11 avril 2012

Rocky IV

Si sans doute Rocky IV apparaît, avec Rambo II sorti la même année, l'étendard cinématographique de l'Amérique Reaganienne (cette affiche !), il est permis aux moins myopes cependant - et, partant, de démonter la simpliste vision européenne - de ne pas prendre hâtivement la chose, forts de notre poutre condescendante bien fichée là dans l'oeil, pour évidente telle.
Si on agréera cependant au fait que le film semble convoquer de manière un peu sommaire (et bientôt anachronique) les deux blocs est-ouest pour une opposition dont les USA devront triompher (mais la victoire sera l'occasion d'un discours certes naïf et facile mais tout de même plus oeucuménique que chez John Milius ou chez Golan/Globus !), il faudra également concéder que, tour à tour, les deux camps en prennent finalement pour leur grade.
Ainsi, le spectaculaire vegasien au goût plus que douteux apparaît comme un sommet du ridicule triomphalisme à l'américaine et ne saurait être perçu pour autre chose qu'une critique de l'arrogance star spangled. En réponse, la rigueur affectée et étatique* du combat en Russie moque aussi (plus discrètement d'ailleurs) une manière de faire guère plus enviable.
A l'inverse l'outrance technologique, toute en gadgets ridicules et batteries de machines, est dans le camp Drago le russe (à l'image de la conquête spatiale du même bloc ?), tandis que Balboa l'américain en revient à des entraînements sommaires, archaïques, essentiels** (toutefois c'est bien Rocky qui offre à son beau-frère un robot androïde (ridiculissime) pour lui servir sa bière...)
Chaque point, chaque pique semble ainsi contrebalancée et trouver une espèce d'équilibre philosophique en ce qui concerne le prudent fond et les contextes en présence.
La forme (ou la dramaturgie "particulière") est évidemment plus manipulatrice (Drago, monstre inhumain, faisant sa fête aux moustaches d'Appolo Creed, attire toutes les haines sur lui) et se montre même volontiers complaisante à force de provoquer l'abrutissement.
Car en effet, plus que la Reagannerie ambiante, c'est bien de la MTVerie d'époque dont Rocky IV se fait l'épuisant chantre.
Né en pleine ère du clip, de la profusion d'images et de chansons, le film de Stallone est ainsi une débauche de plans (764/90 minutes contre 272/120 mns dans le premier opus). Tout est en combats surdécoupés et portraits de personnages ou de moments (les entraînements respectifs) sous la forme simpliste de video-clip (appuyée par une chanson dont le texte est en phase avec l'action) alimentant principalement l'inflation. La musique (infecte) du film est évidemment au diapason du pénible procédé et préfigure les films "d'action" aux BO toutes en Top 50 (Retour vers le Futur, Top Gun, L'Arme Fatale) mais n'est pas le seul symptôme de l'époque: télévision et spectacle du sport sont aussi d'authentiques symptômes des années 80 dans ces clichés de représentation (dont on resouffre volontiers ces dernières années...).
A ces titres, parfois douloureux, Rocky IV a valeur d'Histoire et s'avère fort en outre bien et sincèrement mis.
Et vaut bien plus que les clichés balourds et condescendants dont il est régulièrement l'objet depuis janvier 1986***.


* on remarquera d'ailleurs que, aussi improbable et peu réaliste que cela apparaisse,
le champion russe est porté par toute une machine d'État
alors que Rocky Balboa évolue absolument seul,
sans l'ombre d'une diplomatie américaine le guidant ou l'orientant ?!
Plus vastement on verra dans le film l'usage des codes américains
par ses seuls ressortissants (stupides électeurs ?),
à l'image du gros con de Paulie, mais jamais par les détenteurs du pouvoir.
Prudence de production ou désengaement des Pouvoirs ?


** il faudra là préciser que c'est en recherchant l'anonymat
et la reprise avec ses valeurs primaires en terre soviétique
que Rocky parvient à redevenir le champion que l'Amérique superficielle
ne lui permettrait pas de retrouver, trop prompte à se satisfaire de show,
de légende, de paillettes... d'ombre plutôt que de proie.


*** sans doute ne serons-nous pas aussi magnanime avec le foireux Rambo II !

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Rocky IV, 1986 - Sylvester Stallone, canonné par Mariaque.

2 commentaires:

Tepepa a dit…

Il vaut mieux que tous ces clichés balourds dites-vous, mais finalement le seul vrai crédit que vous apportez au film est d'avoir valeur d'Histoire.
Alors?

Mariaque a dit…

Je crois lui accorder un équilibre est/ouest qu'on ne lui accorde aussi rarement qu'hâtivement aussi, aveuglé par la triomphaliste bannière dont se drape notre étalon favori.