30 janvier 2010

Dune

Sur la une de son numéro de février d'il y a 25 ans, Starfix titrait: "85: L'Année des Tarés". Sans doute que des titres comme Razorback ou Brazil (peut-être les Forêt d'Emeraude, Griffes de la Nuit, Phenomena, Lifeforce, Rambo 2, Retour des Morts-Vivants ou Vers le Futur et Terminator aussi, mais nous verrons cela plus tard, voulez-vous ?) motivaient une telle affirmation. Nul doute que le Dune de Lynch et de Laurentiis pouvait rejoindre l'escouade de certains de ces projets un peu frappadingues – depuis le film a fait couler beaucoup d'encre et de larmes (de sang pour Paul Atréides mais c'est parce qu'il a bu l'Eau de la Vie, de rage pour Lynch, et de déception pour le plus grand nombre).

On a ainsi tout entendu à propos de Dune.
Ratage, grand film malade, trahison... la réputation nauséabonde du titre a décidément la peau dure et traverse les âges aussi aisément que voyage La Guilde Spatiale en repliant l'espace grâce au gaz orange de l'Epice (pas une paille, ça !).
Projet voué au mur dans lequel il ira justement tout droit, préalablement entrepris par David Lean puis Alejandro Jodorowsky*, il échut, par l'intermédiaire du nabab italoche de Dino de Laurentiis, au réalisateur d'Eraserhead et d'Elephant Man (qui venait de refuser de tourner Le Retour du Jedi !), alors qu'il n'était pas même, ce qui est un foutu bon point, fan du brouet messianique de Frank Herbert (qu'il n'avait alors pas lu).
On sait que, comme pour un casting de La Nouvelle Star, on retient des gens pour leur univers et leur particularisme et qu'on s'applique à les gommer chaque jour un peu plus, à leur couper les ailes, on sait donc oui que Lynch n'aura jamais vraiment les coudées souhaitées (il part sur un film de 5 heures, qui ne fera finalement que 2h15 (1h50 en version « producteur ») et qu'il ne parviendra jamais à proposer sa vision réelle de la saga. Mais, plus que tout surtout, on s'interroge sur la volonté du barré David à s'embarquer dans une oeuvre aussi boursouflément ambitieuse, aux enjeux aussi pénibles et à la narration aussi rébarbative (il attaque d'ailleurs son film par un bon tunnel narratif, jargonneux et pompier du pire effet). La mystique lynchienne nous semble en effet plus nébuleuse, plus freaky (plus subtile ? flippante ? transgressive ?) que le bestiaire balourd proposé là (il s'en sort toutefois fort bien avec le Baron Vladimir Harkonnen, apportant plus encore en répugnant au personnage original (Kenneth McMillan, décadentissime !)) et la parabole ramenarde et emphatique que constitue le matériau originel.

Mais puisque le mal est fait (et deux fois fait !), qu'en dire ?
Rien de plus que tout ce qui a été dit sans doute (confusion générale, emphase et densité épuisantes, carence d'univers (seul le design semble avoir cours), effets spéciaux foireux, piètre gestion (et construction) des personnages (tels les pétards mouillés que sont les neveux Harkonnen)...), si ce n'est que le film tient, par une incompréhensible alchimie/énergie, à peu près debout jusqu'au départ de la smala Atréides sur Arrakis (soit une petite heure trente) et qu'on a toujours plaisir à retrouver Paul Smith ou Brad Dourif, fussent-ils rouquinisés ou hypertrophiés des sourcils, dans des troisièmes couteaux qu'ils aiguisent avec toujours autant de charisme (Smith n'a pourtant à peu près qu'une expression par décade !) - on notera en outre que, décidément, la jeune Sean Young avait alors le vent SF bien en poupe !

Lynch ne veut plus entendre parler de Dune pas plus que les exégètes du môssieur plébiscitant pour la décennie 00's son Mulholland Drive... et pourtant je commence à croire que c'est décidément dans leurs « ratages », leur(s) moindre(s) mesure(s), leurs grands films malades (hein, Trutruffe ?), que les grands auteurs se montrent le plus intensément peut-être, de manière émouvante, vulnérable. Plus que dans leurs évidentes et intouchables masterpieces en tous cas.
Tiens ! Qui pour vérifier le soupçon avec Ladykillers, Celebrity ou La Relève ?
Moi je prends Hook, ok ?
David Lynch (1984)
* une aventure de pré-production prodigieuse et édifiante,
qu'on peut retrouver dans le n°107 du magazine Metal Hurlant,
et résumée ici en « prélude ».

