11 décembre 2010

Le Secret de la Pyramide


Mécanique d'entertainment made in Amblin de haute précision typique du tandem Columbus-Spielberg (responsable aussi de Gremlins et des Goonies) cette production fait largement montre d'une efficacité confondante (voire inhumaine: pas un objet, pas une "info" filmée qui ne serve avant la fin du film ou nourrisse la légende - accessoire, vestimentaire - !) et propose une relecture didactico-ludique (pas un dialogue qui ne fasse sens ou clin d'oeil: la genèse de la réthorique Holmesienne est en effet rigoureusement énumérée) qui bluffera les plus tendres. Mais une relecture oui (un affadissement diront les plus tristes).

Empruntant (leur imagerie plus que leur sève) autant au Tintin des Cigares, au Disney de Merlin, qu'à l'Indy du Temple of Doom plus qu'à Conan Doyle même (la froideur et le spectaculaire de la capacité déductive du héros sont bien évidemment là, mais son cynisme, sa noirceur narcotique (et le mojo ?) sont bien évidemment évacués), le film préfigure (c'en est même positivement troublant !), en outre et surtout, la naissance du serpent à quat'zyeux d'Harry Potter.
Même contexte (la magie et le bestiaire héroic-fantaisiste en moins): école-manoir passablement victorien, trio d'enquêteurs 2 gars-1 fille (mais pas de possibilité !) + un concurrent blondinet et mauvais esprit, des cours chimico-farfelus dont on tire les bénéfices aussitôt, des challenges, des trophées, des machines loufoques, des profs maléfiques, des suspects et des fausses routes "fantastiques", ...et le look, le Look !? Le jeune Watson est absolument identique à l'orphelin binoclard de Poudlard !

S'il nous fallait énumérer les clues comme Sherlock, nous dirions que des effets spéciaux HarryHausenien très plaisants lors du premier tiers sont à porter au crédit de l'entreprise tandis qu'une excessive longueur et une fadeur (voire pire !) du jeune casting serait à griffonner dans la colonne des ratages. Nous ajouterions, sentencieux et épatant le profane comme le détective en herbe, que l'intrigue vaut ce qu'elle vaut (d'abord follement emballante puis bientôt diluée) mais que la reconstitution, encore à l'ère du carton et du décor peint à la main, a un indéniable charme: victorien, sinon rien !
Symptomatique d'une manière (que le cinéphile hardcore conchie mais qui fut un marchepied pour d'autres !) autant qu'historique... et visionnaire donc, nous conclurions que le film se montre toutefois prisonnier du maudit et réducteur travers dit "du livre d'images" (et d'imageries). Essentiellement décoratif en effet, le titre (qui, trahissant l'esprit Doylien, corrompt aussi bientôt la lettre) pèche par une réalisation efficiente mais finalement studieuse et une personnalité par trop bridée (ah, Barry Levinson n'est pas Joe Dante !).
Magnanime dans notre analyse, nous ne saurons en revanche lui reprocher sa dimension "birth of a legend" qui a tant cours dans l'adapation filmique de nos jours (Batman Begins et consorts), s'ébattant encore parmi les balbutiements du procédé...
Toutefois, entre les honorables (mais aussi "appliquées") versions Rathbone et la récente relecture Guyritchiesque, cette familiale cheville dans l'Holmeserie cinématographique, pour plaisante qu'elle soit, n'est jamais aussi drôle et grisante que certaines parodies (Le Frère le Plus Futé de Sherlock Holmes, de Gene Wilder) et ne jouit, en définitive, de plus de charme qu'elle n'a foncièrement de charisme. Pour cette dernière et précieuse valeur, se reporter bien sûr à Billy Wilder.
Barry Levinson (1985)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je n'ai jamais accroché à ce film pourtant régulièrement évoquée par les trentenaires cinéphiles et pop-corn movies re-eaters.

Toutefois, j'étais déjà tenté de le revoir pour l'analyser (notamment son scenario et ses influences - merci d'ailleurs d'en avoir listées), cette chronique précipite encore plus ce désir.

Malgré quelques films et téléfilms (et animes) de qualité, je n'ai que rarement été convaincu par les adaptations de Sherlock Holmes... pourtant l'un des héros les plus actifs/récurrents des grands et petits écrans.

EiffelNord

Tepepa a dit…

Ne pas oublier de fastforwarder jusqu'après le générique pour une ultime citation...