
Je ne saurais plus vous dire ce qui me fit, en son temps, voir
L'Irlandais. Car vers 16 ans, oui, 17 peut-être même, je le vis.
Certes le gars Rourke (la môme Heather O'Rourke (
Poltergeist I-II-III) eut été d'ailleurs, quoique native de San Diego, patronymement plus légitime dans le casting, nan ?) avait le vent en poupe, fort d'une poignée de succès du moment, justifiés ou non (de
Rusty James à
Barfly, en passant par
L'Année du Dragon,
Neuf Semaines et Demi et
Angel Heart) mais nous n'étions pas particulièrement « cœur de cible » (le Cimino et le (meilleur ?) Parker mis à part).
Bob Hoskins, que nous louons grave depuis, nous était encore scandaleusement inconnu (autant que Liam Neeson dont nous ne saurons pourtant jamais vraiment nous satisfaire, y compris dans
Darkman !) et Alan Bates nous était déjà apparu comme une anomalie filmique (ici, carrément grotesque en caïd en loden). Quant à Mike Hodges, nous ne le calculions pas même, étant à des années lumière de nous interroger sur la possibilité qu'un même type puisse pondre à neuf ans d'écart la ramassée
Loi du Milieu et le ridiculement dispendieux
Flash Gordon...
Dans une même perspective furieusement nationaliste, nous verrions quelques temps plus tard (fort peu)
Le Sicilien, de Michael Cimino. Mais là la connexion nous semble avec le recul plus naturelle, tant nous avions été fan, au mitan de notre adolescence, de Fred (in
Subway, si, si !) et de
Connor MacLeod du clan des MacLeods.
Mais cet Irlandais-là ? Nous n'écoutions même pas U2 alors (il n'y en avait que pour Depeche Mode dans notre chambre) !
Était-ce de voir le petit Mickey en rouquemoute, façon
Petit Baigneur ?
Était-ce afin de me repaître d'un pathos à la naïveté dégoulinante (le prologue faisant office de générique est à ce titre un petit morceau d'anthologie complaisante tirant une prompte balle dans le pied du propos, et les ficelles religieuses ou cécitesques lamentables) qui n'aurait pas manqué de bouleverser ma fébrile conscience ?
Le mystère reste entier.
La structure de l'affaire n'est cependant, malgré sa patine, son contexte IRA-esque, ni plus ni moins qu'une affaire surclassique du tueur à gages voulant quitter le Milieu, mais que le Milieu contraint, et seule la situation, la spacialisation grande-bretagnesque 80's (friches industriels, entrepôts déserts, rues humides et fogeuses, ...) parvient à offrir une certaine dimension, un relatif écho même aux décors et contextes du récit de
Get Carter.
Hélas, l'ambition de la production nuit par trop à ce qui aurait pu être un sacré petit film de genre, solide et nerveux (ce qu'était le Michael Caine de 71), mais qui s'avère n'être qu'un pamphlet pontifiant et tristement didactique, au romantisme niais, au lyrisme, à l'épique en toc.
Mike Hodges (1987)


