26 février 2010

Le Corniaud

Tiens ? Un autre cave, se rebiffant !
Les bagnoles se poursuivent, une verte, une blanche, une rouge – d'ailleurs on visite l'Italie (notons que les voitures sont au centre de l'histoire sans que la dramaturgie ne condescende toutefois à en solliciter un quelconque (et facile ?) ressort burlesque (destruction comique, poursuites désopilantes, conducteurs improbables, etc.).
Les gags s'enchaînent, un peu paresseux, un peu laborieux (le film est fort peu drôle), façon farniente avec option réac de palier (Maréchal confesse qu'il croyait à tort (?) tous les napolitains malhonnêtes, or celui à qui il a affaire l'est positivement (!)... Pas d'inquiétude ami ritalophobe, les siciliens en prennent aussi pour leur grade !), mais sans la folie d'un Lautner (la dimension mitan est assez piètre).
La grosse idée (la seule ?) du film, c'est bien sur de mettre à l'affiche* les deux marrants là, Fufu (fraîchement embrigadé en Tropezie) et l'Bourvil. Le premier se méfiera longtemps du second**, au cours du tournage, convaincu qu'il lui mangerait la soupe sur la tête – ce que leur taille respective aurait certes permis mais pas la valeur physique des deux acteurs, Louis dévorant littéralement de charisme comique l'André à chaque plan***). L'autre bonne intuition sera de mettre le pognon nécessaire sur la table (Robert Dorfmann qui misait là les éconocroques faites sur une autre recette du même genre (La Cuisine au Beurre)) pour une comédie XXL (on dépassera d'ailleurs sec le budget mais la chose sera hautement rentabilisée, comme on le sait), toute en extérieurs et cinémascope eastmancolor.
Le moins bon sera imputable aux tableaux nonchalamment enchâssés, avec Bourvil en improbable tombeur et un Saroyan diabétique du réservoir, vite ennuyeux et contrastément fades en regard de la force explosive de l'introduction du film (le célèbrissime accident mais aussi la poignée de situations parisiennes (magnifique séquence des pneumatiques dans le bureau de Fufu) en découlant). La Grande Vadrouille resserrera heureusement les boulons - non plus explosifs pour deudeuche mais - scénaristiques (presque trop !) des plats passés au service du tandem méga-bankable.
Gérard Oury (1965)

* fort laide mais sans équivoque dans son tirage français !

** au cours du tournage et lors de la promo,
les images prises par l'ORTF montrent un Fufu souvent mal à l'aise,
voire authentiquement embarrassé, aux côtés de Bourvil,
qui en fait toujours de conséquentes caisses.
Leur légendaire amitié ne naîtra effectivement qu'un peu plus tard,
une fois la compétition gommée.

*** d'Funès réclamera pourtant une scène supplémentaire
(la séquence de la douche) pour équilibrer son temps à l'écran.


Electric Dreams

Cyrano meets 2001. Rien moins que ça.
Pour son prime long métrage (à la veille des « brillants » efforts de Tortues Ninja et de Coneheads (pas vu ce dernier, mais un tout petit espoir cependant, la faute au chéri Dan Aykroyd !)), et bien que demeuré définitivement plus célèbre pour avoir filmé les dalles luminescentes sous les immaculées socquettes de Maïkhol ou le bandeau éponge de Mark Knopfler lors du first méga-hit de la génération aimetivi, Steve Barron, flanqué du bleusaille Richard Branson au tiroir-caisse*, ne faisait pas, en 84, dans la dentelle thématique. Ni formelle à vrai dire (que voilà un film qu'il est hideux, comme dirait un comique motardement décédé et qui ne faisait pas dans les discours des grands soirs).
A cette époque, le compioute-movie s'est déjà montré bankable (le fort fréquentable WarGames de Badham) et la fièvre de l'informatique familiale a progressé comme grippe H1N1 en JT de TF1. Barron surfe donc sur une fantasmatique partagée par le plus grand nombre (un ordinateur/ami, la domotique en un clic (sauf que: pas d'souris, c'est pas un Apple !), un écran tactile et c'est parti pour le bonheur high-tech), grand nombre ne devant se contenter que de minitel (cette petite chose qui devrait dévoiler le visage de notre nouveau président de la République quelques années plus tard !) et de floppy disks 5''1/4 pour leur Commodore 64 (ah ! causez moi The Way of Exploding Fist, Space Harrier ou Green Beret que j'me réabonne à Tilt Magazine !)...
A cette époque, perdurent encore les paranoïas technoïdes (voire cybernétiques), alimentées par Michael Crichton
et donc John Badham (mais aussi Kubrick, re-donc, le plus confidentiel Donald Cammel (Génération Proteus) ou encore l'étonnament égaré là Stanley « Singing in the Rain » Donen, avec Saturn 3) et le bain est à l'informatique démiurgique tendance pouvoir incontrôlable (voir Superman III !).
C'est donc emprunt de tous ces contextes et ambiances, de toute cette époque joystickesque qu'avance
Electric Dreams, petite chose pas trop ramenarde même si vilainement (très vilainement !) mise en images, et jouant sur le mode de la fausse naïveté l'air de la comédie romantique éculée.
Car entre ses minutes aussi truffées d'allusions sexuelles qu'un Hitchcock pleine gaule (Edgar « l'ordinateur vivant » naît d'une éjaculation de champagne, rien de moins !), ses moments de vraies interrogations sur les attentes et les capacités souhaitées d'une machine « au service » du foyer (juste émises, hein, pas vraiment poussées !), et ses visions plus ou moins prémonitoires (cellphone, réseau, etc.), le titre de Barron ne s'avère pas aussi concon et inoffensif (encore qu'il ne soit jamais vraiment plus inquiétant que ça, ça reste familial !) qu'une vision distraite (ou au contraire le nez trop collé à l'écran !) le laisse supposer (impression malheureusement soutenue par une BO Morodero-CultureClubesque vieillissant fort mal et un casting un peu faiblard**).
De là, maintenant, à tenir un chef-d'oeuvre, nous ne déconnerons pas non plus***.
Steve Barron (1984)

