30 décembre 2010

Le Bal des Actrices

id., 2007.
Fake doc chic 'bout chicks drôlement inattendu et où la mise à nu de l'affiche n'est rien en regard de celle (courageuse ? faussement courageuse ?) suscitée par un projet plus malin et moins hystéro que le bêtement hype et corporate préalablement suspecté,
par Maïwenn.
*****

29 décembre 2010

Vacances Romaines

Roman Holiday, 1953.
Méta-songe narcoleptique jourdainisant (et qui fait, donc, de l'Inception sans le savoir): la petite fille qui rêve d'être une princesse qui rêverait d'être une simple petite fille,
par William Wyler.
*****

28 décembre 2010

Inception

id., 2010.
Barnum attrape-touriste (nigaud ?) scénaristiquement autoritaire et cinématographiquement exsangue, parvenant, à force de poudre aux yeux et de fumeuse ambition de baudruche ivre d'elle même, à faire prendre (aux plus tendres) pour de brillantes lanternes de bien bavardes et poussives vessies,
par Christopher Nolan.
*****

27 décembre 2010

La Panthère Rose


The Pink Panther, 1965.
Amusant volage de vedette d'une moustache cacochyme par un imper impec,
par Blake Edwards.
*****

26 décembre 2010

Abba, the Movie

id., 1977.
Fake popumentary s'attachant davantage au butt d'A. qu'aux keyboards de B.,
par Lasse Hallström.
*****

25 décembre 2010

Le Drôle de Noël de Scrooge

S'il ne respectait pas tant, une fois n'est pas coutume, la lettre de Dickens jusque dans les lignes les plus effroyables du conte d'origine (les dialogues sont en outre scrupuleusement (vainement ?) reproduits), s'il n'offrait pas aux comédiens (Carrey*, Oldman, Hoskins, Firth,...) une nouvelle expérience de jeu(x ?), s'il ne permettait pas à ces mêmes acteurs l'épuisante occasion de faire un film "pour leurs gosses" (ah ! j'entends encore le refrain par Depp avec Pirates des Caraïbes et, pis !, Clovis Cornillac justifiant son infâme Asterix...),... ce Scrooge-ci serait absolument superflu.
Mettons que pour ces fragiles arguments il acquiert toute légitimité. relatives (modulons, c'est Noël !).
Cela n'oblitérera pas cependant l'extrême laideur de l'entreprise (plus vilaine même que le préalable Pôle Express !)** au design de jeu video, les sempiternels tricks optimisant la 3D tels les lignes de fuites et précipitations dans le décor, l'inflation de caméras virevoltantes et j'en passe (un an plus tard, le récent Raiponce semble enfin affranchi de ces tentations de débutants !) et l'ennui de suivre cette énième variation sur un texte qui a déjà été épuisé (ou presque) par tous et toutes: Disney cent fois (Picsou étant le parfait héritier !), Henson itou (les Muppets et Michael Caine s'y sont collés), ... mais on trouve autant de Ebenezer Scrooge possibles campés par Fredrich March, John Carradine, Basil Rathbone, Walter Matthau, Tim Curry,... que de dérivés tel notre bon Bill Murray dans Fantômes en Fête (originalement titré... Scrooged !). A la longue, on se lasse...
Dans le registre "Jim Carrey se frotte au Xmas spirit", on retournera plutôt jeter un oeil sur (l'inégal ?) Grinch ! Quant à nous il faudra tirer une meilleure pioche pour le Noël 2011...
Robert Zemeckis (2009)

* dont l'emploi est trop proche (mais inférieur)
de sa partition dans les Orphelins Baudelaire.

