If....

Les palmarès cannois sont souvent (toujours ?) insaisissables. Comme si chaque président de jury (Visconti l'année qui nous occupe) voulait faire le malin et, en tous les cas, davantage que son prédécesseur (en même temps, et pour cause, en 68, y'avait pas eu d'Grand Prix ni de petits !).
Ainsi If.... se voyait tout d'or palmé en l'an de grâce 1969. Soit, et chacun sera en mesure de mesurer la paille, devant Easy Rider et Ma Nuit Chez Maud.
Le temps a fait son ouvrage (réparateur ?) et le Rohmer et le Hopper ont sans doute eu raison, en termes de postérité, du Lindsay Anderson, dont wikipédia, et c'est dire !, ne retient presque exclusivement qu'il fut le film qui permit à Kubrick de repérer Malcom McDowell pour Orange Mécanique.
C'est un peu plus que cela..., mais pas tant non plus.
Reprenant à son compte anglais (soit avec davantage de corsetage et de sado-masochisme refoulé), les rancoeurs du Vigo de Zéro de Conduite, le film ne s'en tient pas à un simple argument similaire séparé seulement de 35 ans et d'un channel mais pousse la chose jusqu'à reprendre, la main sur l'hommage, nombre de motifs et de manières (cartons, générique sur cris d'enfants, vignettes à l'onirisme surréalisant, et, bien sûr, le final sur les toits, poussé ici jusqu'à ses confins meurtriers et suicidaires) du prestigieux modèle.
On pourra cependant, passées ces cinéphiles identifications, s'ennuyer un brin sur le tiers central du métrage, mais aussi apprécier tel travelling douloureusement sonore, ou les diverses séquences sanitaires, à la cruauté et l'équivoque sans pareille.
De gros sabots et un poil de complaisance dans le "malmenage" de bourgeois (dont le point d'orgue final, entre électrochoc et pantalonnade grotesque, déçoit) ne permettront toutefois pas la parfaite adhésion.
Lindsay Anderson (1969)

Zéro de Conduite

Qui, sincèrement, pour ne pas se pâmer devant Zero de Conduite ?
Vertov et son Homme à la Caméra même se faisaient tacler par Eisenstein.
Mais chez nous, où on prône l'iconoclasme et où on fustige les catéchismes, qui prît du recul, négligea la légende et assuma la modération légitimement trop rare chez les laudateurs associés (Truffaut en tête, mais aussi Bertolucci) ? Jacques Lourcelles ou Louis Skorecki, en leur temps et leur façon, diront bien que tout ceci n'est pas si mal, mais qu'un Pagnol (et son Merlusse) renvoie Vigo ressasser stérilement son enfance perdue. On prendra déjà ça.
Vigo, c'est un bonhomme, c'est une histoire, une prédestination, une vocation,... c'est du romantisme alain-fournieresque et révolté, un concentré rimbaldien d'Histoire du Cinéma, à n'en pas douter... Mais est-ce la révolution que les manuels nous disent et que même Lindsay Anderson dans sa Palme d'Or 69 (ou... Patrick Schulman dans son insaisissable P.R.O.F.S. *) loue sans ambiguïté ?
Ok, le ballet des corps juvéniles, le libertaire poétique, oui encore de l'audace formelle (impressions de rêverie, sensations claustrales, freak show arlequinant des adultes, surréalisme au coin du couloir, symboliques piétinées),... l'affranchissement (déjà) du cinéma à la papa (refus du récit), c'est entendu... mais après ?
Le Renoir de Tire-au-Flanc, le Bunuel de l'Age d'Or, Vertov, Chaplin,... ont eux aussi, alors à leur manière, fait déjà bouger les lignes... Alors quoi ?
Et quand bien même, on communierait avec l'idée que donc, masterpiece, point-ta la ligne... quel (sincère) plaisir de spectateur, autre que vibrant au diapason de la légende, différent que celui d'appartenir à une élite d'esthètes ? Hein, dites ? Baissez vos masques !
Alors, je le répète (une dernière fois) et vous le demande:
Qui, sincèrement, pour ne pas se pâmer devant Zéro de Conduite ?
Jean Vigo (1933)

NB: nous ne causons bien sûr pas de ce Zéro de Conduite-ci (bande-annonce, là), même si notre indécrottable véhachèsserie nous y pousserait légitimement...