* tiroir dans lequel il se prit douloureusement les doigts,
le film ayant connu un certain échec.

** fort pourtant de deux acteurs lynchiens,
Madsen ayant joué dans Dune
et Lenny von Dohlen dans Twin Peaks (série et film) !

*** ce que vous confirmera le toujours passionnant
et indéfectiblement hyperbatien JN Lafargue, ici.

25 février 2010

What's Up, Doc ?

Cinéphile ou pas (plus encore que les déjà fort capés Truffaut, Carpenter ou Tarantino, il convient souvent d'admettre que Peter Bogdanovich est LE réalisateur-cinéphile !), il importe, devant un objet hystérico-filmique tel que What's Up, Doc ? de savoir s'il on est (encore) partant, si l'on tiendra le choc, si l'on adhérera, modifiera son centre de gravité, pour accepter un tel rythme, une telle manière (mathématique, priapique, absurde, cartoonesque, screwballissime)...
Car un film qui ferait passer The Party et What's New Pussycat ? (tiens ! quelle familiarité « titresque » !?) pour les deux dernières soirées d'une rétrospective Kiarostami, n'est évidement pas de tout repos et exige un certain nombre d'adaptations afin de ne point hurler, comme d'hâtifs certains, à la « belle merde ». D'évidentes et aisées pistes sont pourtant là pour favoriser l'adhésion, à commencer par le casting (les Brooksiens Kenneth Mars et Madeline Kahn surtout, irrésistibles) mais aussi et surtout une mise en forme catégoriquement excitante (le filmage* et la direction artistique** sont rien moins qu'épatants, et ce dés les toutes premières minutes de l'affaire, à SFO).
Certes, au delà, le débit de Barbra pourrait en assommer plus d'un, à égale échelle de l'autisme de Ryan (qui self-jokera tout de même Love Story !). C'est entendu, les portes qui claquent, les quiproquos sans fin et les poursuites proto-Benny Hill parviendraient à épuiser bien des patiences. Et pourtant. Pourtant la mécanique tourne à plein, qu'on raffole de L'Impossible Mr Bébé ou de Chuck Jones, pour peu qu'on veuille bien voir les rues de San Francisco autrement que par le pare-brise de Steve Macouine et qu'on se remémore les plaisirs enfantins pris aux sommets burlesquement destructeurs des slapsticks (sauf qu'ici, bizarrement, le corps ne soit jamais un franc enjeu)... Ou pas. Car vierge de tout ça, le plaisir est possible, sans bagage quelconque, fut-il à imprimé écossais (!), pour embarquer dans cette course folle, fuyant autant sa grise époque, que courant après une glamourous légèreté ayant déserté un brin les rues américaines, depuis qu'on y flingue, triangulairement ou pas, ses présidents...
Peter Bogdanovich (1972)

NB: et pour les peu convaincus encore, lire ce bien bon papier du critikatant Mathieu Marcheret

* Laszlo Kovacs !!
** ah, la musique d'Artie Butler n'est sans doute pas
au niveau requis par le genre (where are you, Bacharach boy ?)

