29 octobre 2010

Portés Disparus 2

C'est forts du succès tout relatif du choucard Portés Disparus premier du nom que les lascars Golan et Globus (hérauts de l'exploitationnesque Cannon !) s'entichèrent légitimement d'honorer l'Histoire du Cinéma Américain par l'entremise d'un indispensable second volet (en réalité préquelle écrite préalablement au 1er opus mais finalement écartée) à leur grand œuvre Reaganien. Coiffant même au poteau de quelques semaines Sly et son Rambo II de rayonnante mémoire (la modestie, voire l'indigence !, de la production permit de travailler plus vite que sur le plateau de Pan Cosmatos) cette deuxième incursion du Colonel Braddock dans les mémoires cinéphiles n'offre que peu à se mettre sous la dent (si ce n'est un rat, dans LA séquence d'anthologie du film !).
Enjeux politiques douteux, expéditifs et manipulateurs, xénophobie primaire, complaisances et barbaries extrêmes, patriotisme sommaire (malgré l'arrière-goût amer d'un pays ayant abandonné ses enfants), manichéisme spectaculaire (l'odieux Colonel Yin est un SOB de première),... tout concourt bien sûr à alimenter la légitimité d'une hargne en tous points ridicule.
Si la base n'est pas neuve - elle n'est même plus scandaleuse tant elle est grotesquement éculée* et n'offre guère de point d'achoppement à toute critique objective, qu'en est-il de la sauce ? Oui, du coup: par quel bout de la grenade prendre Portés Disparus 2 ?
Le chiche de ses moyens (un pauvre hélicoptère, un petit lance-flamme, mais surtout des bambous, des bambous et des bambous) ?
Le morne univoque de ses personnages (exception fugace faite de Nester le traître) et le monolithique idoine de leur interprétation (Norris, parfait basset artésien sous lexomil tout au long du film) ?
Le flou historique de son dispositif (l'action devrait se dérouler en 79, année de l'évasion de Braddock d'après ce qu'en disait le premier opus, mais les images de Reagan à Arlington enterrant le soldat inconnu de la guerre du Viêt-Nam datent du 28 mai 84 ?!) ?
On ne sait que choisir...
D'autant qu'en définitive, la production ne brille guère par son fun ni même par ses séquences chocs, finalement bien rares. Et l'ennui pourrait vite poindre si son climat humidement sado-masochiste (c'est un minimum !) n'entretenait pas un brin l'attention.
Préférer, quitte à revoir un Norris de l'année, l'aussi nauséabond philosophiquement mais autrement plus déglingos: Invasion USA !
Lance Hool (1985)

* à ce titre, la posture anti-diplomatique du premier Portés Disparus
était bien plus embarrassante.

20 octobre 2010

Dr. Jekyll & Mr. Hyde

"Parangon" du genre victorien (avec les différentes versions des frasques saignantes de Jack l'Eventreur), la nouvelle cauchemardesque de Stevenson a irrigué le siècle de cinéma qui lui succéda tant ses ressources tant psychanalytiques que hautement graphiques et "thrilling" apparaissent évidentes.
On se souvient volontiers de l'adaptation de Rouben Mamoulian (31, avec Fredric March) , réputée la toute meilleure, ou de celle de Victor Fleming (41, avec Spencer Tracy et Ingrid Bergman) ainsi que certaines de ses plus fameuses variations (Docteur Jerry et Mister Love de Jerry Lewis, 1963) mais les choses débutèrent bien plus tôt et la version de John S. Robertson s'avère, en 1920, déjà la troisième mouture officielle.
Joli morceau de muet très classique (peu de partis pris dans la réalisation) qui opte délibérément pour les ramifications morales du texte de Robert Louis, qu'il exacerbe au plus haut point.
En effet, en faisant de Jekyll un presque messie médical (il finance intégralement et officie gracieusement dans une clinique pour pauvres qui le voient littéralement comme un sauveur au point de se pâmer autant par adoration que par faiblesse pathologique !), un modèle absolu de vertu, il ne travaille par opposition que par le Mal lui aussi absolu qu'incarne Mr Hyde.
La dualité interne au personnage est de fait volontairement écartée (de même que l'éthique scientifique) au profit d'un simple effet de contraste (ce à quoi est d'ailleurs souvent réduit la nouvelle, pourtant plus subtile) au point que s'avèrent bientôt centrales les transformations du personnage qui, si elles souffrent de trop modestes effets spéciaux, sont soutenues par le jeu convaincu de John Barrymore (le grandaddy de qui vous savez !) fort expressionniste dés qu'il s'agit de faire ressentir le tortueux de l'âme traduit par le corps, rendu grotesque, débile, hideux, difforme.
On aurait bien vu s'y coller Lon Chaney (qui ne campera étonnamment jamais l'emploi !), mais, cette même folle année 20, il était d'un autre Stevenson: L'Île au Trésor !
John S.Robertson (1920)