Sinon, voir ici, chez Forgotten Silver.


28 janvier 2010

Star Trek III, A la Recherche de Spock

Quand bien même partageais-je longtemps avec l'équipage de l'Enterprise une panoplie quasi commune - celle-ci m'étant maternellement imposée pour les après-midis d'EPS et ce contre toutes mes admonestations - je ne saurais prétendre être un familier de l'univers trekkie. Un épisode vu ici et là, quelques concepts assimilés (la téléportation, le journal de bord, les prises vulcaines) ainsi que la vague distribution des rôles en tête, je ne saurais par exemple pas, comme Sheldon Cooper et ses amis, jouer au boggle klingon. Et autant dire qu'à entrer dans la filmo du phénomène par la troisième porte, je ne mettais pas davantage de chances de communion de mon côté.
Peu affranchi de l'intensité des rapports des personnages entre eux (Kirk a-t-il été ou non sodomisé par Spock ? Monsieur Sulu est-il le père de Han Solo ?), guère familier du degré de rouerie des Klingons et de celui de goguenardise des Vulcains (de vrais farceurs, ceux-là !) mais, pis dans la légèreté de ma démarche, ayant à l'esprit que même les fans les plus ultimes de la série considèrent les films comme de piètres choses (à l'exception du second opus, Wrath of Khan, qui seul tiendrait la route), mon approche pourrait paraître pour le moins scandaleusement incomplète. Nous détournerons donc, salopiauds, l'attention du peu de professionnalisme de notre posture pour éclairer outrageusement celle de la production lâchement incriminée.
En souligner le ridicule serait un peu court et assez inexact. En dénoncer le prodigieux ennui nous semblera en revanche d'une bienveillante honnêteté. Car si l'épisode suit et complète directement le précédent (WoK donc), s'il offre trois moments de choix pour l'amateur (la résurrection de Spock, la (première) destruction de l'Enterprise, et la mort du fils de Kirk), il ne parvient guère à faire palpiter l'aorte du béotien (quand bien même lui vendra-t-on une prétendue réflexion sur le vieillissement et une autre, énième, sur l'impatience-scientifique-mère-de-tous-les-maux) qui s'entiche dés lors paresseusement à traquer les accents goldsmithiens de la partoche de James Horner, à se gargariser de trouver le tout prochain Doc Brown de Retour vers le Futur avec une drôle de prothèse sur la tronche et à se voir pris de réguliers fous rires au son de la VF, nous remémorant la parodie que William Shatner (tenu in french par Sady Papa Poule Rebbot) fit de son propre personnage dans Y'a-t-il Enfin un Pilote dans l'Avion ?, ou de dialogues croquignolets, tel le pertinent « tout ce qui concerne Genesis doit rester tabou ! »...
Leonard Nimoy (1984)

C.H.U.D.

Il n'est pas rare de devoir se contenter, dans le genre fantastique fauché et sans grande facture, d'un décorticage de casting. , si on n'est guère sensible aux solanacées homicides, se réjouira-t-on de trouver un George Clooney tout permanenté, ici, si on se lasse tôt à décliner toutes formules possibles de l'acronyme titresque*, ferons-nous le fiérot à remarquer John Goodman dans un de ses premiers rôles d'avant les Coen (après le cultissime Les Tronches (Revenge of the Nerds), la maigrelette Kim Greist, à la juste veille de figurer au générique de deux masterpieces du cinéma 80's (Brazil** et Manhunter) et d'un moindre (Balance Maman Hors du Train), ou encore les familiers Daniel Stern (vu chez Allen mais surtout aux côtés de Joe Pesci pour enquiquiner le petit Kevin McAllister (dans les Home Plane)) et l'infatiguable John Heard, trogne toujours familière (puisque d'ailleurs lui-même papa du petit McAllister !)...
Si fauchée cette petite série B soit-elle (un petit million de $), elle fut toutefois remboursée dés son premier week-end d'exploitation américaine (en septembre 84, sur 310 écrans), grâce à une promotion vraisemblablement plus percutante que son contenu filmique.
Car loin d'être aussi nerveux ou dérangeant que l'induirait son sujet (et son visuel), C.H.U.D. relève davantage de la petite prod SF tirée par ses effets (scénaristiques et fx) et qui ne tarde pas à négliger (saboter ?) et ses personnages (clichetonneux) et son contexte (alors que la situation est assez laborieusement mis en place (à force de dialogues bien didactifs), la faune des clodos new-yorkais n'est finalement pas du traitée, pas plus que n'est vaiment optimisé la poisserie urbaine comme un Lustig savait faire), obnubilé qu'est le film à vendre son dernier quart d'heure de charge naïvement anti-pollueurs (à ce titre même L'Incroyable Alligator de Lewis Teague parvenait à être, sinon plus subtil, plus malin et vachard) et voyez-comme-ILS-nous-empoisonnent-ces-politiques-nucléaristes !... Tout ceci n'interdit pas certains bons instants (mais pas ceux, assez bornés, avec les créatures (plutôt moyennes)) mais ne justifie pas la (toute) petite réputation de la chose non plus.
Douglas Cheek (1984)