24 février 2010

Les Griffes de la Nuit

Avec Wes Craven, c'est toujours délicat. Un peu cynique, un peu suffisant, on n'a jamais bien su combien la sincérité du monsieur était réelle, le grigou bramant à qui voulait l'entendre que « lui, le fantastique... bon, ce n'était qu'un moyen de faire du cinoche... à peu de frais... que son ambition était ailleurs » et bichant grave que des cinéphiles bien pensants se penchent sur son oeuvre (Cahiers du Cinéma et consorts).
Difficile donc de savoir à qui on a foncièrement affaire, mais plus franchement déterminable s'avère le talent mis au service de la démarche du réalisateur. Car de sa Bergmanienne Maison sur la Gauche (emprunt de Source évidente) au présent croque-mitainesque Cauchemar de la rue Elm*, force est de reconnaître que le bravache sait tout de même comment s'y prendre. Pour manier le feel bad movie, le sous-texte dénonciateur... et nous remuer avec.

Sans doute Les Griffes de la Nuit n'est-il pas un immense film (encore que). Mais tout y est habilement amené, savamment dosé, manipulant avec soin les notions d'inconscient et de refoulement.
De refoulement oui, car la grande force des Griffes de la Nuit n'est pas tant la logique interne aux rêves homicides (un (attachant) film comme Dreamscape jouait déjà de ce principe: si tu rêves que tu meurs, t'es vraiment mort !), mais bien la notion de responsabilité non assumée (les enfants payant la note des « débordements » de leurs parents) - ce qui ne constitue guère une surprise pour l'auteur post-nam que sut être Wes, et ayant présenté, par le biais de certains de ses premiers films/brûlots, une note à payer pour une Amérique irresponsable et honteusement aveugle**.
L'autre apport historique de la chose est bien sûr le boogeyman Freddy Krueger, lynché en son temps par une populace écumante et paniquée, en mal de self-justice et niant son inconséquence morale. Dernière grande icône boogeymaneuse sans doute à gagner le Panthéon de l'Horreur (seul le Pinhead de Clive Barker parviendra à lui succéder, et encore: plus ou moins...), le griffu en pull rayé et à l'humour vache**, deviendra évidemment une licence dont on dépossédera son auteur (reprise du contrôle avec un goûteux épilogue en 95, mise-en-abimeux, méta- et tout et tout) et qu'on épuisera jusqu'au plus parfait ridicule (une grosse demie-douzaine de films (dont seuls les trois premier valent tripette) + une série télé).

Mais ce premier opus jouit d'une ambiance parfaite, équilibrée, appuyée par des effets visuels confondants, souvent dérangeants (même si la séquence « de la baignoire » est une reprise d'un effet déjà sollicité par Craven dans La Ferme de la Terreur): le téléphone « lingual », les murs déformants, les chambres upside down,... nombre sont les trucs pour le moins impactants.
Les interprétations sont quant à elle assez solides (aussi solide que la BO de Charles Bernstein, honnête pourvoyeur d'alors, de L'Emprise à Cujo en passant par plusieurs Craven), même lorsque les personnages ont peu à défendre (John Saxon en père-flic sans grand enjeu) et il est à ce titre curieux que la jeune Heather Langenkamp n'est point fait carrière depuis (remarquez il en est « presque » autant de la Neve Campbell post-Scream !), en pleine bourre des ados triomphants qu'elle était là. Et alors que Johnny Depp, bigrement si.

Avec Wes Craven, c'est toujours délicat. Sauf que lorsqu'il fait du bon boulot (et ça commence à dater !), c'est du tout bon.
Wes Craven (1984)

NB: et comme tous ces grands hits 70-80 (son Hills Have Eyes et son Last House on the Left ayant déjà été relus), un remake se profile à l'horizon. Gageons qu'il jouisse de l'honorable niveau des hommages du grand Rob Zombie (again: Halloween, Vendredi 13)

* nom de la rue dans laquelle JF tâcha irrémédiablement et le tailleur de Jackie K
et l'imaginaire américain (ah ! cet indécrottable roublard de Wes !).

** Le Sous-Sol de La Peur participe à ce même courant
(manière politisée pas si éloignée de Carpenter, quand on y songe !),
même si le mood est plus cartoonesque
(son titre original est d'ailleurs plus explicite que la traduction foireusement myope
des distributeurs français: The People Under the Stairs)

*** apparenté hâtivement au genre slasher (Halloween, Vendredi 13)
pour son implacable application à dessouder le plus imaginativement possible
des teenagers en pleines sollicitations hormonales (et à sa nature indestructible,
ici plus légitime qu'ailleurs !), est doué de parole.
Mieux, il glose, il vanne, il punchline sec, dans un souci de perversion toujours accru.