** jusque dans cet odieux retitrage français !

24 décembre 2010

Invasion USA

Petits américains préparant vos sapins dans de coquettes suburbias, tremblez !: les russkofs arrivent !
Petits spectateurs en mal d'absurdes défouraillages et de punchlines laborieuses, frissonnez !: Chuck Norris est là pour leur highkicker la tête !
Sommet belliciste du catalogue Golan-Globus (ah, la douce Cannon !), Invasion USA ne joue plus ni la carte de l'équivoque (encore que la nuance n'est jamais été leur fort non plus) ni celle du cheap (toutes proportions gardées !): nous tenons là le plus gros budget et le plus parfait n'importe nawak paranoïaque pré-9/11 de la boîte !
Une insane masterpiece, en somme !
Joseph Zito (1985)

21 décembre 2010

Le Pirate des Mers du Sud

Le premier film en "100 % live action" de Disney, L'Île au Trésor, ne devait pas avoir le retentissement escompté (les choses se redresseraient avec 20.000 Lieues sous les Mers).
Ceci expliquera donc que le producteur ne se soit pas accroché aux droits ni n'ait été bien regardant aux suites capitalisantes que certains souhaitèrent lui donner.
Certains... Byron Haskin et Robert Newton surtout (aidés par une modeste compagnie australienne*) ! L'acteur avait tant travaillé ses roulements de R et d'orbites (en passant par les mains de Raoul Walsh en faisant son Barbe Noir) qu'il voulait sans doute amortir l'investissement (même si, ce consciencieusement faisant, il n'atteindrait jamais le degré de cabotinage du Long John Silver par Wallace Beery dans la version de Treasure Island de Fleming !)...
Inédite séquelle donc au texte de Stevenson, Le Pirate des Mers du Sud se concentre sur le seul LJS qui devient (enfin ?) l'unique star du film, tout en roueries, manipulations et interminables combines à tiroirs (Jim Hawkins est aussi de retour mais davantage comme un prétexte dramatique et filial)... et en noces prochaines ! (le film intègre enfin les personnages féminins absolument absents du premier film), occasion de vaudevilleries truculentes. Le show Newton est donc au principal programme** et apparaît comme la seule véritable option de l'entreprise (la trame devant ramener sur la fameuse Île où une partie du trésor aurait été oubliée) quoiqu'elle s'appuie sans franche vergogne sur des formules, des caractères et des situations proches (et presque remakantes !) du premier film (l'île est habitée par un "nouvel" ermite abandonné là (mais loin de Ben Gunn, il est cette fois-ci absolument hostile et, oh !, pewesquement aveugle !)).
Byron Haskin (1954)



* modeste mais qui offrira tout de même au réalisateur
le scope et le technicolor qui manquaient cruellement au premier et officiel opus !

** avec la curiosité castinguesque de découvrir le futur héros
de La Machine à Explorer le Temps, des Oiseaux ou de Zabriskie Point
dans le rôle d'un hirsute à choucroute rousse... et yeux blancs:
l'irasciblement revanchard Israel Hands !

20 décembre 2010

L'Île au Trésor

Ce n'est pas uniquement par pur amour du texte (chefdoeuvresque et inépuisable) de Stevenson que Disney entreprit, pour sa première contribution 100% humaine (et d'ailleurs 100% mâles: pas un jupon à l'horizon !), de mettre en images L'Ile au Trésor. Les raisons en sont mâtinées de considérations plus triviales - quand bien même fussent-elles légitimes*.
En effet, les bénéfices engrangés par toutes ses précédentes productions (courtes et longues) en Angleterre ayant été gelées lors de la WW2, il ne pouvait les récupérer qu'en employant des ressortissants britanniques. Aussi Walt monta-t-il un studio en Albion (décidément perfide jusque dans son économie protectionniste !) afin de reprendre son dû. Qu'il investit donc dans le tournage "local" de cette on-ne-saurait-plus-anglaise Treasure Island.
Bien que le film fut une première "technique" pour lui, Walt ne s'investit guère dans l'affaire mais mis un point d'honneur à voir son "spirit son" de Bobby Driscoll** dans les frusques de Jim Hawkins et trouva en Robert Newton un Long John Silver dont l'acteur ne pourra bientôt plus se défaire (il enchaînera les rôles de pirates, chez Walsh et ailleurs, et finira *** à rouler des yeux et pousser son inimitable rire à tout va dans de flibustières séries téloche).
L'adaptation du texte offre moins qu'à l'accoutumée la prise du mielleux et de l'affadissement que les contempteurs du producteur à fines moustaches et se pose même parmi les titres les plus brutaux et les plus homicides de la Maison Mickey (son passage en télé puis sa re-sortie en 75 se feront d'ailleurs avec des coupes parmi les plans les plus "sanglants").
En outre, le scénario n'évacue à aucun moment le mauvais esprit, l'immoralisme de la plume de Stevenson.
Très efficace dans sa mise en place, au risque même d'amoindrir la mythologie inaugurale (le trio Billy Bones-Chien Noir-Pew), et habile à installer ses ambiances (le film offre une belle gamme de mate paintings**** en guise de décors, le titre est plaisant en tous points et embarque le spectateur à bord de La Hispaniola sans grande difficulté. Souvent académique dans sa forme enfin, il s'offre toutefois, ici et là, quelques mouvements, quelques jolis points de vue, qui hissent le film à une hauteur que ne saurait refuser un pavillon noir.
Byron Haskin (1950)