18 octobre 2010

Dirty Dancing

Devrait-on laisser bébé dans un coin ? Ou pas ?
Neumbeure ouane de tous les top ten de chick flicks trentenaires (alors que, eh ! les filles ! Réveillez-vous: Quand Harry Rencontre Sally, c'est quand même aut'chose !), qu'en est-il sincèrement de Dirty Dancing ?
Il convient préalablement d'avoir à l'esprit que l'inaltérable plébiscite (le culte en somme) dont DD est l'objet depuis plus de 20 ans est sans doute aussi subjectivement incompréhensible pour les garçons que celui dont pourrait jouir un film de Bruce Lee (mettons Opération Dragon) aux yeux incrédules des filles*. Et que, par là même, tout ce que nous, mâles à œillères et de peu de foi en la danse des sens, dirons ici sera immanquablement retenu contre nous. A égale mesure que ce que l'on retiendrait des ricanements cristallins adressés à l'endroit du Petit Dragon.

Le lapidaire de l'argument social (lutte des classes sur fond d'avortement et de "porté" dans un lac), le peu d'ambition de la peinture d'une époque ("confusionnée" par une BO mêlant standards d'époque et FM late 80's) ne sont en rien à nos yeux blasphématoires, en regard de l'échec assez ahurissant du film, lui, à ne jamais parvenir à transmettre la moindre "viscéralité", la plus petite urgence, l'élémentaire et profonde philosophie de la danse. Pour un titre à la gloire du mambo comme hypocrite ascenseur social, voilà qui est curieux, sinon préoccupant.
Certes Johnny Castle gagne sa vie en dansant et danse encore avec sa bande le boulot fini, mais jamais il n'a l'intense vibration d'un Tony Manero (Saturday Night Fever) pas plus que celle, distinguée mais non moins investie, d'un Tony Hunter (The Band Wagon).
La caractérisation des personnages est en outre assez faible, sortis de Johnny et Baby (la blessure de Penny et la nature de son lien avec Castle sont des plus évasives), autant que la musicalité générale des rapports entre protagonistes est volontiers confuse, voire négligée.

Le film repose dès lors exclusivement sur le potentiel d'identification des jeunes filles (le choix de Jennifer Grey (la fille de vous-ne-savez-peut-être-pas-qui !) est à ce titre assez efficace dans son opportun anti-newtonjoneserie) et sur une dose certaine d'érotisme espièglement bridé (Swayze remettra ça dans la sarabande safe-sexuelle - et pour cause ! - avec la glaise de Ghost), taillée pour se sentir fissa à l'étroit dans son soutif (grr, Patrick, grr)**.

Pour autant, s'avaler Dirty Dancing est rarement déplaisant, y compris pour un fan de nun chaku et de survête jaune, ni même véritablement ennuyeux. Comme tous les pensionnaires en villégiature à la pension Kellerman, on n'en attend pas plus qu'une détente crapuleuse (honteuse ?), une parenthèse paresseusement dépaysante dans son quotidien (le nôtre cinéphile, par exemple, et/ou testostéronné), sachant bien que tout cela n'est pas bien sérieux (gloussé ou pas, le second degré est souvent de mise, même chez les chicks, pour légitimer le film), ni objectivement solide.
On restera cependant en droit de préférer Grey en irascible frangine de Ferris Bueller, Swayze en surfeuse icône gay et considérer que Popeye, dans Les Bronzés, constitue l'archétype indépassable du gentil animateur de vacation camp, talonnette ou pas: "Eh bah je sais pas quel âge elle a mais elle aime la bite, hein !"
Ou, bien sûr, se précipiter derechef sur le DVD d'Opération Dragon.
Emile Ardolino (1987)

* ou un Bud Spencer & Terence Hill
- mettons: Cul & Chemise !

