La Forêt d'Emeraude

A la seule lecture du plot de La Forêt d'Emeraude (inspirant l'unique certitude que l'affaire sera initiatique (le choc des cultures l'imposant)), on pourrait énumérer, tel Cyrano vous savez quoi, les tonnalités de traitement possibles.
Elégiaque, façon Malick ?
Rough comme tout bon survival forestier (Delivrance, Sans Retour,... Apocalypto) ?
Mystique tripé, tel ceusses de Coppola (Apocalypse Now) ou Herzog (Fitzcarraldo, Aguirre) ?
The Emerald Forest est tout à la fois, et sans doute plus encore (un brulôt écolo par ramenard (pas Avatar ?)). Enchanteresse, cauchemardesque, renversante de beauté et minante de pessimisme, la quête mise en scène par le réalisateur ès espaces (et mis en images par un Rousselot visiblement tout aussi inspiré que chez Beineix ou, plus tard, Burton), le metteur en scène des dualités, du sacré s'effondrant et de la mégalomanie punie qu'est John Boorman, et portée par le trop rare Powers Boothe (et le plus rare encore Charley Boorman*) est une plongée envoûtante, un rite hypnotisant, une parabole poignante et un putain de film d'aventures à la fois qui, passée sa côte Starfixienne de 85 a un peu perdu de sa notoriété aujourd'hui (il est vrai que les maigrelettes rééditions en DVD n'aident pas à regagner les galons).
Rythme, immersions, équilibre, découpage, ton, visions,... tout concourt à faire de ce titre une petite merveille d'équilibre (le mièvre et la pénible thèse étaient possibles, le spectaculaire gratuit aussi. Ils sont miraculeusement contournés, dépassés), de vivacité et d'intensité proprement revigorante.
John Boorman (1985)

* et pour cause le rejeton, moins joli qu'avant,
s'est fait (entre autres) biker pour le Dakar ?!
Pas ret'nu les l'çons de papee, le bougre ?

Hell Ride

Ainsi 29 ans après son Easy Rider, Dennis Hopper se laissait donc convaincre de réenfourcher une grosse cylindrée pour cette pochade complaisamment tarantinesque.
Sans doute séduit par le label Quentin (qui lui avait permis un chouette rôle dans True Romance) qui produit là, l'acteur ne se montrait que peu regardant quant à ce qu'on allait lui demander de faire (à peu près rien) et qui allait lui demander (à peu près personne). Car le Larry Bishop qui porte le projet avec une rare et suspecte exclusivité (scénario, réalisation et lead playing) n'a guère à offrir de plus qu'un vague pastiche post-Grindhouse de son parrain (qui déjà lui-même, lorsqu'il s'y met...), qu'un petit exercice « à la manière de » sans aucun lendemain ni patent talent (la preuve que les références sont loin de tout faire !).
Montage (démonstratif et vain), sound design (plaisant mais éculé), défilé de trognes (dont les indélébilement tarantiniens Michael Madsen et David Carradine !), violence exacerbée contrebalancée par un humour punchlineux voulu dévastateur (les pénibles battles explicitement lexicales, les slogans (the Three B's)), tout concourt à rendre la production un stérile décalque QT catégoriquement superfétatoire et dénué du moindre charme, même complice (malgré le poids de mythologie qu'on tente de nous imposer, rien ne prend jamais (à l'inverse d'un truc comme Sons of Anarchy)).
Côté casting le toujours surestimé Vinnie Jones s'avère à côté de son rôle et noie tôt son moteur rayon charisme tandis que Madsen se répète tragiquement et que le globuleux de l'oeil Bishop the president ne convainc absolument jamais... Le pauvre Hopper, la superbe éloignée et moins regardant sans doute depuis Land of the Dead, fait presque peine, loin qu'il est là de ses plus grands rôles (Apocalypse Now, L'Ami Américain, Blue Velvet, Rusty James, Easy Rider, True Romance, Indian Runner,... et même Speed ou l'hilarant et rigoureusement indispensable (quoiqu'en pense l'intéressé !) Massacre à la Tronçonneuse 2 !) et complice démissionnaire qu'il apparaît d'une production qui a tout (et pour tout le monde !) de la faute de goût.
De là à dire que les métastases auraient du accélérer le mouvement...*
Larry Bishop (2008)