* les deux donnés dans le film sont
"Cannibalistic Humanoid Underground Dweller"
puis "Contamination Hazard Urban Disposa"l,
repris en français comme
"Cannibale Humanoïde Usurpateur Dévastateur"
et "Composés Hyperactifs Ultra Dangereux"...

** qui devait sortir ce même mois de février 1985 en France !

27 janvier 2010

James Bond contre le Dr No

Sans opposer le plus puissant des cupides et mégalomanes sociopathes comme villain (No n’est après tout qu’un adhérent du S.P.E.C.T.R.E. de Blofeld), sans jouir de la meilleur BO (très calypso, la partoche est loin de celle de Barry pour Au Service Secret de sa Majesté !), sans être gavé de punchlines et autres encombrants gadgets (on est à la juste veille de ces débordements), ce premier Bond sur grand écran est cependant un beau morceau de cinoche, élégant et exotique, mignonnement thrilling et correctement immersif.
Jouissant d’une ligne artistique de haute tenue (les décors du brillantissime Ken Adam, entre tropicalisme et expressionnisme-fun industriel (la base de Crab Key possède, au point d'y ressembler curieusement, la même technologie ludique que l’usine de Mon Oncle de Tati!) sont photographiés avec la plus belle conscience), d’un rythme mi-alangui, mi-trépidant (une constante dans la licence), d’un casting à la plastique toute étudiée (ne me contrediront ni la bikinique Ursula ni Joseph le manchot !) et, globalement, d’un goût enviable en bien des domaines, fut-il considéré en son temps comme mauvais (sinon outrageux) par le Vatican et le Kremlin ! C’est précisément cet âge là (Guerre Froide et frais mœurs) qui est savamment distillé au cours de l’heure 45 de cette prime mission filmée, sans jamais sombrer dans les clichés les plus profonds ou susciter de patent ennui (ni n’occasionner les francs ridicules que certains opus postérieurs n’éviteront guère).

Convaincu, en revoyant Dr No « pour la énième fois », que « les vingt premières secondes du film sont les plus importantes du cinéma britannique », Simon Winder est pourtant entré en Bonderie par la petite porte avec le bien médiocre Live and Let Die...
... si vous voulez en savoir un peu plus, c'est par ici !
Terence Young (1962)

