25 juin 2009

Volt, Star Malgré Lui

Dans sa chronique lors de la sortie ciné, Vincent Avenel de Critikat.com pointait* que Volt était "un peu le croisement entre The Truman Show et Les Indestructibles – les recettes qui ont fait le charme de ce dernier film étant d’ailleurs pleinement utilisées. Ton cartoonesque, univers visuel stylisé très proche du film de Brad Bird… Mais n’est pas Pixar qui veut. De prime abord, les personnages sont bien écrits, prometteurs : le super-chien qui ignore qu’il n’a aucun pouvoir, la chatte des rues qui s’est construit une mafia de pigeons basée sur le deal « tu me nourris / je ne te mange pas », le hamster hyperactif téléphage… Mais là où Pixar parvient toujours à insuffler une humanité étonnante à ses protagonistes, Disney retombe vite dans la caricature. Volt devra comprendre qu’il est bon d’être normal, et pas seulement d’être un super chien ; la chatte Mittens va avouer que tout ce qui la tente, c’est la vie normale d’un chat domestiqué ; quant à Rhino le hamster, son côté absurde laissera bien vite place à une exaltation des valeurs de la famille et de l’amitié…".
Bien dit, tu l'as pas raté, mon toc-toc.
Il est surprenant en outre que, puisque Pixar a définitivement fusionné avec Disney, Lasseter persiste à vouloir faire vivre le studio "Animation 3D" de la Maison Mickey (responsable des très inégaux Chicken Little et Bienvenue chez les Robinsons et du calamiteux The Wild) plutôt que de consacrer toutes les énergies vers l'heureux laboratoire qui a vu naître Toy Story et Monstres & Cie. L'amalgame a d'ailleurs du coup innervé toute la promotion française du titre, donné pour le nouveau Pixar. Or il n'en est effectivement rien (et Avenel l'expose assez clairement).
Volt est donc, au-delà d'une hérésie linguistique pour la vente à l'international (le titre original, Bolt, signifie "éclair" et tout au long du film, vous êtes bons pour l'expliquer aux gosses, puisque les distributeurs français voulaient eux aussi, faire électriquement sens à tout prix !), une chose hybride, à l'arrière-train entre deux chaises.
Plastiquement honorable, voire davantage, rythmiquement souvent correct (exception faite de tout le final post-fourrière, catastrophique), soulevant des questions de bonne tenue (l'identité, la vie construite sur le mensonge, les arguments audimato-statistiques des executives télévisuels), le titre peine pourtant régulièrement, une fois son ouverture-uppercut passée (un prologue Indestructiblo-Bondesque fait pour en mettre plein la vue).
Alors à qui, à quoi la faute ? Le manque de charisme du clébard en titre ? L'embarrassant renoncement philosophique souligné par Critikat ? La sensation de déjà vu (multiples et flagrants emprunts aux prods 3D de ces 8 dernières années, (juste retour des choses ?) mais aussi motif du road movie (avec dessin sur carte !) un peu éculé)?
Un peu de tout ça, sans doute, mais dont on peine à motiver l'argumentation (à quoi bon les enfants ? Consacrons-nous à des choses nous exitant autrement !). Ce qui emportera tout de même Volt sur les sommets d'un panier mineur, celui rempli de choses tels Vaillant, Les Rebelles de la Forêt ou Nos Voisins les Hommes...
Mais à vaincre sans péril, cher toutou...
Chris Williams & Byron Howard (2008)


* en plus que WALL-E demeure
"la réputation la plus surévaluée de tous les films de la firme".

19 juin 2009

Morse

Tandis qu'on milleniumise à fond les ballons, qu'on toualaïte à peine moins, il est un grand petit film qui fait s'embrasser une scandinavitude à nulle autre pareille et une relecture toute contemporaine du mythe vampire qu'on semble avoir déjà oublié cinq mois après sa sortie française (déjà en retard d'un an sur le reste du monde !). Pire: vous ignoriez son existence, personne ne vous ayant vendu et revendu l'affaire, ni la liste des best-sellers de L'Express (d'ailleurs pas un éditeur français n'a cru bon de traduire Lindqvist !) ni le Top Three de Canal +, trop occupés à vous parler de ce que vous connaissez déjà ou devrez connaître à force de matraquage...
Bidibulle, émérite et mordante compétitrice de notre connaissance à tous (elle rafle partout ou elle passe ?!), baisse sa garde gameuse un instant pour chroniquer à notre place (réparer l'odieux manquement ?) un film (choc ?) promis à notre grand hall of fame made in Göteborg !