23 février 2010

The Midnight Meat Train

Ce mardi soir, les Mardis Fantastiques d'Angoulême proposait une soirée « Tueurs Stars », rassemblant L'Etrangleur de Boston et The Midnight Meat Train, clôturée par un débat sans doute houleux. Tout au moins l'aurait-il été, si nous avions pu nous y rendre, tant le second des deux films, outre son peu de nette légitimité avec le thème (certes y trouverons-nous un tueur mais le serial killing n'y est pas vraiment le propos, autrement que par sa graphie et la fascination qu'il peut susciter, et nombre de récent slashers ou de survivals revivalés auraient tout aussi bien pu faire l'affaire (pourquoi pas un Rob Zombie ?!)), nous est apparu un échec des plus pénibles.
Tardivement adapté d'une nouvelle « de jeunesse » de Clive Barker (celle là même qui ouvrait le premier volume de son Livre de Sang, best seller d'éditions Club, alors que seule la seconde, Jack et le Cacophone nous a longtemps semblée plus digne d'intérêt), The Midnight Meat Train ne s 'éloigne pas trop des marottes de l'auteur anglais: homo-érotisme, monde parallèle façon Lovecraft débarrassé de mythologie grotesque mais repeint au SM putride, à l'humoir noir (et macabre) et à l'urbanisme exacerbé (option légendes des cités)... d'Hellraiser à Candyman en passant par Cabal, la formule ne diffère jamais spectaculairement.
Ce qui ne diffère pas non plus c'est le régulier échec des mises en formes cinématographiques des lignes torturées de Barker, fussent-elles de son fait ou d'autres réalisateurs (images choc, à l'iconographie indéniable, mais laborieux de la dramatisation). Car c'est bien un (incommensurable) problème de réalisation qui plombe le présent MMT ! Projet passé de mains à d'autres (le douteux Ryuhei Kitamura (Azumi, Versus, Godzilla Final Wars) reprend la pré-prod menée par Robert Tatopoulos (chef décorateur sur Dark City et réalisateur d'Underworld 3)), le film semble être une lutte perpétuelle entre le scénariste (Jeff Buhler) et le réalisateur, chacun défendant son pré carré, au risque de compliquer la tâche de l'autre. Quand l'un prend le parti d'adapter la nouvelle en la replaçant dans un contexte BlowUpo-de Palmesque, l'autre tient à amortir ses commandes de 3D (d'une laideur incomparable, qu'il s'agisse des tunnels du métro ou des effets sanglants), quand le second prend le parti de cartooniser, à force d'outrance dans les meurtres, sa façon, l'autre tente de suivre les grands thèmes de l'auteur originel (insistance sur la fascination, l'homo-érotisme, par le biais d'une métaphore végétarien/carnassier assez plaisante),...
Mais les deux gaillards se rejoignent lorsqu'il s'agit d'user des plus grosses ficelles pour mettre KO le spectateur: punchlines balourdes d'un côté (bien qu'on ait souri à la vanne Forrest Gump) et pénible virtuosité, gratuitement envahissante (aronofskite aiguë pour vainement stigmatiser le fourmillement métropolitain) de l'autre.
Si on conçoit en outre assez bien la dimension « conte fantastique » de l'affaire (nous avons su nous adapter à ce que nous voyions !), fort d'un imaginaire, d'un rythme, d'une iconographie précises (et induisant la négligence résignée de certains autres paramètres), on déplorera toutefois son peu d'installation dans une réalité sociale (l'abattoir n'est qu'un motif, la « mission artistique » confiée par Brooke Shileds qu'une amorce cynique), topographique (ce monde « d'en dessous » n'est vraiment qu'illustratif, on ne ressent ni vibration, ni histoire, ni symbolisme... pas plus que la caméra ne parvient à user vraiment des ressources fantasmatiques des lieux*) et la pauvreté de sa mécanique narrative, qui ne s'appuie pas sur grand chose sinon des poncifs exsangues (c'est bien le cas de le dire), des personnages ni faits ni à faire (la fiancée !!!), des paranoïas opportunistes (la théorie du complot, d'une parfaite stérilité ici) et des invraisemblances qu'on ne nous vendra fallacieusement qu'à grands et complaisants renforts mensongers d' « allégorie cauchemardesque ».
Véritable déception, à l'épilogue forcé, aux effets anxiogènes désamorcés par une mise en forme flirtant régulièrement avec le ridicule le plus accompli, Midnight Meat Train ne nous donne qu'une envie: relire Barker dans la lettre (même si la nouvelle est beaucoup plus expéditive) et de se repasser Creep. Le Christopher Smith (plus flippant dans notre vague souvenir), pas le Radiohead.
Ryuhei Kitamura (2009)

* ce que même le Subway de Luc Besson parvient à faire
(ou CHUD, plus lapidairement) !


