In the Air

Plus que dans les cieux, pourtant abondamment filmés en autant de chromos signifiants (toutes ces vues graphiques et plongeantes sur l'anonyme immensité des villes), c'est plutôt sur l'air du temps que flotte (haut) le dernier film de Jason Reitman. La Crise est là et la fonction d'Effaceur, de Terminator du licenciement va de pair, de légitime logique. Rien à redire au fond de ce plot, plutôt intéressant quoique vite pris par le petit bout de la lorgnette existentielle et peu par l'horreur cyniquement évidente de ses procédés* (le réalisateur aussi y va de curieuses combines en faisant jouer les licenciés par d'authentiques gens mis au chômage de cette manière !?). L'autre air du temps (indémodable) est bien sûr celui de la middle life crisis (sujet de prédilection des sundanceries à audience !) que le scénario fait achopper au premier thème, les doutes du flying lonesome cowboy étant ici induits par l'intervention de deux apparitions féminines (un peu à la manière des anges Felliniens d'Il Bidone), virtuelles ou à peine matérielles finalement.
Ces deux airs pris en compte et une fois installé à bord, chacun pourra regretter que nombre de choses ne soient (en toute logique ?) que survolées, au fond, et qu'aucun des thèmes égrenés ne soient véritablement traité, sous couvert de licence poétique indé (de faciles petites séquences punchy et symboliques émaillent le titre (les tricks d'hôtels, d'aéroports, de rent-a-car) et quelques tentations véristes-documentaristes, font office d'arbres dissimulant soigneusement la forêt dans laquelle le script refuse farouchement d'entrer).
Mais on remerciera le peu de résolution du scénariste à ne pas aller plus avant non plus dans la thèse family-power (un épilogue mitigé nous faisant éviter la noyade en guimauve) qui finit par nimber le titre comme autant de nuages discutablement ouateux et mélancoliques.
Mais si à ne prendre aucun point à bras-le-corps et demeurer ainsi dans la salle d'embarquement, on évite le pire... on doit se passer aussi, hélas, du meilleur.
Jason Reitman (2010)
* préférer à ce titre les remarquables Ressources Humaines (Cantet, 99)

Sacré Graal !

Après le CV cinoche pour marché US que constituait le florilège Pataquesse, le Monty Python prend himself le licou de sa destinée cinématographique (soutenu par des capitaux rock, de Led Zep' au Pink Floyd plaçant là la money de Dark Side of the Moon) et enfourche ses... noix de coco pour relire la légende arthurienne façon nonsense.
Le festival de moments cultes (impression appuyée par le mode sketcheux du métrage) s'avère inénarrable (quoique régulièrement et en tous lieux narré) dans ce film sans teu ni quête, et offre des minutes de bravoure à chacun des membres de la frappadingue troupe.
On manque certes, froggies grossiers, le coche d'un certain nombre de tricks reposant sur une brittanitude qui nous échappe (understatment, subtilités des accents et variétés des types de discours,...), mais on sait, nonobstant notre francaouinerie, goûter le reste, tout ce réjouissant reste (absurde, décalage, anachronisme, verbiage, mauvais goût, travestissements, parodies, saillies contre les vindictes populaires et les génuflexions serviles, ..., autant d'iconoclasteries de tous les instants) mis au point lors du défunt laboratoire bibici-esque du Flying Circus, et savourer même jusqu'aux effets cache-misère (l'absence de chevaux faite profession de foi comique, la fin précipitée).
Attentifs, on appréciera aussi le soin plastique déjà rigoureux des deux Terry de réalisateurs (Jones et Gilliam) autant que l'assise solidement historique des différents tableaux (les Pythons ne sont en effet – ouf ! - ni des Enfants de la Télé ni même du Cinéma*, mais d'authentiques rats de bibliothèque !).
Terry Jones & Terry Gilliam (1974)

* Allégation pas tout à fait exacte:
les gaillards étaient rompus au différents shows anglais
tels The Week That Was et The Frost Report (auxquels ils collaborèrent même)
et avaient une solide culture radiophonique,
biberonnés au Goon Show de Peter Sellers qu'ils étaient tous...
La revue théâtrale Beyond the Fringe de Peter Cook et Dudley Moore
autant que le Q5 de Spike Milligan, show concurrent au Flying Circus,
les inspirèrent aussi grandement.

