Tous en Scène

Il ne serait pas parmi les affirmations les plus stupidement péremptoires qu’il nous soit parfois sommé de livrer (tiens, c’est quoi ton Tarantino préféré ?, vient-on encore de nous facebookaské pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps), que d’arguer avec un aplomb qui fera sourire les plus espièglement affranchis, les plus flegmatiques larrons d’entre vous, que Tous en Scène est sans doute notre deuxième musical préféré (Singing in the Rain semblant décidément indétrônable).
On ne peut plus Minnellien (c’est un peu Les Ensorcelés made in Broadway) dans son énième questionnement de la chose artistique, des émois de la création, du quotidien heurté des créateurs, la production commandée par Arthur Freed (après son hommage Gershwinien d’Un Américain à Paris, le producteur voulait saluer les compères Howard Dietz et Arthur Schwartz) à son indéfectible réalisateur* fait vite preuve d’un regard aigu et d’un sens assez inouï de l’auto-critique sur son sujet et ses acteurs. Astaire en tête, qui fait montre d’un courage qui force le respect à camper une star en passe de ringardise et pleine de prérogatives (réellement siennes : le danseur n’appréciait par exemple pas d’avoir de trop grandes partenaires pour cheek-to-cheeker)- courage dont la vedette ne se départira pas souvent, remettant sans cesse son image et son statut en question (le vieillissement et la capacité à demeurer dans le coup ne sont pas le sujet de Drôle de Frimousse mais le clivage austérité de l’intellectuel/frivolité de l’artiste était au cœur de la réflexion).
Sans être jamais un tour de force** (jusqu’au final, morceau de bravoure à ranger sur le même podium qu’Un Américain à Paris et Chantons sous la Pluie), le film étant de facture résolument classique, voire archétypale (le montage d’un show à Broadway), TeS ne fustige pas tant la modernité et l’avant-garde (ce que feront outrageusement les parfois plus réactionnaires Drôle de Frimousse et La Belle de Moscou) qu’il pourrait sembler un temps (ses caricatures** sont de courtes durées et offrent souvent une humble porte de sortie aux situations les plus moquées). Il est permis à chacun et chacune de s’arrêter sur ses erreurs, sur les impasses qu’il provoque et de repartir d’un meilleur pied : être moderne n’est pas se trahir et flatter l’air du temps, c’est, comme le dit Jacques Lourcelles dans son indispensable Dictionnaire des Films, avec « humilité et courage, rénover, revitaliser de l’intérieur son domaine et son propre talent ».
Au détour de telle ou telle scène Astaire se montre à un niveau de plénitude artistique renversante tandis que Charisse irradie le moindre centimètre carré de pelloche (n’est-elle pas tout bonnement à son meilleur ici ?***), proportionnellement au coût d’assurance du moindre centimètres carré de ses cuisses (c’est pour ce film que la légende prétend que Freed fit assurer les guiboles de la danseuse pour 5.000.000. de $ !) ?
Emaillé d’instants cultes (That’s Entertainment !, Triplets, Girl Hunt (surtout la supérieure partie du Dem Bones Cafe)), mis en forme avec un soin épatant (décors, réalistes ou non, enchantent : depuis une cabine de train jusqu’à un Central Park fantasmé, d’une salle d’arcades de Time Square à un décor surréaliste du subway local), éclairé et filmé avec un sens du spectacle des plus aguerris… Tous en Scène est rien moins qu’un enchantement… autant pour le goût, la caboche… que les sens.
Vincente Minnelli (1953)

* dans l’optique de réitérer le « coup » de Chantons Sous la Pluie.

** enfin, le mariage chorégraphique entre le « vrai » classique des Ballets Russes
d’où vient Cyd Charisse et l’école Broadway
qui nourrit la technique d’Astaire
reste une vraie réussite technique !

*** dans l’attente de voir Brigadoon
nous nous en tiendrons bravachement à cette prescription !

**** José Ferrer/Orson Welles en tête,
« rassemblés » dans le personnage de Cordova.

2 commentaires:

Raphaël a dit…

Tous en scène ?

Anonyme a dit…

Traquenard de Nicholas Ray

Krapulax