* Bruel est d'ailleurs le nom d'un des personnages de Zéro de Conduite,
y'aurait-il un rapport pseudonymique avec notre champion de poker à voix cassée?

Héros de Trop ? - Mad Max Au Delà du Dôme du Tonnerre (1985)

Je me souviens de ce numéro de Metal Hurlant Spécial Mad Max 3 (je l'ai.. où l'ai-je mis ?), blindé jusqu'à la gueule de photos de tournage, d'exclus diverses.
Mais de toutes ces exclus, la plus grosse était absente: Mad Max 3 serait un film de Luc Besson !
Cette assertion nous apparaît évidente 25 après et ce n'est pas tant le sempiternel messianisme reproché (bien réel, en mode "Goldingo-Peter Pan 2.0" et effectivement répréhensible*) qui en est à l'origine (encore que ça colle aussi, dans toute sa naïveté et son démonstratif).
La musique en revanche est déjà une piste de choix.
Atteint par la contamination FM propre à l'époque (remember Rocky IV ou Highlander !), la BO n'est plus confiée au symphonique Brian May mais au compositeur ès-désert Maurice Jarre (Lawrence d'Arabie). Las !, le bonhomme a visiblement trop écouté la partoche de Subway et livre alors en  échos des instants d'indus' en toc enchâssés dans d'infects envolées de saxo - parmi les plus dégueulasses produites alors, ce qui n'est pas une paille (la nostalgie pourra toutefois produire un paradoxe complet et faire apprécier l'affaire pour cela même qu'on pointe: partoche moche mais rassurante).
L'étalage de trognes que constitue le casting (un enclin pour le freak fashion), les angles clippesques sous lesquels elles sont photographiées, l'équilibre du tout entre ludique et spiritualité, violence et ridicule comique, punchlines et prophétie,..., parachèvent singulièrement la familiarité avec la filmo du gros Luc, du Dernier Combat au Cinquième Élément (au moins).
Bigre. Si, à la revoyure, on s'attendait !

Ceci posé, force est de concéder que MM3 s'avère plus "orthodexement" post-nuke que les opus précédents et qu'il avait sans doute à coeur d'installer un peu plus d'univers, d'enjeux et de construire moins sommairement ses personnages.
Mais chacun sait depuis longtemps de quoi sont pavées les rues de l'Enfer et l'exception qui confirme la règle n'est pas à chercher par ici: nombreux sont les échecs et régulières les minutes ridicules, ou celles évoquant un amalgame par trop voyant des cinémas des petits copains (Indiana Jones, Goonies, Forêt d'Émeraude)... et de paresseux auto-pompage (la poursuite finale !).

Le principal (et paradoxal) crédit alors à porter au titre sera sans doute d'être un film on ne peut plus emblématique de son temps, frappé de toutes les scories d'alors (vendu au public encore peu familier de l'univers punk/SM par un vilain single matraqué en radio***), atteint de la stérilité à tirer sur la corde d'une licence qui n'avait pas spécialement lieu d'être (dur de relier objectivement les trois chapitres, autant temporellement que dans leur logique propre**) et prise à la fois d'une ambition thématique autant que d'audience, qui mène le projet tout au bout des rails... Dead End. Mais, à ce titre, hypnotique aussi !

NB: le redouté #4, longtemps arlésienne, pointe finalement son V8, hélas...


** quid du pilote Jedediah, que ne reconnaît plus Max
alors qu'ils ont été complices dans le #2 ?!

*** curieusement prophétique, à ne pas avoir besoin d'un autre héros ?

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Mad Max Beyond Thunderdome, 1985 - George Miller & George Olivie, canonnés par Manchec.


The Lodger (Les Cheveux d'Or)

Le lecteur (la lectrice ?) attentif serait à même de nous démasquer. Pointer le pot aux roses et dénoncer notre vile paresse, notre odieuse complaisance à sempiternellement ressortir la même note dés qu'il s'agit de vous entretenir d'un Hitchcock "période anglaise".
Heureusement que ce lecteur (lectrice ?), légendaire s'il en est, n'existe pas.
Pas plus donc qu'il n'existe d'Hitchcock objectivement mineur.