La Rumeur

Le bruit court, nous dit-on, que La Rumeur ne jouit pas véritablement des audaces thématiques qu'on lui prête. Ce n'est pas loin d'être faux (le saphisme n'y est touché – in extremis- que du bout du doigt, et encore: vendu comme une pathologique déviance) sans pour autant être exact (se replacer dans l'époque est une perpective à ne pas négliger).
La vigueur qui, en revanche, ne saurait être discutée, c'est le moderne de la mise en forme, rien moins que brillante. Loin de l'académisme massif d'un Ben Hur (auquel on peut penser dés lors qu'on évoque ce besogneux artisan de Wyler), le titre fait preuve d'une multitude de témérités formelles d'une confondante efficacité (profondeur de champs, jumps cuts, décadrages, etc.) et au signifiant tantôt parmi les plus élégants (le film évite avec grâce et finesse bien des écueils mélodramatiques et pathétiques), tantôt les plus lyriques.
Malgré le théseux du sujet et sa persistance thématique chez le réalisateur (qui avait déjà adapté la pièce originelle en 36), nonobstant la malice évidente du casting (les wilderiennes Hepburn et MacLaine sortent respectivement des cartons emblématiques (et glamorous) Breakfats at Tiffany's et La Garçonnière) et le cabotinage d'enfants-acteurs mal canalisés (ouh la pénible Karen Balkin !), le titre se distingue par sa continuelle élégance, sa nette marque européenne (un découpage et une grammaire technique digne des meilleures nouvelles vagues, fussentelles françaises ou italiennes) et son inaltérable intensité.
William Wyler (1961)

Urban Cowboy

Bud Davis est un jeune cow-boy. Il se rend en ville pour voir son oncle Bob. Ce dernier lui trouve un travail grâce auquel il rencontre une dénommée Sissy. Ils tombent rapidement amoureux et se marient tout aussi vite. Mais lorsque Sissy se lie d'amitié avec Wes, leur relation se dégrade. Wes est en fait un escroc voulant cambrioler l'oncle de Bud... 


Urban cowboy, 1980/USA, canonné par Sonic Eric.

Jean Douchet déclarait récemment au micro de Frédéric Taddei sur Europe 1 que ce qu’il retenait en priorité des années 2000, c’était la quasi-disparition d’un certain type de cinéma américain, celui qui n’était taillé ni pour être un blockbuster, ni pour épater la galerie au festival de Sundance. Un cinéma avec des moyens raisonnables destiné à un public adulte et qui, sociologiquement, s’attachait plutôt à la classe moyenne. Un cinéma qui nous donna Norma Rae, Blue collar ou Anywhere but here entre cent autres. 
Rarement le fait d’immenses cinéastes, le regard qu’il portait sur l’Amérique nous en disait souvent plus que bien des articles fumeux.  
Urban cowboy fait partie de ce cinéma-là. 
Bud (John Travolta) tâche d’échapper à son destin de redneck texan en allant chercher fortune à Houston. Il trouve rapidement un emploi grâce à son oncle dans la maintenance d’installations pétrolières et le soir venu, il dépense son maigre salaire dans un Honky Tonk réputé, Gilley’s. Là, il fait la rencontre de Sissy et très vite la séduit (grâce à ses incontestables talents de danseur de Texas Two-step) puis emménage avec elle. Bud se découvre alors une passion pour le rodéo et notamment pour le taureau mécanique, la nouvelle attraction de Gilley’s. Cette marotte devient son obsession jusqu’à lui faire perdre le boire, le manger et même Sissy… Comme souvent hélas, dans ce type de productions, le scénario ne brille pas par son originalité et il ne faut pas être grand clerc pour deviner que Sissy, un temps fasciné par les rictus «bad boy» de Scott Glenn (magnétique mais monolithique) reviendra bien vite se carrer dans le giron de son Valentino. Quant à la romance de Bud avec Pam, la jolie héritière en quête de « real cowboys », sa conclusion est une insulte à la psychologie féminine la plus élémentaire. Pourtant, avant le retour à l’ordre et à la popote, Urban Cowboy nous aura offert, au moins une heure durant, un joli portrait de femme libre en la personne de Sissy. Celle-ci, inapte au ménage (« you live like pigs » lui assène même la tante de Bud) comme à la cuisine, ne rêve que d’échapper au destin qu’on lui a tracé. Là où il y a un obstacle, Sissy y voit un défi. Lorsque Bud lui dit :« You gotta learn there’s certain things a girl can’t do », Sissy lui rétorque malicieusement : « Name one !». 