22 février 2010

Bliss (Whip It)

Sonic Eric, coeur de cible évident, s'est vu, par nos paresseux soins, confier la note sur Whip It. Quel bien nous a pris !: le gaillard a trouvé les mots sur lesquels nous ne parvenions à mettre la plume ! Décidément, l'Sonic... un mec à fréquenter !

Tough girls don’t cry
Pour son premier passage (ou presque) derrière la caméra, Drew Barrymore l’a joué plutôt profil bas. D’habitude, les actrices (acteurs) qui se découvrent directors sur le tard multiplient les idiosyncrasies. Leurs films font assaut d’originalité, de personnalité mais souvent le public, désarçonné par des histoires tordues ou des cadrages alambiqués (qu’on songe, et nous nous en tiendrons à un seul exemple, au Rat Boy de Sondra Locke), fait la fine bouche. On leur en veut de ne pas faire des films à l’image de ceux qui assurèrent leur succès.
Avec Whip it, l’ex-Gertie d’ET a choisi de ne pas boxer dans cette catégorie et le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas multiplié les prises de risque. Beaucoup des ingrédients visibles dans nombre de succès récents sont ici à l’oeuvre. On retrouve les beauty pageants comme dans Drop Dead Gorgeous ou Little Miss Sunshine, la réévaluation de sports improbables qui faisait tout le sel de Dodgeball (ici, une course de rollers sur un anneau aux règles assez byzantines) et puis bien sûr aussi Ellen Page, qui semble taillée pour transformer les films à petits budgets en champions du box office (Juno rapporta 230 millions de $ alors qu’il en avait coûté 6).
Pas une once d’originalité, ni dans la réalisation (à ne surtout pas voir juste après A Serious Man !), ni dans les thèmes (le coming of age, la revanche des underdogs, le conflit de générations) ni surtout dans la musique (lorsque Pash et Bliss font une virée en Chevrolet, Sheena is a Punk Rocker passe à la radio et on n’échappe pas à No Surprises lors de l’échange rituel de tee-shirts entre Bliss et son boyfriend).
Mais voilà, ce petit film passe-partout (sauf à la Rochelle ?!), on s’y attache, on lui trouve même des qualités que les films précités ne possèdent pas tous au même niveau.
D’abord, Drew Barrymore évite le jeu de massacre si facile sur les beaufs U.S White Trash. Le père de Bliss sirote sa Bud en regardant le Super Ball, multiplie les allusions grivoises mais c’est au bout du compte un chic type (magnifique Daniel Stern), la mère a du mal à accepter que sa fille troque la couronne de Miss Bodeen pour le roller mais elle fait contre mauvaise fortune bon cœur et les copines de l’équipe ont de l’esprit à défaut d’éducation. Le trait n’est jamais forcé et Ellen Page (qui parfois horripilait par sa volubilité dans Juno) est ici à l’unisson de sa réalisatrice, sobre et touchante. Moins freaky que Dawn Wiener Dans Welcome to the Doll House, elle réussit de manière tout à fait crédible la métamorphose de la chenille binoclarde Bliss Cavendar en papillon à patins Babe Ruthless championne de roller. Même la bully (Juliette Lewis, superbe) refuse le coup de Jarnac qui aurait pu mettre sa rivale par terre.
Dans ses meilleurs moments (tout ce qui touche à l’amitié entre Pash (formidable Alia Shawkat) et Bliss), Whip it n’est pas loin du charme et de la justesse qui irriguaient le film d’Adrian Lyne, Foxes.
Bliss, ou lorsque le teen movie fait place à la chronique douce-amère…
Drew Barrymore (2009)

NB: le doc Strangelove en pince davantage encore, ici.