26 janvier 2010

West Side Story

A la revoyure et de prime abord, force est de reconnaître que WSS semble diablement corseté par la musique de Bernstein, un peu inhibé par le respect et l'admiration. Toute à son service (et elle le mérite, malgré son seul et (trop ?) puissant mood), la production est à deux doigts de négliger tout ce qui n'est pas morceau de bravoure et renvoie nettement aux plus lapidaires utilités des caractères hâtivement ébauchés (le flic Krupke au racisme affiché, mais aussi certains Jets (la jeune Anybodys, le tendre Baby John) et quelques Sharks (Chino !)). Négligemment, on pourrait tôt, filant le reproche, se figurer qu'elle s'attache essentiellement à enchaîner les tubes (Tonight, Maria, America, I Feel Pretty et j'en passe) et permettre aux chorégraphies (très athlétiques) de Jerome Robbins* de s'épanouir au mieux. Le (remarquable) générique de fin venu (by Saul Bass !!), on serait hâtivement tenté de croire à toute cette regrettable retenue, cette bride trop aveuglée.
Or, reconsidéré à froid, apparaît nettement combien le contexte est toutefois fichtrement installé (autant que le genre le permet sans nuire au spectacle) et à quel point l'ancrage culturel américain se montre on ne peut plus pertinent, lucide (et courageux !): portoricains déçus par le rêve amerloque, gamins désocialisés luttant chimériquement pour un territoire (symbolique US fondamentale), climat délétère (délinquance, pauvreté, violence) et hypocritement considéré par les Pouvoirs Publics (la chanson Gee, Officer Krupke est à ce titre une petite perle sarcastique)... emplissent ces rues de New York (l'Upper West Side, à l'emplacement de l'actuel Lincoln Center) désertées par les adultes et pleines de jeunes gens en colère. Et combien ce climat, pour un spectacle de Broadway, n'est pas rien (ah ! on est loin de Chitty-Chitty Bang Bang !) !
Filmée dans des décors urbains tout à la fois hyper-réalistes et délibérément théâtraux (certaines verticalités occasionnent de superbes contre-plongées et d'autres séquences « on roof » offrent autant de plateaux de choix, au vertige ressenti, à la chute présupposée), la trame s'embarrasse cependant rapidement, et comme chacun sait, d'une tragique et simpliste love story romeo&juliette-like. Mais heureusement, grâce au réalisateur (Wise) qui se permet des audaces formelles et plastiques assez excitantes (gestion des couleurs, isolement des caractères par le biais de flous, ...), elle n'affadit finalement pas (tant) le tableau - la faiblesse de cette partie du film vient assurément du fade casting (les undancing Nathalie Wood et Richard Beymer**, guère à leur aise*** dans les sapes proposées par le livret de Arthur Laurents). Mieux: la violence du quotidien resurgit régulièrement (le quasi-viol d'Anita) et ramène les choses au ras du bitume contemporain et des repères disparus (bien, mal, légitimité, droit) de tous ces jeunes largués.
Car WSS est bien cette comédie musicale du désenchantement, cette chose shiny but anti-glamour (l'énergie dépensée par la musique et les danses prennent acte de cette rupture: ici le no-cheek-to-cheek vaut bien un prochain no future !), ce post-musical affranchi du champagne et de l'évasion (foin de chapeau claque ou de parapluie, on danse avec des couteau en pogne, on chorégraphie l'agression)... et surtout cette piece of cinoche qu'on reçoit comme un long uppercut au menton (et pour un coup de poing, 152 minutes, c'est long !) et duquel on ressort inmanquablement groggy.
Robert Wise (1961)
* viré toutefois en cours de tournage
pour perfectionnisme hystérique et dépensier.

** Elvis Presley aurait été approché pour le rôle
mais c'était sans compter sur son stakhanoviste Colonel !

*** Chakiris ne vaut guère mieux et seules les performances de Rita Moreno (Anita)et surtout Russ Tamblyn (Riff) s'avèrent vraiment notables.