** formule aux petits oignons qui fit du film d'Ardolino
un succès aussi surprise que massif et hautement rentable.

15 octobre 2010

L'Invasion des Profanateurs de Sépultures

Flanqué d'un titre français en lice pour la palme de la plus grotesque adaptation (mais de quelle cerveau malade sont sortis ces "profanateurs de sépultures" ?!), Invasion of the Body Snatchers ("escamoteurs de cadavres" n'eut pas été plus léger, au moins se serait-il avéré plus exact) fait sans peine suite à la sainte trinité de la SF 50's paranoïaque, aux côtés de La Chose d'un Autre Monde (Hawks/Nyby, 1951), du Jour où la Terre s'Arrêta (Wise, 1951) et des Envahisseurs de la Planète Rouge (Cameron Menzies, 1953)*. Grande geste d'invasions métaphoriques où le rouge n'est plus la seule couleur de la planète Mars, cette trilogie "d'intérêt" voit lui succéder, avec un mérite égal sinon supérieur, le film de Don Siegel.

Financé par une poignée de cerises (382 200 pour être exact) d'une chiche branche de Walter Wanger (le grigou apprendrait la dépense avec Mankiewicz et son Cléopâtre, moi j'vous l'dis !) et tiré d'un roman pas toc de Jack Finney, le titre se distingue toutefois par une plus grande ouverture allégorique encore que ses aînés, permettant toutes les interprétations possibles (et leur contraire): anti-rouge, anti-macarthiste, etc.**
Le réalisateur dira avec une humilité fatiguée de son œuvre qu'elle ne pointait rien de plus que la désincarnation de la société américaine, quelle qu'en soient les causes - un peu à la manière du Village des Damnés de Wolf Rilla* (d'après John Wyndham), autre grand cauchemar délirant de paisible bourgade familiale peu à peu dépossédée de ses émotions et de son libre-arbitre.

Quel qu'en soit le sens caché, qu'on en débatte, botte ou pas, le film n'en est pas moins un jalon thématique (trois remakes depuis*** et combien de films issus de son influence !) et formel, central dans les meilleurs filmographies (Joe Dante en tête, qui citera le Siegel dans Gremlins, et emploiera, en hommage éternel, l'acteur Kevin McCarthy**** dans presque tous ses films), fort du petit modèle d'efficacité narrative, d'angoisse borderline et hautement communicative (ne seraient ce prologue et cet épilogue imposés par la production pour ne pas se montrer trop désespérément noir) qu'il constitue.
Économe dans ses effets mais toujours percutant voire dérangeant (l'acharnement de Bennell, fourche en main, à détruire son clone), manipulant des thèmes impactant, narrativement ou philosophiquement (le sommeil létal, la monstrueuse majorité à pensée unique), L'Invasion se hisse sans peine parmi les chefs-d'œuvre du genre. Et par delà. Ce genre que nous louons tant.
Don Siegel (1956)


* autant de titres remakés, pour le pire parfois (Derrickon),
pour le meilleur souvent (Hooper, Carpenter).