Avec The Lodger, on est même à l'exact opposé du mineur, et bien les pieds dans la masterpiece.
Hitch de première bourre (son premier véritable effort, selon l'auteur), classique indiscutable du muet, ces Cheveux d'Or (adaptés du roman jackrippesque de Belloc Lowndes, qui en inspirera d'autres) sont déjà un parfait inventaire Alfredique comme cela agaça tôt Jacques Doniol-Valcroze (qui n'y voyait que vain et stérile catalogue, le connaud !*). Faux coupable, blondes, Eros et Thanatos, menottes et escaliers, oui, sont ainsi bien au générique des réjouissances !
Comme à l'occasion de tous ses premiers films, le réalisateur est encore à la merci ou d'une production, ou d'une vedette de l'époque (ici le bellâtre Ivor Novello), mais parvient pourtant à emmener la chose vers son univers retors et subtil, fétichiste et caustique, malgré les (trop) nobles desiderata de chacun (ainsi ici, pas possible de laisser entendre trop longtemps que la vedette pourrait être le vrai coupable).
Fourmillant de trouvailles visuelles devenues fameuses (le plafond transparent, effet littéralement renversant), riche de plans signifiants et/ou dynamiques, fort d'un montage intense (qu'on dit n'être pas, mais alors absolument pas, le fait d'Alfred), gorgé de symbolismes divers (religieux** ou sexuels, tant qu'à faire !), The Lodger devrait étourdir le chaland comme il l'a grossièrement été, bleusaille !, par Inception.
Seulement voilà, on sait comme est fait le monde: ce monde sans lecteur idéal n'est pas beaucoup plus pourvu de spectateur idéal...***
Alfred Hitchcock (1926)

NB: à lire ici, chez Abronsius, une opiniâtre, et non moins passionnante, revue des primes et muets films d'Hitch.


* qu'il en cause à Stanley Kubrick ou à Georges Perec,
de la vanité inventorielle !
Ah, non: ils sont morts... ah, ben lui aussi !

** voire catégoriquement christique !

*** la preuve: même les meilleurs chérissent en secret
un Bud Spencer & Terence Hill...

Ghoulies

Curieusement, de l'opportunisme que l'on prête à Ghoulies, dans sa farouche détermination de gremlinsploitation, il n'est en définitive rien. Ou pas grand chose. Une volonté de distributeur raccrocheur de wagons (oui le titre, oui l'affiche), et guère plus.
Pour le reste, la trame occulte à base de poussive magie noire, de filiation dans la sorcellerie grandiloquente, noie bien trop le poisson pour laisser l'occasion aux quelques (rares ?) créatures de l'enfer du titre de s'exprimer.sans compter que ni la thématique ni l'esprit n'ont à voir avec le film de Joe Dante (argument unique pour avoir motivé notre désappointé visionnage !) !
Il faut concéder que l'inexistence d'animation complique singulièrement les interventions des petites choses, réduites à l'état assez inoffensif de peluches craspecs, et qu'elles ne sont d'ailleurs pas en définitive le sujet principal du script (le deuxième opus, réputé "supérieur", semblerait plus en phase avec la repompe de Gremlins).
L'affaire est dés lors aussi indigente que présupposé et ce n'est pas les compositions hallucinées (chacun à leur manière) de l'ex-Duran Duran Michael des Barres (qu'on préférera mille fois dans Sugar Town) et du Lynchien Jack Nance (qui, Eraserheadien par essence, sait pourtant ce que c'est les p'tites bêtes dégueus !) qui sauveront la branlante baraque.
Luca Bercovici (1985)

Livre - Judd Apatow: Comédie, Mode d'Emploi

En janvier 2010, Judd Apatow a accordé une série d'entretiens à Emmanuel Burdeau, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma. Judd Apatow décrit en détails son itinéraire et la totalité de son travail d'auteur-producteur, depuis les débuts dans le stand-up à la douzaine de succès qu'il a produits, écrits ou réalisés, de Freaks & Geeks à 40 ans toujours puceau, En cloque, mode d'emploi ou Supergrave, jusqu à la sortie récente de Funny People. Ce livre est une première. Jamais Apatow ne s'était exprimé aussi longuement. De Steve Martin à Garry Shandling, de Lenny Bruce à Seth Rogen, il dévoile un pan essentiel de la tradition comique américaine. Comédie, mode d'emploi est l'histoire d'un homme et de sa passion pour la comédie. Il est aussi, à sa manière, une histoire drôle. Comment écrit-on des blagues ? Quel est le bonheur et le travail de faire rire ?