19 février 2010

Le Flic de Beverly Hills

Film de vannes et d'acteurs* avant tout (sérieuse brochette de seconds rôles, à commencer par John Ashton et Steven Berkoff, mais plus encore les toujours réjouissants Ronny Cox (le salopard de Robocop !), Jonathan Banks (le salopard de partout !!) et Bronson Pinchot (un troisième couteau so 80's, à la mesure d'un Bob Goldthwait !)), Beverly Hills Cop est surtout l'accessit à l'ultrabankablisme de son héros Eddie Murphy, huge star (and first black ?) qui, après les très honorables 48 Hrs et Un Fauteuil pour Deux, assoit ici son autorité rigolarde, ses adidas et ses gros yeux qui roulent que-c'est-trop-marrant.
Vannes donc, car au rayon du script rien de bien palpitant: intrigue simpliste, au réalisme douteux et aux raccourcis ahurissants. Vannes « anti »-homo (thème poussivement récurrent, au moins par trois fois), vannes grivoises, vannes cool quoi... ça vanne sec puisqu'il est impossible de faire taire sa gueule à l'Eddie... le tout dans un bain d'anti-conformise bon enfant et de perpétuelles magouilles trop cool (se faire passer pour y-un trafiquant de Lucky Strike, se faire passer pour un journaliste de Rolling Stone qui va interviewer Michael Jackson, se faire passer pour un boeuf-carotte des douanes, se faire passer pour le toyboy d'un cador de la vente d'art, ...), pour le moins répétitif (une paire de situations est reproduite plusieurs fois dans la continuité (provocation de Maitland / sermon dans les bureaux de la police, mais aussi les filatures rompues)) et sans grand esprit.
La mise en forme est en revanche assez énergique**, traversée parfois de plans inattendus, mais surtout de régulières bouffées de violence (à ce titre, l'exécution de Mickey au début du film fait plutôt froid dans le dos pour un film... « familial ») comme on enretouvera, plus exacerbées encore, dans d'autres titres à flics black, telle L'Arme Fatale de Richard Donner.
D'ailleurs on imaginerait assez bien notre Flic produit par Joel Silver (pour ce mélange des genres)... mais c'est le more 1rst degree Jerry Bruckheimer, à la juste veille de son Top Gun, qui piqua la vedette au black-friendly (and historical) financeur de Walter Hill !
Martin Brest (1984)

* mais pas d'actrices, la seule gisquette au générique est bigrement affligeante !

** celle « en son » aussi mais c'est à la limite de l'audible !
On est alors il est vrai en pleine période de films
tirés par un hit dégueulasse de pop-FM
(SOS Fantômes et son Ray Parker Jr,
Retour vers le Futur et son Huey Lewis,
Rocky IV et le Burning Heart de Survivor
(mais aussi l'odieux Living in America de James Brown !)...,
et ici la double paire The Heat is On par Glenn Frey
et l'insupportable instru Axel F de Harold Fastermeyer,
repris plus récemment avec goût par les toujours impeccables Crazy Frog).


16 février 2010

L'Etrange Vice de Mme Wardh

(...)
Scream Queen quatre étoiles, plus délicieusement vulgaire que Barbara Steele, plus onctueuse et intense que Barbara Bach et Caroline Munro réunies dans le waterbed d'Ursula Andress, Edwige Fenech est l'argument principal de L'Etrange Vice de Mme Wardh, qui n'aurait vraisemblablement de sens sans elle (comme souvent les films dans lesquels elle avance en « starring »). Icône masochiste au sein de réguliers cauchemars à la plastique plus-psyché-tu-meurs, la belle brune, peu regardante (voir ses softies grivois en pensionnat, commissariat ou hôpital) mais fort regardée, se fait la docile et inlassable victime de la hardiesse, ou la plus vénale envie, de tout son entourage. Toujours porteuse d'un secret (your vice is a closed room and only I have the key !), d'un passé trouble, d'un trauma baroquement fondateur, la vulnérable brunette est sans coup férir la cible toute désignée pour qu'époux, amants, ex-, voisines, frangines, ourdissent, concupiscent, manipulent, manigancent afin accessoirement de la mettre sur la paille. Plus souvent encore de la foutre à poil.
(...)
Sergio Martino (1971)

L'intégralité de cette chronique,
combinée à celle de Toutes les Couleurs du Vice (Martino, 1972)
sur KINOK:


La Boulangère de Monceau

Patron canonique des oeuvres futures (la série des Contes Moraux), l'inaugural - et so XVIIème ! - court-métrage mettant cruellement en scène une jeune vendeuse en viennoiseries et autres sablés -industriels toutefois !- est aussi sans doute, pour le gars Maurice (et son comparse téhérano-sorbonnard Barbet Shroeder*) le plus truffaldien de ses travaux. La "faute" vraisemblablement à une voix off immensément littéraire (la voix de Bertrand Tavernier), un parisianisme extrême (la topographie du quartier est assénée avec l'efficacité d'un guide Charles Massin) et, les précédant, les manières hésitant entre maladresse benoîte et déterminisme manipulateur dont Antoine Doinel saura régulièrement faire montre (Baisers Volés et Domicile Conjugal surtout).
Plaisant, vivant (réalisme extrême, tendance néo-, pour saisir la vibration du quartier), mais aussi emprunt des libertins moralistes (ben oui...), non plus du XVIIème (arrondissement) mais bien du XVIIIème (siècle), qui malmènent avec gourmandise (au propre ici comme au figuré !) les jeunes et naïves jouvencelles tout en ne rêvant secrètement que de maîtresses affranchies (la Sylvie, perversement lucide et au fait du petit manège de son prétendant, serait une petite Merteuil en ciré et cheville entorsée ?), la petite affaire fonctionne sans heurt et se montre, pour un petit tour de chauffe avant les sommets auvergnats et de Haute Savoie, de bien belle tenue. Dites.
Eric Rohmer (1963)

* acteur ici (bien avant Mars Attacks ou A Bord du Darjeeling Limited),
il fonda la boîte de prod Les Films du Losange avec le Grand Momo l'année précédente.


