22 octobre 2009

Borat

Pour qui se contenterait d'équations réductrices, Borat apparaîtra vite comme la fusion des Onze Commandements (de Dassagnat/Youn) et de J'Irai Dormir à Hollywood (du sympatoche A. de Max'), sous haut patronage de Michael Moore. Soit du trash-potache volontiers maso, de la provoc extrême et une franche plongée dans le bain, le tout salé de farouche critique d'une certaine Amérique (et non d'une Amérique certaine, comme l'amalgame est souvent fait !).
Cependant, le montesquiesque documenteur (genre dans lequel des gens aussi divers qu'Eric Idle (The Rutles), Rob Reiner (Spinal Tap) ou William Karel ont commis le meilleur) peine à tenir debout une heure vingt durant (phénomène étrange puisque une poignée de séquences finalement écartées (ou tournées direct-to-DVD) aurait peut-être ancré davantage le film, qui peine soudain, après une grosse cinquantaine de minutes (et la présence au-delà de ce chrono de scènes encore fortes (l'inouïe baston de kazakh nus !)) et, problème plus délicat encore: il mêle avec une certaine ambiguïté (malhonnêteté ?) authentiques et ahurissantes, effarantes caméra-vérités et sketches roublardement bien mis en scène (on ne gobe pas aux séquences à ours, pas plus qu'on ne marche lors des leçons de maintien dînatoire), rendant le propos plus flou et la charge moins efficace (comme c'est un peu le cas dans certaines séquences de Michael Moore, aussi manipulateur que les manipulateurs qu'il dénonce), brouillant la donne avec une maladresse désarmante.
Restent une affaire souvent hilarante, des performances de taille et des idées rien moins que savoureuses, l'imagerie durable ici installée, l'emportant au finish (malgré le trouble et le malaise) et n'attendant que d'être relayée, à n'en pas douter, par celle de l'austro-homo de cet été 2009, le nouvel avatar too much, après Ali G et notre stachu antisémite, de SBC: Brüno !
Larry Charles (2006)

21 octobre 2009

SOS Fantômes 2

C'est un article, qui, tout récemment, a piqué notre curiosité et nous a poussé instantanément à revisionner et, éventuellement, réévaluer Ghostbusters 2*.
Aussi, plutôt que d'y aller de notre couplet - où l'inspiration peinera d'ailleurs à venir - , laissons l'honneur et la primeur à la prose objective qu'il n'est pas rare de trouver sur Le Film Était Presque Parfait:

SOS Fantômes se devait d'avoir une suite.
Film de vidéo club par excellence, Ghostbusters représente quelque chose comme l'ultime film pop-corn, amusant, fantastique, effrayant (un peu), ... bref. Une certaine idée du cinéma de divertissement qui se fait rare. 5 ans plus tard (comme l'affirme le sobre carton d'introduction de SOS Fantômes 2), on prend les mêmes et on recommence. Jamais peut-être a-t-on suivi ce principe à la lettre, autant que pour cette suite ; car, au-delà des acteurs, c'est toute la structure narrative du premier qui est recyclée, tel un remake du Ghostbusters originel. Le réalisateur Sam Raimi aura fait de même, mais sans se le cacher, avec un Evil Dead 2 (1987) exceptionnel. (...)

(la suite où vous savez, donc)


* réévaluation inutile puisque nous resterons
tout autant circonspects qu'il y a 10 ans
devant la chose au superflu confondant
quoiqu'en théorise talentueusement notre ami Raphaël !

20 octobre 2009

La Théorie des Dominos

Bien sûr, bien avant que le WTC ne collapse, Kennedy s'était fait éparpiller la cervelle jusque sur le tailleur bonbon de sa Jackie... et l'imaginaire amerloque était déjà bien infusé de conspiration en tous genres. Difficile d'alléger la sauce tandis qu'on confiait les clés de la baraque étoilée au watergarteux Rickie Nixon, qu'on s'embourbait dans l'Nam ou qu'on mettait fissa en doute la véracité lunaire de cosmonautes avides de pas, petits ou grands.
Autant dire - mais à qui l'apprendra-t-on ici ? - que le conspiration movie ne date pas ni d'hommes à cigarette ni des taupes au CAT de LA.
Mieux, entre 62 (le redoutablement visionnaire Manchurian Candidate !) et le 77* qui nous occupe, ils seront légion les machins d'Alan Pakula (Parallax View, All the President's Men), de Schlesinger (Marathon Man), de Sidney Pollack (Three Days of Condor), de Coppola (The Conversation) à nourrir l'angoisse et la paranoïa qui régneront sur ces quinze années de flippe à l'interne (une trouille différente encore du bain de guerre froide qui, par ailleurs, clapotait à tous les esprits !)**.
Stanley Kramer, pas le plus fin ni le plus léger de la bande, offrit une sorte de chant du cygne (momentané) au courant, avec cette histoire pas si toc, parce que prenant son sujet humblement, par le petit bout de la lorgnette. On aurait certes préféré sans doute un Peter Hyams d'alors ou, même, un Peter Yates pour mener la chose à (mieux ?) bien.
Se montrant patient dans sa mise en place, traitant son sujet à relative « hauteur d'homme » (point trop de sensationnel ni d'encombrants effet de manches) mais l'emballant du coup, a contrario, longtemps comme de la téloche (partition musicale à l'avenant), on sent que, pour la production, le « gros » du sujet et les fastes du casting (Hackman, Widmark, Bergen, Wallach, Rooney... tous assez décevants d'ailleurs) ont monopolisé les attentions et les énergies au détriment de la mise en boîte (une ou deux rares séquences surnagent seulement).
En outre, la faible vraisemblance des enjeux ou, à tout le moins, des moyens de s'y tenir, fait régulièrement défaut. Autant que le rythme de la dernière demie-heure, opaque, confus, étrangement équilibré, manquant parfois même d'ambition (le tunnel narratif (justifiant mollement le titre) sur l'énhaurme manipulation -façon « tireurs multiples » !- fait un peu cheap), malgré sa pyrotechnie de paresseuse circonstance et ses violons « hou la la ! ».
Et quant à l'épilogue vengeur...
Stanley Kramer (1977)

* poussera-t-on jusqu'au Winter Kills de William Richert (1979) ?
Intégrera-t-on au genre Capricorn One ou Morts Suspectes ?

