
Curieux projet que ce film, originellement centré sur l'héroïne (la Red Sonja du titre original) et que la distribution française a recentré, économie de marché oblige*, sur le personnage secondaire incarné par Schwarzie: Kalidor (voir à ce propos la note édifiante de Jérôme dans le souvent indispensable Forgotten Silver)...
Late-Fleischerade frisant le superflu (10 bonnes années que le bonhomme aurait du rendre sa caméra !), l'héroic-fantaserie féministe ponctionnée dans la cuisse de l'inépuisable Robert Howard (écrivain à tête de parrain de maffia déjà responsable de Conan et de Solomon Kane**), est bien dans l'air du temps initié par De Laurentiis himself (par l'entremise musculeuse des Conan): chacun y va alors de sa contribution, opposant souvent le redondant plagiaire au ridicule. De Laurentiis tient en outre bien son monde en pogne, techniciens embrigadés depuis Fellini, mais aussi acteurs (Arnold, pieds et poings liés) et réalisateur (Fleischer, pas plus libre) tenus en laisse par des contrats autoritaires.
La patte du producteur est en outre absolument identifiable, tirant un univers rugueux vers un pittoresque flirtant avec le ringard patenté à force de volonté "familiales" (les C3PO & R2D2-like que constitue le duo Paul Smith/Ernie Jr Reyes use à ce titre tôt les patiences) - il est vrai qu'on est alors à l'âge d'or du cinéma pop corn où s'illustra brillamment le tandem Lucas/Spielberg (et Dino n'a pas la vista des deux barbus, ni la véritable culture comico-serial nécessaire).
On y retrouve également tout ce qui fit le (rare) sel de son Flash Gordon (Hodges, 1980) et de son Dune (Lynch, 1984), à savoir des décors grandiloquents et des costumes volontiers baroques (le design du film est, là aussi, à porter aux maigres mais indiscutables crédits du film).
Mais le tout patine sans cesse. L'emploi anarchique de Schwarzenneger (son personnage est des plus arythmiques), la mollesse des morceaux de bravoure (hors le combat final entre Sonja et la reine Gedren) et le laborieux des articulations de la trame (au sujet des plus fumeux d'ailleurs), font de cette quête une rêverie simpliste et assoupie, loin de la vigueur dont Fleischer faisait montre du temps de sa superbe "aventurière" (20.000 Lieues sous la Mer, Les Vikings). Fade impression que n'assaisonne pas même une BO Morriconeuse plaisante mais guère adaptée au matériau (brouillé avec Poledouris, le Dino ?).
Richard Fleischer (1985)
* ou bien craignait-on qu'on confonde
Sonia la Rousse avec Zora ?
** qui, s'il avait été encore vivant pour voir cette laborieuse adaptation,
se serait sans doute re-suicider !
NB: pour comparaison, l'affiche américaine:
4 commentaires:
Vous donnez dans le redoutable, cher ami, en ce moment.
Ceci dit, le second volet conanesque de Fleischer n'était pas si mauvais. A l'époque de sa sortie, je l'avais même préféré à celui de Milius (plus drôle, photographie plus classique). Je me risquerais à le revoir un de ces quatre, à la différence de cet opus. rien que de penser à l'araignée...
Vu il y a une semaine. Enfin, "vu", c'est vite dit ! (j'ai craqué au bout de vingt minutes tellement je m'ennuyais...)
Moi, ça me fait chier ce genre de films ! Et j'assume.
Excellent site que "Forgotten Silver"
merci de me l'avoir fait découvrir.
EiffelNord
"site souvent indispensable"
Comment ça ? pas tout le temps indispensable ?
Je plaisante
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