
On ne pourra s'empêcher de voir parmi les lauréats du Prix Jean Vigo quelques authentiques, héritiers de Zéro de Conduite. Le Pialat de L'Enfance Nue bien entendu, mais sans doute plus encore et malgré le lustre « familial » que le temps lui a fait prendre et le genre codifié (la comédie d'enfants) dans lequel le film s'ébat, cette Guerre des Boutons. Il suffit de son ouverture sur la question cruciale: qu'est-ce qu'une couille molle ? et des moyens pour parvenir à savoir si, oui ou non, il y a là crime de lèse-majesté à se faire ainsi appeler par les gars de Longeverne, pour que le ton soit donné.
Ton délicieux et effectivement Vigo-esque dans sa force de rébellion (Lebrac est un vibrant insurgé qui n'aurait pas départi dans la bande de Caussard, Colin, Tabard et Bruel) et qui ira jusqu'à embarrasser les distributeurs français (qui, s'ils auraient su (le box office, finalement) seraient peut-être venus ?) au point que c'est, après que Robert ait (déjà !) produit son film himself, avec les capitaux de l'américaine Warner que le film est diffusé.
Aujourd'hui intacte dans son intensité, sa drôlerie, son humanité (Trabaud et Richard apportent une discrète finesse à la caricature des adultes) et sa douce révolution, cette Guerre nous fait amèrement pleurer d'être orphelin d'un cinéaste comme Yves Robert et d'être livré en lieu et place aux mains décorativement télévisuelles des Barratier, Tirard et autres Zilbermann...
Yves Robert (1962)
6 commentaires:
le roman aussi est très bon, satire du militarisme à travers la guerre picrocholine des gamins - ce qui n' pas empêché l'auteur de mourir au front. le film joue un peu moins de cette veine, mais reste assez épique dans les épisodes de la guerre... (la cavalerie !!)
- c'est mon premier commentaire, mais pas le premier article intéressant !
Vous n'aviez pas besoin de dire du bien d'Yves Robert pour être mon ami mais cela n'enlève rien non plus.
Je ne saurais qu'être d'accord avec vous, mon cher Mariaque. Vous savez à quel point je porte haut dans mon estime Monsieur Yves Robert, que ce soit pour ses films ou pour ses qualités de comédien.
Comme vous le dites, nous sommes orphelin !
Une question peu respectueuse ?
Y a-t-il un produit culturel signé Yves Robert peu digne ou très peu qualitatif ?
EiffelNord
Je condescends à en trouver pour ma part (sur la foi de lointains souvenirs toutefois): Le Jumeau, le diptyque Pagnolesque, Le Bal des Casse-Pieds, Montparnasse-Pondichéry,... la fin de carrière quoi (84-93, une décennie qui n'était décidément pas la sienne !).
Mais le débat reste ouvert !
Le bal des casse-pieds, un casting de rêve pour un film à sketch fatigant et pour tout dire, sans intérêt. Mais avec Le château de ma mère et la Gloire de mon père, on est au delà des sensations que procure habituellement le cinéma. C'est doux et chaud comme un bain de liquide amniotique.
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