiser des concours de quéquettes à tout propos, de s'auto-détruire un jour. Pire même, il peut le faire au nom de la Paix et de l'amour entre les hommes. Et oui, il en a conscience, puisqu'il lui arrive même d'en parler dans des œuvres de fiction. Mais l'être humain préfère en rire. Il n'a trouvé que ça pour supporter sa propre bêtise.
Le même film sans distanciation, outre le fait qu'il aurait été insoutenable, n'aurait pas aussi bien décrit les paradoxes qui fondent nos natures humaines, l'inévitable incompatibilité entre nos "ça" et nos "sur-moi".
Docteur Folamour révèle en Kubrick un cinéaste freudien. Le portrait de ces contradictions intimes trouvera plus tard une expression plus définitive dans Shining ou Orange Mécanique, deux films du cinéaste plus explicitement (dans leurs scénarios) consacrés au sujet.
Stanley Kubrick (1965)
* que d'autres potentiels chroniqueurs
n'hésitent pas à faire connaître leur envie plumitive,
nous déterminerons ensemble sur quoi pondre !

12 mai 2009

Vol au Dessus d'un Nid de Coucou

Si, par le truchement d'une nostalgie de e-bon aloi, nous nous en remettons à un certain temps (bientôt 20 ans !), celui immémorial où nous classions la vie entre ultimes préférences et, par opposition, conventionnels plébiscites grégairement plébéiens, nous vivions une existence où le "Double Blanc" des Beatles et L'Ecume des Jours de Vian valaient flamboyants étendards, brandis avec la même morgue définitive que celle dans laquelle nous nous drapions pour mépriser le gars Charron (suffisamment arrogant pour s'en satisfaire d'ailleurs !), usant pourtant des mêmes et vaines extrémités pour pinacler je ne sais plus quel 33T post-Barrett du Floyd !
Or, en ce temps certain d'absurdes certitudes, Vol au Dessus d'un Nid de Coucou complétait notre farouche trinité culturelle (nous ignorions alors la peinture mais Edward Hopper ferait vite son office !) en son état d'indiscutable, d'indépassable "film préféré" (nous n'avions pas encore vu Brazil*)...
Curieusement aujourd'hui, alors que le titre n'a pourtant pas pris une ride, lui, il semble ne jouir que d'un culte (un peu à l'instar de Johnny Got His Gun ou de Punishment Park) fondateur bien étroitement théorique et désincarné, comme un classique un peu trop muséumé (pourtant 7ème au classement IMDB et 33ème pour l'AFI) - il ne semble en outre guère plus ni d'actualité (peu voire point d'analyse en vogue sur le webosphère) ni constituer un franc incontournable** de la cinéphilie US 70's (une ligne - pas plus !- dans l'ouvrage de Thoret).
Œuvre ayant imposé Nicholson*** (avec Shining cinq ans plus tard) comme le performer que l'on sait (sa partition est pourtant assez équilibrée ici, plus que dans notre souvenir (ses minutes d'impro (dans le bureau du doc Spivey) assez remarquables !)), à la thématique assez huge (on n'est d'ailleurs pas loin de certains enjeux et reflexions (psychiatrie répressive, destructive, irresponsabilité du dément) du Juge et l'Assassin sorti ce même mars de 76), à la finesse éclatante (gros soin de casting et de caractérisations, ficelles habilement maniées) et à l'énergie fichtrement communicative, cette adaptation d'un succès de théâtre (lui-même tiré d'un bouquin plus hippie que politique) permet en outre au réalisateur fraîchement expatrié de tisser des analogies entre la machine à casser les individus qu'il trouva dans son sujet (bigger than life) et celle, européene, qu'il avait fui, une fois livrés ses Pompiers.
C'est malin, c'est humain, c'est souvent bien fait... même si assez arbitraire (quid de l'odieuse Miss Ratched: elle carbure à quoi la garce? pour quel idéal thérapeutique ? portée par quelle mission sociale ?) et exagérément "dramaturgé" parfois (ça se dit pas, hein ? Le mot j'veux dire, pas la récrimination...).
On pourra en outre mettre en parallèle avec ce Cuckoo's Nest le Shock Corridor de Fuller au contexte commun (asile et simulation) si l'on y tient... Ce que nous ne ferons cependant pas aujourd'hui (peut-être quelques commentateurs éclairés s'en chargerons généreusement).
Milos Forman (1975)
* ni n'avions chopé quelques suffisantes années de plus
et réalisé que toutes ces étroites conneries
étaient à nuancer d'urgence (nuancer seulement:
la hallofamite étant un trait caractéristique
indispensable au pop-cinoche addict !) !

