19 novembre 2010

Le Spectre du Professeur Hichcock

Il y a deux légendes qui collent à la carrière de Riccardo Freda comme la cervelle de zombie sous la semelle de Merle Dixon: sa prompte faculté à s'embrouiller avec ses producteurs au point de claquer la porte de ses tournages (le brillant opérateur Mario Bava se faisant alors pompier de génie, comme ici) et son paradoxal enclin à proposer auparavant à ces mêmes financiers des films bouclés en moins de deux semaines..*
Authentique maniaco-dépressif, le cinéaste pourrait être ainsi un personnage névrosé d'Alfred Hitchcock. Pourtant c'est par un autre biais que les deux hommes nourrissent un rapport. En effet, Freda commit à l'orée des années 60 un faux diptyque** à l'occasion duquel il était fort difficile de débrouiller l'hommage que l'opportunisme le plus complaisamment vénal où devait évoluer un personnage central (pas le même dans les deux films) prénomé Hichcock (on appréciera la naïve mystification du "T" éludé...). Ainsi d'un Effroyable Secret dont était dépositaire le presque homonyme du maître anglais (dans un film assez emprunt de titres tels Rebecca ou Les Amants du Capricorne), le voici un an plus tard flanqué de la même épouse (l'équarquillante Barbara Steele) mais devenu Spectre.
Spectre qui évoque autant Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois que Les Diaboliques de Clouzot, même s'il demeure persillé de gothique à la Hammer (cryptes, tentures et candélabres à gogo) et zébré de quelques visions hitchcockiennes poussées vers des confins graphiquement baroques que n'abandonneront pas les maîtres ultérieurs du giallo (les deux scènes "au rasoir" - l'une inoffensive et l'autre terriblement, douloureusement pas ! - sont de petits modèles du genre).
L'une des particularité du film résidera dans le sordide aréopage d'âmes humaines, toutes cupides, immorales, calculatrices et irresponsables (même le pontifiant ecclésiastique semble suspect), qu'il soumet à notre regard. Echantillon pessimiste d'humanité déplorable, promis à la damnation: pas de victime ici, que des coupables !
L'autre notable sera de déceler là, comme évoqué plus haut, les premiers signes d'une manière all'italia dans le thriller fantastique, faite de cadrages inusités, d'éclairages inédits, de découpage particulier... que populariseront ensuite des honorables pattes telles celles d'un Mario Bava ou d'un Dario Argento.
Toutefois, malgré ces évidentes distinctions philosophiques et artistiques, on sera en droit de doucettement s'ennuyer à la vision de ce Spettro (et de s'agacer des réguliers et poussifs effets de "main crochue" de la gouvernante rentrant dans le champs pour se saisir d'une épaule de la manière la plus ridiculement théâtrale qui soit), parfois exagérément expressionniste et/ou sensationnaliste. Mais n'est-ce pas le style qui veut ça, aussi ?
Riccardo Freda (1963)

* le présent film relève du deuxième courant.

* sa responsabilité dans le titre du second volet n'est cependant pas en cause,
mais le fait de divers et indélicats distributeurs internationaux
(précision loin de dédouaner intégralement Freda
qui nomma toutefois bien le professeur du film Hichcock...)...
Dans un même souci "commercial", Freda entreprend à l'occasion de ces Hichcock
d'américaniser les noms de ses collaborateurs,
convaincu que l'italianité de ses œuvres précédentes a contribué à leur échec international.
Il devient ainsi Robert Hampton et laissera supposer à la critique
que ses films étaient plus ou moins des prods Hammer...

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