31 mai 2010

La Forêt d'Emeraude

A la seule lecture du plot de La Forêt d'Emeraude (inspirant l'unique certitude que l'affaire sera initiatique (le choc des cultures l'imposant)), on pourrait énumérer, tel Cyrano vous savez quoi, les tonnalités de traitement possibles.
Elégiaque, façon Malick ?
Rough comme tout bon survival forestier (Delivrance, Sans Retour,... Apocalypto) ?
Mystique tripé, tel ceusses de Coppola (Apocalypse Now) ou Herzog (Fitzcarraldo, Aguirre) ?
The Emerald Forest est tout à la fois, et sans doute plus encore (un brulôt écolo par ramenard (pas Avatar ?)). Enchanteresse, cauchemardesque, renversante de beauté et minante de pessimisme, la quête mise en scène par le réalisateur ès espaces (et mis en images par un Rousselot visiblement tout aussi inspiré que chez Beineix ou, plus tard, Burton), le metteur en scène des dualités, du sacré s'effondrant et de la mégalomanie punie qu'est John Boorman, et portée par le trop rare Powers Boothe (et le plus rare encore Charley Boorman*) est une plongée envoûtante, un rite hypnotisant, une parabole poignante et un putain de film d'aventures à la fois qui, passée sa côte Starfixienne de 85 a un peu perdu de sa notoriété aujourd'hui (il est vrai que les maigrelettes rééditions en DVD n'aident pas à regagner les galons).
Rythme, immersions, équilibre, découpage, ton, visions,... tout concourt à faire de ce titre une petite merveille d'équilibre (le mièvre et la pénible thèse étaient possibles, le spectaculaire gratuit aussi. Ils sont miraculeusement contournés, dépassés), de vivacité et d'intensité proprement revigorante.
John Boorman (1985)

* et pour cause le rejeton, moins joli qu'avant,
s'est fait (entre autres) biker pour le Dakar ?!
Pas ret'nu les l'çons de papee, le bougre ?

Phenomena

Nous avions un excellent souvenir du prologue de Phenomena. Et un exécrable de sa suite.
Back in Switzerland, Argento que le fan considère alors perdu depuis 7-8 ans, ouvre bravachement son film par un démonstratif florilège de sa manière giallesque (avec auto-citation machamerilesque de Profondo Rosso) avant d'engager sa trame avec un petit tunnel narrativo-technique assez habilement orchestré toutefois (Pleasence y offrant une partition aussi paternaliste convaincu que chez Carpenter (Halloween ou, plus tard, Prince des Ténèbres), impression appuyée par la VF professorale): petite introduction à l'entomologie légale qui aura certainement influencée Grissom dans son choix de discipline !
Reprise alors des motifs Suspiriesques avec l'introduction de l'étudiante arrivante en pension zurichoise (Connelly reprend ainsi la place de Jessica Harper) à laquelle répondra plus loin un final singulièrement infusé d'Inferno (eau et feu)... Autant dire qu'on a l'impression d'avoir affaire à deux films distincts (celui avec Pleasence et celui sans), et surtout à la genèse du fameux troisième épisode des Mater tant attendu, auquel le réalisateur aurait renoncé en cours de route et refondu le script dans un autre, sur base de fascination insecte et de teenie fétichisme.

Film bancal et décousu, dont la cohabitation de deux types de BO isole encore un peu plus les segments disparates (à l'atmosphérique goblinesque se voit régulièrement substitué des standards metalleux (Iron Maiden, etc.) à l'usage discutable), Phenomena n'en est pas moins fascinant dans sa cruauté et son radicalisme. Mettant à mal plus que jamais la notion de famille (celle du film mais aussi celle d'Argento lui-même qui maltraite furieusement son épouse (Daria Nicolodi, bientôt ex-Argento) et ses filles (Asia et Fiore, surtout !) à travers leurs rôles) et de bonheur familial (une belle tirade anti-Xmas spirit* vient faire écho à la célèbre tenue par Phoebe Cates dans Gremlins !), ne dissimulant plus rien de sa fascination pour les corps nubiles (la jeune Jennifer Connelly n'a pas joui d'une dispendieuse garde-robe !) - sans pour autant atteindre la délicieuse vulgarité d'un DePalma -, le maestro rend aussi un hommage sans équivoque au conte initiatique, des classiques plongées en forêt aux errances absurdes mais fondatrices d'une Alice (avec tout le déterminisme féminin qui les nimbe)**.
Film avorté et re-né de sa propre charogne dévorée par les larves de mouches sarcophages, Phenomena est aussi pathétique (la plupart des personnages (le flic campé charismatiquement par Bauchau, la directrice de l'école tenue ridiculement par Dalila si Lazzaro) ne sont ni faits ni à faire, les séquences, fussent-elles réussies, s'articulent avec la dernière des souplesse) qu'il est, en définitive, fascinant. Ses faiblesses en font tôt ses forces, et la mutation qui s'opère sous nos yeux, le discours même que tient le film en regard de l'oeuvre de son réalisateur, en font une expérience des plus grisantes.
Nos souvenirs étaient inexacts: le prologue de Phenomena n'est pas si excellent. Et la suite est loin d'être si exécrable !
Dario Argento (1985)

* sans oublier un ultime clin d'oeil Morguéen à EA Poe !