** le problème se pose plus vastement encore d'ailleurs
avec l'entière oeuvre "américaine" de Forman !

*** et occasionné quelques cruels spoilers de cours de récré:
eh ! tu sais, et ben l'indien...


11 mai 2009

Le Juge et l'Assassin

Articulant une sorte de portait of a serial killer avec la radiographie d'une fin d'époque (la juste veille anti-dreyffusarde de La Commune), mêlant l'odieusement onctueuse manière d'un juge voulant à tout prix la tête de son suspect autant que les louanges de ses pairs et une charge-stabilo contre les nouvelles préoccupations administratives traquant hystériquemennt l'asocial et la dissidence (potentielle) des citoyens français, ce titre cousu de fil blanc n'occasionne que peu d'émotion, moins encore d'empathie.
S'il est évident que le réalisateur se range du côté du criminel, aussi atroce soit-il, criminel campé par un Galabru paresseusement césarisé pour sa performance contre-emploiesque - toujours payante (de Bourvil en Cercle Rouge à Coluche en pompiste) même si un peu facile (l'acteur y cabotine finalement autant que dans ses pires comédies !) -, sa posture et son positionnement paroxysmé lors d'un encombrant et incongru carton final mettant en perspective la petitesse numéraire des victimes de l'Eventreur en comparaison de celles des Mines de l'Etat, il est vite embarrassant de sentir une telle charge, un tel poids de thèse plombant l'affaire, leur motivation fut-elle romantiquement colérique et assumant son poids de politiquement non correct.
Démonstratif comme dans leurs plus mauvais jours (on dira même Tavernier historiquement aussi peu regardant que le Berri d'Aubrac à la seule fin « d'assurer le spectacle » ou d'appuyer son opinion), réalisateur et comédiens s'en sortent ici et là par la seule grâce à d'une ambiance paradoxalement convaincante (même si autant appuyée que le reste, des charges antisémites aux nostalgies colonialo-pédophiles (Brialy, seul perso un peu touchant)), de quelques envolées désarmantes (même si un peu systématiques) et d'un sens du romanesque que les décors, la reconstitution et le cinémascope assoient avec assurance (ces mêmes éléments serviront admirablement le supérieur La Vie et Rien d'Autre)...
mais trop de tape-à-l'œil et de complaisances pour étoffer la charge plombent l'entreprise en son sein, n'en déplaise aux plus tendrement naïfs, pour emporter une franche adhésion...
Bertrand Tavernier (1976)

04 mai 2009

Derrière la Porte Verte

A n'en pas douter, avec Deep Throat et The Devil in Miss Jones, le haut du panier du X américain (le Breaking It de Frazer et Svetlana, avec une Traci Lords de tout juste seize ans eut aussi honorable côte), le fréquentable, le revendiquable... le cinéphilic-friendly...
En savoir plus ICI et LA...
mais LA surtout...
Artie & Jim Mitchell (1972)

NB: Nous nous ferons plus diserts une prochaine fois,
autour d'un Brigitte Lahaie ou d'un Marylin Jess,
plus en phase avec notre histoire personnelle ...

03 mai 2009

Rage

En ces dernières heures avant que la grippe A (H1N1) ne nous fasse expectorer nos derniers glaires dans un râle des moins ragoûtants, s'envoyer le chef d'œuvre pandémsite de Cronenberg relève du plus opportun croquignolet. Pourtant davantage motivé par un fugace hommage à la hardeuse Marilyn Chambers (ze first porn star) récemment adpatrée (et dont nous ne maîtrisons -hélas- que peu et la somme de l'oeuvre et l'étendue des talents), ce revisionnage prit vite un drôle de goût de porc mexicain, tant le film colle à la plus parfaitement anxiogène des actualités.
Sans doute le plus Romerien des films du barré canadien (encore sous haut patronage d'Ivan Reitman qui lui suggérera l'embauche de la pornstar plutôt que de Sissy Spacek d'abord envisagée, et toujours financé par l'État Canadien (qu'il renflouera sacrément, ses premiers films engrangeant de réels bénéfices !)), avec ses pessimistes angoisses socio-sanitaires proches de The Crazies (1973), Rage creuse et élargit le sillon amorcé par le déjà fichument endémique Frissons (il reprend pour ainsi dire la situation où il l'avait laissée dans son précédent film) tout en humanisant sa caractérisation et en affermissant sa narration (aux vignettes de Frissons se substitue un récit presque tripartite et parallèle, relevant d'une écriture et d'un montage plus « professionnel »).
David Cronenberg (1976)

