
C’est surtout par son caractère fondamentalement inabouti que le film suscite l’intérêt : séquences de remplissage sans queue ni tête, gags conçus pour faire rire un public de fœtus trisomiques, complaisance à tous les niveaux. C'est ainsi que Nikita (de Nanarland) sauve ce qui pourrait laborieusement l'être de Pizzaiolo et Mozzarel. On agréera, dites !
Nous ne sommes pour autant pas des familiers de l'oeuvre Aldoesque, n'avons jamais été pour ainsi dire franc-Maccione.
Fils de vidéo-clubs, nés dans un boîtier VHS, nous sommes pour autant curieusement passés à côté du courant (pour clapoter dans d'autres eaux troubles, n'en doutez pas !). Et donc dans notre histoire d'Aldo flicks point.
En décembre 85, l'italien à gros pif ne se sent toutefois plus. Fernandelisé à l'extrême (genre: je suis une star et moi seul sait, envers et contre tous, ce qu'il me faut faire pour déclencher l'hilarité) il vit pourtant ses dernières minutes "au sommet" (ces 85-ci puis les 98 de Si Tu Vas à Rio... Tu Meurs (Clair, 1987)). Avant de subitement (tardivement ? enfin ?) se ringardiser.
En parfaite roue libre dans ce P&M, Mr La Classe se complet donc d'abord dans un comique éculé de camping à base éventée, sinon nauséabonde. Scouts grivois, nibards de plage et racisme souriant, s'enchaînent donc à l'occasion de multiples vignettes longtemps mal articulées par un Wolinski, scénariste bien paresseux (coutumier du fait dés qu'il s'agit d'écrire pour Aldo). Ces forfaits de lâche écriture commis, le titre bifurque alors à mi-parcours vers une relecture (poussive) du Dictateur de Chaplin*, ajoutant à la somme déjà renversante de poncifs vulgaires une pénible dynamique comique tout en sosies ringards et quiproquos faisandés.
Christian Gion ne parvient bien sûr pas à sauver grand chose de la catastrophe en marche - malgré quelques fugaces séquences de plages (sans Aldo)** un peu plus chorégraphiées, au point de friser presque le Tati des Vacances de Mr Hulot - n'en ayant bien sûr que peu les moyens (c'est quand même lui l'homme de Pétrole ! Pétrole !*** et des Diplômés du Dernier Rang****). L'affaire prend alors bientôt les allures d'une punition pour le spectateur - malgré le thème de Marcia Baïla qui pointe son nez tous les quarts d'heure - tant la chose est en outre - et le contraire eut été étonnant -, jouée par une ribambelle de pieds parmi lesquels l'achipéhachopé Sidney n'est toutefois et curieusement pas le pire (alors que Marthe Villalonga, si).
De toutes les conspirations italo-maccioniques, l'amateur masochistement éclairé nous dit Te Marre Pas C'est Pour Rire s'avère nettement plus fréquentable... on angoisse tout de même un brin à l'idée de vérifier...
Christian Gion (1985)
* réchauffés et épais, pris d'une ambition au dessus des moyens de la production,
la satire et le portait sont un temps assez drôles et mordants, toutefois. Si, si.
** celles sans doute évoquées par Nanarland
*** dont Blier a toujours dit qu'il l'avait tourné "pour les impôts".
**** mais du Pion (1978) aussi, auquel bizarrement on croit encore
sans l'avoir vu... Henry Guybet's touch ?
3 commentaires:
Foutre dieu, un autre pan de la cinématographie eighties que j'avais oublié... bien enfoui!
Maccionne est un type sans talent apparent, mais je serais curieux d'aller draguer le fond, le tréfonds de sa filmo. Voilà, un article qui éveille en moi l'impérieuse envie de revoir ces petites merdouilles et de décrotter tout cela. Doit bien y avoir quelques saveurs cachées.
Surtout, en lisant le nom de Christian Gion, j'ai été très étonné de le voir associé à Maccione. J'avais le délicat souvenir du Pion : je n'ai pas d'autre excuse que le trouble incroyablement violent que provoque en moi la voix trainante et le regard de chienne de la si si si sensuelle Maureen Kerwin, peut-être le jeu bizarrement épuré de l'autre gros pif également. Pour une fois que Guybet la propose sans rire gras...
Et puis en furetant sur imdb qu'est-ce que je vois-je? Un autre film dans la même veine je-suis-un-pauvre-gars-plein-de-tendresse-et-de-sensibilité-et-à-courir-après-la-belle-je-finis-par-la-croquer-parce-que-je-le-vaux-bien : Le provincial! La belle et la bête, version rose-bonbon ou pas, est un mythe dans lequel Maccione n'a pas sa place. Je n'ai pas vu ce P&M, mais j'imagine qu'on est loin de ces bluettes? Alors y aurait-il un Dr Jekyll et un Mr Hyde en Christian Gion?
"franc-Maccione", j'aime beaucoup l'expression...
En te lisant, je suis effaré de constater que je connais mieux la filmographie de Christian Gion dont j'ai au moins vu quatre films (dont deux au cinéma) que, au hasard Michael Mann ou Antonioni. Il y a dans mes souvenirs d'adolescent berrichon des choses à sauver dans Le Pion. Guère dans Les diplômés et dieu sait pourtant que j'aime Marie Laforêt mais Bruel est au dessus de mes forces.
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