* les finances Disney étaient alors au plus mal,
les films en cours (Cendrillon, Alice au pays des Merveilles et Peter Pan)
traînant au développement et ne pouvant renflouer les caisses.

** le gamin idéal selon Disney tournera à plusieurs reprises
pour oncle Walt et prêtera sa voix à Peter Pan.
Il ne demeurera pas longtemps, ô savoureuse ironie !, idéal toutefois,
puisqu'il devra mourir en 68, à 31 ans, seul, oublié,...
et toxico au dernier degré...

*** enfin, pas pour longtemps, l'acteur crisecardiaquant en 56...

**** fruits du travail de Peter Ellenshaw qui avait déjà fait des merveilles
dans Le Voleur de Bagdad et Le Narcisse Noir de Micahel Powell...
et qui en offrira d'autres à Disney lors de 20.000 Lieues sous les Mers .

16 décembre 2010

Vampire, Vous Avez Dit Vampire ?

Fenêtre sur cou.
Le voyeurisme de voisinage a, non content d'alimenter nombre de films au point d''être pratiquement un sous-genre en soi, atteint tôt des sommets, confiné fissa au chef-d'oeuvre... le renversant Rear Window d'Hitchcock l'attestant.
En l'articulant à la chose vampireuse, aux flambées hormonales de l'adolescence et à la bimouvihesque nostalgie télévisuelle (à la manière d'un Joe Dante), Tom Holland ratisse finalement large... mais fait surtout mouche.
L'une des clés de la réussite du film tient à ce qu'il ne succombe jamais (malgré la new wave !) à la tentation d'époque de relire, de revisiter le genre vampire (voir Génération Perdue, Near Dark, etc.): non, ici les orthodoxes règles (crucifix, eau bénite, absence de reflet,...) et les indissociables codes (romantisme mélancolique, sexualité agressive) perdurent, et seules les sapes, le style, ont changé (et encore, le gothique old skool pointe souvent le bout des canines...).
Caractérisée comme il faut (Chris Sarandon et Roddy McDowall font des merveilles), écrite comme il faut (la première demie heure est un petit modèle de mise en place), make-upée comme il faut (une grosse dernière demie heure, fruit du travail efficient de Ken Diaz*), cette petite série B indépendante à toute famille** (Columbia paye modestement et se voit près de dix fois remboursé en un mois d'exclu américaine) a tout de la bonne surprise (et durable qui plus est: le film tient encore bien la baraque 25 ans plus tard***) sachant équilibrer ses registres (comédie à froid, horreur, teen movie) et ses sous-textes (un homoérotisme certain quoiqu'ambigu mais, plus vastement, une sensualité large et protéiforme, le vampirisme classique se faisant l'allégorie de toutes les sexualités, de leur éveil à leur refoulement) sans jamais se montrer ni trop ironique ni trop compassé (les habituels écueils dont certains, tel ultérieurement Neil Jordan, ne feront pas l'économie).
Dommage, à l'image de son Chucky pas choucard, Holland ne confirmera jamais vraiment la vista qu'il avait eu là...
Tom Holland (1985)

*****

* le petit père avait fait ses gammes sur le The Thing de Carpenter !

** on s'étonne ainsi à ne pas retrouver la chose dans le catalogue Amblin...
ou la filmo de Joe Dante (tant le même et juste équilibre avait été trouvé
pour revisiter le mythe du loup-garou dans Hurlements !)

*** et se voit d'ailleurs tout prochainement remaké par une équipe plutôt XXL
(Chritsopher Supergrave & Kick Ass Mintz-Place,
David Doctor Who Tennant et Colin Farell
sous l'objectif de Craig United States of Tara Gillespie).