Pendant que les autres filles patientent au bar, Sissy, elle, veut braver les codes implicites du Honky Tonk. Elle s’essaie au punching ball forain, quitte à s’y blesser et, surtout, elle désobéit à Bud en pénétrant le territoire interdit aux femmes, ce fameux taureau mécanique qu’elle chevauche lascivement. Il faut la voir entrer chez Gilleys dans un beau contrejour bleu électrique et défier les hommes sur leur propre terrain. Son sourire lorsqu’on lui laisse enfin le contrôle de l’engin sursautant, incontrôlable vibromasseur, ressemble sûrement à celui que devait arborer Eve au pied de l’arbre de la connaissance. Tout en naïve provocation. 

Alors, bien sûr, le message émancipateur est en partie neutralisé par un montage alterné pas loin d’être moralisateur (plus Sissy s’approche du taureau, plus Bud risque la chute de son échafaudage) mais le mal est fait et l’on n’oubliera plus le visage « affranchi » de Sissy devant la bête acéphale. D’autant que Sissy, c’est Debra Winger, qui, une fois de plus fait de son personnage une création difficilement oubliable. Tour à tour désinvolte, effrontée, perdue, mutine, elle est une raison à elle seule de voir ce « Saturday Night Fever » country, aujourd’hui un peu oublié. 

Interprètes: John Tarvolta, Debra Winger, Scott Glenn

Scenario: James Bridges & Aaron Latham - Photo: Reynaldo Villalobos - Musique: Ralph Burns - Production: Irving Azoff & Robert Evans - Réalisation: James Bridges.

Sortie française: 27 août 1980



L'AVIS DE L'EQUIPAGE
Manchec EdouardS Tellop  Frank  T.Chance Orlof  Loeb  Sonic Deslices  K.Roy Lemarchand
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Voyage en Italie

viaggio+in+italia

Froidement et sans colère (on n'est pas, malgré de nombreuses scènes au volant, chez le Pialat de Nous Ne Vieillirons pas Ensemble !), un couple se délite, se quitte sous nos yeux.
Les vestiges antiques de l'Italie, sereins et immortels, et les italiens eux même, bordéliques et truculents, symbolisent le nœud se défaisant, tristement mais tranquillement.
On a tout dit de ce film, bouleversant le langage cinématographique comme La Règle du Jeu en son temps, préfigurant la Nouvelle Vague, les Nouvelles Vagues: que son néo-réalisme (Naples est filmée à son insu, pas de dramatisation, jamais, nulle part avant le dernier quart d'heure (le meilleur !)) associé à l'étude psychologique envoyait tant le bois, et tout le bataclan cinéphileux.
N'en demeure pas moins un certain ennui, une contagieuse errance poliment convenue, une petite visite gui(n)dée, bourgeoise et pleine d'une maturité faiblement communicante, malgré pourtant (my) Master George Sanders et l'Ingrid Bergman.
Car on préfèrera, en ces lieux, un symbolisme plus lourd, plus tordu, empestant un peu la cocotte, une outrance inverse au documentaire. Du montage, du plan, du second degré et du mensonge en juste mesure... (Dario plus que Roberto !)
Ou s'il faut conserver le hiératisme vériste, une tension plus forte, une nervosité plus implacable, je sais pas moi.
Autant dire en conclusion que nous ne sommes pas ici, de Roberto à Rosetta, fait pour le Réalisme à la papa.
Roberto Rossellini (1953)