Judd Apatow: Comédie Mode d'Emploi, Emmanuel Burdeau (Capricci), canonné par Manchec.


Judd Apatow (et sa fameuse "galaxie") jouit, depuis cinq ou six ans, d'une telle hype credibility qu'on en a presque oublié déjà les Farrelly (Mary à Tout Prix), frangins pas malgré eux.
Le quadra ex-stand-uper (ex- car laborieux !) semble avoir ainsi durablement (et injustement) éclipsé ces autres plumes télévisuelles (Seinfeld) devenues mètre-étalon du rire politiquement incorrect made in USA.


Après Peter et Bob, en France, où les cheveux ont pour habitude de se voir trancher dans leur longueur par deux fois au moins, où on aime (et nous les premiers !) considérer, segmenter, distinguer... - ratiociner en somme ! -, Judd s'avère une aubaine dialectique pour opposer la potache comédie populaire de la comédie d'auteur. A la page 109 de Comédie, Mode d'Emploi - Entretien avec Judd Apatow, Emmanuel Burdeau évoque cette frontière floue et le succès mitigé en découlant sur l'Hexagone: Comédies d'Auteur ou comédies d'ados ? Comédies intelligentes ou comédies stupides ? (l'intéressé répond d'ailleurs un peu à côté, incriminant les adaptations linguistiques).

Certes oui, la question est là: Supergrave a-t-il à voir avec American Pie, ou bien ?
Pourquoi Seth Rogen (alter ego d'Apatow à l'écran) peut-il faire la Une des Cahiers du Cinéma (#649)1, tandis qu'on pourra attendre encore longtemps avant que Sean William Scott reçoivent les mêmes honneurs ?
Saurait-on envisager qu'on appréhende de manière aussi sérieuse et analytique le moindre courant "équivalent" de comédie française post-TV (Eric & Ramzy ? Michel Hazavanicius ? Maurice Barthélémy ?) ? Car le titre de l'ouvrage que publie les (très exigeantes quoique) très abordables Editions Capricci aurait pu (du ?) être titré: Comédie (Américaine), Mode d'Emploi 2.



De nombreuses autres questions sont bien entendu au coeur de l'ouvrage, des plus techniques (qu'est-ce que des punch-ups, un showrunner, des underdogs, un show single camera, qu'est-ce qu'outliner ou qu'écrire des spec-episodes ?) au plus générales et permettent de dessiner bientôt des sortes de portraits (d'Apatow bien sûr, gentiment névrosé et chaleureusement paternaliste (sa galaxie d'acteurs (Seth Rogen, Paul Rudd, Leslie Mann, James Franco, Jason Segel, Jonah Hill, Bill Hader mais aussi Will Ferrell), d'auteurs (Evan Goldberg), de copains (Ben Stiller, Adam Sandler), de réalisateurs (Gregg Mottola, Adam McKay, Nicholas Stoller,...) sans cesse s'élargissant (le vétéran 80's Harold Ramis ayant rejoint le crew), mais aussi, par exemple, des chaînes de télé qui multiplient les atermoiements à chaque changement de responsables et dont pâtissent les créatifs 3).


Évocations d'influences (tiens ?! Pas un mot sur John Hugues) et d'idoles (Ste-ve Mar-Tin ! mais aussi Lenny Bruce) mais guère des collègues "hors-galaxie" (Kevin Smith, les frères Weitz, Jay Roach, Todd Phillips ou Mark Brazill 4) offrent une perspective certaine d'un garçon (fan de Cassavetes, de Bob Fosse, de Hal Hashby et de... James L.Brooks !), bosseur (damn ! le rire c'est du boulot), multi-casquettes (producteur ici, réalisateur là, scénariste ici et là) et volontiers freaky (l'adage Bovaro-Flaubertien vaut pour presque tous ses films !) mais peu de questions hors les particulières (la durée de ses films) trouvent vraiment de réponses au cours de la centaine de pages d'échanges.



Seule l'introduction (spécieuse parfois, brillante souvent) de Burdeau décrypte la manière, le corpus, l'homo-apatowus. Avançant une thèse d'integrated comedy (à l'instar de l'integrated musical qu'imposera Vincente Minnelli avec Le Chant du Missouri (1944)), le critique souligne par exemple la difficulté du rire tandis que le rire est partout... et expose les perspectives dont le créatif n'a cure, parachevant ainsi une utile introduction à la geste du Judd.