** chez nous, les americanistes Boisset, Verneuil ou Labro auront pris le train
un peu à la bourre et feront traîner le genre un peu plus longtemps peut-être.

19 octobre 2009

Domino

Bouillie visuelle, dégueulis filmique, brouet tape-à-l'œil, vulgaire tambouille... Tony Scott atteint haut la main là le pire qui soit dans le non-cinéma: faire passer passer Natural Born Killers pour un film d'Alain Cavalier.
Le clippeur des 80's se fourvoie dans son « puzzle viscéral » (sic) en surdécoupant son matériau, en branchouillant un max (Richard Donnie Darko Kelly au script !), en post-modernisant à donf, en sur-ritchiesant le moindre de ses plans (flash-backs, flash forwards à gogo), en raccrochant - avec 10 ans de retard ! - les wagons hystériquement péteux d'un Dominic Sena (Kalifornia, Operation Espadon) ou d'un CM Talkinson (Love and a .45, l'une des pires post-Tarantineries qu'il m'ait été donné de voir jusqu'à aujourd'hui, nouvelle date dans l'infâme !)...
L'encombrant frangin a bien encore une ou deux « idées » valables (les stars sur le retour de Beverly Hills dans leur propre rôle, Brian Austin Green et Ian Zerling), voit certes fleurir une vraie découverte castingueuse (Edgar Ramirez, plus hot tu meurs) et a certes eu suffisamment de persuasion pour être parvenu à enrôler Tom Waits à l'écran (cela dit, le pépère, depuis Coppola et Jarmush, est de moins en moins regardant, rayon pelloche !)...
... mais le reste putain, l'interminable et calamiteusement odieux reste !
D'aucuns, par posture ?*, vous diront « modernité », « air du temps », « goût du jour »... et argueront l'auto-allégeance faite au propre True Romance du gars Tony ainsi qu'à d'autres films générationnels 90's façon Bigelow (Point Break en tête, rest in peace Patrick !) pour justifier la pénible démarche... Écoutez-les si ça vous chante...
Mais lorsqu'on vous vendra « un équivalent visuel à langue SMS », par pitié n'achetez pas ! N'achetez pas et partez d'un rire tonitruant, poings sur les hanches et tête en arrière renversée... (équivalent sonore à la langue « on veut bien être arrangeants mais vous foutez pas non plus d'not'gueule »)
Tony Scott (2005)

* il est vrai que je rechigne souvent à hurler avec les loups
et que Scott a un sacré paquet de contempteurs sur l 'échine
(autant, sans doute, que Bay et Schumacher)...
mais dans ce cas précis... c'est intenable:
je rejoins la meute.
Sorry.
D'la merde.

15 octobre 2009

Ennemi d'Etat

Un thriller techno-parano pré-9/11 peut-il encore tenir la rampe ?
Tony Scott est-il décidément le tâcheron priapique qu'on l'a toujours soupçonné d'être ?
Will Smith peut-il dépasser son simple statut de black-à-la-coule et acter quelque chose de consistant autrement qu'à l'occasion de didactiques biopics balourds ?
Gene Hackman s'est-il mangé les pires late ninetees qui soient permises (et John Voigt ne sait-il camper qu'un seul emploi depuis Mission Impossible ?) ?
Harry Gregson-Williams devrait-il se contenter de partocher Tigrou et Shrek ?
Eût-il été urgent de suggérer la castration chimique voilà 65 ans au père de Jerry Bruckheimer plutôt qu'à Roman Polanski en 1977 ?

Autant de questions que soulèvent (mais ne règlent pas toujours) Ennemi d'Etat, panouille bleutée et surdécoupée comme il en est tant, gonflée d'une certaine ambition (discutable dans son épuisant complot perpétuel), servie par autant de confusion que de déséquilibres (malgré le traditionnel gunfight triangulaire et apocalyptique dont se sort miraculeusement le héros (figure récurrente du cinoche tonyscottien depuis True Romance !)).
Climax dégonflés tel le soufflé, clins d'yeux poussifs*, arythmie pénible (montage à l'avenant), final tout en raccourcis, ficelles pénibles et précipitations frustrantes (au point qu'on attende même stupidement quelque chose « de plus consistant » en guise de conclusion, tandis que le générique de fin s'amorce)...
... la chose tricote le pas bien terrible avec le pire d'une dramaturgie oubliée en cours de route (tant le réalisateur a à l'esprit la manière laborieusement roublarde de relier ses points considérés nodaux (l'utilisation des personnages campés par Lisa Bonnet, Gabriel Byrne ou Tom Sizemore) alors qu'ils ne sont que des relais poussivement foireux).
Attention, malgré tout ceci, ça se laisserait presque voir (la demie-heure 60'-90' peut-être ?)... et c'est peut-être là le pire.
Non, hélas: le pire est à venir !
Tony Scott (1998)
* s'en référer à la Conversation Secrète de Coppola
ne garantit pas la chef-d'oeuvrie, même abâtardie !