15 décembre 2010

4 Mariages et 1 Enterrement

L'Angleterre est assurément multiple, jusque dans sa "contemporaine"* représentation cinématographique bien sûr. James Ivory (le plus anglophile des américains), Ken Loach et Danny Boyle en délimitant sans doute les principaux et les plus opposés contours, circonscrivant un espace où Ken Loach, Mike Leigh, Stephen Frears et Shane Meadows (voire Peter Cattaneo, Guy Ritchie et Edgar Wright) n'ont que peu à voir encore avec Richard Curtis. En revanche elle est facilement cotumière de ces coups de box office, ces films venus de nulle part ou presque et qui emportent une adhésion publique soudaine tout en atteignant une rentabilité proprement inouïe. On se souvient (donc) du "coup" Full Monty (demeure-t-il légitime avec le temps ?) mais le préalable Quatre Mariages et un Enterrement demeure de belle mémoire (longtemps le film le plus rentable de l'histoire, avant que Le Projet Blair Witch ne le batte sur ce pécuniaire terrain)... et conserve de conséquents restes.
La forme du film d'abord demeure des plus efficaces (se concentrer sur les cinq événements sans voir les protagonistes en dehors de ces contextes) tout en facilitant le spectacle (et le spectaculaire) mais la qualité des portraits, faits de deux-trois coups de pinceaux (précis) pas plus, est aussi en la faveur de l'affaire.
Fuyant le gros gag et la punchline dont l'écho agacerait vite**, le script s'attache à glisser derrière la fantaisie charmante et faussement désinvolte (le pot aux roses mélancolique se fait bien sûr montre aux quatrième cinquième du film, pour ne plus disparaître) une vraie, sinon détresse, au moins angoisse d'une nouvelle génération de trentenaires post-modernes que l'ironie, le port et la gestion de l'image font de grands (et malheureux ?) solitaires.
Il est sans doute à ce titre au moins aussi valide, sinon plus, que l'ultérieur (et franchement plus girly ?) Journal de Bridget Jones, sur une thématique assez analogue. Comédie romantique contemporaine flottant largement au dessus du panier fleuri, Quatre Mariages et un Enterrement demeure aussi intact parce que inviolé depuis: on a, et c'est tellement curieux qu'il est bon de le souligner, échappé à ce jour à une suite ! Pour longtemps encore ?
Mike Newell (1994)

* entendons-nous sur ces 25 dernières années.