Je crois que mon intérêt pour les « non morts » s’est éveillé le jour où j’ai été si impressionnée par un acteur-vampire aperçu à la télévision par l’entrebâillement d’une porte (je sus plus tard qu’il s’agissait de Christopher Lee). Dés lors je n’eus de cesse de « dévorer » tout ce que la littérature ou le cinéma pouvait bien me délivrer sur le sujet.
Mais ces dernières années, le mythe s’est effondré. Ce n’était pas qu’une quelconque maturité m’ait enfin mis la main dessus, mais une sorte de dégoût prononcé pour les fioritures ; un ras le bol total pour les candélabres, les tentures de velours et les miroirs vénitiens: Trop de baroque tue le baroque, l’esthétique avait fini par bouffer le propos.
Et puis, Morse.
La Suède, la neige, le début des années 80 (c’est la BO, délicieuse, qui nous l’indique, dont le fameux Flash in the Night de Secret Service). De longs plans fixes sur les arbres, les HLM de la banlieue de Stockholm, une atmosphère cotonneuse aux couleurs glacées, bleu, marron, blanc, l’impression étrange que tout se fond dans la neige, même le sang. Enfin un film qui prend son temps.
Et pourtant tous les codes du film de vampires sont présents, à commencer par le titre « original », Let the Right One In, faisant allusion à l’obligation pour le vampire d’être invité à entrer ; le vampire sait voler, il brûle à la lumière, laisse deux trous dans la jugulaire de ses victimes… Alors qu’est-ce qui fait qu’on y croit ?
Tout cela ressemblerait à un conte si l’histoire n’était pas si profondément ancrée dans le réel.
Ici le vampire n’est pas un succube assoiffé de sexe et de sang mais une petite fille (ou pas) de 12 ans (depuis très longtemps), Eli, dont le vampirisme n’est pas perçu comme une malédiction mais comme une maladie.
Elle rencontre Oskar, autre enfant solitaire, victime assez consentante de trois bourreaux camarades de classe (ne cherchez pas d’enfant innocent, il n’y en a pas ici) et plus ou moins ignoré de ses parents divorcés (les adultes sont inexistants, réduits à une fonction nourricière dans tous les sens du terme)
De leurs deux solitudes va naître un amour platonique et irréversible, ils ne pourront plus vivre l’un sans l’autre. Il est toujours là le romantisme du vampire, emprunt d’une sensualité trouble.
Film sur l’enfance plus que film d’horreur (même si certaines scènes sont particulièrement violentes), conte initiatique et tragédie, Morse nous laisse un goût doux amer dans la gorge.
Bref c’est beau, doux, magnifiquement interprété, un de ces films qui donnent envie de tomber amoureux.
Alors qu’est-ce qu’on regrette ? On regrette le titre français qui évoque le moyen par lequel les deux enfants communiquent à travers le mur et qui est finalement assez anecdotique. On regrette aussi une scène où une des victimes d’Eli, en cours de transformation, se fait attaquer par une nuée de chats. Cette apparition soudaine d’effets spéciaux fait un peu tâche dans la justesse et la simplicité ambiante.
A part ça, moi je dis, il faut voir Morse, troisième long métrage du finlandais Tomas Alfredson, qui a raflé un nombre de prix considérable (dont le grand prix du festival de Gerardmer) mais qui ne fait pas partie de ces premiers de la classe qui énervent, bien au contraire. Tiré d’un best seller suédois dont l’auteur avait refusé plus de vingt fois l’adaptation jusqu’à sa rencontre avec le réalisateur, il fera bien évidemment, et c’est un peu triste, l’objet d’un remake américain déjà en préparation (Studios Hammer, bien sur…).
Tomas Alfredson (2008)