** que les moins au parfum s'inquiètent d'en savoir plus
sur le plot et les modus... ici par exemple.


*** chacun moins bon que celui le précédant...

**** on appréciera l'ironie d'un acteur principal nommé ainsi
dans un brulot possiblement anti-MacCarthiste !

13 octobre 2010

Lenny

D'aucuns - chagrins que ceux-là ! - prétendront que l'oeuvre cinématographique de Bob Fosse ne repose que sur deux piliers. Bien volontiers, nous agréerons. Mais quels piliers !
Le Spectacle et la Mort.
Ceci convenu, libre à chacun d'épuiser l'équation: la mort du spectacle, le spectacle jusqu'à en mourir, le spectacle de la mort et, puisque (quoiqu'en pense le dramaturge Noël Coward !) the show must go on, le spectacle par delà la mort...
Thématiquement parlant, même si tout ceci pourra paraître nombriliste aux grises mines évoquées plus haut, il leur faudra concéder que c'est toujours mieux amené que chez Christophe Barratier.
Car au moins, à défaut d'être un complet cinéaste (assertion dont on pourra débattre), Fosse s'avère vite, indéniablement, un diable de metteur-en-scène. L'homme de show (il est d'abord un chorégraphe jéromerobbinsien de grand talent tenant tout Broadway dans sa main) a l'oeil, le sens du cadre et de la lumière, le baroque nécessaire et la retenue bienvenue selon les situations, qui font que chacun de ses cinq films sont de petites merveilles visuelles, plus ou moins spectaculaires. Lenny est parmi les plus discrets mais pas les plus ternes non plus (en est-il seulement ?). On ne prendra cependant pas le seul emploi du (somptueux) noir et blanc de l'opérateur Bruce Surtees (qui sera longtemps associé à Clint Eastwood) et ses postures documentaristes pour court argumentaire à la retenue.

En effet, loin de l'hagiographie ou de l'enfilage de morceaux de bravoure comme autant de perles forçant l'adhésion du spectateur, Fosse prend le parti du temps. Du temps et, presque, des temps « morts ». Regard sur les laborieux débuts, invitation à des repas de famille, témoignage d'une idylle naissante, étude de ses différentes assignations judiciaires, le film ne se fait jamais laudateur ni n'économise les contradictions (fussent-elles narcotiques) de son sujet. L'homme est complexe, le film, formellement l'est tout autant malgré sa classique structure de biopic fait d'interviews (la femme de Bruce, sa mère et son agent). Un montage court, rapide et ample à la fois, riche d'informations sans jamais ni signifier ni saturer, des points de vue toujours forts (emploi du gros plans mais aussi des profondeurs de champ) sans être jamais inédits gratuitement, la mise en forme, la circonscription en espaces, offrent un écho bouleversant à la quête donquichottesque de l'humoriste en butte contre l'hypocrite système d'une Amérique traquant, après le communiste dans ses rangs, le nouvel ennemi: l'obscène.
(...)
Bob Fosse (1974)

NB: le film ressortait aujourd'hui en salles grâce au goût et aux soins de Carlotta Films.

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12 octobre 2010

Dragnet

Il y a fort à parier que le travail de Tom ne suscita que rarement l'admiration de papa.
Signant, en effet, les scripts des 007 les plus péteux (Live and Let Die, Man with the Golden Gun), ne parvenant même pas à se faire créditer au générique de Superman 2 malgré son apport ou se portant sur le directing avec cette présente adaptation de la série (culte ? au moins pour Dan Aykroyd !) de Jack Webb (et reliftée en 2003 en LA Dragnet, avec Ed "Al Bundy" O'Neill), pas sûr que son old man trouve quelque chose pour se hisser aux côtés de Mme Muir, La Comtesse aux Pieds Nus, ni même de Guys and Dolls.
Ceci posé, doit-on faire le même sort à l'eau du bain qu'au bébé ?
Ce bain 80's, où le bon goût des scores était bien rare (ici, encore merci Art of Noise* !), l'enclin, dans la comédie policière, pour la punchline (la bouche de Tom Hanks en est ici gavée), aussi monnaie courante que le recours au travestissement - singeant punks et gays pour amuser le bourgeois (voir Police Academy ou Le Flic de Beverly Hills). Et le sacro-saint second degré, signe balourd de lâcheté décadente et hautement télévisuelle (ici post-Saturday Night Live), lové dans la moindre séquence du moindre buddy movie.
Et pourtant.
Et pourtant Dan Aykroyd.
Dan Aykroyd !
Dan Aykroyd, qui, par delà les sommets Un Fauteuil pour Deux ou SOS Fantômes (et quelques Landisseries de plus), nous fera gober s'être marié à une alien, ou qu'on porte, sur Remulak, le crâne pointu en toutes occasions. Dan, quoi.
Dan, seul indiscutablement drolissime dans Dragnet.
Ce même et certes anecdotique Dragnet qui pourra par ailleurs séduire fugacement les plus prompts à baisser la garde véhachesse, à l'occasion de sa mignonnette caricature d'un magnat de la presse érotique (un peu d'Hefner en robe de chambre, un peu de Flint aussi) ou par l'emploi de bons clients (l'inégalable moustache de Dabney Coleman, l'inoxidable (et ici ordurière) Kathleen Freeman, le cultissime Christopher Plummer**, l'encore proprette Alexandra Paul***,...), mais guère plus (l'amorce du film semble s'engager sur une spooferie à la ZAZ pour renoncer presque aussitôt****). L'amateur de John Waters (celui de Serial Mother ou de A Dirty Shame) appréciera enfin à sa juste mesure le climat général ridiculisant la pudibonderie (possiblement hypocrite) d'une certaine Amérique contrebalancée par l'économie de la luxure et l'hystérie sexuelle d'une Autre.
Tom Mankiewicz (1987)

