
Si, sans doute, Luc Besson (que mon père appelle toujours Bulle Caisson depuis Le Grand Bleu) signe, avec Adèle Blanc-Sec, son meilleur film depuis Le Cinquième Elément, les choses ne sauraient être ni acquises ni non plus immaculées.
Sans verser dans les différents et sempiternels débats autour de la pertinence d'adapter une BD (matériau par essence déjà graphique et découpé) ou ceux, fanbasiques, pointant talleyrandissimement la trahison de l'univers originel (le cinéma se contentant souvent - et c'est encore le cas ici avec un fort beau livre d'images à l'iconographie très fidèle, mais après ?* - de ne retenir la lettre en négligeant l'esprit - même si Besson est convaincu d'avoir conservé l'ADN de l'héroïne !), quelques autres points, bessonissimes s'il en est, sont à porter au débit d'une oeuvre qu'on voudrait cependant, benêts !, trouver innocemment aimable et positivement divertissante.
Son allégeance stérile et sans inspiration aux blockbusters canoniques post-Indiana Jones, son goût pour la vanne poussiéreuse (le final momiesque est bien laborieux, mais ses réguliers morceaux de "pure comédie" sont également pénibles (le running gag de la Santé, la plupart des punchlines), la platitude de sa mise-en-scène (qui, paradoxalement, lorsqu'elle s'emballe est assez poussive, voire ridicules (les obsolètes bullet times !?) et la coupable gourmandise de son montage par trop voyant nuisent considérablement à la machine.
En revanche, un vrai souffle de fantaisie pourra, par exemple, soulever les jupons tandis que des plaisirs de casting offriront un pont certain de complicité avec le spectateur (même si Frédérique Bel est utilisée de manière un peu trop voyante et que Jean-Paul Rouve patine dans un emploi qu'on ne lui supporte plus depuis longtemps, Gilles Lellouche, Mathieu Amalric, Louise Bourgoin (et même le hasardeux Jackie Nercessian !**) bien sûr tirent une remarquable épingle (à cheveux, ah ! ah !) de l'entreprise)... Plaisirs qui semblent, plus que machineries industrieuses, roublardes et vénales, dicter le projet et la réalisation de ce grand couillon de Luc et permettre de livrer un produit, certes édulcoré en regard des planches d'origines, mais tout de même assez inédit et inhabituel dans le pittoresque gothique. Pour un grand film familial, voulons-nous dire.
Luc Besson (2010)
* le film est toutefois plutôt validé par Tardi himself
** dont le fait d'armes le plus important demeure le Narcisso Show
2 commentaires:
Je crois me souvenir que Télérama avait qualifié Pauline Lefebvre, la miss météo Grand Journal remplaçante de Louise (en fait Ariane mais il y a, hélas, cette pitoyable Massenet) Bourgoin, de "désolante".
Je ne suis pas loin d'utiliser le même adjectif pour l'incarnation d'Adèle Blanc-Sec. Certes, elle porte bien les atours de l'Adèle, la Louise. Mais pour l'avoir vue dans presque toute sa (maigre) filmographie, je me pose sérieusement une question : cette Vannetaise (de naissance) sait-elle jouer ? Oui, à l'évidence, comme des enfants qui font un petit spectacle à leur famille à l'occasion de l'anniversaire de mémé ou pour clore une saison de centre aéré. Et c'est donc là que mon plaisir à regarder ce Besson fut gâché : son interprète principale.
Quant à l'univers de Tardi... j'attendais autre chose, une adaptation et pas de simples postiches collés sur des acteurs (parfois méconnaissables) dans un Paris trop images de synthèse.
Et oui, les vannes sont éculées : qui ne s'attendait pas, avec des momies en jeu, à l'anachronisme de la cour du Louvre ? Hein, qui ?
C'a dû faire pouffer cet ex-gros poussah de Besson dont, il faut bien le reconnaître, ce film-là est effectivement le meilleur depuis son "Bruce Willis movie".
Impressions et sentiments mêlés et multiples sur ce film très hétéroclite :
_ fidèle (péripéties et figures) et infidèle (lumières, tonalité et caractères) à la série de BD
_ plusieurs films dans le film, la trop longue histoire du ptérodactyle, la tardive histoire de la momie... et des péripéties à gauche et à droite
_ une héroïne multiple, une peste maniérée très audacieuse (surjouée et peu amusante) et une tendre cruche (second visage du personnage qui fonctionne bien mais est-ce le personnage ?)
_ le film aurait peut-être mieux fonctionné s'il avait soit été construit à l'envers (d'abord humanisation du personnage) ou s'il avait été plus mordant et dynamique avec le même début.
Intéressant que pour les connaisseurs de la BD...
qui n'aimeront pas le film.
EiffelNord
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