20 décembre 2010

L'Île au Trésor

Ce n'est pas uniquement par pur amour du texte (chefdoeuvresque et inépuisable) de Stevenson que Disney entreprit, pour sa première contribution 100% humaine (et d'ailleurs 100% mâles: pas un jupon à l'horizon !), de mettre en images L'Ile au Trésor. Les raisons en sont mâtinées de considérations plus triviales - quand bien même fussent-elles légitimes*.
En effet, les bénéfices engrangés par toutes ses précédentes productions (courtes et longues) en Angleterre ayant été gelées lors de la WW2, il ne pouvait les récupérer qu'en employant des ressortissants britanniques. Aussi Walt monta-t-il un studio en Albion (décidément perfide jusque dans son économie protectionniste !) afin de reprendre son dû. Qu'il investit donc dans le tournage "local" de cette on-ne-saurait-plus-anglaise Treasure Island.
Bien que le film fut une première "technique" pour lui, Walt ne s'investit guère dans l'affaire mais mis un point d'honneur à voir son "spirit son" de Bobby Driscoll** dans les frusques de Jim Hawkins et trouva en Robert Newton un Long John Silver dont l'acteur ne pourra bientôt plus se défaire (il enchaînera les rôles de pirates, chez Walsh et ailleurs, et finira *** à rouler des yeux et pousser son inimitable rire à tout va dans de flibustières séries téloche).
L'adaptation du texte offre moins qu'à l'accoutumée la prise du mielleux et de l'affadissement que les contempteurs du producteur à fines moustaches et se pose même parmi les titres les plus brutaux et les plus homicides de la Maison Mickey (son passage en télé puis sa re-sortie en 75 se feront d'ailleurs avec des coupes parmi les plans les plus "sanglants").
En outre, le scénario n'évacue à aucun moment le mauvais esprit, l'immoralisme de la plume de Stevenson.
Très efficace dans sa mise en place, au risque même d'amoindrir la mythologie inaugurale (le trio Billy Bones-Chien Noir-Pew), et habile à installer ses ambiances (le film offre une belle gamme de mate paintings**** en guise de décors, le titre est plaisant en tous points et embarque le spectateur à bord de La Hispaniola sans grande difficulté. Souvent académique dans sa forme enfin, il s'offre toutefois, ici et là, quelques mouvements, quelques jolis points de vue, qui hissent le film à une hauteur que ne saurait refuser un pavillon noir.
Byron Haskin (1950)

* les finances Disney étaient alors au plus mal,
les films en cours (Cendrillon, Alice au pays des Merveilles et Peter Pan)
traînant au développement et ne pouvant renflouer les caisses.

** le gamin idéal selon Disney tournera à plusieurs reprises
pour oncle Walt et prêtera sa voix à Peter Pan.
Il ne demeurera pas longtemps, ô savoureuse ironie !, idéal toutefois,
puisqu'il devra mourir en 68, à 31 ans, seul, oublié,...
et toxico au dernier degré...

*** enfin, pas pour longtemps, l'acteur crisecardiaquant en 56...

**** fruits du travail de Peter Ellenshaw qui avait déjà fait des merveilles
dans Le Voleur de Bagdad et Le Narcisse Noir de Micahel Powell...
et qui en offrira d'autres à Disney lors de 20.000 Lieues sous les Mers .

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