** que Dario prétend réelle et par lui vécue !

30 mai 2010

Hell Ride

Ainsi 29 ans après son Easy Rider, Dennis Hopper se laissait donc convaincre de réenfourcher une grosse cylindrée pour cette pochade complaisamment tarantinesque.
Sans doute séduit par le label Quentin (qui lui avait permis un chouette rôle dans True Romance) qui produit là, l'acteur ne se montrait que peu regardant quant à ce qu'on allait lui demander de faire (à peu près rien) et qui allait lui demander (à peu près personne). Car le Larry Bishop qui porte le projet avec une rare et suspecte exclusivité (scénario, réalisation et lead playing) n'a guère à offrir de plus qu'un vague pastiche post-Grindhouse de son parrain (qui déjà lui-même, lorsqu'il s'y met...), qu'un petit exercice « à la manière de » sans aucun lendemain ni patent talent (la preuve que les références sont loin de tout faire !).
Montage (démonstratif et vain), sound design (plaisant mais éculé), défilé de trognes (dont les indélébilement tarantiniens Michael Madsen et David Carradine !), violence exacerbée contrebalancée par un humour punchlineux voulu dévastateur (les pénibles battles explicitement lexicales, les slogans (the Three B's)), tout concourt à rendre la production un stérile décalque QT catégoriquement superfétatoire et dénué du moindre charme, même complice (malgré le poids de mythologie qu'on tente de nous imposer, rien ne prend jamais (à l'inverse d'un truc comme Sons of Anarchy)).
Côté casting le toujours surestimé Vinnie Jones s'avère à côté de son rôle et noie tôt son moteur rayon charisme tandis que Madsen se répète tragiquement et que le globuleux de l'oeil Bishop the president ne convainc absolument jamais... Le pauvre Hopper, la superbe éloignée et moins regardant sans doute depuis Land of the Dead, fait presque peine, loin qu'il est là de ses plus grands rôles (Apocalypse Now, L'Ami Américain, Blue Velvet, Rusty James, Easy Rider, True Romance, Indian Runner,... et même Speed ou l'hilarant et rigoureusement indispensable (quoiqu'en pense l'intéressé !) Massacre à la Tronçonneuse 2 !) et complice démissionnaire qu'il apparaît d'une production qui a tout (et pour tout le monde !) de la faute de goût.
De là à dire que les métastases auraient du accélérer le mouvement...*
Larry Bishop (2008)


29 mai 2010

Chacun Cherche son Chat

Est-ce parce qu'existaient déjà le Paris de Truffaut ou celui de Rhomer, que Klapsich s'est cru les coudées franches pour proposer le sien (ce qu'il fera encore avec Peut-Être) ? Privatejokant l'un et l'autre (La Boulangère de Monceau (autant pour les hasards de rencontres finalement décevantes que pour la vendeuse de baguettes), Baisers Volés (les cours d'immeubles microcosmiques où le ragot et la suspicion vont bon train)), le réalisateur dépasse heureusement les vains hommages pour trouver sa petite musique, sa prise de pouls d'un quartier, et offrir une radiographie sismographique d'un Paris en pleine mutation, en pleine destruction, en plein embourgeoisement, chassant dans les banlieues ceux qui firent son âme et sa sève (les vioques, les artisses).
L'élan est noble, la manière pas toujours maîtrisée, les saillies souvent à côté de la plaque (la caricature créateurs/mannequinat).
Choisissant, pour architecturer son film de borrough panaméen, de neigbourhood bastochard (dont la lisibilité topographique est ouvertement contrariée par le chaos urbanistique), le mode de la chronique paresseuse et papillonnement interlope (plutôt que la montée en tension jusqu'au drame d'un Do the Right Thing, dense et intense), le réalisateur croque son petit monde à coups de vignettes faussement anodines, de strips décousus mais signifiants (trop ?) et de punchlines taillées (trop !) pour le culte: la moindre, même si rare, réplique de Romain Duris se doit de faire ainsi mouche !*
Si on regrettera cet excès d'écriture dans le dialogue ou la caractérisation outrée de l'aréopage proposé (l'arabe paumé mais touchant, le gang des mamies,...), si on déplorera un régulier manque de naturel (un comble pour un film réalisé pour part avec de vrais habitants du quartier) et un non moins litanique des pénibles motifs humanistes (les bimbos et les petites cheftainess aussi malheureuses et frustrées que la valetaille), si on verra tôt poindre les limites du catalogue vaguement articulé autour du ballet assourdissant des caterpillars éventrant la Capitale, on ne manquera pas toutefois et par dessus tout d'apprécier la mélancolie ambiante qui harmonise le tout (le générique de fin sur Portishead est bien plus en phase avec le mood du film que les cuivres sautillants (and so Lappe !) de Ceux Qui Marchent Debout), de retenir la triste (quoique pas assez discrète) mélodie des solitudes et des renoncements, et, surtout, la jolie brochette d'acteurs qui nous fit croire les nineties durant que les choses allaient changer **. Revu avec cette nostalgie là le titre s'envoie sans peine. Mais objectivement, hein ?
Cédric Klapisch (1995)

* J'ai tout, moi. J'ai trop tout !

** Les Marina Tomé, Garance Clavel, Zinedine Soualem,
Antoine Chappey, Simon Abkarian...
étaient synonymes d'un « autre chose » auquel on crut,
dans la parenthèse enchantée courant entre 92 et 99
(comme, ailleurs, les Agnes Obadia, Eva Ionesco,
Dodine Herry, Laurent Lucas, Géraldine Pailhas, Jean-Noël Brouté, ...).
Mais de cette génération on ne s'est durablement ramassé
que des Marion Cotillard !
Et Duris, ouais (et Podalydès).