Chacun Cherche son Chat

Est-ce parce qu'existaient déjà le Paris de Truffaut ou celui de Rhomer, que Klapsich s'est cru les coudées franches pour proposer le sien (ce qu'il fera encore avec Peut-Être) ? Privatejokant l'un et l'autre (La Boulangère de Monceau (autant pour les hasards de rencontres finalement décevantes que pour la vendeuse de baguettes), Baisers Volés (les cours d'immeubles microcosmiques où le ragot et la suspicion vont bon train)), le réalisateur dépasse heureusement les vains hommages pour trouver sa petite musique, sa prise de pouls d'un quartier, et offrir une radiographie sismographique d'un Paris en pleine mutation, en pleine destruction, en plein embourgeoisement, chassant dans les banlieues ceux qui firent son âme et sa sève (les vioques, les artisses).
L'élan est noble, la manière pas toujours maîtrisée, les saillies souvent à côté de la plaque (la caricature créateurs/mannequinat).
Choisissant, pour architecturer son film de borrough panaméen, de neigbourhood bastochard (dont la lisibilité topographique est ouvertement contrariée par le chaos urbanistique), le mode de la chronique paresseuse et papillonnement interlope (plutôt que la montée en tension jusqu'au drame d'un Do the Right Thing, dense et intense), le réalisateur croque son petit monde à coups de vignettes faussement anodines, de strips décousus mais signifiants (trop ?) et de punchlines taillées (trop !) pour le culte: la moindre, même si rare, réplique de Romain Duris se doit de faire ainsi mouche !*
Si on regrettera cet excès d'écriture dans le dialogue ou la caractérisation outrée de l'aréopage proposé (l'arabe paumé mais touchant, le gang des mamies,...), si on déplorera un régulier manque de naturel (un comble pour un film réalisé pour part avec de vrais habitants du quartier) et un non moins litanique des pénibles motifs humanistes (les bimbos et les petites cheftainess aussi malheureuses et frustrées que la valetaille), si on verra tôt poindre les limites du catalogue vaguement articulé autour du ballet assourdissant des caterpillars éventrant la Capitale, on ne manquera pas toutefois et par dessus tout d'apprécier la mélancolie ambiante qui harmonise le tout (le générique de fin sur Portishead est bien plus en phase avec le mood du film que les cuivres sautillants (and so Lappe !) de Ceux Qui Marchent Debout), de retenir la triste (quoique pas assez discrète) mélodie des solitudes et des renoncements, et, surtout, la jolie brochette d'acteurs qui nous fit croire les nineties durant que les choses allaient changer **. Revu avec cette nostalgie là le titre s'envoie sans peine. Mais objectivement, hein ?
Cédric Klapisch (1995)

* J'ai tout, moi. J'ai trop tout !

** Les Marina Tomé, Garance Clavel, Zinedine Soualem,
Antoine Chappey, Simon Abkarian...
étaient synonymes d'un « autre chose » auquel on crut,
dans la parenthèse enchantée courant entre 92 et 99
(comme, ailleurs, les Agnes Obadia, Eva Ionesco,
Dodine Herry, Laurent Lucas, Géraldine Pailhas, Jean-Noël Brouté, ...).
Mais de cette génération on ne s'est durablement ramassé
que des Marion Cotillard !
Et Duris, ouais (et Podalydès).

Alice au Pays des Merveilles

S'il nous paraît simpliste et spécieux (le préalable visuel régulièrement argué n'est pas tant le fait du dessin animé, mais bien des illustrations quasi-originales de John Tenniel auxquelles le Disney fut fort fidèle !) d'envisager l'Alice de Burton à l'aune étroite de celle que Clyde Geromini, Wilfred Jackson et Hamilton Luske mirent en boîte pour tonton Walt (quand bien même est-ce la même maison qui finance les deux affaires*), tout au plus entendrons-nous que l'une, la première, ne fit pas l'impasse sur le vent de folie faisant, page après page chez Caroll, frémir cheveux, plumes et pelages.
Tandis que la seconde, quoiqu'en prétende son auteur, tristement, si (un comble pour un réalisateur que Les Inrocks siglaient "zinzin" voilà 15 ans, pour la sortie d'Ed Wood !).
Et si, par entêtement on nous somme de convoquer l'Oncle Walt, y condescendrons-nous pour lui mettre en parallèle non pas le simple film** mais bien la démarche entière et commune avec celle du poulain autonomiste burbankais que campe, après trente ans de carrière, le drôlement méché Tim Burton.
En effet, n'est-il pas curieux de voir que les deux hommes, après avoir installé avec goût et force un univers visuel, graphique et technique fort (une patte en somme), se mirent fissa à revisiter de grands classiques de jeunesse (parfois les mêmes, comme Washington Irving ou le présent Carroll), des morceaux de patrimoine pour têtes blondes, tandis que film après film, leur « manière » n'en finissait plus de laisser voir ses coutures, de plus en plus sommairement exécutées d'ailleurs ? La liste est sans fin, systématique, pour les productions Disney... elle commence à se faire bien remarquer chez Tim aussi (Hansel et Gretel, James et la Pêche Géante, Sleepy Hollow, Charlie et la Chocolaterie, Sweeney Todd, ...) !

