Non Ma Fille Tu n'Iras Pas danser

M'a toujours fait bondir cette antienne tenue par les compulsifs de video-club, les diffamateurs by skyblogs, contre le cinéma français. Le décrivant comme irrémédiablement enfermé entre quatre murs, à deviser (en dialogues ivres d'eux mêmes) autant sur un malaise (quelconque) que jouant un toujours pénible tu-veux-ou-tu-veux-pas lui tenant lieu d'épaisseur scénaristique...
Le film de Christophe Honoré semblerait pourtant être (lapidairement) décrit dans cette charge, quand bien même portes et fenêtres y sont larges ouvertes et que l'air (mais pas l'oxygène) peut y entrer de partout, tant il s'avère une caricature de ce cinéma français.
Voilà qui est curieux et embarrassant.
Ainsi, ces cons pourraient avoir raison parfois ?
Rien n'est aussi simple. Rien n'est aussi simple car Non Ma Fille... est certes davantage que cette formule fatalement réductrice et partiellement réductrice. Il n'empêche.
Il n'empêche que ces histoires bourgeoises de familles traversant l'orage dans de splendides maisons de campagne résonnant de portes qui claquent (l'ex-mari de Lena les remarquera même depuis l'intérieur du film !), de névroses trentenaires ou, ici, quadra, de tracas philosophiques et/ou émotionnels, ces revendications de vie autre,... finissent par offrir un vernis certain à un certain cinéma français, dans lequel chacun a de plus en plus de mal à se reconnaître.
En est-on réduits à choisir entre chtis et campeurs contre ce cinéma de science-po, trop propre et poli sur lui, qui a trop lu (Nouvel Obs, Libé et Télérama), trop vu (Truffaut en tête) et qui récite si bien sa leçon (même si une certaine personnalité Honoresque finit par se dessiner là) ?
Pourtant des choses ne manquent pas, éparses, de faire mouche, chez Honoré. Le portrait prend parfois, des effets fonctionnent aussi, des instants sonnent juste enfin. Mais tant de trucs et de ficelles (les personnages sympathiques, tel le petit frère Goulven, sont de purs produits de scénaristes/dialoguistes), et de choses moins tenues aussi (Barrault faisant soudain la récitante de Comédie Française lorsqu'elle raconte sa légende aux pièces d'or), que je ne vois nulle part circonscrits par la critique contemporaine* (à qui le film est d'ailleurs plus destiné que le public et qui n'y voit, en juste retour, que finesse, intelligence et sensibilité), sapent l'élan.
Ce cinéma post-Ozon (sans l'excès, bienheureux, avec le recul !), où rien, pas même la colère, le désespoir ou, dans Les Chansons d'Amour, la mort, ne saurait être autrement que digne, feutré, discret (ah, voir un Honoré après un Pialat, ça vaut son régime sans sel !). Pour symbole de cette inoffensivité, cette sempiternelle cellule familiale qui, même dysfonctionnelle et/ou étouffante, reste sereine, à tout le moins pleine de sollicitude (qu'elle soit réelle comme avec les Pommeraye endeuillés ou, comme ici, forcée par les convictions matriarcalement religieuses), engoncée dans son éducation et sa bienséance... A ce titre, Honoré ferait presque du Chabrol, mais allégé là encore. Et, surtout, à l'envers du bon Claude: avec Christophe, la bourgeoisie de l'esprit l'emporte à chaque fois... même si la rebelle veut aller danser !
Christophe Honoré (2009)

* Celle officielle, entends-je, celle à pignon,
dûment publiée et distribuée par les NMPP
les jours où ils ne sont pas en grève.
Loin de moi l'idée de laisser croire ici
que le Dr Orlof , par exemple, se laisserait abuser
par le cinéma d'Honoré!!!
Preuves hargneuses du contraire ici, et encore.

2 commentaires:

Luc a dit…

Complètement d'accord!
Et encore, tu es gentil.
Et le vieux père malade qui se met à réciter je ne sais quels poètes romantiques allemands. GROTESQUE!
Téléramesque! Inrockuptif.
Luc.

Mariaque a dit…

D'une même manière je suis peu séduit par l'idée de conspuer toujours des films Télérama ou Inrocks ou France Inter,... ou affilié hâtivement à une quelconque rédaction bobo-identitaire...
Chacun de ces titres a pu soutenir des films absolument dignes d'intérêt, cela va sans dire, et on ne saurait les étoilejauner d'office.
Pourtant, parfois, et Honoré est en plein dedans, on a l'impression d'avoir affaire à des films "par" et "pour" ces revues, calibrés et loués par avance... ils ne nous surprennent jamais, ni dans leurs dégoûts ni dans leurs élans...