La Maison des Otages

Je n'ai jamais vu la version originale de La Maison des Otages (Wyler, 55) – Bogey ou pas, on dit le film paresseux. Sinon pire.
Je viens de voir la version Ciminesque, dont le « manque sidérant de discernement » déploré par Tavernier et Coursodon (in 50 de Cinoche Amerloque) est diablement là illustré.
Pénible (Mickey et Anthony rivalisent pour assurer la fonction), superflu et sans le moindre intérêt (outre les magnifiques séquences d'extérieurs (la cavale de David Morse, meilleur morceau du film), aussi fatales que tragiquement contemplatives, peu à tirer de la chose malgré le vague questionnement moral sur l'implosion de la famille et la science du cadre, intacte, du réalisateur), nous peinerons à rhétoriser davantage. Y compris sur la perte spectaculaire d'un réalisateur d'abord hors pair, viré pétard mouillé.
Cela n'empêche pas quelques avis, ailleurs, divergents.
Michael Cimino (1990)

L'Irlandais

Je ne saurais plus vous dire ce qui me fit, en son temps, voir L'Irlandais. Car vers 16 ans, oui, 17 peut-être même, je le vis.
Certes le gars Rourke (la môme Heather O'Rourke (Poltergeist I-II-III) eut été d'ailleurs, quoique native de San Diego, patronymement plus légitime dans le casting, nan ?) avait le vent en poupe, fort d'une poignée de succès du moment, justifiés ou non (de Rusty James à Barfly, en passant par L'Année du Dragon, Neuf Semaines et Demi et Angel Heart) mais nous n'étions pas particulièrement « cœur de cible » (le Cimino et le (meilleur ?) Parker mis à part).
Bob Hoskins, que nous louons grave depuis, nous était encore scandaleusement inconnu (autant que Liam Neeson dont nous ne saurons pourtant jamais vraiment nous satisfaire, y compris dans Darkman !) et Alan Bates nous était déjà apparu comme une anomalie filmique (ici, carrément grotesque en caïd en loden). Quant à Mike Hodges, nous ne le calculions pas même, étant à des années lumière de nous interroger sur la possibilité qu'un même type puisse pondre à neuf ans d'écart la ramassée Loi du Milieu et le ridiculement dispendieux Flash Gordon...
Dans une même perspective furieusement nationaliste, nous verrions quelques temps plus tard (fort peu) Le Sicilien, de Michael Cimino. Mais là la connexion nous semble avec le recul plus naturelle, tant nous avions été fan, au mitan de notre adolescence, de Fred (in Subway, si, si !) et de Connor MacLeod du clan des MacLeods.
Mais cet Irlandais-là ? Nous n'écoutions même pas U2 alors (il n'y en avait que pour Depeche Mode dans notre chambre) !
Était-ce de voir le petit Mickey en rouquemoute, façon Petit Baigneur ?
Était-ce afin de me repaître d'un pathos à la naïveté dégoulinante (le prologue faisant office de générique est à ce titre un petit morceau d'anthologie complaisante tirant une prompte balle dans le pied du propos, et les ficelles religieuses ou cécitesques lamentables) qui n'aurait pas manqué de bouleverser ma fébrile conscience ?
Le mystère reste entier.
La structure de l'affaire n'est cependant, malgré sa patine, son contexte IRA-esque, ni plus ni moins qu'une affaire surclassique du tueur à gages voulant quitter le Milieu, mais que le Milieu contraint, et seule la situation, la spacialisation grande-bretagnesque 80's (friches industriels, entrepôts déserts, rues humides et fogeuses, ...) parvient à offrir une certaine dimension, un relatif écho même aux décors et contextes du récit de Get Carter.
Hélas, l'ambition de la production nuit par trop à ce qui aurait pu être un sacré petit film de genre, solide et nerveux (ce qu'était le Michael Caine de 71), mais qui s'avère n'être qu'un pamphlet pontifiant et tristement didactique, au romantisme niais, au lyrisme, à l'épique en toc.
Mike Hodges (1987)