28 mai 2010

Starfighter

Sans être purement indé non plus, Starfighter rejoint la poignée de titres SF 80's option ordinateur/videogame en marge autonomiste des pop-corneries sous patronnage Spielberg (qui s'intéressera finalement assez peu à cette niche technologique), parmi lesquels brillent les vivaces (et formateurs ?) TRON ou WarGames, mais aussi des Electric Dreams ou DARYL de moindre mais honnête envergure.
Ouvertement orienté male teenagers, le titre jouait sur les cordes testostéronnées en faisant se croiser les fantasmes initiés par la prime trilogie de George Lucas et le TRON pré-cité: canonnier virtuel virtuose, soldatesque laserophile et griserie des balbutiements technologiques (on amorçait là la modélisation 3D)... rien ne manquait pour exciter le gandin dépensant tous les sous de son annive pour des 5" ¼ achetées chez Micromania.
Toutefois, sans que ladite excitation tourne dramatiquement court, le titre dans son genre ne déméritant pas tant que ça, il faudra reconnaître que le petit machin de Nick Castle (émérite sparring partner du John Carpenter des débuts) pêche par divers biais.
D'un point de vue pratique d'abord. L'âge du teen-casting pose un premier problème, composé qu'il est de gens trop vieux pour les rôles tenus (grief fréquent dans le porno de pensionnat: revoir Les Petites Écolières pour s'en convaincre, !)* et nuisant de la sorte à la franche identification acnéique.
D'un point de vue philosophique ensuite: voir un bon-fiston-à-môman épouser une guerre qui ne le concerne en rien (et dont il ignore absolument tout des enjeux) mais qui s'en va tout d'même dézinguer à l'aveugle (sans conscience ni interrogation aucune), refoule un peu du goulot, niveau héroïsme first degree (surtout avec l'effarant recul qu'offre le GI parti buter de l'irakien sur la foi de... ah, oui de quoi déjà ?)**...
N'en demeure pas moins un spectacle de joli niveau, novateur (cette 3D !), aux ramifications dramatiques pas toutes toc (le beta droïde remplaçant le héros sur Terre).
A la fois le pied dans le ton ambiant mid-80's (certains visuels, conventions et ressorts semblent - zeitgeist oblige ? - piochés chez les petits voisins (TRON again, Enemy, Buckaroo Banzai, Le Retour du Jedi...)*** tout en s'en démarquant parfois grâce à une régulière ironie, le film, ses morceaux de bravoure poussivement starwarseux négligés, n'est jamais meilleur que lorsqu'il ne se prend pas trop au sérieux et gagne un brin de recul (à l'image de sa distribution clindoeilleuse, blindée d'anciens acteurs de Star Trek, bigrement grimés !).
Nick Castle (1984)

* à qui nous avancera que Michael J.Fox avait sans doute
le même excédent d'années avec Marty McFly (7-8 ans au bas mot),
la juvénilité de l'acteur peu tremblant alors
faisait mieux passer la pilule qu'ici,
avec le fadasse (par ailleurs) Lance Guest.


** ce qui s'avère curieux de la part de Nick Castle,
par ailleurs scénariste des plus politiquement hargneux
New York 1997 et Los Angeles 2013 (dont il dessina les caractères) !!


*** sans parler de la partition de Craig Safan,
plus Williams que Williams !

26 mai 2010

Alice au Pays des Merveilles

S'il nous paraît simpliste et spécieux (le préalable visuel régulièrement argué n'est pas tant le fait du dessin animé, mais bien des illustrations quasi-originales de John Tenniel auxquelles le Disney fut fort fidèle !) d'envisager l'Alice de Burton à l'aune étroite de celle que Clyde Geromini, Wilfred Jackson et Hamilton Luske mirent en boîte pour tonton Walt (quand bien même est-ce la même maison qui finance les deux affaires*), tout au plus entendrons-nous que l'une, la première, ne fit pas l'impasse sur le vent de folie faisant, page après page chez Caroll, frémir cheveux, plumes et pelages.
Tandis que la seconde, quoiqu'en prétende son auteur, tristement, si (un comble pour un réalisateur que Les Inrocks siglaient "zinzin" voilà 15 ans, pour la sortie d'Ed Wood !).
Et si, par entêtement on nous somme de convoquer l'Oncle Walt, y condescendrons-nous pour lui mettre en parallèle non pas le simple film** mais bien la démarche entière et commune avec celle du poulain autonomiste burbankais que campe, après trente ans de carrière, le drôlement méché Tim Burton.
En effet, n'est-il pas curieux de voir que les deux hommes, après avoir installé avec goût et force un univers visuel, graphique et technique fort (une patte en somme), se mirent fissa à revisiter de grands classiques de jeunesse (parfois les mêmes, comme Washington Irving ou le présent Carroll), des morceaux de patrimoine pour têtes blondes, tandis que film après film, leur « manière » n'en finissait plus de laisser voir ses coutures, de plus en plus sommairement exécutées d'ailleurs ? La liste est sans fin, systématique, pour les productions Disney... elle commence à se faire bien remarquer chez Tim aussi (Hansel et Gretel, James et la Pêche Géante, Sleepy Hollow, Charlie et la Chocolaterie, Sweeney Todd, ...) !