15 juin 2009

Morts Suspectes

Ainsi, à dix ans d'écart, Geneviève Bujold devait donc se trouver mêlée à deux cauchemars chirurgicaux...
Loin du fétichisme aussi envoûtant que dérangeant de Dead Ringers (Cronenberg, 1987), celui qu'elle subit chez Michael Crichton (s'inspirant d'un best seller de Robin Cook) relève davantage de la Pakulerie la plus contemporaine, du complot façon opaques multinationales le plus en vogue à l'époque (pensez au Traitement de Choc de Delon/Jessua !). Thriller d'abord foutument immersif et hyper-réaliste, il ne tarde pas à virer au cauchemar aussi aseptisé qu'anxiogène (on songe par fugaces et premiers instants à d'autres enfers féministement climatisés, tels ceux de Rosemary's Baby ou des Femmes de Stepford !), à une implacable course-poursuite à l'efficacité redoutable, ses effets étant appuyés par une BO arrivant soudainement (quasiment pas de musique lors des 50 premières minutes) et des efforts plastiques notables tant dans la réalisation (mouvements et axes d'appareil rompant spectaculairement avec la forme très classique, voire ouvertement télévisuelle, de la première moitié de métrage*) que dans la topographie et les décors (on se retrouve soudain dans un surréalisme industriel, faits de cuves et de canalisations, d'échelles et de bâtiments improbables (l'Institut Jefferson**), et on joue avec la dimension et les ressources assez terrifiantes d'un hôpital désert) et les dispositifs (la salle des corps flottants étant une acmé visuelle à la résonance durable, (que salope d''ailleurs une affiche par trop spoilante !) mais la séquence du Dr Wheeler se défaisant de son traqueur en le faisant crouler sous une flopée de cadavres décrochés du frigo vaut aussi son pesant de monoxyde de carbone).
Sans doute tient-on là, avec ce film d'anticipation volontiers angoissant (et visionnaire ?), le meilleur des techno-thrillers crichtoniens***, certes déjà plein de ses manières (celles-là même évoquées ici, à commencer par la rupture rythmique faisant un peu oublier les vues et ambiances initiales au profit d'un entertaining délibérément priapique et le grand discours du villain en chef (là Widmark, Coburn ailleurs)), mais aussi peut-être le moins ambitieux. Le plus resserré à tout le moins (il a le mérite de ne courir qu'un cheval anabolisé, celui de l'éthique médicale (ici le trafic d'organes cliniquement et occidentalement organisé, mais aussi une réflexion sur l'avortement et l'euthanasie)). Mais cette économie thématique ne serait-elle pas précisément la clé ? Hein, Michael ?****
Michael Crichton (1978)

* exception faite de l'ahurissante et réjouissante (de mauvais goût)
séquence de la conversation entre légistes,
tandis qu'ils découpent une cervelle à la trancheuse à jambon !

** en réalité un bâtiment de la Xerox !

*** malgré l'irritant du tandem Bujold-Douglas,
assez pénible (elle surtout !).

**** il ne répondra pas:
il renonça au cinoche en 89
et vient de calancher en novembre dernier !


11 juin 2009

Looker

Difficile de saisir pourquoi les distributeurs français tardèrent tant (3 ans presque !) à proposer la nouvelle et anxiogène techno-réflexion de Michael Crichton, authentique chaînon manquant entre les grands spectacles paranoïaques 70's (type Soleil Vert ou Rollerball), le fétichisme 80's de quelques esprits bienheureusement tordus (façon dePalma ou Cronenberg, qu'il préfigure presque (au moins Dead Zone et Videodrome)) et la prise de pouls techno-contemporaine (genre Tron). Ainsi après son parc d'attraction cybernétique décadent (in Mondwest), l'auteur se penche sur le cas de la publicité et de la propagande qu'il nourrit ici de subliminal et d'hypnose, qu'il soutient par l'imagerie de synthèse naissante et manipulatrice, et qu'il dénonce avec un certain sens visuel (l'ouverture du film et le tunnel explicatif central sont assez grisant plastiquement).
Pourtant, choisissant la forme d'un thriller haletant (dans lequel Albert Finney n'est physiquement pas crédible une seule seconde !) et volontiers confus sinon franchement bordélique (difficile d'en consciencieusement suivre la trame) héritée des grands classiques du genre (toute la veine post-North by Norwest, de Bullitt à Marathon Man), Crichton éparpille son propos et sa charge, multipliant les pistes de réflexions et de thématiques (on oublie en route les fumeux enjeux originels à propos de l'apparence physique, la philosophie de l'entreprise est volontiers élastique et s'avère volontiers sacrifiée au rythme et au timing), finit par perdre un fil qu'il égare plus encore lors d'une dernière demie-heure péniblement répétitive (quatre fois le même procédé dans quatre lieux différents !), articulée avec le plus parfait grotesque (on n'hésite pas à conclure les séquences par des dialogues calamiteux et démissionnaires tels j'ai réussi à l'avoir... ouais j'l'ai mis hors de combat, maint'nant allons-nous en ! ou tirons nous d'là, on a la fille !), et multipliant inutilement les registres (le comique volontaire « des protagonistes se flinguant dans les pubs pour céréales »).
On se plaît à imaginer le vrai bon film qui aurait pu être tiré d'un script de ce tonneau, l'univers étant pour le moins efficace et fascinant... mais trop de défauts minent finalement la production (vraiment correcte sur ses trois premiers quarts d'heure tout de même): gadgeteries vaines (le bide complet du pistolet Looker, surexpliqué, surexploité mais de manière absolument gratuite), procédés retrospectivement faiblards (user d'une star à cheveux blanchies pour camper le villain (Coburn ici, Widmark ailleurs), tueur stalkerisant (la pugnace main armée moustachue au service de l'odieuse multinationale semble n'être qu'un brouillon du personnage de Gene Simmons dans Runaway) et autres tics...
Reste cependant qu'à défaut de vrais bons films, le potentiel quadriptyque conçu par Michael Crichton entre 73 et 84 (Morts Suspectes – Mondwest – Looker – Runaway) constitue un regard intéressant sur les applications cyber les plus dévoyées qui soient, quand bien même est-il régulièrement rattrapé par les lois de genre dont l'auteur ne parviendra jamais à s'affranchir pour livrer un vrai grand film de SF.
Michael Crichton (1981)