Doomsday

Marshall (Dog Soldiers, The Descent) avait visiblement une telle soif d'hommages qu'un simple remake ne pouvait le satisfaire – comme JF Richet et son Assaut sur le Central 13, d'honnête mémoire (n'en déplaise à Krap' !). Il lui fallait une trame lui permettant de saluer et clindoeiller un à un et tour à tour (au risque d'une audacieuse (ridicule ?) cohabitation de genres).
Sur le papier, le projet-zapping que constitue Doomsday semblait casse-gueule, à l'écran c'est sans doute pire encore. Car si l'amateur éclairé se gargarisera de reconnaître les passages* « à la Mad Max 2 » (et à toute sa descendance ritalement dégénérée !), les allusions (contextuelles) à La Chair et le Sang, les fugaces panoramiques tolkieno-jacksoniens, les perceptibles emprunts à Aliens, ceusses faits encore à Ghosts of Mars et les autres enfin, maousses et envahissants, faisant allégeance à New York 1997 (surtout !) et son auteur en général (un des personnages s'appelle d'ailleurs Carpenter et Tyler Bates, le compositeur, pastiche sans peine visible la patte de John)... la stérile posture est fragilisée plus encore par l'impression tenace d'avoir affaire à une démarche chapeautée par l'Europa Corp de Luc Besson ! L'héroïsme féminin nimbant l'affaire a ainsi des relents bien plus nikiteux que ripleyens, la naïveté des caricaturales considérations politiques rythmant quant à elle la quête (régulièrement relayées par un dannythedogesque Bob Hoskins, loin, très loin de sa superbe) a tout du brouet philosophique façon 5ème Elément (pas si loin non plus des molles séquences de pouvoir émaillant le Land of the Dead de Romero) et l'apparence malpolie du tout paraît simplement opportuniste et facheune. Ajouter à cela des gros villains digne de Banlieue 13 (déjà lui-même héritier de NY97) et une défiance amère à l'endroit des puissants étatiques d'un démonstratif et d'un didactique tels qu'ils se désamorcent illico, font que la production fait irrémédiablement pschiit.
Le geek indécrottable, ravi de se faire caresser ainsi le ventre et flatter la gorge (et j'en connais !), vous dira peut-être et pourtant tout le fun de l'affaire*, d'autant que le titre est en outre prodigue en complaisances (beaucoup de « blagues » à base de têtes coupées, par exemple) et autres gratuités gore (on est loin de la puissance abstraite qu'atteignaient celles d'un John Rambo, par exemple), et flatte toujours un peu le fan de tuning qui sommeille en chacun de nous (comme l'évoque B. de Multa Paucis, le film à ce titre est un piètre négatif du Boulevard de la Mort de Tarantino !)... un Z de première bourre en somme ! Mais s'il a les moyens financiers de dépasser ses prédécesseurs bensono-castellariens qui singeaient les œuvres majeures dans l'espoir d'en ramasser quelques miettes, le film de Marshall en a à peine plus de qualités formelles. Monté comme un énième opus du Transporteur, ne croyant jamais à son propos (ni à ses persos) à force d'envahissant hommage et de complicité forcée, le film ne prend jamais au sérieux la moindre de ses parties et gâche la plupart de ses atouts (Craig Conway, qui campe un Sol plein de "flippantes" promesses dignes d'un neo-Wez, finit par virer pathétique bouffon punkoïde et guère plus) et séquences (la poursuite tribal-punk est un pétard mouillé du plus navrant effet). Alors certes le spectacle est bien là, mais entre cliperie, fête foraine et videogame... le Cinéma qu'on trouvait chez les Maîtres ici salués a paradoxalement été oublié au passage...
Neil Marshall (2008)
* en même temps nous nous le sommes envoyé
sans grande difficulté !