** seul le modeste gimmick des fuck and fuckity fuck est pérennisé
et ne contamina pas le public.

14 décembre 2010

Rocky IV

Si sans doute Rocky IV apparaît, avec Rambo II sorti la même année, l'étendard cinématographique de l'Amérique Reaganienne (cette affiche !), il est permis aux moins myopes cependant - et, partant, de démonter la simpliste vision européenne - de ne pas prendre hâtivement la chose, forts de notre poutre condescendante bien fichée là dans l'oeil, pour évidente telle.
Si on agréera cependant au fait que le film semble convoquer de manière un peu sommaire (et bientôt anachronique) les deux blocs est-ouest pour une opposition dont les USA devront triompher (mais la victoire sera l'occasion d'un discours certes naïf et facile mais tout de même plus oeucuménique que chez John Milius ou chez Golan/Globus !), il faudra également concéder que, tour à tour, les deux camps en prennent finalement pour leur grade.
Ainsi, le spectaculaire vegasien au goût plus que douteux apparaît comme un sommet du ridicule triomphalisme à l'américaine et ne saurait être perçu pour autre chose qu'une critique de l'arrogance star spangled. En réponse, la rigueur affectée et étatique* du combat en Russie moque aussi (plus discrètement d'ailleurs) une manière de faire guère plus enviable.
A l'inverse l'outrance technologique, toute en gadgets ridicules et batteries de machines, est dans le camp Drago le russe (à l'image de la conquête spatiale du même bloc ?), tandis que Balboa l'américain en revient à des entraînements sommaires, archaïques, essentiels** (toutefois c'est bien Rocky qui offre à son beau-frère un robot androïde (ridiculissime) pour lui servir sa bière...)
Chaque point, chaque pique semble ainsi contrebalancée et trouver une espèce d'équilibre philosophique en ce qui concerne le prudent fond et les contextes en présence.
La forme (ou la dramaturgie "particulière") est évidemment plus manipulatrice (Drago, monstre inhumain, faisant sa fête aux moustaches d'Appolo Creed, attire toutes les haines sur lui) et se montre même volontiers complaisante à force de provoquer l'abrutissement.
Car en effet, plus que la Reagannerie ambiante, c'est bien de la MTVerie d'époque dont Rocky IV se fait l'épuisant chantre.
Né en pleine ère du clip, de la profusion d'images et de chansons, le film de Stallone est ainsi une débauche de plans (764/90 minutes contre 272/120 mns dans le premier opus). Tout est en combats surdécoupés et portraits de personnages ou de moments (les entraînements respectifs) sous la forme simpliste de video-clip (appuyée par une chanson dont le texte est en phase avec l'action) alimentant principalement l'inflation. La musique (infecte) du film est évidemment au diapason du pénible procédé et préfigure les films "d'action" aux BO toutes en Top 50 (Retour vers le Futur, Top Gun, L'Arme Fatale) mais n'est pas le seul symptôme de l'époque: télévision et spectacle du sport sont aussi d'authentiques symptômes des années 80 dans ces clichés de représentation (dont on resouffre volontiers ces dernières années...).
A ces titres, parfois douloureux, Rocky IV a valeur d'Histoire et s'avère fort en outre bien et sincèrement mis.
Et vaut bien plus que les clichés balourds et condescendants dont il est régulièrement l'objet depuis janvier 1986***.
Sylvester Stallone (1986)

* on remarquera d'ailleurs que, aussi improbable et peu réaliste que cela apparaisse,
le champion russe est porté par toute une machine d'État
alors que Rocky Balboa évolue absolument seul,
sans l'ombre d'une diplomatie américaine le guidant ou l'orientant ?!
Plus vastement on verra dans le film l'usage des codes américains
par ses seuls ressortissants (stupides électeurs ?),
à l'image du gros con de Paulie, mais jamais par les détenteurs du pouvoir.
Prudence de production ou désengaement des Pouvoirs ?


** il faudra là préciser que c'est en recherchant l'anonymat
et la reprise avec ses valeurs primaires en terre soviétique
que Rocky parvient à redevenir le champion que l'Amérique superficielle
ne lui permettrait pas de retrouver, trop prompte à se satisfaire de show,
de légende, de paillettes... d'ombre plutôt que de proie.


*** sans doute ne serons-nous pas aussi magnanime avec le foireux Rambo II !

13 décembre 2010

La Revanche de Freddy

Bien que ne respectant en rien le cahier des charges Freddy (le personnage n'était pas encore une licence et les scénaristes crurent bon (à tort) de faire évoluer les choses comme bon leur semblait) et, par la même, rompant avec nombre de choses (à commencer par l'onirisme) qui faisaient toute la force des Griffes de la Nuit, la première séquelle de la saga boogeymèneuse parvient, presque par accident, à offrir une autre lecture allégorique que la culpabilité générationnelle qui faisait le sel du Elm Street de Wes Craven (nous relire ici pour se la remémorer).
En effet, tout concourt, le long de ce métrage qui n'a décidément pas peur du ridicule (l'explosive séquence des canaris) a proposer une inédite métaphore de l'homosexualité naissante, contre laquelle lutterait un jeune adolescent un peu égaré par ses sens.
Tuyauteries luisantes, chaleurs intempestives, douches, vestiaires, boîtes SM, humiliations et nudités diverses mais toujours moites, symboles phalliques en veux-tu en voilà... tous les clichés d'un homoérotisme 80's (à se croire dans un clip d'Axel Bauer !) constituent en outre un signifiant contexte à l'allégorie (la pénétration des lames n'a jamais revêtu d'autant de symbolisme !). Allégorie qui atteint son climax lorsque le jeune premier se montre "monstrueusement" incapable de séduire sa fiancée* et court se réfugier dans la chambre de son éphèbe (à moitié nu) de meilleur ami après lui avoir confessé qu'il se sentait chaque jour davantage possédé par une force contre laquelle il avait de plus en plus de mal à lutter.
Ainsi, même raté (car cet Elm Street 2 dans son registre scary-esque l'est tout bonnement), le film demeure cependant en tous points fascinant en se chargeant de la même intensité sexuelle que l'autre grand teen-movie d'épouvante (on ne parle pas là de Zulawski ou d'Argento !) vigoureusement sexué du moment (l'hiver 86 pour les petits français): Vampire, Vous avez dit Vampire ?
Jack Sholder (1985)

* l'affiche américaine est aussi "décodable" en ce sens.