* le soundtrack d'Ira Newborn, tout en saxo pourrave,
ne valant guère mieux...

** l'inénarrable Capitaine von Trapp de La Mélodie du Bonheur !

*** la girl next door de Christine,
bientôt bankable-isée dans Baywatch...

**** une bonne décision prise là puisque la série Police Squad (des mêmes ZAZ),
devait enfanter au cinoche la série des Frank Drebin dés l'année suivante.

11 octobre 2010

Agent Trouble

Il y a quasiment 15 ans jour pour jour sortait sur les écrans français Les Anges Gardiens, de JM Poiré. Bon. On peut voir les choses ainsi.
La même semaine, le lundi suivant pour être exact, Paris Première diffusait Agent Trouble à 21 heures. Ah.
Pour tout dire nous n'étions guère alors au diapason des deux événements dans le paysage cinéphile français, et sans doute même perdîmes-nous cette semaine-là de 1995 à chercher un intérêt quelconque au catastrophique One Hot Minute des Red Hot Chili Peppers*. C'est dit.

Chabrol mort, précipitons-nous, voulez-vous ?, sur Mocky, l'autre prolixe qui ne passera pas l'hiver (on prend les paris ?). Mocky qui, entre 87 et 92, est en pleine bourre, en plein priapisme de la pelloche (3 films/l'an sinon rien !) tandis que nous aussi, spectatant, mais point de son cinoche (Les Sorcières d'Eastwick, Les Incorruptibles, La Mouche ou Angel Heart jouissant plutôt de notre aval d'alors), et qui adapte un roman noir plutôt zarbi à l'occasion duquel il prend le parti d'enlaidir (et de ridiculiser presque) le mythe Deneuve**.

En complément de ce détournement d'icône, dont JP avait déjà fait montre en proposant un Bourvil loin de chez Oury (Un Drôle de Paroissien, La Grande Lessive, L'Etalon), on retrouvera dans ce cru-ci beaucoup de ce qui fait, au fond, "un Mocky" (tendance polar/fantastique):
une photographie très télévisuelle dans laquelle s'inscrit quelques très beaux plans, épars mais pas si accidentels (le "meurtre" ferroviaire de "Pluto", les plans sur la maison du Dr Arms),
des séquences au principe noir et drôle mais ridicules une fois tournées (la poudre à éternuer qui empêche le témoin de dire le cadavre qu'il a trouvé),
un casting de vedettes flanquées des fidèles tronches et autres gueules cassées (Zardi, Mayor, Pauchon, Abeillé,...) - alimentant son goût pour les corps (et les caractères) contrariés, déformés, débiles.

Malgré la noirceur misanthrope et une régulière vulgarité aussi, métronomique, soutenue par des dialogues artificiellement dits (seuls Arditi, Deneuve et Lavanant (césarisée) sonnent juste) et enchâssée dans un insolite de tous les instants, doucettement baroque, malgré cette tonalité particulière donc, on sera presque ici en prise entre un Miss Marple qui aurait quitté son fauteuil pour prendre le car vers le Mont Blanc et une copie gentiment méchante et fétichiste d'un Hitchcock voyageur.
C'est, du coup, vite entraînant (surtout la deuxième partie, et avant une fin toute toc) et volontiers catchy: on sourit en frissonnant, on frisonne en pointant les maladresses... on assimile enfin ces mêmes scories à la touch de Mocky.
Mocky qui comme, donc et re-donc, les millésimes, n'enchaîne pas toujours, on le sait bien, les bouteilles les meilleures. Celle-ci en est cependant une parmi ses plus gouleyantes.
Jean-Pierre Mocky (1987)

NB: sources historico-contextuelles, Les Inrockuptibles #27 (11-17/10/95)

* n'étant pas ni familier encore de Sonic Youth (pôvre garçon !),
ni suffisamment endurant pour pousser l'has-hardeuse curiosité
jusqu'à chercher à entendre les ouvertures de Ballbreaker ou de X Factor.
Quant au Red Hot, bien que se sentant "plus de points communs avec Beck ou PJ Harvey
que la majorité des groupes de fusion" (?!), le remplacement de John Frusciante
par Dave Navarro fut la fausse bonne idée par excellence.