Construit sur l'inspiration (?) des deux textes aliciens de Lewis Carroll, le présent film de Burton ne semble n'en retenir sommairement que les personnages hauts en couleurs, le bestiaire merveilleux. Et, une fois la chiche manœuvre entreprise, de la désincarner encore un peu plus en n'en extrayant que le réducteur aspect illustratif, le brillant mais vain design.
Joli livre d'images sans grands enjeux et aux profils un peu exsangues***, petitement caricaturaux (les deux reines désolent tant elles sont finalement convenues et par trop lisibles (les "peu fous" le sont malgré tout et les "franchement fous" s'avèrent ne pas l'être tant)), le film, prenant alors l'ombre pour la proie, ne retient que le flacon spectaculaire en oubliant tragiquement l'ivresse de fond (et le rythme, et le souffle, et une poignée de choses encore, indispensables).
On en viendrait dés lors à se demander si quelqu'un a relu Carroll avant de nous embarquer dans cette énième trame épaissement mécanique de prophétie poussive et d'élu messianique tant les contresens abondent, à égale mesure avec les clichés post-Star Wars enfilés ici comme perles de rosée chantantes (ce problème de « précédents » mine d'ailleurs singulièrement l'affaire, qui arrive après bien des batailles, plastiques ou philosophiques (Harry Potter, Monde de Narnia... Shrek même !), heureuses ou non) et les balourdises initiatiques (ah, on le saura qu'on cherche la "véritable" Alice...).

A ce désagréable canevas narratif (que certains pourtant applaudissent pour sa lisibilité ?!), à ces essorages de caractères, à ce regrettable déficit de folie s'ajouteront encore, en cerises amères sur le gâteau tourné, des fautes de goûts majeures sinon proprement ahurissantes (la gigue en délire du Chapelier Toqué, verrue sonore et visuelle, authentique et incompréhensible rupture de ton, en constitue une de taille; l'épilogue affairiste en son entier (le triste détail est énuméré ici et ) une effarante autre), et que seuls les sempiternels attraits de Burton, que d'aucuns traqueront une fois encore comme groin la truffe, pour le baroque gothique contrepointeront un peu. Mais qu'un peu.
Et le coeur n'y est plus (ne sentions-nous pas déjà le coup venir avec Les Noces Funèbres ?), ni chez lui ni chez nous.
Tim Burton (2010)

* et que déjà entre 23 et 27 Walt s'embarquait dans une série de courts
hautement infusés par Alice !

** pour s'en tenir aux seuls films et jouer un instant la carte du pont
entre la version animée de 55 et celle, troidéïsée de 2010,
force serait de reconnaître que si le Disney ne parvint pas
à faire autre chose qu'enquiller des morceaux de bravoure
sans réelle dramatisation générale,
le Burton n'y accède guère plus et qu'en outre,
indigne constat !, il ne souffle,lui, ni chaud ni froid... ni rien.

*** qu'on veuille bien cesser de nous vendre
que Depp incarne un nouvel et touchant alter ego au réalisateur,
la blague a assez duré !

24 mai 2010

La Nuit des Sangsues

Outre son légendaire opportunisme à décliner la moindre licence de boogeyman à vengeance plus ou moins valide en de surnuméraires épisodes, le mitan des années 80 vit également poindre une ironie certaine bientôt et implacablement nimber la moindre de ses productions horrifiques. A l'hémorragie des séquelles impérieuses répondait ainsi bientôt une dérision systématique, entre nostalgie madeleiniste (le B-movie 50's de double-programmes servant souvent de base), potacherie mordante et complaisant espoir de tiroir-caisse, sur le mode "beurre et argent du beurre".
A ce titre, NIGHT OF THE CREEPS n'est pas la pire des productions. Elle n'est pas la meilleure non plus (Le Retour des Morts-Vivants de Dan O'Bannon (1985), certains des délires de Sam Raimi, de Stuart Gordon ou, plus rares, de Jim Muro se posant tout de même là !).

Dans la famille des réalisateurs de Genre biberonnés à la Série B SF fifties, je demande non pas Spielberg, ni les poulains espiègles Joe Dante (Explorers, 1985) et Tobe Hooper (L'Invasion Vient de Mars, 1986), mais le petit outsider sans franc lendemain ni nette attache: Fred Dekker.
Pour le premier de ses trois films (Robocop 3 refermera sa filmo avec pertes et fracas !), le jeune homme, qui avait tout d'même signé l'histoire originale de House (Miner, 1986), se poserait en une sorte de John Landis, "à petit pied". Même goût de la private joke (tous les personnages de NIGHT OF THE CREEPS sont baptisés avec le nom d'émérites réalisateurs (Corman, Romero, Cronenberg, etc.), égal enclin vers le pastiche et le Genre (le film est un peu à la SF ce que Into the Night est au Film Noir), faisant enfin preuve d'une proche gourmandise pour le mauvais goût, le réalisateur aurait presque mérité son propre segment dans La Quatrième Dimension initiée par Steven Spielberg en 83 (il s'essayera, par défaut ?, aux Contes de la Crypte les 90's venues) !
"A petit pied" seulement car sans doute moins rigoureux dans le potache, (une condition pourtant sine qua non !) que le barbu ayant lâché friponement un loup-garou américain dans Londres ou deviné le zombie chez Michael Jackson.
Empilant les registres autant que les intrigues (le film, un long temps confus, s'ouvre sur un double prologue et propose une fumeuse intrigue parallèlement temporelle), Dekker ne manque en outre pas de d'abord disperser son propos par de réguliers à-côtés goguenards.
Entre dialogues cauteleux commentant, façon méta-, le propre statut du film (qu'est-ce que c'est: c'est une affaire criminelle ou un mauvais film de série B ? s'interroge le détective Cameron) et clins d'yeux farceurs (la parodie azimutée (26'15") de Roy Scheider scrutant la plage dans Les Dents de la Mer, et celle, inaugurale, des couloirs du Nostromo dans Alien), le film se refuse longtemps à assumer sa trame et ne cesse de faire le petit malin. Sa mise en place interminable, aux enjeux et modus moyennement clairs, peine ainsi à laisser s'installer (enfin !) une dernière demie-heure mieux équilibrée (top départ à la 56ème minute !), ménageant autant son gore que son mauvais esprit, sans jamais se départir de sa tonalité ouvertement dérisoire.