Construit sur l'inspiration (?) des deux textes aliciens de Lewis Carroll, le présent film de Burton ne semble n'en retenir sommairement que les personnages hauts en couleurs, le bestiaire merveilleux. Et, une fois la chiche manœuvre entreprise, de la désincarner encore un peu plus en n'en extrayant que le réducteur aspect illustratif, le brillant mais vain design.
Joli livre d'images sans grands enjeux et aux profils un peu exsangues***, petitement caricaturaux (les deux reines désolent tant elles sont finalement convenues et par trop lisibles (les "peu fous" le sont malgré tout et les "franchement fous" s'avèrent ne pas l'être tant)), le film, prenant alors l'ombre pour la proie, ne retient que le flacon spectaculaire en oubliant tragiquement l'ivresse de fond (et le rythme, et le souffle, et une poignée de choses encore, indispensables).
On en viendrait dés lors à se demander si quelqu'un a relu Carroll avant de nous embarquer dans cette énième trame épaissement mécanique de prophétie poussive et d'élu messianique tant les contresens abondent, à égale mesure avec les clichés post-Star Wars enfilés ici comme perles de rosée chantantes (ce problème de « précédents » mine d'ailleurs singulièrement l'affaire, qui arrive après bien des batailles, plastiques ou philosophiques (Harry Potter, Monde de Narnia... Shrek même !), heureuses ou non) et les balourdises initiatiques (ah, on le saura qu'on cherche la "véritable" Alice...).

A ce désagréable canevas narratif (que certains pourtant applaudissent pour sa lisibilité ?!), à ces essorages de caractères, à ce regrettable déficit de folie s'ajouteront encore, en cerises amères sur le gâteau tourné, des fautes de goûts majeures sinon proprement ahurissantes (la gigue en délire du Chapelier Toqué, verrue sonore et visuelle, authentique et incompréhensible rupture de ton, en constitue une de taille; l'épilogue affairiste en son entier (le triste détail est énuméré ici et ) une effarante autre), et que seuls les sempiternels attraits de Burton, que d'aucuns traqueront une fois encore comme groin la truffe, pour le baroque gothique contrepointeront un peu. Mais qu'un peu.
Et le coeur n'y est plus (ne sentions-nous pas déjà le coup venir avec Les Noces Funèbres ?), ni chez lui ni chez nous.
Tim Burton (2010)

* et que déjà entre 23 et 27 Walt s'embarquait dans une série de courts
hautement infusés par Alice !

** pour s'en tenir aux seuls films et jouer un instant la carte du pont
entre la version animée de 55 et celle, troidéïsée de 2010,
force serait de reconnaître que si le Disney ne parvint pas
à faire autre chose qu'enquiller des morceaux de bravoure
sans réelle dramatisation générale,
le Burton n'y accède guère plus et qu'en outre,
indigne constat !, il ne souffle,lui, ni chaud ni froid... ni rien.

*** qu'on veuille bien cesser de nous vendre
que Depp incarne un nouvel et touchant alter ego au réalisateur,
la blague a assez duré !

La Chasse du Comte Zaroff

Game, en anglais, signifie tout à la fois Jeu et Gibier. Autant dire que le titre de la nouvelle de Richard Connell (The Most Dangerous Game, 1924), puis de son adaptation cinématographique sous l'égide de David O.Selznick pour la RKO, revêt une subtilité polysémique que les distributeurs français ont tôt abandonné. Impasse sémantique ou opportuniste enclin pour un frontal addenda au « bestiaire » mythique qui commençait à submerger la planète cinéphile (au who's who des villains et des monsters où brillaient déjà Nosferatu, Dracula, Frankenstein et le Fantôme de l'Opéra, ajoutait-on le numéro du diabolique Zaroff) ? Difficile à affirmer. Reste que si c'est finesse linguistique fut (hélas) gommée, les autres ambiguïtés nimbant le film de Shoedsack et Pichel demeurèrent intactes. Et toujours aussi prégnantes et impactantes 80 ans plus tard !