11 décembre 2010

Le Secret de la Pyramide


Mécanique d'entertainment made in Amblin de haute précision typique du tandem Columbus-Spielberg (responsable aussi de Gremlins et des Goonies) cette production fait largement montre d'une efficacité confondante (voire inhumaine: pas un objet, pas une "info" filmée qui ne serve avant la fin du film ou nourrisse la légende - accessoire, vestimentaire - !) et propose une relecture didactico-ludique (pas un dialogue qui ne fasse sens ou clin d'oeil: la genèse de la réthorique Holmesienne est en effet rigoureusement énumérée) qui bluffera les plus tendres. Mais une relecture oui (un affadissement diront les plus tristes).

Empruntant (leur imagerie plus que leur sève) autant au Tintin des Cigares, au Disney de Merlin, qu'à l'Indy du Temple of Doom plus qu'à Conan Doyle même (la froideur et le spectaculaire de la capacité déductive du héros sont bien évidemment là, mais son cynisme, sa noirceur narcotique (et le mojo ?) sont bien évidemment évacués), le film préfigure (c'en est même positivement troublant !), en outre et surtout, la naissance du serpent à quat'zyeux d'Harry Potter.
Même contexte (la magie et le bestiaire héroic-fantaisiste en moins): école-manoir passablement victorien, trio d'enquêteurs 2 gars-1 fille (mais pas de possibilité !) + un concurrent blondinet et mauvais esprit, des cours chimico-farfelus dont on tire les bénéfices aussitôt, des challenges, des trophées, des machines loufoques, des profs maléfiques, des suspects et des fausses routes "fantastiques", ...et le look, le Look !? Le jeune Watson est absolument identique à l'orphelin binoclard de Poudlard !

S'il nous fallait énumérer les clues comme Sherlock, nous dirions que des effets spéciaux HarryHausenien très plaisants lors du premier tiers sont à porter au crédit de l'entreprise tandis qu'une excessive longueur et une fadeur (voire pire !) du jeune casting serait à griffonner dans la colonne des ratages. Nous ajouterions, sentencieux et épatant le profane comme le détective en herbe, que l'intrigue vaut ce qu'elle vaut (d'abord follement emballante puis bientôt diluée) mais que la reconstitution, encore à l'ère du carton et du décor peint à la main, a un indéniable charme: victorien, sinon rien !
Symptomatique d'une manière (que le cinéphile hardcore conchie mais qui fut un marchepied pour d'autres !) autant qu'historique... et visionnaire donc, nous conclurions que le film se montre toutefois prisonnier du maudit et réducteur travers dit "du livre d'images" (et d'imageries). Essentiellement décoratif en effet, le titre (qui, trahissant l'esprit Doylien, corrompt aussi bientôt la lettre) pèche par une réalisation efficiente mais finalement studieuse et une personnalité par trop bridée (ah, Barry Levinson n'est pas Joe Dante !).
Magnanime dans notre analyse, nous ne saurons en revanche lui reprocher sa dimension "birth of a legend" qui a tant cours dans l'adapation filmique de nos jours (Batman Begins et consorts), s'ébattant encore parmi les balbutiements du procédé...
Toutefois, entre les honorables (mais aussi "appliquées") versions Rathbone et la récente relecture Guyritchiesque, cette familiale cheville dans l'Holmeserie cinématographique, pour plaisante qu'elle soit, n'est jamais aussi drôle et grisante que certaines parodies (Le Frère le Plus Futé de Sherlock Holmes, de Gene Wilder) et ne jouit, en définitive, de plus de charme qu'elle n'a foncièrement de charisme. Pour cette dernière et précieuse valeur, se reporter bien sûr à Billy Wilder.
Barry Levinson (1985)