** l'actrice vit alors des late 80's un peu larguées,
expérimente du coup (parfois pour le meilleur, avec Tony Scott ou François Dupeyron)
- le réalisateur sera vivement impressionné par le courage
et l'investissement sans retenue de la star,
même si passée la prime intention et la mise en place du personnage
il n'y ait plus grand chambardement non plus dans l'image de la vedette.

09 octobre 2010

IPCRESS - Danger Immédiat

L'entreprise est curieuse et à tout pour brouiller les cartes.
Tandis que le producteur Harry Saltzman et le compositeur John Barry sont déjà des éléments parmi les plus légendaires de la licence 007, les deux hommes s'attellent (avec le monteur Peter Hunt) à illustrer les aventures d'un espion de sa Majesté concurrentiel, en la personne de Harry Palmer, le personnage créé par Len Deighton en 1962, dans le lointain sillage de l'icône Bondienne enfantée par la plume de Ian Fleming (et d'ailleurs plus ouvertement emprunt de la rigueur d'un Le Carré).
Au moment où IPCRESS sort, trois volets filmés de James Bond ont déjà mis le box office mondial à genoux, et l'on peine à penser que Saltzman veuille s'auto-concurrencer sur les écrans - à moins qu'il souhaite lui-même avoir le contrôle sur les "parodies" et les suceurs de roues à venir de sa licence ? Loin des opportunistes Matt Helm de Hamilton/Karlson (campés par le coolissime Dean Martin) ou des Flint du producteur Saul David (tenus par James Coburn), l'argument d'offrir au public de l'espionnage plus "réaliste" est officiellement avancé. Prenons-le pour argent comptant.

Les cartes brouillées ne sont pas exclusivement à démêler dans le seul jeu des artisans d'IPCRESS (qui alimentent toutefois le décalage, en faisant "à peu près la même chose" sans que "rien ne soit pareil").
Sans n'être jamais le pivot d'une parodie, ni même d'un étroit démarquage, force est ainsi de constater qu'Harry Palmer est tout de même à appréhender, pour part, en regard de ses spy-collègues du moment.
Bond bien sûr en premier lieu, avec qui il rompt singulièrement dans le charisme et le glamour, duquel il s'éloigne par un understatment de tous les instants et un renversement des valeurs (le quotidien de l'agent sont ses missions, son épanouissement se donne lui dans sa vie propre, pleine d'idéaux et de préoccupations parfaitement en rupture avec les codes masculins symbolisés par 007: littérature, cuisine, musique classique).
Mais John Steed (de la série Chapeau Melon et Bottes de Cuir) aussi, avec qui il partage une certaine désillusion tranquille, un goût certain et atypique, un cynisme de tous les instants, pansé par les partitions de Mozart ou les champignons français.
(...)
Sidney J.Furie (1965)

NB: le film ressort en salles grâce au goût et aux soins légendaires de Carlotta.