25 janvier 2010

The French

De vieux messieurs avec des noms de fringues (ou l'inverse ?) - certains même qu'on a mousquetairisés. Des copines, Chris et Virginia, qui papotent et trouvent ceci et cela chic – mais l'argentine n'en peut plus de se faire sortir par la première (l'américaine lui plante ainsi cinq finales l'année précédent ce Roland 81 !). Le vieux (déjà !) Nastase qui fait le con, sans cesse (et déjà !), dans les vestiaires (avec son garde du corps), sur les exhibs mais aussi en plein tournoi, au risque d'agacer ses adversaires (le pauvre Teltscher, persuadé qu'on veut le « bousiller »). Noah, victorieux et héroïque face à Vilas dit son admiration pour Borg (« le martien » comme l'appelle Victor Pecci fraîchement éconduit). Mais aussi la colère spectaculaire (déjà !) de McEnroe (qui tente à maintes reprises de faire interrompre un match pour cause de pluie et de nuit tombante, mais Jacques Dorffman ne cède qu'en extreme limite), l'impassibilité princière de l'écrasant mais digne champion suédois (Björn va remporter là son sixième Roland Garros !) ou l'étrange contrôle d'image (enfin pas dentaire ni capillaire !) d'Ivan Lendl (dont ses collègues disent qu'il « a toujours l'air épuisé »), jeune tchèque plaisantant sur les moyens de s'enfuir de sa patrie communiste mais refusant d'être filmé torse nu !?...
... The French est l'occasion d'une fugace radiographie, d'instants volés mais précieux, de champions-enfants rassemblés pour un grand jeu (l'argent n'est évoqué que discrètement, circulant de la plus honteuse et triviale des manières: une confidence fortuite sur le financement lourd de démonstrations faussement bénévoles avec des petits gosses maniant raquette en bois contre champion suédois, ou encore cette joueuse payée en liquide, presque sous le manteau, à un obscur guichet, façon bookmaker taillé pour être braqué par Sterling Hayden !).
Des champions-enfants oui, car en 81, l'heure est, pour part, au renouvellement des effectifs: Noah, Lendl ont 21 ans, McEnroe 22 et le tennis français a de l'acné qui traîne (Leconte et Tulasne attrapent tout juste 18 ans !).
Certes Vilas, Connors et Nastase rééquilibrent la balance, tout comme Borg et Navratilova (25), mais c'est une gamine de 19 ans (la tchèque Mandlikova) qui dame le pion à la dame (Chris Evert, 27 ans), même si la championne américaine aura raison de la tchèque cette année-là sur tous les autres tournois du Grand Chelem.
Point de voix-off, guère de point de vue (entendons là, de didactisme), le film ne fait pas l'apanage de héros modernes, ni d'événements bigger than life... il offre, comme la pornographie d'alors (si ! si!), un projet à « hauteur d'homme », sans performances trop inhibantes* pour le spectateur ni culte peoplesque trop appuyé (alors que les fans étaient déjà légions et bien mordus), écartant ainsi l'obscénité et le sensationnel tout en montrant ce qu'on cache habituellement: l'ennui, l'attente, l'infantilisation (Borg n'ose pas offrir sa raquette à un ramasseur de balles sans l'autorisation de son coach !!) de ces grands enfants qu'étaient encore (avec ses fayots en survêt' et ses brats en Tachinni!) alors les grands champions.
William Klein (1982)

* y compris en termes d'organisation, d'un amateursime effarant !




21 janvier 2010

AndNowForSomethingNotCompletelyDifferent

Le débit filmique peine ces dernières semaines par chez nous, mais nous avions une excuse de taille:
impossible de lâcher, tour à tour, trois volumes enquillés à la suite et ayant fort à voir les uns avec les autres.
Rigoureusement passionnants et indiscutablement indispensables, nous vous les recommandons donc !

(avant de nous replonger dans le Honni Soit Qui Malibu de Philippe Garnier, autrefois vanté par un ami à goût sûr mais auquel, vil fripon que nous sommes parfois, nous ne donnions alors pas suite... L'affaire est bientôt réparée, mon Sonic !)

Hurlements

La légende, Fordienne ou pas, dit que Roger Corman répétait à qui voulait l'entendre l'adage suivant: quiconque réalise plus de deux films pour moi (la New World Pictures) est un foutu mauvais réalisateur !
Après Hollywood Bd et Piranhas, Joe Dante se voit tiré d'affaire puisque c'est Avco Embassy qui lui soumet le script de The Howling.
Sous des dehors un peu passéistes (le loup-garou n'ayant plus vraiment la côte*), le fougueux cinéphile à binocles veut à la fois offrir un titre rigoureusement post-moderne (presque Le film définitif) autant qu'un hommage respectueux au sous-genre poilu. Pourtant, dés l'amorce du film on constate que Dante semble renoncer à la teneur gothique et paganiste du courant lycanthrope, puisqu'il inscrit d'abord son intrigue dans un milieu terriblement urbain, entre Friedkin et Ferrara, et avance les pions d'une histoire davantage tournée vers le serial killing en Babel des vices (ici LA).
Cette première partie, souvent décriée par les puristes à nez court et un peu myopes de surcroît, est d'ailleurs d'une fort belle tenue (la séquence dans le sex shop est un petit modèle !), diablement immersive, et n'a que le défaut d'occasionner une rupture conséquente avec la seconde partie du film qui s'y emboîte (plus en phase avec son thème) assez curieusement.
Le titre ne s'embarrasse en outre pas de la moindre mythologie et joue la carte « moderne » de son sujet, presque alanmooriene (ou alanballiene, en regard de la série True Blood): les loups-garous sont rassemblés en une colonie** et ne manque pas d'interroger entre eux leur statut, tant social que philosophique, tout en se laissant cependant allègrement aller à leurs pulsions et leurs instincts les plus incisifs.
Les effets spéciaux de Bottin sont de belle facture (John Landis confisquera Rick Baker pour son propre projet à pleine lune) et la photo de John Hora leur rend une honnête justice. Dee Wallace, dans le rôle-titre, est aussi convaincante que le reste du casting (sauf peut-être Patrick MacNee, ventripotent et un peu paresseux) au point que Spielberg la retiendra pour jouer la mère d'Elliott dans ET, et c'est avec plaisir qu'on voit les débuts Dantesques de Robert Picardo ou la tragique mise à mort de Belinda Balaski, autre délicieuse sparring partner du réalisateur, au même titre que l'inévitable et so Cormanien Dick Miller (ici en drolatique libraire ésotérique guère convaincu du bien fondé de son office)...
Influencé par Mario Bava (les éclairages), Val Lewton (de manière plus philosophique que plastique) ou encore de Walt Disney - un jalon inévitable chez Dante (ici la transformation de Lampwick en âne dans Pinocchio devait rester à l'esprit de tous les membres de l'équipe) – et James Whale (les ruptures de ton si fréquentes chez Joe sont souvent expliquées par leur responsable à l'aune de L'Homme Invisible), Hurlements relève sans doute davantage du collage et de la manipulation éclairée (et roublarde ?) de motifs que d'une trame solide et orthodoxe au point d'en presque faire « un film d'un nouveau genre » comme l'évoquait le dessinateur Gahan Wilson. A tout le moins une date dans le Landernau fantastique ? Pour sûr !
Joe Dante (1981)

