25 novembre 2010

Brüno

Peu garni de la conscience professionnelle qui nous caractérise et qui fait que chaque jour des cars entiers de retraités hétérosexuels se précipitent sur notre édifiante colonne, nous serions tentés de recopier mot pour mot notre chronique de Borat pour vous entretenir de Brüno. Nous tâcherons de ne pas y condescendre, quand bien même l'auteur des deux films s'est contenté quant à lui d'une formule en tous points identiques, riche des mêmes et stupéfiantes qualités performeuses et plombée par les mêmes limites, les mêmes horizons bouchés.
En effet, le canevas des deux films apparaîtra même aux moins sagaces de nos retraités brodés du même fil et finalement animé par la même aiguille: piquer l'hypocrite Amérique dans le coeur de ses contradictions.
L'Europe rêve de cette Amérique. De ses mirages de célébrité et de liberté (y compris sexuelle). Brüno succombe bien sûr à ses sirènes. Et déchante.
L'Europe épinalise cette même Amérique. Ses rednecks homophobes, fascistes, fans de WWE et de télé-réalité pipole et pipotée. Là c'est Baron Cohen qui cède aux appels convenus. Et c'est le spectateur qui, s'il a courageusement renoncé à son abonnement au Nouvel Obs, s'impatiente.
L'acteur se veut donc Tocqueville de la quéquette et s'embarque (s'embraque ?) en une Odyssée de la provocation sexuelle, qui bientôt tourne à vide, les donquichottés moulins concernés étant autant de cibles faciles voire e(n)culées.
La performance de SBC n'est pas pour autant à réduire et se montre régulièrement bluffante (surtout si les diverses séquences sont effectivement réelles et non jouées) et occasionne quelques moments assez intenses (le show télé, l'étreinte sur le ring)* mais elle n'est finalement que ça et rien de plus.
Car si l'intention est de susciter une stupeur chez le spectateur (de type "oh le ouf !" ou bien "mon dieu quelle horreur!"), c'est assez vain et guère cinégénique.
Si, en revanche, l'objet se veut plus ambitieux et s'entiche de dénoncer ceci ou cela**, alors le film se fourvoie en n'enfonçant que des portes béantes et en contentant un public déjà acquis à la cause.
Les deux films de Sasha Baron Cohen sont d'ailleurs à ce titre particulièrement inoffensifs (malgré les outrances et les malaises possiblement engendrés) et aussi peu utiles que des réunions et autres états-généraux de militants politiques (socialistes ou uhèmepés): on s'y frotte le dos entre gens convaincus en se gargarisant: les cons c'est les autres bien sûr.
Larry Charles (2009)

* et d'autres moins: le couple prisonnier à l'hôtel de ses gadgets SM
ou la maîtresse dominatrice whipant sont tantôt gratuits et sans fondement,
tantôt ridicules et contre-productifs.

** un postulat d'ailleurs confus tant le film ne se positionne pas clairement
par rapport à la chose homosexuelle.
Ni pro- ni anti- il capitalise toutefois avec une certaine inconséquence
sur les clichés follasses qui nourrissent l'imaginaire simpliste du public.

1 commentaires:

Anonyme a dit…

Si Borat m'a semblé assez vain et très dispersé, j'ai le souvenir d'avoir trouvé brüno :
_ plus concernant, il interroge plus le spectateur sur lui et sur des morceaux des USA.
_ plus structuré (introduction, progression, "conclusion")

Me trompe-je ?
Il est tout de même vrai que les deux films sont globalement jumeaux et comparables.

EiffelNord