(...) la suite à venir
sur KINOK


07 octobre 2010

Tant qu'On a la Santé

Avec ses airs de Keaton à la française (pour l'absence de sourire et les contrariétés de carrière), Pierre Etaix semble jouir en outre de la même "intouchabilité" cinéphilique qu'un Chaplin ou qu'un Tati (on connaît le mot de Jerry Lewis à son propos* et on sait le poids de son comité de soutien**). Voilà pour les maîtres et les collègues.
D'aucuns prétendent cependant que s'il a bien une science chorégraphique commune avec ses coreligionnaires il n'en atteint que rarement, la vision. Et que l'ombre lunaire ne serait constituer la proie poétique.
Nous serions bien en peine de valider l'acariâtre thèse, n'ayant que trop peu profité encore de son œuvre (nouvellement ressuscitée grâce aux bons et prodigues soins de la très fréquentable maison Carlotta) - même si Yoyo (1965) semble contredire la réserve.
En revanche, la vision du film à sketches Tant Qu'on a la Santé éclaire un peu une manière de l'auteur*** - à nos yeux assez déplaisante - dont savait s'affranchir avec une plus nette élégance (ou mieux appréhender) les métrages de Mr Hulot. Le grinçant, l'amer dans la critique sociale.
Quelque chose grippe rapidement en effet les petites vignettes d'Etaix, écorne avec une sorte de mépris, d'aigreur légère, sans que le rire, réel et régulier toutefois, n'efface jamais tout à fait l'acrimonieuse ardoise.
La mécanique est là, la rythmique drolatique est au point (poilade médicamenteuse en brasserie garantie !) mais une certaine misanthropie, une attaque un peu facile et systématique (les motifs hammero-gothiques, plus ridiculisés qu'hommagés****, du premier segment, le running gag du "Souriez, Souriez" dans le troisième et éponyme... finissent ainsi par refiler le rictus justement !) de l'époque lasse bientôt (les fausses pubs...), malgré le bien fondé de la charge.
Les trouvailles et les enchantements sont légion (le burlesque de destruction par le bruit dans le troisième segment), que ceci (le contenu donc) ne soit pas remis en cause !
Mais de petites effluves de vieux con se font tout de même sentir, ici et là, que jamais Mon Oncle, Playtime ni même Trafic au fond n'ont jamais fait respirer, malgré leur ancrage critique dans le monde moderne !
Seul épargné alors de ce possible esprit douteux, le dernier sketch (Nous n'Irons plus aux Bois). Idéal, équilibré, parfait, blakédwardement désopilant. Et plastiquement (what a sépia !) au diapason de l'élégance in fine retrouvée (l'intemporalité, le peu de marquage sociétal aidant sans doute).
Pierre Etaix (1966)

NB: davantage de bienveillance (ou un meilleur goût ?), chez Orlof.

* Deux fois dans ma vie, j'ai compris ce qu'était le génie,
la première fois en regardant la définition
dans le dictionnaire
et la seconde fois en rencontrant Pierre Étaix...

** parmi lequel Woody Allen, David Lynch,
Jean-Luc Godard, Terry Gilliam...

*** dont on dit qu'elle atteignit sa pénible acmé
lors de Pays de Cocagne (1970)

**** le pourtant peu subtil Mel Brooks sut se dépatouiller mieux que ça
de l'exercice à l'occasion de son burlesco-Whalien Frankenstein Junior !

06 octobre 2010

Meteor

Sans atteindre les sommets de ridicule et de poussif d'un Tremblement de Terre, le Meteor de Ronald Neame (pourtant fournisseur de l'un des brillants jalons du genre "catastrophe" avec L'Aventure du Poséidon (1973)) en retient la recette de casting: deux stars en creux de vague, voulant se refaire la cerise sur le dos de la planète qui s'effondre (Gardner/Heston chez Robson, Connery/Wood ici).
L'autre leçon retenue consistera, lors de son dernier quart, à déplacer le faisceau d'une vaste dramaturgie "générale" (mon-dieu-la-Terre-va-déguster !) à une étroite dynamique "particulière" (comment nos zhéros vont-ils se sortir du QG souterrain enterré sous un New York dévasté) et de se resservir abondamment dans les motifs et péripéties qui animaient la majeure partie de Poséidon.

Meteor relève bien sûr du chant du cygne de la mode cata' d'alors (requinquée depuis le milieu des années 90) autant que de la mutation de la guerre froide en "simple" guerre fraîche.
La première de ces deux données justifiera pour part le peu d'engouement que le film suscitera lors de sa sortie (en plus, intrinsèquement, de son évidente naïveté, de sa mollesse régulière et de ses segments faiblement contextualisés), la seconde expliquera possiblement la volonté de proposer une (puérile ?) trame collaborative entre amerloques et russkofs (autant que de rompre singulièrement avec le courant cinématographique post-Dallas'n'VietNam, particulièrement désenchanté, voire ouvertement hostile, griffant l'Amérique 60's-70's (les politique-fictions de Frankheneimer (Un Crime dans la Tête), de Preminger (Tempête à Washington) ou de Pollack et Pakula)).
Ronald Neame (1979)