10 juin 2009

Bonjour les Vacances

Brièvement évoqué lors de l'article « My Brother and I » sur seurtine, le film de Ramis l'était en son illustre qualité de comédie culte de notre bon ami Krapulax adolescent, tandis que nous lui opposions, nous autres, l'autrement plus happyfewo-psychotronesque Mort sur le Gril de Sam Raimi.
Cette question de comédie culte nous occupait diablement sans pour autant n'en avoir jamais établi les règles et conditions (nous nous trouvions alors en ère véhachesque et préweb bien sûr et l'accès à la crème alter-cinéphile était pour le moins malaisé, peu guidé et ouvertement compliqué en outre par les éditeurs vidéos bonnimentant comme les escrocs dentaires du fameux adage) et il me semble a bigre posteriori pouvoir en établir certaines, demeurant valide pour définir les cultes contemporains (et contredire quelques contre-emplois de ce terme foutument galvaudé).
Ne pas être un vaste succès populaire chez soi (exit Visiteurs et Ch'tis) et, mieux, être le plus confidentiel possible (Mort sur le Gril demeurant par exemple à ce jour le moins connu, à tout le moins le moins vu des films de Sam Raimi) nous apparaît comme la première et indiscutables des priorités.
Être hautement identifiable, par des partis pris formels, de tonalité, de sujet, de situation ou de dialogues (la punchline ou le gimmick sont souvent de mise en ce qui concerne les comédies) nous semble également assez impératif (même si cette dernière « clé » peut se montrer assez souple et fournir des alibis aux œuvres les plus hors sujet).
L'histoire personnelle, hautement subjective donc, que l'on entretient avec l'œuvre enfin y portant un sel rigoureusement indispensable (sans doute d'autres arguments pourraient être avancés mais que chacun se rapporte au préambule du Petit Livre des Films Cultes de Christophe Goffette pour y trouver un compte que nous ne saurions vous offrir ici gratuitement !).

Lorsque Krapulax m'opposait Bonjour les Vacances à Mort sur le Gril, je lui riais, du haut de mes 17 ans, au nez. Recta.
Pourtant les outrances d'un autre sommet culto-cartoonesque façon Raimi (il n'y est d'ailleurs pas pour rien !) fraîchement vu alors, Arizona Jr des Coen bros, n'étaient pas toujours si éloignées de certaines séquences du Ramis incriminé (surtout le passage familial avec Randy Quaid)... mais l'americanitude appuyée du script de John Hugues (béni réal des meilleures teen comedies des 80's mais je l'ignorais crassement alors) me tint en (bref) temps à distance (tandis qu'elle ne m'embarrassait pas autant, moins prégnante peut-être, dans Cannonball 2, titre entretenant à sa singulière et motorisée manière quelques correspondances avec BLV, à commencer par le gros point faible des deux entreprises: une arythmie patente entre les différents tableaux de la road-dramaturgie !), que le mauvais goût régulier du voyage (équivoques sexuelles, drogue, vannes anti-vieux, trasheries clébardes, morbide régulier...) ne tarda pas à bienheureusement gommer.
Comédie de mœurs (qui engendrera une improbable et laborieuse séquelle européenne * avec le pythonien Eric Idle et... Victor Lanoux !) assez symptomatique de l'esprit radiophonique puis éditorial du collectif National Lampoon's (que Ramis amènera jusqu'à sa forme cinématographique en rédigeant le script d'American College) offrant un joli panel de marge américaine (beaufs en caravanes, rednecks congénitaux, tontons fauchés et exagérément reproducteurs, racaille dépouillante,...), de situations courageusement too much et de rêve consumériste parcostandardisé (Disneyworld refusera d'ailleurs d'être ouvertement impliqué (mais le patron de WalleyWorld dans le film est un patent mix entre Roy et Walt Disney !) !), Bonjour les Vacances vaut bien mieux que les a prori qu'il pourrait susciter au préalable...
Edisdead le suspectant d'ailleurs dans sa mensuelle note commémorative, dans un bénéfice du doute aussi magnanimement talentueux que confraternellement visionnaire ! Bravo l'artisse.
Harold Ramis (1983)