Inutile de s'appesantir, malgré l'inouï de pondre deux chefs-d'oeuvres de telle manière !, sur les fameuses conditions de productions du film, majoritairement connues (le film fut mis en boîte en parallèle de King Kong, avec équipes et décors communs) et finalement « anecdotiques » (Roger Corman, avec moins de « miraculeux », retiendra la leçon (The Raven / The Terror) ou sur les immenses qualités du résultat (formellement, plastiquement, rythmiquement (faute de budget, le film fut raccourci de plus de 25 minutes par rapport au script), tout relève du meilleur cru et la somme critique existante est à la hauteur du niveau indiscutable du chef-d'oeuvre !), pour s'en tenir brièvement autant au malin de l'adaptation qu'à la pertinence éternellement contemporaine d'une partie de sa descendance (le propre du conte allégorique).

En effet, il est de ces textes, courts le plus souvent, denses en enjeux et en fétichismes presque toujours, et qui ne cessent jamais de nourrir des productions cinématographiques de leur thématique, de leur dispositif, de leur mood. Et ce sans jamais apparemment vieillir ni perdre acuité ou à-propos.
Si on pense au I Am a Legend de Richard Matheson ou à la plupart des pages de Wells (The Invisible Man en tête !), il est impossible de légitimement faire l'impasse sur The Most Dangerous Game.
Lui-même, dit-on, « inspiré » par la vie du magnat de l'armement gréco-russe Basil Zaharoff (1850-1936)*, le court texte (qu'on peut lire en français dans le volume Histoires Abominables des Alfred Hitchcock Présente que Presses Pocket éditait encore, pour le plus grand plaisir des kiosques de gares, à la fin des années 80) n'en tire en définitive que les contours d'une figure, maléfique certes, mais de manière un peu folklorique (ah ! la Russie post-tsariste et décadente !).
Le script de James Ashmore Creelman (pugnace salarié RKO régulièrement adjoint à Ernest Shoedsack) ne s'en tient pas à ces seules considérations de tyrans expatriés et confère vite au maniaque tout un bagage sadien, qu'il griffe de divers fétichismes freudiens. (...)
Ernest B. Shoedsack & Irving Pichel (1932)

(...)


* le gaillard inspirant d'ailleurs aussi Hergé en 35
pour l'album de Tintin L'Oreille Cassée (à peine grimé en Basil Bazaroff)
mais aussi le Mr Arkadin d'Orson Welles (in Dossier Secret, 1955) !

Bloodlust !

S'il n'est "ouvertement" un remake officiel du classique RKO-esque de Shoedsack et Pichel, Bloodlust ! s'avance malgré tout sous le patronage d'une adaptation de la nouvelle de Connell qui servit de base au Zaroff historique.
Tournée 29 ans plus tard, cette relecture prend (sous couvert de drivino-teenagerie ?) le parti d'évacuer (pour la remplacer hâtivement par un lapidaire argumentaire sur les absurdes ravages psychologiques causés par la guerre) toute la charge baroque, gothique, philosophique et même sexuelle du modèle qui voyait Leslie Banks sans cesse caresser ses cicatrices faciales et vanter "le meurtre, puis l'amour". Elle ambitionne dans un même temps de faire glisser la mise en place vers une forme bientôt canonique du film d'horreur moderne (avec sa brochette de jeunes gens insouciants se jetant dans la gueule du loup).
Campé par un casting bien inégal (que de ridicule, hors les efforts du vieux routard de Wilton Graff, du plaisant Eugene Persson (sorte d'improbable réincarnation de Peter Lorre en ado !) et du convainquant quoique rarissime Troy Patterson) et visiblement mis en boîte dans des conditions de productions Cormaniennes (décors réduits et surexploités, cadres économes), le film semble depuis toujours souffrir d'une réputation calamiteuse de Série Z sans valeur aucune.
Toutefois, s'il n'est sans doute pas aussi excitant que d'autres resucées telles A Game of Death (Wise, 1945), La Course au Soleil (Boulting, 1956), La Proie Nue (Wilde, 1966) ou Open Season (Collinson, 1974), ni aussi drôle que les dérives post-nuke que le thème put nourrir (Les Traqués de l'An 2000 (Trenchard-Smith, 1982)), les choses ne sont pas aussi rédhibitoires. Un charme certain ne manque en effet pas d'affleurer régulièrement: certains plans « chocs » ne sont ainsi pas sans saveur (tel « l'atelier de démembrement », annonçant aussi bien le labo de Massacre à la Tronçonneuse que les bains acides de Blue Holocaust) tandis que le rythme autant que l'atmosphère (malgré une indicible tendance télévisuelle dans la dramaturgie du premier quart) ne sont pas non plus à proprement parlé négligés. Nous sommes certes en plein petit machin pour double-programme*, en pur midnite movie fauché mais alerte (et à des années lumières en deçà du modèle !) mais on ne saurait bouder son plaisir non plus (sans pour autant s'enfermer dans une attitude psychotronique ou roublardement nanardeuse !). N'en déplaise aux geeks prompts à dézinguer les ambulances.
Ralph Brooke (1961)