Embarrassante caution "voyez-comme-j'ai-du-recul-dans-l'ironie", les personnages de Tom Atkins et le CJ à béquilles n'étant alimentés qu'à la dérision perpétuelle (consciente ou non), ils créent vite une distance assez poussive et contre-productive entre la production et le spectateur. Et s'ils s'avèrent un tant soit peu rehaussés à l'oreille de certains (les deux punchlinant sans cesse aucune !), c'est bien par le contraste induit par un casting proprement indigent (Anthony Michael Hall n'aurait-il pas offert un Chris de meilleure tenue ?) et vraisemblablement négligé, quand bien même nous offre-t-il brièvement la trogne toujours indispensable de Dick Miller !

Sans verser dans la parodie hargneuse façon Critters (Herek, 86) ou la majeure partie des livraisons Troma (telle le Monster in the Closet de Fred Dahlin (86)) ni se vautrer dans le spoof qui s'épanouira 15 ans plus tard (Scary Movie (Wayans, 2000)), NIGHT OF THE CREEPS précède toutefois la caravane de ces productions type Le Retour des Tomates Tueuses (DeBello, 88): drôles mais stérilement illégitimes. Et, surtout, à l'ambition trop négligée.
Car c'est en faisant montre d'une cinéphilie foutraque embrassant autant Ed Wood (littéralement cité par le biais d'une télé diffusant Plan 9 From Outer Space (1959) !) que le Campus Movie à la sauce ... Landis et National Lampoon's (bières, confréries hellénistes et papier toilette en guirlandes), que le film offre toutefois mieux que la plupart de ses cousins dégénérés. En affichant un vrai goût, sincère même si maladroit, pour le matériau gentiment mis en boîte, Dekker ne manque ainsi pas toujours le coche visé. Et s'il se prend les pieds dans le psychotronique brouillon de sa posture (fort couarde par ailleurs !), NIGHT OF THE CREEPS, qui attache un soin certain davantage à ses effets spéciaux qu'à son script (écrit en 7 jours...), vaut curieusement mieux que la désinvolture dont il est apparemment nimbé... et qu'il a logiquement suscité en retour jusqu'alors (au point qu'il ne sortit qu'en VHS en France !): percluse de scories, la curiosité demeure toutefois à débusquer !
Fred Dekker (1986)

20 mai 2010

La Chasse du Comte Zaroff

Game, en anglais, signifie tout à la fois Jeu et Gibier. Autant dire que le titre de la nouvelle de Richard Connell (The Most Dangerous Game, 1924), puis de son adaptation cinématographique sous l'égide de David O.Selznick pour la RKO, revêt une subtilité polysémique que les distributeurs français ont tôt abandonné. Impasse sémantique ou opportuniste enclin pour un frontal addenda au « bestiaire » mythique qui commençait à submerger la planète cinéphile (au who's who des villains et des monsters où brillaient déjà Nosferatu, Dracula, Frankenstein et le Fantôme de l'Opéra, ajoutait-on le numéro du diabolique Zaroff) ? Difficile à affirmer. Reste que si c'est finesse linguistique fut (hélas) gommée, les autres ambiguïtés nimbant le film de Shoedsack et Pichel demeurèrent intactes. Et toujours aussi prégnantes et impactantes 80 ans plus tard !

Inutile de s'appesantir, malgré l'inouï de pondre deux chefs-d'oeuvres de telle manière !, sur les fameuses conditions de productions du film, majoritairement connues (le film fut mis en boîte en parallèle de King Kong, avec équipes et décors communs) et finalement « anecdotiques » (Roger Corman, avec moins de « miraculeux », retiendra la leçon (The Raven / The Terror) ou sur les immenses qualités du résultat (formellement, plastiquement, rythmiquement (faute de budget, le film fut raccourci de plus de 25 minutes par rapport au script), tout relève du meilleur cru et la somme critique existante est à la hauteur du niveau indiscutable du chef-d'oeuvre !), pour s'en tenir brièvement autant au malin de l'adaptation qu'à la pertinence éternellement contemporaine d'une partie de sa descendance (le propre du conte allégorique).