A SUIVRE

01 mai 2009

Videodrome

Aussi visionnaire que confus (Cronenberg qui jouit d'un budget plus confortable qu'à l'accoutumée doit le payer par une sortie hâtivement programmée et finit d'écrire son script tout en le tournant), ce film éminemment matriciel dans l'œuvre du bonhomme (il ouvre la trilogie sexo-technologisante que compléteront Crash* et ExistenZ** et impose le slogan de la "Nouvelle Chair", si emblématique de la dimension mutante de la filmo du canadien), ce brûlot ingrat mettant en garde contre le pouvoir de l'image n'a rien perdu de son efficacité 25 ans plus tard. On reste et demeure fascinés par sa poisserie snuffeuse, son sado-masochisme torve, son conspirationnisme artisano-facho (un peu comme si Afflelou s'apprêtait à coloniser les cerveaux du monde) et sa contextualisation sociale évoquant le meilleur de Bradbury ou de K.Dick: comment ne pas se montrer enthousiasmé par l'intégration du téléviseur dans la société désenchantée proposée par le grand David ? Téléviseurs remplaçant les singes savants pour les mendiants des rues, télévisionnages dispensés aux laissés pour compte dans de vastes missions (authentique secours cathodique !), intellectuels des médias ne communiquant plus que par écrans interposés,... le tout sans sensationnalisme ni épate-techno, l'époque demeurant bien ces early-80's d'un Toronto un peu morne et non pas une projection fantaisiste et trompe-l'œil qu'il eut été facile de mettre en place (ce même réalisme nimbait déjà la lutte des "télépathes" dans Scanners).
Le propos, décryptable sans décodeur, n'en demeure pas moins dispensé à un spectateur - qu'on exigera attentif et participant (un peu comme le lecteur de nos notes en somme !!) - dans une progression dramatique aléatoire, ne tenant debout que grâce à des climats prégnants, mais aussi par la farouche posture suggestive et immersive d'une narration qui ne passe que par le point de vue du personnage principal (et quand on sait qu'il est bientôt la proie d'hallus carabinées autant que de mutations physiques « réelles », imaginez le bordel !). Personnage campé par un James Woods de très très haute tenue (le reste du casting est un peu en-deçà, Debbie Harry comprise malgré un magnétisme évident).
La claque fut réelle en mai 84 (je ne dus, à la réflexion, le voir que quelques années plus tard, en VHS) - alors que le film faillit pourtant ne pas arriver jusqu'en France, la faute à une exploitation américaine catastrophique -, mais surtout pour ses indéniables fulgurances graphiques (quelques fxs de Rick Baker, largement critiqués en leur temps (Tulard, Philippe Ross), mettent encore la tripe mal à l'aise aujourd'hui !). La charge politique et les inquiétudes contemporaines (snuff movies, manipulations subliminales, ...) ne nous apparurent bien sûr que plus tard. Pessimiste (qu'il suive les résolutions de Videodrome ou O'Blivion**, le spectateur est désormais télécommandé dans la moindre de ses décisions), désespérément pessimiste (il est plus vital d'avoir sa ration de téloche que de rata), fétichiste (le SM ambiant), désespérément fétichiste (aucune jouissance ne semble en ressortir, juste une fuite aussi vaine que morbide), Videodrome relève du plus noir des cauchemars (malgré les éclairages Suspiriesques (bleus et rouges) de Mark Irwin) et du plus ambitieux des films fantastiques... le 2001 cathodique, pas moins !
David Cronenberg (1983)

NB: de l'historique tortillesque ici
et du cinéclubosavant décorticage là.

* et l'écho des cicatrices vaginales !

** et celui de l'organic-gun !!

*** remplacer par qui vous voudrez: TF1 et Canal +, par exemple...