* Le fugace revival se fera d'ailleurs plus ou moins grâce à The Howling
(Landis et son Londonien mordeur,
ainsi que Larry Cohen et son moqueur Full Moon High
ayant été des projets parallèles ou la roue suçant)...
mettons que l'idée était dans l'air du temps, quoi.


** ils demeurent toutefois à l'écart des hommes ignorants,
qui n'ont pas intégré encore leur « état »



18 janvier 2010

J'Ai Tué Ma Mère

Sujet à part entière, presque Genre à lui seul, le film de « mère » a maintes fois passé sur le gril les relations de cette femme avec son entourage et, en premier lieu, ses enfants, ses filles, ses fils. Qu'on nous en vende le mode d'emploi, qu'on nous en propose le portrait aussi exhaustif qu'ibérique, qu'on nous en tire des comédies familiales pour Disney câblés ou qu'on en aborde l'Oedipe de mille et une façons, difficile de savoir si la soif du public à ce maternel propos s'avère inextinguible, ou si c'est la veine créative qui serait inligaturable.
Petite sensation à la dernière Quinzaine des Réalisateurs, le premier film de Xavier Dolan, loin des post-synchros québécoises du jeune homme pour Twilight ou Harry Potter (encore que !), offre autant une nouvelle poche d'hémoglobine à l'artère concernée -pourtant intarissable- qu'il en propose (innocemment ?) une sorte de synthèse - les antécédents familiaux ne tarderont ainsi pas à pointer le bout de leur nez lorsqu'Hubert, en Doinel du Québec, soutiendra tôt auprès d'une prof que sa mère... « est morte »*.
Car ainsi Hubert ne l'aime pas, sa mère. Ou plutôt si mais non.(...)

Dr Folamour

Dr Strangelove or How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb, 1963.

par Stanley Kubrick.