En effet, il est de ces textes, courts le plus souvent, denses en enjeux et en fétichismes presque toujours, et qui ne cessent jamais de nourrir des productions cinématographiques de leur thématique, de leur dispositif, de leur mood. Et ce sans jamais apparemment vieillir ni perdre acuité ou à-propos.
Si on pense au I Am a Legend de Richard Matheson ou à la plupart des pages de Wells (The Invisible Man en tête !), il est impossible de légitimement faire l'impasse sur The Most Dangerous Game.
Lui-même, dit-on, « inspiré » par la vie du magnat de l'armement gréco-russe Basil Zaharoff (1850-1936)*, le court texte (qu'on peut lire en français dans le volume Histoires Abominables des Alfred Hitchcock Présente que Presses Pocket éditait encore, pour le plus grand plaisir des kiosques de gares, à la fin des années 80) n'en tire en définitive que les contours d'une figure, maléfique certes, mais de manière un peu folklorique (ah ! la Russie post-tsariste et décadente !).
Le script de James Ashmore Creelman (pugnace salarié RKO régulièrement adjoint à Ernest Shoedsack) ne s'en tient pas à ces seules considérations de tyrans expatriés et confère vite au maniaque tout un bagage sadien, qu'il griffe de divers fétichismes freudiens. (...)
Ernest B. Shoedsack & Irving Pichel (1932)

(...)


* le gaillard inspirant d'ailleurs aussi Hergé en 35
pour l'album de Tintin L'Oreille Cassée (à peine grimé en Basil Bazaroff)
mais aussi le Mr Arkadin d'Orson Welles (in Dossier Secret, 1955) !

19 mai 2010

Bloodlust !

S'il n'est "ouvertement" un remake officiel du classique RKO-esque de Shoedsack et Pichel, Bloodlust ! s'avance malgré tout sous le patronage d'une adaptation de la nouvelle de Connell qui servit de base au Zaroff historique.
Tournée 29 ans plus tard, cette relecture prend (sous couvert de drivino-teenagerie ?) le parti d'évacuer (pour la remplacer hâtivement par un lapidaire argumentaire sur les absurdes ravages psychologiques causés par la guerre) toute la charge baroque, gothique, philosophique et même sexuelle du modèle qui voyait Leslie Banks sans cesse caresser ses cicatrices faciales et vanter "le meurtre, puis l'amour". Elle ambitionne dans un même temps de faire glisser la mise en place vers une forme bientôt canonique du film d'horreur moderne (avec sa brochette de jeunes gens insouciants se jetant dans la gueule du loup).
Campé par un casting bien inégal (que de ridicule, hors les efforts du vieux routard de Wilton Graff, du plaisant Eugene Persson (sorte d'improbable réincarnation de Peter Lorre en ado !) et du convainquant quoique rarissime Troy Patterson) et visiblement mis en boîte dans des conditions de productions Cormaniennes (décors réduits et surexploités, cadres économes), le film semble depuis toujours souffrir d'une réputation calamiteuse de Série Z sans valeur aucune.
Toutefois, s'il n'est sans doute pas aussi excitant que d'autres resucées telles A Game of Death (Wise, 1945), La Course au Soleil (Boulting, 1956), La Proie Nue (Wilde, 1966) ou Open Season (Collinson, 1974), ni aussi drôle que les dérives post-nuke que le thème put nourrir (Les Traqués de l'An 2000 (Trenchard-Smith, 1982)), les choses ne sont pas aussi rédhibitoires. Un charme certain ne manque en effet pas d'affleurer régulièrement: certains plans « chocs » ne sont ainsi pas sans saveur (tel « l'atelier de démembrement », annonçant aussi bien le labo de Massacre à la Tronçonneuse que les bains acides de Blue Holocaust) tandis que le rythme autant que l'atmosphère (malgré une indicible tendance télévisuelle dans la dramaturgie du premier quart) ne sont pas non plus à proprement parlé négligés. Nous sommes certes en plein petit machin pour double-programme*, en pur midnite movie fauché mais alerte (et à des années lumières en deçà du modèle !) mais on ne saurait bouder son plaisir non plus (sans pour autant s'enfermer dans une attitude psychotronique ou roublardement nanardeuse !). N'en déplaise aux geeks prompts à dézinguer les ambulances.
Ralph Brooke (1961)

* le dvd Z1 du film est d'ailleurs complété
par Atom Age Vampire (Majano, 1962)
et les Z2 (qu'il soit Bach ou Wild Side)
le voient accolé à son « père » Les Chasses du Comte Zaroff
(Shoedsack/Pichel, 1932).

10 mai 2010

Django Arrive, Préparez vos Cercueils

A égale proportion avec le monde des super héros, le western à l'européenne énumère une fameuse ribambelle de noms aussi évocateurs qu'opportunément interchangeables. A tout le moins surexploités. Trinita, Django, Ringo,... sont ainsi tous régulièrement convoqués pour une vengeance à mener, une justice à rendre à leur manière ou un tour de sacré malin à réussir. Et à ces petits jeux, Sartana et Sabata ne sont pas les moins sollicités.

Avant de camper de bien troubles amants d'Edwige Fenech dans les gialli de Sergio Martino, l'uruguayen expatrié George Hilton ceignit ses reins, pour une petite poignée de... westerns all'italia, de quelques généreuses cartouchières. Celle qu'il enfile ici, pour ce Sartana devenu Django pour son exploitation française (insondable mystère des retitrages français, effectués sur une titrologie originale déjà bien trempée !), mercenaire plein de tricks (le mini-derringer 4 coups dissimulé dans le pain,...) et de trucs (sa monomaniaquerie alimentaire,...), n'est pas la plus ridicule, malgré l'évident enclin gadgeteux (et les velléités twisteuses d'un scénario !) de ce spaghetti. L'acteur n'est ainsi pas hors sujet ni ne souffre d'un défaut de charisme (pas plus d'ailleurs que son collègue pré-Lautnerien, Charles Southwood), et ce malgré la rude concurrence du générique (les roués Piero Lulli, Nello Pazzafini, Marco Zuanelli (...) connaissant leur emploi sur le bout des ongles sales).

