31 août 2009

L'Arme à Gauche

C'est faire preuve d'un paresseux euphémisme que de considérer L'Arme à Gauche comme un titre mineur dans la filmo du père Sautet. Prompte paresse, contagieuse et désastreuse, occasionnant d'ailleurs un triste vide critique puisque négligeant volontiers la brève « première manière » du réalisateur, celle des petits films noirs N&B pourtant intenses et assez inédits dans leur tonalité. Certes le peu de succès de ses premières tentatives n'encouragea pas le garçon à cigares à franchement persévérer dans la sombre et fétichisante direction (il retournera à ses activités alors louées d'efficace script-doctor à la française (de « ressemeleur », comme le nommera Truffaut), dépatouillant Rappeneau, de Broca et une grosse poignée d'autres avant de trouver sa propre voie avec les dabadiennes Choses de la Vie) mais tout n'était pas, loin s'en faut, à renier dans ce mood inaugural.
Ainsi une volonté américanisante assez réussie (beau travail de contraste, une patte sèche, violente, nimbée des meilleurs Walsh ou des Siegel de première bourre), une atmosphère plutôt inédite (de la prime enquête jusqu'au huis clos final, assez bluffant) et une indéniable pierre portée là à l'édifice du thriller navigateur « nail-biter », certes moindre qu'un Plein Soleil ou qu'Un Couteau dans l'Eau, sont tout de même à porter au crédit de la production. Quelques trouvailles, formelles autant que de situations, proposent enfin une sorte d'épure quasi-surréaliste (l'îlot où sont stockées les armes) tandis que le vilain en chef s'avère fort bien balancé (Leo Gordon, brièvement vu chez Hitch mais chez Corman surtout).
Claude Sautet (1965)