15 février 2010

Le Nouveau Monde

Pas de doute, tout ceci est fort beau.
De l'ellipse, de la dramaturgie ne dictant pas le plan (ainsi que l'inverse: foin de fonctionnel, on filmera « insistément » une chaise où nul ne s'essayera, une échelle par laquelle personne ne se hissera), de la langueur signifiante, de l'épique sans grandiloquence, de la nature (plus édénico-thoreau-iste encore que « courtement » conrado-boormanesque) vous rappelant à la sagesse par sa majesté et son cycle volontaire et immuable... on sait où se niche le vulgaire et on l'évite donc, avec force, drapé dans une élégie de bon ton (le nôtre, affirmé depuis longtemps même si au travers de fort peu de films - culte dés lors), philosophique, mystique,... rien que du bon parmi les suffixes en -ique.
Pas d'hésitation, tout ceci invite à la pâmoison.
Renversant de beautés (algonquines ou pastorales), hypnotique, panthéiste, entre rêverie lyrique et lenteurs profondes, entre sagesses et colères, le film vous chope à l'âme et sait manifestement y faire...
... les seules choses auxquelles il ne parviendra pas sans doute, et ce malgré l'authentique et intense plaisir (indicible ?) que nous prîmes à sa vision, c'est à nous faire clamer que, positivement, il est le meilleur film de la décennie s'achevant... ni à exciter plus que ça notre faconde légendaire...
Aussi, pour sûr, nous nous en tiendrons là.
Terrence Malick (2009)

Avis divers: ici, qu'on respectera, ou , qu'on agréera davantage.

08 février 2010

100 $ pour un Shérif

L'époque est on ne peut plus post-moderne (spagh', peckinpheries) et l'écho des vifs applaudissements faits à Rio Bravo commence à se perdre, avec la distance. Pourtant le roué Hattaway parvient à livrer, avec ce True Grit, une copie d'un classicisme (anachronique ?) qui n'équivaut pas pour autant à la prompte ringardise, au baroud réactionnaire, ni au rétroviseur lorgné avec force nostalgie (même si le héros est fatigué !), sorte d'équivalent westernique peut-être à La Belle de Moscou de Mamoulian.
Car en offrant une énième vengeance à bien mener, en orchestrant un périple pour équipée hétéroclite (le trio n'est pas à proprement parlé fait de bons copains à l'expérience et aux valeurs communes), en mitonnant un (faux) contre-emploi au gars Wayne vieillissant (au-delà du « confortable »), le Marquis* ne s'enferme pas pour autant farouchement dans un passéisme moisi. La Nouvelle Amérique entre bien en compte dans sa trame, la guide même exclusivement, en la personne de la jeune héroïne, inlassable procédurière, chef d'entreprise en herbe affirmant d'une même main le pouvoir conféré par l'argent de l'employeur et le bon droit qui doit régir les rapports « civilisés » par celui-ci (quant bien même la talionnique peine capitale en demeure un archaïque fondement !) et relègue même les vieux héros au second plan (leur apprenant sentencieusement la mesure de la modernité et la sagesse à acquérir désormais) – on appréciera d'ailleurs la lucidité du Duke à effectivement se contenter d'un « second rôle » dans le script !
Beau passage de relais donc entre une Amérique et une autre** pour le réalisateur, qui signera sans doute parmi les plus beaux des vieillissants westerns 60's, et qui parvient à se montrer aussi convainquant lorsqu'il croque les moeurs villageoises se divertissant d'exécutions collectives que lorsqu'il installe un climat d'angoisse quasi-existentielle (finissant dans une explosion de violence aussi sèche que subite) lors de négociations en huis-clos entre malfrats blessés (dont Dennis Hopper, loin de son chopper hallucinogène) et fédéraux bluffers (une courte séquence proto-tarantinesque ?), ou paye un morceau de bravoure comaque à son acteur fétiche (le duel final, aussi héroïque que ridicule), sans jamais verser ni dans le télévisuel, ni dans le disneyen (reproches pourtant régulièrement faits à l'oeuvre, la faute à son héros-enfant ?***).
On notera en guise de bémol - et afin de ne pas laisser rouiller nos ciseaux à couper les cheveux en quatre - le curieux déficit de villain, à propos duquel le script entreprend une substitution à mi-parcours (le salaud-fallot fatherfucker Tom Chaney étant remplacé dans la mythologie du film par le nettement plus magnétique Ned Pepper (Robert Duvall, au charisme déjà prégnant)) et la légendaire faiblesse de Le Boeuf (mal joué mais mal écrit aussi)... Mais sans ça...
Henry Hathaway (1969)

* Hattaway était un aristo !
** peut-être pas aussi émouvante que Un Nommé Cable Hogue
*** Le Duke voudra placer sa propre gosse pour le rôle mais n'y parviendra pas !