Sans doute l'oeil savant et affranchi de l'amateur (mais, allons !, celui du néophyte ne serait pas en reste !) diagnostiquera au réalisateur (par ailleurs signataire en 1983 d'un des plus supportables post-nuke: Les Exterminateurs de l'An 3000) d'éparses et encombrantes bouffées délirantes. Tantôt formelles (des effets, dont le split-screen n'est pas le moindre, surgissent ainsi sans crier gare, alors que le reste du métrage (hors morceaux de bravoure) est « classiquement » mis en image), tantôt lors de l'emploi de quelques motifs exagérément ludiques (la gourde volante, les allumettes d'orteils, ...). Mais, par un paradoxe aussi miraculeux qu'inexplicable, il sera tout aussi difficile à cet oeil de pointer pour autant une franche complaisance (type Barboni) ni même un trop plein de ces manières (évacuées les circonvolutions roublardes d'un scénario un poil alambiqué et confusément articulé peut-être) souvent crues « patte », régulièrement envisagées « style », mais qui alourdissent souvent plus qu'autre chose *.
Late-spagh, peut-être, spoof spagh, tout de même pas.
Spagh' à voir ? A n'en pas douter !
(Giuliano Carnimeo aka) Anthony Ascott (1970)

* qui a parlé d'Hôpital, de Charité
et d'un quelconque foutage ?

Chronique à retrouver sur

06 mai 2010

The Terror (L'Halluciné)


On ne manque rarement, tandis qu'on informe avec bienveillance son voisin curieux, de rapprocher la galaxie Roger Corman d'un émérite laboratoire d'où sortirent d'une humble cuisse - sous le coup d'un adage comme inversé ! - autant de Jupiter qu'il est permis d'en rêver: Scorsese, Coppola, Hellman, Dante, Demme, Cameron et nous en passerons, voulez-vous ?
Le petit jeu est complaisamment facile, il n'en est pas moins exact. Et The Terror (1963) constitue à ce titre l'une des productions les plus emblématique de cette vertu aussi bassement opportuniste que positivement défricheuse.

Sans être un des fleurons de la prolixe filmographie du réalisateur-producteur (tel Baquet de Sang (1959) ou The Intruder (1962)), sans pouvoir jamais se mesurer aux adaptations que Roger fit d'Edgar Allan (La Chambre des Tortures (1961), Le Masque de la Mort Rouge (1964), La Chute de la Maison Usher (1960)), The Terror n'en est pas moins surcormanien. Au moins pour son sens de la « famille », sa roublarde mise en chantier, sa bordélique manière de production... et sa rentabilité sans fin.
Parti ainsi pour être le film le plus rapidement mis en boîte par le producteur, il deviendra en réalité le plus long à l'être (9 mois !).
Conçu à la hâte et la plus parfaite improvisation sur le plateau du Corbeau (la farce gothique aux monstres vieillissants où officiaient déjà Boris Karloff et Jack Nicholson) bouclé avec un peu d'avance, The Terror n'est d'abord le fruit que de deux jours de prises de vues indoor, mettant en présence dans des décors déjà amortis sur le budget précédent, un Nicholson fait soldat napoléonien errant, 17 avant les corridors de l'Overlook, dans les couloirs de la demeure d'un vieil aristocrate reclus depuis son veuvage - veuvage sujet aux plus grandes interrogations (puisque le jeune blanc-bec prétend avoir vu à de multiples reprises la défunte tandis que le vieil homme l'affirme calanchée depuis vingt ans !).

Au lendemain de ces premiers rushes (et de plans tournés pour étoffer (deux ans après sa sortie) une de ses antérieures productions: La Chambre des Tortures), rien de bien solide toutefois pour faire un film, même un film de Corman pour l'American International Pictures (c'est dire !). Aussi, après que Leo Gordon ait été convoqué pour organiser dramatiquement un brin le matériau prestement accumulé, chaque petit jeune de la troupe Corman (c'est à dire alors Dennis Jakob, Jack Hill*, Monte Hellmann**, Francis Coppola et même Jack Nicholson himself qui shootera l'ultime journée de plans articulaires nécessaire à la souplesse narrative de la chose!) va, par ci, par là filmer gracieusement un bout, bénévolement un brin, qu'on pourra éventuellement accoler à la prime matière. Et ce des mois durant !

Curieusement, le résultat n'est ni franchement décousu ni à proprement parlé disparate, pas plus qu'il ne trahit en définitive son tournage contrarié (et distendu).
De là à conclure qu'on tient pour autant une bonne affaire serait cependant hâtif. Corman surfe certes et sans vergogne sur une tonalité à la Poe, convoquant tous les motifs de ses précédentes adaptations, mais le lapidaire, ici, de son argument (un canevas narratif sommaire et pétrifié par des poncifs étirés au-delà du ridicule !) frotté au précaire de son prétexte opportuniste, la faible variété de ses différents plans (six réalisateurs et ils filment tous pareil ?!) voire sa patente redondance formelle, la tristesse de ses éclairages (à la manière dite « des phares de bagnole ») et l'omniprésence spectaculairement cache-misère de sa musique (pas mauvaise pourtant) minent sans équivoque une production pourtant sincère, dévouée, et, à défaut d'être éternelle, diablement symbolique.