05 octobre 2010

Merlusse

Il faudrait nous pousser pour affirmer que Merlusse constitue rien moins que l'anti-Zéro de Conduite par excellence, ou que Pagnol avait tout de l'inverse de Vigo. Mais pas nous pousser si fort que cela.
La bienveillance bavarde du second a ainsi tellement peu à voir avec l'urgence quasi muette du premier, les deux humanismes proposés n'ayant si peu à voir ensemble dans leurs manifestations, qu'on serait tenté de voir là un positif et un négatif d'un même cliché, les deux faces d'une même pièce (l'un des deux endossant la responsabilité du côté obscur (donc pas le solaire Marcel !)).
Pourtant les situations d'internats et les angoisses qui sont nourries ici et là (claustrations, tyrannies des adultes, cruauté des coreligionnaires, bassesse des hiérarchies) sont bien communes aux deux projets. Mais les manières diffèrent tellement (curieusement les deux approches ne seront, en quelque sorte, réconciliées que quelques années plus tard, et par un tiers encore: Les Disparus de St Agil de Christian-Jaque qui sans doute, offrira, par le recours à un certain fantastique et une caractérisation mordante, la clé à la porte isolant les deux films) !
Véritable conte de Noël joliment troussé, précisément écrit et campé comme il faut (les enfants "jouent" certes, mais ils s'en sortent finalement mieux que les mômes à Vigo (Tabard mis à part)), Merlusse n'est pas si lisse, inoffensif et anecdotique* non plus que ce que la comparaison écrasante avec le furieux Zéro pourrait laisser imaginer**. Il contient aussi son lot de charges, moins subversives sans doute, mais toutes aussi farouches, contre la médiocrité, l'arrivisme mou et la mesquinerie du système. Autant de maux bus par les adultes jusqu'à la lie pendant que, comme le veut l'adage, toujours les enfants trinquent.
Marcel Pagnol (1935)

* ni aussi truculent que voudrait le laisser croire
l'inadéquate affiche dessinée par Dubout !

** D'aucuns, comme Skorecki ou Lourcelles,
le tiennent même pour supérieur !

04 octobre 2010

La 317ème Section

En embarquant avec lui Raoul Coutard, chef op' attitré de Godard et Truffaut, Schoendoerffer fait entrer le film de guerre dans le cadre inattendu (inédit à tout le moins) de la Nouvelle Vague.
Ambitionnant d'offrir le vérisme des actualités d'époque sans les scories techniques, le tandem parvient par la même à offrir un grand récit de guerre, à hauteur de soldat (la caméra est toujours posée là où un homme se tient, où un témoin pourrait se tenir), en filmant la marche tragique de cette patrouille perdue d'avance.
Plein d'humilité et de dignité, de précision et de réalisme, La 317ème Section constitue sans doute le seul film militariste valide, l'unique à même de susciter des vocations, de nourrir de bouleversantes admirations.
Onze ans après la débâcle de Dien-Bien Phu (rares seront les films français à réagir aussi tôt cinématographiquement en écho à un conflit), le titre ouvre la grande geste militaire de Schoendoerffer (on retrouvera ainsi le nom de Willsdorff (un clône de Bigeard, tenu par un majeur Cremer) dans Le Crabe-Tambour en 1977), mais constitue surtout une contribution majeure au cinéma (et bien sûr à la Mémoire française), sans avoir jamais recours ni au sensationnalisme ni à la moindre complaisance: aucun esthétisme, nulle posture ni manière. Débarrassé de toute afféterie et procédé, il parvient pourtant à distiller une intensité folle, celle des corps et de la jungle, des gestes les plus insignifiants sans cesse répétés comme une litanie du désespoir (combien de clopes nos éclopés peuvent-ils allumer !)...
Forget (le so demonstrative) Platoon: La 317ème Section, fort des, ici, immenses Jacques Perrin et Bruno Cremer, est, au plus près de la culasse, Le film de la Guerre intérieure ! You got it, Oliver ?
Pierre Schoendoerffer (1965)

Pour en savoir un peu plus sur le tournage, read the BIFI !
Et sur le gars Coutard...