09 juin 2009

La Ferme se Rebelle

Ou comment, 67 ans après Blanche Neige, l'aventure du dessin animé en 2D made in Disney, sortit par la petite porte... Engrangeant en France six fois moins que (le pourtant faiblard) Frère des Ours et seize fois moins que Nemo, ce titre hybride, plastiquement et philosophiquement paumé (en rupture avec l'ambition de prods telles La Planète au Trésor ou Atlantide, définitivement plus en prise avec les grandes heures 89-98 (la décennie du réveil après la traversée du désert des 80's), la Maison Mickey tente de recoller à l'honorable mood en cours chez Kuzco (pompant sévère les cartoons hystéros et post-modernes de Chuck Jones et Tex Avery)) lorgne tous azimuts, post-modernisant un max façon Shrek, hystérisant sans cesse à la mode Age de Glace et surmultipliant les pastiches spaghettis brodés de références ouésterneuses. Outre ce confus positionnement, l'affaire ne brille ni par sa partition (Menken dans un mauvais jour) ni par son rythme hasardeux. Seuls les fondamentaux disneyens font tenir la baraque un tant soit peu debout: vilain de légende (le yodler rouquemoute Alameda Slim que campe en VO le souvent impayable Randy Quaid) et sous-fifres drôlement incompétents (les frères Trouillards), seconds couteaux efficaces (Jeb le bouc, Buck le ch'val et Wesley, vil équivalent du fumier cocher de Pinocchio (tenu par le culte Steve Buscemi))... et épars moments de bravoure (générique, bagarre au saloon, poursuite dans la mine)...
Rien de suffisant cependant, la Maison mère n'y croyant même plus elle-même (distribution calamiteuse, impatience à se lancer corps et âme dans la 3D)) et ayant d'autres chats à fouetter (Roy Disney (vrai neveu de l'Oncle Walt !) rend les gants et Michael Eisner échappe de peu, malgré les chiffres redressés, au pilori des actionnaires pour haute trahison de l'héritage WD).
Plus anecdotique qu'ouvertement historique, ce chant du cygne en Grand Ouest, sans être une franche eau de boudin n'aura rien non plus d'une revigorante eau de feu, d'un bouquet final digne de ce nom... La petite porte, qu'on vous dit !
Will Finn & John Sanford (2004)

08 juin 2009

Sideways

C'est au tour de l'enthousiaste Sonic Eric de se plier à l'exercice de la critique chez autrui. Après Coolbeans, Vincent, Krapulax et Tepepa, le voici qui nous entretient succinctement de Sideways, tandis qu'il sortait tout juste d'une salle rochelaise. Le texte n'a pas été corrigé ni nuancé depuis, pourtant l'auteur semble avoir un peu bougé en regard de la production. Hélas il n'a pas eu le temps ou le courage de réévaluer l'affaire, la suspectant cependant supérieure à son avis à chaud... Louons d'un même élan dés lors son honnêteté et le risque approximatif encouru, mes frères...

Pas mieux filmé qu'un téléfilm, avec des couleurs qui feraient passer les pubs "Hollywood Chewing gum" pour des trailers de Mulholland Drive, un scénario si prévisible qu'on devine chaque situation rien qu'en fermant les yeux et une muzak inane (dieu sait que je suis pourtant un expert) dont même Russ Meyer n'aurait pas voulu pour Megavixens, Sideways semblait mal barré pour allécher le cinéphile en mal de sensations fortes. D'autant plus que l'argument oenophile fait long feu lorsqu'on mate la couleur frelatée de la plupart des crus que se tapent les acteurs. Mais heureusement, il y a Paul Giamatti.
Déjà repéré dans Storytelling et American Splendor, le bougre assure le service après-vente à lui tout seul. A peine plus sexy que Robert Crumb, moins déplumé que votre serviteur, souvent plus déprimé que Woody Allen mais infiniment plus drôle que Droopy, il donne le la pour toutes les prestations de losers passées, présentes et à venir. Sempiternellement le nez dans ses chaussettes, une voix de fausset désaccordée et deux gros yeux de mérous sous Xanax, il est l'anti-héros que se cherchait le cinéma américain depuis Hollywood Ending. On rêve de le voir maintenant dirigé par un vrai bon (Allen ? Les frères Coen ? Anderson ?) et non un anonyme tâcheron tout juste bon à diriger la troisième équipe sur K 2000.
Alexander Payne (2005)