id.*, 1977.Est-il légitime de considérer les escrocs comme les aristocrates de la délinquance ?
Loin des petites magouilles aux assurances ou aux caisses d'allocations, j'entends bien sûr les perfectionnistes qui portent leurs efforts à un degré imposant l'imagination mythomane - et l'érudition ad hoc - autant que l'investissement préalable et éventuellement arachnéen (comme dirait Arielle Dombasle en toutes occasions) et un aplomb spectaculaire pour se frotter sans frémir ni ciller à son public de victimes (et moins la victime est aisée à berner meilleure est l'entourloupette, cela va sans dire mais ça va mieux en le disant).
Je ne dis pas pour autant avoir de l'admiration pour ce type d'escroc mais, à tout le moins, j'en apprécie le sérieux du travail et me montre convaincu que le récit de leurs forfaits a toutes les chances d'être captivant (même si possiblement artificiel dans le cadre de la fiction).
Ainsi de L'Apprenti Salaud.
Lorsqu'il tourne L'Apprenti Salaud Michel Deville n'est pas encore ce cinéaste de l'érotisme intellectuel, de la sensualité cérébrale et théorisée, que des films comme Péril en la Demeure, Le Paltoquet, La Lectrice ou Nuit d'Eté en Ville feront de lui, à nos yeux, sa deuxième partie de carrière (son licencieux était plus naturel aux côtés de Nina Companeez !).
A cette occasion il fait appel, en un pari assez étonnant, à Robert Lamoureux (calanché ce jour, à Neauphles le Vieux et 91 ans), tombeur des box-offices goûtant le comique-troupier avec sa toute récente trilogie de La 7ème Compagnie (et son addenda Opération Lady Marlène). Loin du registre que le cinéaste lui soumet Lamoureux fait lui aussi preuve d'audace en prenant le risque du rebrousse-poil auprès de son public - ce rôle étant son ultime au cinéma**, on peut se demander si le risque fut fatal au comique et s'il ne vécut pas là sa fernandelienne Auberge Rouge à lui ("le cinéma d'auteur désormais ce sera sans moi !").
L'acteur y sera néanmoins parfait (à l'instar de JP Kalfon, de Jacques Doniol-Valcroze, de Claude Piéplu en héritiers des Amériques, et de Christine Dejoux qui, malgré une filmo débrouillarde (dont l'absolu culte Un Moment d’Égarement), ne s'accroche décidément à nos souvenirs qu'en défunte épouse du Glaude ramenée d'ad-patrès par l'extra-terrestre glougloutant Villeret dans La Soupe aux Choux...). Il y apporte un supplément d'insolite, de poésie fantasque (ah ! la diction de Robert !) indispensables à ce rôle (que des dialogues régulièrement décalés finissent d'asseoir).
Doux immoraliste, chaleureux arnaqueur, truand mélancolique, son quincaillier pris de la fièvre escroquante et, par là même, d'un sursaut de galante jeunesse, se montre un personnage irrésistible au service d'un film au charme fou, à la drôlerie grisante.
C'est bien simple, et excusez du peu !, on croirait par instants à un film d'Yves Robert !,
par Michel Deville.
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* merci à Sonic pour ce très bel extrait youtubé !
**exception faite du très très curieux Jour des Rois,
tourné 14 ans plus tard, cette fois-ci dernière contribution officielle.
6 commentaires:
A lire ce que vous en dites, va falloir me faire voir ça !!!
Dans mes bras, cher Mariaque ! Vous nous voyez tout aise de votre ravissement auquel nous nous permettrons néanmoins d'apporter une nuance. N'ayant jamais eu la chance (?) de voir La soupe aux choux, nous goûtons Christine Dejoux encore plus que l'ineffable Lamoureux. C'est bien simple, son mélange de rouerie et de candeur nous met dans le même état qu'après la vision de Marie-Charlotte Pontalec surprenant Victor Vauthier dans le gourbi de Camille (le très regretté Julien Guiomar) et ce n'est pas peu dire !
Figurez-vous que j'y ai songé tout le long du film, à votre préférence. Je les sais bien vos enclins de frenchie brunettes next door...
("vous les trouvez chouettes ?" lui demande-t-elle tandis qu'il observe ses seins à la dérobée. "Qui ?" "Ben mes parents ! Vous les trouvez chouettes ?"... candeur, rouerie, oui tout est là !)
Je pensais à cette scène, peut-être ma préférée du film.
Quant aux french brunettes next door, vous voyez juste (de Thérèse Liotard à Amanda Langley en passant par Jeanne Goupil)
Bien vu que ce film, lointain mais agréable souvenir télévisuel. Je me demandais bien ce que j'avais pu voir de/avec Lamoureux qui sorte des sentiers trop rabattus. C'était ça !
C'est moi, l'anonyme, oups :)
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