1 Emmanuel Burdeau n'y était plus le rédacteur en chef depuis six mois !

2 l'auteur envisage d'ailleurs une série quasi encyclopédique sur le sujet, en dix volumes rétrospectifs (décennie par décennie).

3 de Ben Stiller Show à Freaks and Geeks, Apatow sera souvent en butte avec les décideurs ôtant prématurément ses projets de l'écran tandis que l'Emmy Award Academy l'honorait dans un même et paradoxal temps !
4 scénariste sur la drôlissime série That's 70's Show, le garçon accusait Apatow en 2002 de plagiat (un échange de mails que publia Harper's Magazine en atteste !)

Crazy Night

La perméabilité entre les écrans américains, petits et grands, est décidément de plus en plus nette. Opportunité commerciale ? Vivier authentique ? Difficile de savoir ce qui motive telle ou telle distribution.
Vu récemment l'absolument dispensable Valentine's Day où la mainmise de Grey's Anatomy (et encore ! Katherine Heigl a refusé un rôle), mais aussi la présence de Jennifer Garner, Topher Grace et Aston Kutcher apparaissaient bien suspectes.
Certes oui, les bonnes séries télés US sont à l'heure d'aujourd'hui souvent plus excitantes que ce qui se passe au cinoche. Mais est-ce au point de se montrer plénipotentiaires ?
Fort de son casting The Office-30 Rock-That 70's Show-Gossip Girl, le dernier film de Shawn Levy (dont nous avions aimé La Nuit au Musée et détesté le remake de La Panthère Rose), Crazy Night, ne semble pas non plus s'écarter de l'enclin télévisuel du moment*. Donc.
Mais passées ces préambulatoires considérations NBC-esques, quoi d'bien fou qu'dans cette foll'nuit ?
La confirmation de l'ahurissant tempérament comique de Steve Carell avant toutes choses, hilarant dés qu'il ouvre la bouche (et pourtant en perpétuel understatment !).
La production rejoint en outre la palanquée de films façon "tout barre couilles à Nou-Nouille", et dont Escapade à New York (1969), After Hours (1985), Nick & Norah's Infinite Playlist (2008) ne sont pas les plus mauvais, avec pour optique supplémentaire peut-être d'offrir un numéro de bravoure à chacun (mention spéciale au couple enfiévré James Franco/Mila Kunis).
La mécanique du tout souffre d'un peu trop de volonté (par peur de perdre le rythme ?), de démonstration de force (on est un peu en présence du Nolan's Batman de la comédie, à vrai dire), impliquant un déterminisme qui sied finalement assez mal aux protagonistes (le final, par ailleurs précipité, est à ce titre assez foireux). N'en demeurent pas moins plusieurs poignées de minutes authentiquement jubilatoires (toutes les scènes avec Mark Wahlberg, la collision avec le taxi,...) et l'envie en découlant de se reprendre la filmo de Carell dés La P'tite Arnaqueuse (un John Hugues, c'est pas un signe, ça ?) !
Heu, sans Evan Tout-Puissant alors...
Shawn Levy (2010)

* et ce ne sont pas les présences très faiblardement anecdotiques
des plus cinématographiques William Fichtner
et Ray Liotta qui inverseront la tendance...