* le dvd Z1 du film est d'ailleurs complété
par Atom Age Vampire (Majano, 1962)
et les Z2 (qu'il soit Bach ou Wild Side)
le voient accolé à son « père » Les Chasses du Comte Zaroff
(Shoedsack/Pichel, 1932).

Halloween 4 - Le Retour de Michael Myers

On ne reviendra pas sur la légitimité de l'aversion suscitée par cette haute et néanmoins triste symbolique de l'horreur made in 80's que fut le slasher, sous-genre aux promptes et balourdes limites, et son exploitation en autant de licences interminablement séquellées*, mais nous ne verserons pas non plus dans une aveugle diatribe, nourrie par un procès tenu autant à farouche charge qu'à furieux a priori.
En effet, si l'on additionne tous les épisodes cinématographiques des trois grands boogeymen du genre (soit quelque chose tout de même comme 26 films, hors récents remakes, autour des trois figures principales toujours coiffées (qui d'un chapeau mou, qui d'un masque de hockey et qui, enfin, d'un masque de William Shatner)), peu sans doute retiendront durablement notre attention.
Les trois premiers Freddy ? Les deux premiers Myers (le Rosenthal n'a pas grande côte, mais il nous plaît à nous autres) ?** - quant à Vendredi 13, merci de ne pas pousser non plus (encore que le Chapitre Final...) !. Et pourtant.
Pourtant, alors que le mythe du Tueur d'Halloween a été revisité (rebooté, à la mode « où-qu'il-est-le-trauma-fondateur ? ») tout en étant relu (façon 2.0 metal et violence craspec), est-ce bien valide que de s'interroger sur ce que valait la remise en scelle de 88 du grand gaillard indéboulonnable et préfèrant les tricks aux treats (l'opus 3 avait complètement déserté le terrain du slasher et oblitéré le croquemitaine) ? Non, mais oui.
Non, car les aficionados vous diront tenir là le meilleur épisode outre l'originel... mais vous les connaissez les aficionados... toujours prêts à vous vendre leur laïus prosélyte...
Oui, car ils n'auront pourtant sans doute pas tant tort (même si on préfère le #2, nous !), dans la mesure où le titre, borgne chez les aveugles, avance cependant avec une sincérité plastique, menée avec conviction et soin graphique (la direction artistique de R. Crandall et la photo de P.L. Collister constituent certainement le point culminant de la médiocre carrière de ces deux grigous).
Soin plastique seulement toutefois car dés qu'il s'agira de mettre une construction dramatique au point, passé un très aimable prologue, doucettement dérangeant et anxiogène, les choses se gâtent fissa.
Les caractères*** ne reposent ainsi, par exemple, que sur leur supposé charisme, tel l'aussi indestructible docteur Loomis, en bon Van Helsing sentencieux, qui semble ici atteint du syndrome Halloran (du nom du perso tenu par Scatman Crothers dans Shining: la mise en place patiente d'une incarnation secourante qui s'évapore dans une soudaine et tonitruante impuissance) et ne propose rien de plus que quelques minutes préalables et supplémentaires au métrage, et la jeune Jamie Lloyd, hésitant (avec une certaine intensité, c'est vrai) entre la Carol Ann de Poltergeist 1-2-3 et le Tommy Jarvis de Vendredi 13 4-5-6.
Les péripéties orchestrées sont en outre et au mieux ennuyeuses (le siège de la maison du shérif Meeker), au pire rocambolesquement suspectes (on croirait sincèrement qu'il manque un plan sur deux lors du final dans l' école puis de la fuite en pick up !) et tout porte longtemps à croire que les quatre scénaristes (après qu'un premier, Dennis Etchison****, fut évincé dés que les droits de la licence furent revendus par Debra Hill et Carpenter au producteur Moustapha Akkad !) ayant eu à monter le projet aient surtout pissé de la copie pour impressionner laborieusement du mètre.
Toutefois, malgré ces apparentes scories, logiquement rédhibitoires pour quiconque, transpire à nos yeux un certain charme, suranné (déjà ?!) et fumeusement explicable (sans doute le fruit d'un parcours initiatique établi autrefois au coeur même de ce type de productions, et qui nous permet de dépasser et le stade de sa médiocrité et les tentations faciles de postures nanardophiles) si ce n'est par la charte formelle, visuelle, d'un genre qui, s'il ne brille pas souvent pour ses enjeux ni ses métaphores (bon, le Mal absolu, ok... et puis ?), propose des conventions sinon plaisantes, au moins familières et régulièrement par nous louées, telle, par exemple, l'indéfectible cinégénie de la suburbia américaine (ici fugace mais guère démentie) qui berça notre adolescence...