*****

12 janvier 2010

Stranger Than Paradise

Je ne suis, confessons-le, entré en Jarmusherie qu'avec Down By Law (1986), et encore, avec un certain nombre (3 ? 4 ?) d'années de retard (et, longtemps, ce Stranger Than Paradise et, plus encore, le préalable Permanent Vacation, ne susciterait chez moi qu'un ennui aussi poli que scandaleux). Difficile cependant, à 13 ans et en sortant tout juste, hilare et ravi, d'une séance de SOS Fantômes*, de se précipiter sur cette petite pépite aigre-douce, tout en neige et soleil (et plus encore en glande XXL !), irréfutable profession de foi faussement rythmée du mood du jazzy méchu blanchi. Qu'est STP, assurément.
Il en est toutefois d'autres, des jalons rétrospectivement découverts et dont nous ignorions tout en janvier 85 !
Tenez !, en s'éloignant une minute du champ cinéphile pour se tourner vers la pop, que savions-nous alors d'Echo & the Bunnymen (et de leur Ocean Rain) ? du Hyaena de Siouxsie & the Banshees (pour rester avec les noms à coucher dehors) ? Rien, bien entendu. Et qui étaient donc encore ces Smiths qui avaient sorti leur premier album quelques mois auparavant ? Je ne l'apprendrai que plus tard et les chérirai presque autant que si je les avais découvert dans le plus parfait diapason.
En janvier 85, je ne connaissais effectivement pas non plus ce Jim Jarmusch de 32 ans (pas plus que Lars Von Trier qui sortait son Element of Crime**) mais notre rencontre se ferait bien, quelques années plus tard, autour d'une glace pour laquelle tous nous hurlerions.
Et, depuis lors, rétrospective faite et fidélité acquise nous suivrions le gaillard atmosphérique d'Akron quelques années durant (Coffee & Cigarettes et The Limits of Control ne nous ayant pas mis plus en appétit que cela !)...
Alors quoi ?, vous dire combien ce titre est bon et vous en décrire les tours new-yorkais et les contours floridiens ? Vous évoquer par le menus les errances de road-movie ironiquement neurasthénique ? Vanter la marge so classy de la lose ? Vous vendre que vous y trouverez là la sève des premiers Milos Forman, si c'était Scorsese qui les avaient tournés (ou inversement), et ce même si le présent réalisateur se reconnaît plus volontiers chez les japonais minimalistes ?... Ne comptez pas sur moi. Pas encore aujourd'hui.
Non, si ce n'est déjà fait, organisez la rencontre par vous-mêmes avec ce curieux et fascinant univers pâle, drôle et lent... et succombez alors, comme dirait le Screamin' Jay !, au sort jeté sur vous...
Jim Jarmusch (1984)

* qui me laisse encore ravi et hilare aujourd'hui,
tout en goûtant, des mêmes papilles, le JJ !

pour avoir le menu complet du mois !

11 janvier 2010

I... Comme Icare

Vu I... Comme Icare. Le cinéma industriel du samedi soir s'emparant d'un grand sujet psycho-politique, et avec Montand (qui compose comme un fou, c'est marrant), on dirait du Costa-Gavras. C'est même ce qu'on peut reprocher à Costa. Mais pas à Verneuil. Deux poids, deux mesures, je fais ma crise d'injustice flagrante. Verneuil est un cinéaste industriel ambitieux et épais. Il n'y a pas de honte à ça. William Wyler n'a jamais été grand-chose d'autre. (...) En tous cas Icare est bien ficelé, Verneuil moins épais qu'ailleurs grâce à un scénario de Didier Decoin* (Verneuil sait ce qu'il fait, il a été lui-même un scénariste efficace); et ce coup-ci l'ambition du cinéaste, qui s'interroge sur ce qui fait obéir les gens a quelque chose d'authentique. Parce que c'est vrai que c'est un problème, c'est même le premier de tous. Pourquoi obéissez-vous, tas de gens ?
JP Manchette (26/12/79)