Douches Froides

Pour être tout à fait honnête, le triangle amoureux n'est pas ma figure cinématographique préférée. Il suffirait de voir à quel rang je place Jules et Jim dans mon classement Truffaut pour s'en convaincre.
Ce n'est donc pas ce qui m'a touché le plus dans Douches Froides (ça tombe bien car ce n'est sans doute pas, malgré les tentations Brisseau-istes du distributeur du film, le propos central).
Possible chaînon manquant entre Ressources Humaines et Les Beaux Gosses (remarquez, y'avait de la place entre les deux !), le film du fémisseux Antony Cordier (qui me ferait en définitive davantage penser à Stéphane Brizé qu'à Sébastien Lifshitz ou Gael Morel) jouit, plus encore que d'une patine homo-éphèbo-érotique, d'une belle nostalgie pour le cinéma français trentenaire et late-90's (d'ailleurs, et c'est tout dire, c'est un film Why Not Productions !).
Retrouver ainsi, d'une scène où seule Karin Viard, Denis Podalydès et Mathieu Amalric se sont vraiment tirés, des gens un peu évaporés comme Jean-Philippe Ecoffey, Claire Nebout, Camille Japy et Florence Thomassin, laisse à croire qu'on va tomber sur Eva Ionesco ou Antoine Chappey dans deux minutes.
La peinture sociale et politique qui sert de fond aux three lovers est toutefois le gros point fort du film, d'une belle acuité, mais pas exempte de défauts (le personnage de chef d'entreprise en fauteuil roulant d'Aurélien Recoing ne fonctionne pas une seule seconde !), à égale mesure avec la remarquable précision du quotidien sportif des jeunes judokas.
C'est évidemment dans sa forte dose de documentaire (Cordier en avait d'abord réalisé un, Beau Comme un Camion, sur son berceau tourrangellement ouvrier) que le film est le meilleur à nos yeux, son nœud passionnel et coming-out-of-age nous ayant plus embarrassé qu'autre chose (mais visiblement pas les nombreux jury à l'avoir couvert de prix !).
Antony Cordier (2005)

Le Tigre Aime la Chair Fraîche

C'est quand même moche d'attendre que son auteur soit fait viande froide pour finir par voir cette Chair Fraîche que le Tigre semble donc aimer.

Panouille aussi alimentaire qu'espièglement à contre courant (dur de croire que seuls 5 ans séparent Le Beau Serge de ce joli Roger), ce 007-like* revisité façon barbouzes à la française, est ainsi loin de l'image dont on a coutume de se gargariser de Chabrol (et dont on va se gargariser derechef, la calanche venue): ses bouffes, ses bourgeois, sa province,... et son cruel microscope posé dessus.
Doucettement parodique, gentiment surréaliste, cette coprod italienne (association dont Chachabe sera un temps familier), loin d'être honteuse, pourrait aisément se lover quelque part entre Lautner et Godard, entre deux aussi improbable que pas toc, tout d'même.
Elle est en outre - et l'amateur saura goûter ! - l'occasion pour Mario David d'une composition surprenante, assez magnétique (façon albinos émargeant au SPECTRE), et pour le réalisateur de filmer avec un soin assez épatant des scènes par ailleurs assez convenues et que, ce faisant, ils élèvent bigrement. Nombre de mouvements d'appareils et un joli paquet de points de vue rendent en effet le film régulièrement bluffant (les plans d'Orly, fichtre !), là où ,chez d'autres, il aurait été bien plus transparent. Voire négligeable.
Écrit par Hanin himself (mais sous pseudo)**, payé par sa régulière (Gouze-Rénal) pour qu'il se redore un blason terni, le film finit pourtant par devenir , peu ou prou, une chose de Chabrol , grâce à l'influence de son team (Pierre Jansen et ses partoches exigeantes, Jean Rabier qui soigne là un sacré beau N&B, l'immanquablement sublime Stéphane Audran, les toujours impayables Attal & Zardi), indéfectible déjà.

L'aventure suivante (Le Tigre se Parfume à la Dynamite), qui introduira curieusement Michel Bouquet dans la galaxie chabrolienne, sera déjà plus pop.
Plus pop que ce maudit 12 septembre... qui voit Sardou chez Drucker et Chabrol au cimetière !
Claude Chabrol (1964)
* volonté diablement affichée en castant la petite Daniela Bianchi
au lendemain de sa Tatiana Romanova de Bons Baisers de Russie...