* manière cyniquement remise au goût du jour ces dernières années
depuis Scream et les remakes à gogo
(n'est ce pas Marcus, Rob et les autres ?)

** à noter que seules ces deux séries s'amorcent
par un authentique chef-d'œuvre (Craven 84, Carpenter 78)

*** exit la Laurie Strode campée par Jamie Lee Curtis,
l'actrice ayant réorientée sa filmo avec
Un Fauteuil pour Deux ou Un Poisson Nommé Wanda,
ne voulait plus condescendre à l'horreur cheap...

**** un habitué de novelisations de scripts fantastiques
(The Fog, Halloween, Videodrome)


Halloween 4: The Return of Michael Myers, 1988/USA - Dwight H.Little



 




















La Course à l'Echalote

Ne serait ce final follasso-cabaresque, laborieux et interminable (et où surjoue Bézu), au cours duquel Pierre Richard est contraint de saboter un show brightonien en détruisant les colonnes romaines en constituant le décor (et la plupart des séquences dans le salon de coiffure où officie Jane Birkin), La Course à l'Echalote offrirait un Zidi tout ce qu'il y a de majeur.
Diablement rythmé (autant dans ses canons absurdement répétitifs que dans sa centrale fuite effrénée), régulièrement drôle mais aussi volontiers « dur » (la traque des villains et leurs méthodes expéditives sont d'une parfaite brutalité), assez chouettement mis en image (Henri Decae à la photo, JJ Beineix à l'assistanat) le film s'offre même le luxe gourmand de clindoeiller furieusement les motifs parmi les plus célèbres de la manière Hitchcock (le train* du Stranger ou de la Lady Vanishant, la bâtisse toute Bates Motel et sa mise à feu Rebeccaesque, ... et nous en passerons et des plus birdsiens).
Servi en outre par des acteurs souvent à leur meilleur (Michel Aumont, proprement hilarant, Claude Dauphin, surprenant), cette seconde collaboration « condimentale » Pierre & Claude (moins successfull que La Moutarde me Monte au Nez, au point même de faire 600.000 entrées de moins en 75 que, carton un peu oublié aujourd'hui, l'Histoire d'O. de Just Jaeckin !) vaut, nous sommes en mesure de péremptoirement l'affirmer, bien plus que son titre (poussif) et de la (ringarde) place (à cause de son ahurissant cumul boxofficeux: un peu plus de 54 millions d'entrées en moins de trente ans et en une grosse vingtaine de titres ?) qu'on a tôt réservé dans le paysage cinématographique français à l'ancien cameraman d'un autre Claude: Chabrol (63-70).
Claude Zidi (1975)

* la séquence des wagons carnavalants n'est pas
sans préfigurer le final d'Un Fauteuil Pour Deux...
Landis avait-il vu La Course à l'Echalote ?