04 février 2010

Bienvenue à Cadavres-les-Bains

Prétendre qu'on en sait pas bien lourd, en France, du cinéma autrichien ne saurait relever de l'imposture intellectuelle. Arguer qu'on connaît son Haneke (le moins autrichianniste d'entre tous sans doute !) poil de barbe par poil de barbe ou son Sissiesque Ernst Marischka ne saurait, à l'inverse, suffire, autant que vanter Peter Kubelka et Willi Frost frisera le bluff le plus spectaculaire. Otto Preminger étant bien entendu hors concours (malgré sa Grosse Liebe).
Non, ne nous ne savons pas une broque du cinéma autrichien (de la culture autrichienne ?) et ce n'est pas au vu de la manière dont il est distribué aujourd'hui que les choses vont être amenées à soudainement s'améliorer. A cet égard, l'arrivée (et la manière de cette arrivée) jusque sous nos yeux de Bienvenue à Cadavres les Bains est bigrement édifiante. (...)
Wolfgang Murnberger (2008)

02 février 2010

Jusqu'au Bout du Rêve

C'est par le plus parfaitement masochiste des acquis de conscience qu'on pouvait nous trouver hier soir devant le Field of Dreams de Alden Robinson.
En effet, le titre a l'heur, ces mois derniers, de figurer dans nombre de private jokes de séries comiques pour trentenaires (South Park, HIMYM, Big Bang Theory) et de rejoindre ainsi, en creux, une liste d'allusions cinéphiles propres à une possible culture pop américaine où l'on trouvera par exemple, maintes fois évoqués (dans des registres variés), Un Violon sur le Toit ou Le Choix de Sophie (dans des situations bien précises). Or, à la vision punitive de ce Costner baseballant, nous voulons croire à une goguenarde ironie de la part des auteurs concernés, voulant moquer le lyrisme niais d'une affaire aux côté de laquelle Forrest Gump* passerait pour un inédit hargneux d'Haneke.
Sous couvert de fantastique mignonnet auquel même un Spielberg 80's n'aurait osé condescendre ni un plus récent Shyamalan, faussement affranchi par un héritage classique dont on frictionne avec force le bon dos (Capra ou Koster, carrément cité), enquillant les vibrantes séquences populistes parmi les plus dégueulassement démagogiques qu'il nous ait été données à voir (la réunion scolaire autour de la littérature !!!!!!!!!!, la révélation finale faite au beau-frère rouquemoute), le présent film, non content de faire grincer des dents et d'écœurer régulièrement son petit monde**, manque un humble coche que lui eut permit sans doute plus de retenue et de simplicité (la surcharge d'épisodes diluant fortement l'intérêt et n'étant allégée que par l'intervention de certains acteurs (Liotta, Lancaster): s'en tenir à une intrigue plus dépouillée, plus directe (on la perd de vue, malgré le rappel régulier de la ridicule punchline If "You Build it, He Will Come"*** en route et l'épilogue a tout de l'insatisfaisant à cet égard, trop appliqué à faire résonner ses effets laborieusment énoncés en amont) et des enjeux plus universels (la spontanéité vantée par le héros au début fait cruellement défaut à un script que l'ambition tire bientôt et inexorablement vers le plus parfait ridicule). John Earl Jones est à son plus mauvais en vague allusion à Salinger (dans le roman originel ici adapté, c'était l'auteur de L'Attrape-Coeur himself qui était mis en scène !) tandis que Costner fait dans son minimum syndical (soit peu, très peu: une chemise, un jean, une mèche) et se montre enfin épouvantable Amy Madigan en épouse alternant la panique réaliste et l'hystérie de la sainte.
Mais la palme de l'infect revient bien sur au réalisateur, englué dans un sujet mélodramatique qu'il sirupe, qu'il niaise, qu'il diabétise à l'extrême... s'il nous arrive des bricoles après ça, par pitié: que ce soit lui qu'on ampute !
Phil Alden Robinson (1989)

*à gourmandement noter que Tom Hanks refusera le rôle !
**à l'exception visiblement des japonais qui bardèrent la production de prix ?!
et ce devant même le "I See Dead People" du Sixième Sens
ou le "Nobody's Perfect" de Certains l'Aiment Chaud !