Costa-Gavras certes oui, qu'on y pense mais c'est sans doute un peu orienté aussi par la trogne à l'Ivo Livi, assurément. Car on eût pu nager également en plein Boisset (brassant plus d'pognon qu'à l'accoutumée) ! Et mieux encore: dans les eaux inéditement hybrides mais assurément hypnotiques nées du mélange des bains d'un Pakula traquant l'complot avec ceux d'un Dario Argento courant après la mort violente (même si le solide de l'intrigue évoque peu le Dario des tortueux gialli, le traitement graphique régulier de certaines séquences (voir photos) fait cependant souvent penser à l'italien drôlement frangé !). Cette sensation mutante étant bien sûr accentuée par l'espace irréel de l'intrigue (ce pays à bannière et monnaie so US mais reconstitué à La Défense et à Cergy) et cet air de ne pas y toucher en mettant joyeusement les pieds dedans (la trame reprend bien évidemment l'assassinat Kennedy jusqu'à son tueur de paille LH Oswald (anagrammé ici en Daslow et joué par le bien mauvais Didier Sauvegrain !) et ses Zapruderies (le caméraman amateur étant là campé par Maurice Bénichou).
Le titre, plus américaniste que les américains (Henri est tout de même le bonhomme qui fit atterrir un Boeing où vous savez !) presque mouchés là sur leur terrain, démarre sur les chapeaux de roues, nailbitter en diable (malgré force invraisemblances, nombre de procédés artificiels** et moult didactismes), avant de patiner à mi-chemin (passé le flip en cabine téléphonique du 9ème témoin, on se lasse un brin et l'exposition du tandem DePalma/Lacosta s'avère une trame ratée).
Arrive alors la thématique effroyable et noirissime qui sut séduire notre père Manchette (et nous donc !) sur l'obéissance. Reposant sur les véritables expériences de Stanley Milgram (introduite par cet extrait-ci (attention, il vous faut là un quart d'heure devant vous !) et détaillée là: nous sommes tous, peu ou prou, prêts ou servilement mûrs pour toujours permettre le pire !) elle parvient à jouer tel un remarquable électrochoc (ah ! ah!), à la conscience bigrement désenchantée (elle ne s'en prend plus aux puissants généraux et dirigeants, mais à la plèbe des sans grade, des bons et odieux soldats qui s'ignorent) et nous laissant hagards toute la fin du film.
Suffisamment hébétés en tous cas pour avaler les couleuvres les plus opaques et les plus précipitées (malgré son impact graphique et sonore (la K7 de « Minos lançant Zénith » me faisait presque pisser dans mon froc à 12 ans !) la fin du film est un sommet de fumeux confus à l'occasion duquel le didactique est abandonné au profit du plus théorique complotage, abscons et quasi-surnaturel) jusqu'à un final alors fichtrement en vogue (voir L'Héritier mais surtout Quatre Mouches de Velours Gris*** !!) et souvent efficace: la slow-motion death.
Pan ! Volney, prend ça dans ta gueule...
C'est pas Kevin Costner qui se s'rait fait avoir comme ça !
Henri Verneuil (1979)

* JPM se planta d'abord, l'attribuant
(la faute à Pariscope (point d'imdb alors...) !) à Gilles Perrault.

** l'émission de télé « Un Homme Un Evènement »,
qui serait à rapprocher de celle de L'Aile ou la Cuisse en temps que dernier lieu (le petit écran)
où la vérité peut être établi !?

*** L'extrait est de piètre définition mais le Dvd tarde à être réédité
(un casting rassemblant pourtant Bud Spencer et Jean-Pierre Marielle !!!)!

This Is It

Le projet semblait précipité, il l'est assurément. Et pourtant.
Opportuniste bout-à-bout cachant mal la misère (cinématographique) et peinant même à offrir un making of digne de ce nom pour bonus frelaté sur le dvd de la tournée londonienne du KoP, ce fatras d'images manque, entre autres, cruellement de point de vue (pas de reflexion, pas de montage, pas (une once) d'idée) et ne trouve son morbide sens que parce que le Bambi est fraîchement calanché, fauché barbituriquément en plein élan showistique.
Machin hagiographique (tout le monde s'aplatit et brosse sans cesse les mocassins du chanteur à glittering socks), baigné d'une hypocrisie ahurissante (l'attentionnée star ne fait de reproches qu'avec amour et bénit son monde à tout bout de champ), et auto-exalté jusqu'au ridicule et l'in-a-propos le plus confondant (le réalisateur Kenny Ortega lâchant d'innombrables rock'n'roll (quand ce n'est pas church of rock'n'roll !)), la seule qualité (vraisemblablement accidentelle, fortuite et peut-être même insoupçonnée par ses propres auteurs) de la production, puisque ne proposant en outre rien ni du processus créatif (ces archives ne concernent que la dernière ligne droite des répétitions et n'offrent que de menus réglages) ni de la « pensée » jacksonienne* (qui, toutefois, danse donc est !), résidera en un instantané très lointain et finalement assez curieux, du chanteur comme authentique créature Burtonienne.
En effet, sorte d'Edward au Gants d'Argent (MJ est si maigre que ses mains ont vraiment à voir avec les ciseaux de Depp !), le fils de Joseph est bien cet être définitivement inadapté, perdu dans un autre monde (le Neverland déficitaire valant bien un château gothique déserté par son maître) et ne sachant, embarrassé par son talent atrophié, que tailler des chorégraphies et des hits songs, sans plus de talent social ou relationnel... Autisme extra-terrestre du créateur.
Pas une paille. Mais pas franchement plus non plus.
Kenny Ortega (2009)
* exception faite d'un discours écolo
d'une naïveté toute Bambiesque !