10 décembre 2010

Let There Be Rock

id., 1980.
Économe et efficace gig parisien (loin donc de toute pyrotechnie dans le contenu et la forme (qui du coup offre une captation assez forte et juste des performances d'Angus Young, le collégien épileptico-chuckberryen)), débouchant sur un solide morceau de rock filmique*, à l'occasion duquel certains pourront voir les encore jeunes manières grutières d'un Thierry Arbogast (chef op' de Besson ayant fait ses gammes sur les aréoles de Brigitte Lahaie) ou le quasi-testament du chanteur/éclair** Bon Scott ("a very different person, he's lunatic but he's great") à la juste veille (2 mois !) de vomir jusqu'à l'asphyxie... dans une Renault R5 faite grotesque cercueil,

par Eric Dionysus et Eric Mistler.

* à l'instar de Gimme Shelter, The Songs Remains the Same ou Ziggy Stardust Live From Mars, mais nourrissant aussi d'une même manière le futur et rigoureusement indispensable Spinal Tap de Rob Reiner !

** « Are you AC or DC? I´m neither, I´m the lightning in between! »


*****

Haut les Flingues

On sait que le projet est initialement propriété de Blake Edwards qui, sous pseudo (Sam O.Brown pour S.O.B, déjà !), nourrit l'idée et en développe un scénario, mais qu'in fine l'affaire n'est plus sienne (trop de prises de tête avec Eastwood mais aussi un conflit d'intérêt autour de Julie Andrews: Blake veut placer sa femme et reynolds ne s'est pas franchement entendu avec elle lors du tournage de L'Homme à Femmes - l'indispensable Madeline Kahn la remplacera ici) et se voit reprise par le modeste Richard Benjamin*.
Modeste mais suffisamment gonflé pour, lui, diriger Eastwood et Burt Reynolds: le premier est alors dans une période sinon "creuse" au moins disparate (78-85), entre tentatives artistiques ou philosophiques pas toujours couronnées de succès (le bide de Honkytonk Man** et la petite rentabilité de Bronco Billy) et le second, malgré son refus du rôle de Han Solo quelques années auparavant, est en pleine bourre roue-libre (c'est le cas de le dire !) cannonballesque (le #2 vient de sortir, avec Jackie Chan, le Rat Pack, Shirley MacLaine, Tony Danza, Dom deLuise... et sans doute le même orang-outan ayant joué avec Clint dans Doux, Dur et Dingue et Ca Va Cogner !). Les diriger ne sera pas une mince affaire, d'autant que le script joue sur les archétypes filmiques que chacun incarne, en les poussant à leurs extrêmes... et qu'ils sont tous deux coproducteurs du projet (au travers des sociétés Malpaso et Deliverance Prods) - avec la Warner qui veut jouer avec les codes de son prestigieux catalogue de films de gangsters... Autant dire un vrai casse-tête de gestion des egos...
A l'écran rien ne transparaît de ce micmac et l'action cottonclubesque et pétaradante (au cours de laquelle Reynolds se ruinera la mâchoire) est assez fluide (quoique curieusement arythmique, tant dans la progression que les registres) et finit même par s'offrir quelques jolis morceaux de bravoure ("l'assaut" du claque surtout).
Les deux stars ne faisant que se croiser le plus clair du temps, à l'exception de deux ou trois pugilats et/ou gunfights, et n'ayant pas vraiment de quotidien à gérer ensemble (sans doute un juste écho du "plateau" !), on ne pourra cependant guère parler là de franc buddy movie.
On pourra en revanche repérer une "scène" de ces 80's très nostalgiques des films noirs à l'ancienne, et qui offrira nombre de comédie alors, des Cadavres ne Portent pas de Costards à Wise Guys, en passant par L'Honneur des Prizzi (sortis en France le même mois de 1986 !) où "famille" et Ford-T sont au coeur des dispositifs.
Richard Benjamin (1985)

* ancien acteur, notamment dans l'estimable Mondwest,
le garçon réalisera avec application quelques pochades,
y compris pour Amblin (Une Baraque à Tout Casser)
ou au service de Dan Aykroyd (J'ai épousé une Extra-Terrestre)