Comme peut être considérée symbolique d'ailleurs la mise en abîme du vieux Karloff (76 ans alors), enfermé comme le baron Von Leppe - l'un dans sa demeure, l'autre dans son emploi, son image, son statut, son histoire, ses personnages et ses manières (ah ! voir le triste show expressionniste du vieil homme blessé dans ses scènes d'envergure...).
Karloff qui chez Roger Corman se prêtera à un jeu aussi confus et ambigu que Lugosi chez Ed Wood (une couche de sordide morphinomane en moins): on ne sait plus où finit l'hommage et où commence la pathétique exploitation.

On pourra regretter que les derniers hommages à la star qui fit les belles heures de la Universal tendance Monsters (Frankenstein, The Mummy, ...), n'eurent pu se faire dans des maisons plus soigneuses (comment ne pas penser à la Hammer et son gothique d'une autre trempe ?!) ou au bras de réalisateurs plus habités (pourquoi Mario Bava n'employa-t-il le vénérable que pour la seule présentation des Trois Visages de la Peur (1963) ?)

Mais s'il en est qui ne regrette rien, c'est bien Corman qui, après avoir repris, au lendemain de ce titre brinquebalant, son émérite série des Poe's Tales (avec La Malédiction d'Arkham que Richard Matheson lui scénarisera sur la base d'une nouvelle du bostonnien nettement infusée de l'univers d'HP Lovecraft, puis La Tombe de Ligeia, adaptée par le Robert Towne qui fournira les scripts de Chinatown, Missouri Breaks et The Two Jakes à... Jack Nicholson !) trouvera encore le moyen de rentabiliser jusqu'à l'absurde son Halluciné matériau.

Ainsi, produisant le Targets de Peter Bogdavovich*** en 1968, il permet au réalisateur de profiter de deux jours de tournage gracieux que Karloff lui devait encore, auxquels il ajoute des rushes inusités de The Terror, qui serviront de « film dans le film » !
L'utilisation de la star par Bogdanovich relèvera cette fois-ci, en une justice tardive mais vibrante, autant de l'hommage poignant que de la théorisation extrême du statut des acteurs cathartiques de « genre » en regard de leur public ou de la société dans laquelle ils évoluent.

De telles considérations, anecdotes, curiosités et circonvolutions extra-filmiques ne sauraient, d'ordinaire, entrer objectivement en ligne pour rendre compte d'un film. Dans le cas de Corman, elles sont, au même titre que la qualité de l'écriture ou du montage, parties intégrantes de la manière, du style, du mood,... de l'histoire du cinoche façon Rodgeure !
Roger Corman (1965)

* réalisateur du cultissime Spider Baby (1964),
puis des sommets de blacksploitation PamGrieresques:
Coffy (1973) et Foxy Brown (1974).
Anecdote goûteuse: son père fut le concepteur
du Château de la Belle au Bois Dormant de Disneyland !

** faut-il encore présenter l'un des plus avant-gardistes
des poulains Corman (avec Paul Mayersberg peut-être ?)
et rappeler ses fameux Ouragan de la Vengeance (1965),
The Shooting (1967) et Macadam à Deux Voies (1971) ? Non, bien sûr.

*** le critique/acteur/cinéaste étant bien entendu
issu lui aussi de la galaxie Corman !

Personne n'a trouvé...
Mais c'est pas bien grave...
... vous verrez pourquoi demain !

04 mai 2010

La Course à l'Echalote

Ne serait ce final follasso-cabaresque, laborieux et interminable (et où surjoue Bézu), au cours duquel Pierre Richard est contraint de saboter un show brightonien en détruisant les colonnes romaines en constituant le décor (et la plupart des séquences dans le salon de coiffure où officie Jane Birkin), La Course à l'Echalote offrirait un Zidi tout ce qu'il y a de majeur.
Diablement rythmé (autant dans ses canons absurdement répétitifs que dans sa centrale fuite effrénée), régulièrement drôle mais aussi volontiers « dur » (la traque des villains et leurs méthodes expéditives sont d'une parfaite brutalité), assez chouettement mis en image (Henri Decae à la photo, JJ Beineix à l'assistanat) le film s'offre même le luxe gourmand de clindoeiller furieusement les motifs parmi les plus célèbres de la manière Hitchcock (le train* du Stranger ou de la Lady Vanishant, la bâtisse toute Bates Motel et sa mise à feu Rebeccaesque, ... et nous en passerons et des plus birdsiens).
Servi en outre par des acteurs souvent à leur meilleur (Michel Aumont, proprement hilarant, Claude Dauphin, surprenant), cette seconde collaboration « condimentale » Pierre & Claude (moins successfull que La Moutarde me Monte au Nez, au point même de faire 600.000 entrées de moins en 75 que, carton un peu oublié aujourd'hui, l'Histoire d'O. de Just Jaeckin !) vaut, nous sommes en mesure de péremptoirement l'affirmer, bien plus que son titre (poussif) et de la (ringarde) place (à cause de son ahurissant cumul boxofficeux: un peu plus de 54 millions d'entrées en moins de trente ans et en une grosse vingtaine de titres ?) qu'on a tôt réservé dans le paysage cinématographique français à l'ancien cameraman d'un autre Claude: Chabrol (63-70).
Claude Zidi (1975)

* la séquence des wagons carnavalants n'est pas
sans préfigurer le final d'Un Fauteuil Pour Deux...
Landis avait-il vu La Course à l'Echalote ?