16 décembre 2009

La Corde Raide

Je ne crois pas me tromper de beaucoup (pas suffisamment pour entreprendre un débat d'historien pointilleux en tous cas !) en avançant qu'au mitan des 80's, l'affiche d'Eastwood qui m'était la plus familière, celle qui semblait le plus occuper mon environnement visuel d'alors et l'impacter durablement, est celle de La Corde Raide (Sudden Impact n'étant pas loin derrière).
L'affiche seule et guère le contenu puisque je crus longtemps que le film de Richard Tuggle était un épisode de plus dans la saga Callahan initiée par le Dirty Harry de Don Siegel. Alors qu'il n'en est, bien entendu, rien. Non, rien de rien. Mieux: le titre serait plutôt à rapprocher des Proies (du même Siegel) et d'Un Frisson dans la Nuit (prime réal du Clintos), deux autres films où le gaillard se frotte aux femmes de manière diablement fragilisante, à son endroit.
Ici, au coeur d'un thriller urbain aussi poisseux qu'un Ferrara ou un Friedkin de par dessus les caniveaux interlopes, l'icône minérale du flic flingueur à massif bodycount (La Sanction comptabilisait 38 morts à l'actif de Clint, ici il n'y en aura qu'un *) et à punchlines définitives (la seule qu'on entendra ne vient d'ailleurs pas de sa bouche mais de celle de son boss) voit sa stèle diablement entamée, au trouble burin: chef de famille monoparentale pas si pépère (le pervers sommeille franchement et affleure rapidement, par un effet de miroir entre la proie et son chasseur), certitudes facilement bousculées (contrairement à l'Harry de L'Inspecteur ne Renonce Jamais, guère atteint par sa partenaire en jupons) et doutes en découlant... le menu est long comme un day pas made.
S'ouvrant en outre sur un prologue particulièrement giallesque (on se croirait en plein Argento, tout en fétichisme vestimentaire (les baskets remplaçant ici les gants) et en contre-plongées pleines de symbolisme outré et de baroque !) avant de camper son intrigue dans un climat proche de New York 2 Heures du Matin, le titre, eastwoodien en diable toutefois malgré ses approches inédites (on se surprend de ne pas le voir signer la peloche tant on le sent derrière la caméra !), offre un beau morceau, au choix authentique malgré les primes apparences (pris par le petit bout de la lorgnette, tout ceci pourrait apparaître volontiers putassier), à une filmographie exigeante et réfléchie, jouant (une fois de plus ?) avec les codes et, bien sûr, le politiquement correct.
Richard Tuggle (1984)

* mais de quelle manière !
Aussi spectaculaire que définitivement symbolique...

08 décembre 2009

Somers Town

Si c'est parier sans grand risque une arrivée au tiercé de la britannitude avec les chevaux Loach, Leigh et Meadows, (un quinté serait-il envisageable avec les plus frivoles Richard Curtis et Danny Boyle ?), serait-il aussi évident de le toucher dans l'ordre ?
L'outisder du Straffordshire tisse en effet, depuis que le XXIème siècle est en marche, une authentique oeuvre dédiée à sa mère patrie (et ce avec une subtilité et une sincérité autres que celles accordées, par exemple, par un Oliver Stone à sa chère et honnie Amérique) qui le place, chaque titre un peu plus, dans un possible finish exigeant photo.
Ainsi, après le solide This Is England (gros sujet, fine approche) et une poignée d'autres titres (tel l'aussi impactant Dead Man's Shoes, revanchard et malaisant), Shane Meadows poursuit sa chronique anglaise avec Somers Town, un film au curieux destin mais au contenu sans équivoque: majeur dans le mineur. (...)

01 décembre 2009

Synecdoche, New York

Si l'on connaît par avance - depuis 10 petites années maintenant - le kit de qualificatifs livré avec la moindre bobine estampillée « Charlie Kauffman inside », bagage rhétorique nécessaire à tout thuriféraire exalté pour louer le singulier de la chose, et ce depuis la cérébralement rafraîchissante baffe de Dans la Peau de John Malkovich (Spike Jonze, 1999), le visionnage de la prime réalisation du scénariste vedette du Dana Carvey Show impose rapidement de frotter la généreuse poignée d'élogieux adjectifs à une autre, plus grise, plus grinçante, plus circonspecte.
Avait-on senti le vent déjà tourner avec Adapation ? Je le crains. Adaptation, qui usait déjà de la mise en abyme (vertigineusement paroxisée ici) et de l'allégorie pour ausculter les tracas créatifs, voit donc son successeur enrichir (éparpiller ?) l'attirail stylistique du scénariste agrémenté d'un nouveau trope: la synechdoque (pour faire court: une formulation donnant « le plus pour le moins » ou, à l'inverse, « la partie pour le tout »; pour faire long, voir ici).
A l'aune de cette cicéronisation cinématographique, les plus hâtifs à la dézingue seront -donc- prompts à renifler le théorique tout artificiel de l'oeuvre en cours. Mais nous ne hurlerons pas avec ces vilains loups (que les fans de Charlie enferment tout aussi précipitamment dans des costumes de frustrés abrutis).
Toutefois. (...)

(la suite par ici bien sûr)