** mais adapté par le fils Hunebelle,
alors en plein bain Fantômas et... OSS 117 !

L'Epreuve de Force

L'argument du convoyage de témoin crucial vite contrarié (le convoyage, pas le témoin – encore que) constitue presque un genre en soi. De L'Enigme du Chicago Express et ses remakes à 16 Blocs en passant par Bullitt et sa descendance doucettement paranoïaque ou Witness, nombre sont les scénarios à tirer sur ces cordes dramatiques.
Ce faisant, Eastwood (pour sa sixième réal perso), en profite autant pour relire la structure thématique (one-against-odds) et spatiale du western que pour malmener sa minérale image Harry-esque.
Campant là un flic au rabais (au milieu d'autres ripoux), alcoolique et volontiers intimidé par les mœurs du monde dans lequel il vit (sans verser perdreau de l'année et renoncer à tout ses motifs (les « punks » par exemple), il n'est pas le macho habituel), le réalisateur varie un tantinet la partition.
Mais, pour filer paresseusement la métaphore musicale, il n'en néglige pas moins le rythme: quasi-prototype de l'actionner moderne frappé de priapisme (ammo à gogo, multiplication des véhicules, destruction régulière et masochisme broussewillisien à tous les bouts), le titre demeure fameux pour son final dans les rues de Phoenix où les flics canardent sans fin (8000 balles !) un bus qui semble indestructible (symbole de l'héroïsme de la modestie citoyenne face à la machinerie lourde du pouvoir ?), mais surtout (à nos yeux au moins) pour cette séquence ahurissante de la destruction d'un pavillon de banlieue par fusillade pour le moins nourri. Sans oublier ce personnage épatant de Gus Mally, la prostituée frondeuse (une figure assez audacieuse alors !) campée par la trop mésestimée Sondra Locke, occasion de joutes verbales assez croquignolettes (la première rencontre en cellule ou la conversation avec le shérif "kidnappé" et graveleux*, authentique et réjouissante règlement de compte d'Eastwood avec son image misogyne).
Clint Eastwood (1977)

NB1: à noter une affiche pas banale, signée par l'héroïqueux fantasyste Frank Frazetta, loin ici de Conan ou de Tygra !

NB2: outre le sens de "défi", The Gauntlet (titre original) évoque aussi le couloir qu'empruntaient les "nouveaux" dans les collèges anglais, au bord duquel se tenaient les "anciens", leur donnant des coups de bâton !


* parfait Bill McKinney, un collègue de Dustin Hoffman
et un fidèle du crew Eastwood.

Juge et Hors la Loi

On pourrait défier quiconque s'entiche de causer western 70's de le faire sans employer les adjectifs "picaresque", "élégiaque", "truculent" et, par dessus tout, "crépusculaire". Ainsi la tâche serait aussi malaisée que pour un critique rock à qui on aurait interdit de nous servir de son « fameux cap difficile du deuxième album », et tout aussi cruel que d'ôter deux pattes en définitive à une araignée pour voir si elle court toujours aussi vite, cette petite salope.
Comment, en effet, sans ce précieux quoiqu'outrageusement galvaudé lexique (et en n'autorisant pas plus la notion d'anti-héros) communiquer ses impressions concernant certains Penn (Little Big Man), Pollack (Jeremiah Johnson), Altman (John McCabe), Peckinpah (Un Nommé Cable Hogue), ... ou le Huston qui nous occupe ici ?
Remarquable et fantasque chronique d'un homme, d'un univers et d'une philosophie (la justice, pas la loi - la paix, qu'importe qui on pend pour l'obtenir), aussi emprunt d'Histoire(s) que d'esprit BD (on notera que l'album de Lucky Luke mettant en scène ce même Roy Bean est antérieur de 13 ans au film de Huston et qu'une adaptation de celui-ci même le précéda encore d'une petite année... sous la signature de Jean Girault et avec... Pierre Perret dans le rôle-titre ?!), qui alterne en autant d'épisodes réjouissants tenus par un casting épatant (Perkins*, Keach, Bisset**, Principal, Beatty, ... Gardner !) bravoure douteuse, faits discutables, mauvaises fois goûteuses, détresses et chimères bouleversantes, fidélités intenses, punchlines savoureuses et gunfights jouissifs. Le script de John Milius est ainsi un festival de gourmandises d'ours mal léché (et c'est bien le cas de le dire !), de sens pointu de la légende et d'observation mélancolique d'un monde (et de ses mythes) qui disparaît (l'ouest légendaire, celui au-delà du Pecos) qui permet à Huston d'étayer ses manières et ses thèmes, de laisser s'épanouir ses audaces (ruptures de ton, outrances cartoonesques, rudesse du trait mais goût du conte). Et autorise le spectateur (Jean-François Coen le premier !) à prendre un plaisir à nulle autre pareil !
John Huston (1972)

* dans un emploi aussi roublardement halluciné
que celui de David Warner dans Cable Hogue.

** qui, après la poule à McQueen (Bullitt),
campe la fille de Newman !