** cela dit, artistiquement majeur, son Bird de 1988 fera pire encore...

09 décembre 2010

Raiponce

Rupture et continuité. En renonçant, sign'o'the times ?, à la philosophie Peter Pan et en vantant à tout prix (?) l'émancipation de son héroïne (alors que celle de son public n'est pas sincèrement souhaitée), la maison Disney donne autant un change gentiment malhonnête que de fausses indications de modernisme. Puisque c'est un retour au classicisme et aux vieux pots des meilleures soupes qui préside en réalité à la mise sur pied de cette arlésienne (de 10 ans).
La Princesse et la Grenouille avait déjà remis en selle un visuel familier (voire autoplagiaire: le crocodile) ? Ici, outre un recours oldskoolissime aux autorités hessiennes des frangins Grimm (Rapunzel dans le texte) et un familier soutien offert par des seconds rôles burlesques et muets (Pascal le caméléon et le savoureux Maximus, cheval aussi canin qu'humain), on voit s'étaler de pleines et éprouvées recettes de caractérisation !
Ainsi, si Raiponce est une juste synthèse entre la princesse qui s'ignore communément admise à Burbank et une contemporanéité de bon aloi (gare à ne pas trop se bratziser quand même !), le personnage de Flynn Rider s'y trouve être un paresseux décalque d'Aladdin (mâtiné de John Smith et de Phoebus ?), tant dans son caractère, ses expressions que son visuel.
Soit, faisons avec.
Mais au moment de l'addition, on se souviendra que si quelques moments de bravoure sont de belle tenue (la Taverne du Canard Boiteux (et son enchaînement au barrage), mais aussi l'envol tout Myazakiesque des lanternes) et que la richesse de la 3D* répond intensément au multi-plans d'un Blanche-Neige et les Sept Nains, on regrettera une partition des plus faiblardes de la part d'Alan Menken (d'autant plus notable que le travail de Randy Newman sur La Princesse et la Grenouille était en tous points parfait) et confessera-t-on avoir espéré un peu plus de noirceur (la Mère Gothel n'est pas assez inquiétante – d'ailleurs le texte originel est ici diablement édulcoré !) et de baroque (l'usage inédit de la chevelure est finalement vite banalisé) mais aussi un voice casting plus dispendieux (malgré Adjani et Duris, la VO est supérieure à ce titre).
Plus philosophiquement on appréciera la pugnacité équilibriste du studio a exploiter un filon que Dreamworks (et quelques autres) a diablement fragilisé ces dernières années à force d'ironie post-modernement Shrekeuse. Et applaudirons son déterminisme à couronne (jamais Walt, Roy et les prédécesseurs de John Lasseter n'avaient enchaîné deux films de princesses), animant certes bien plus de continuité que de (même subtile) rupture... mais la modernité n'est-elle pas dans le conservatisme, de nos jours ?
Nathan Greno & Byron Howard (2010)

* de manière générale, le film relève d'une technique brillante,
sinon ahurissante.

07 décembre 2010

Les 4 de l'Ave Maria

Le débat fait rage parmi les amateurs pour dire si, oui ou non, Les 4 de l'Ave Maria est meilleur que La Colline des Bottes et moins bon que Dieu Pardonne... Moi Pas (ces titres constituant une sorte de trilogie liant le réalisateur à ses acteurs). Les béotiens méprisants étant quant à eux convaincus que tout Bud Spencer/Terence Hill ressemble à s'y méprendre à n'importe quel autre Bud Spencer/Terence Hill (alors que hein ? bon !).
Or, au jeu des stupéfiantes ressemblances, on se penchera plutôt - nous qui sommes l'arrière-train sifflant trois fois entre les deux chaises susnommées - sur celles de la performance d'Elli Wallach, qui reprend ici en tous points celle offerte à Sergio Leone pour le Tuco du Bon, La Brute et le Truand: cabot et insaisissable, l'acteur ressert indiscutablement le même numéro (parfois savoureux, surtout lors de ses grands monologues) tandis que Terence Hill marche encore dans l'ombre hiératique de Clint Eastwood (Spencer, le moins bon de tous habituellement, laisse, bien que déjà dans son monolithique et naïvement explosif emploi, poindre des fulgurances de subtilités (en particulier lors du "combat", long, douloureux, et presque poignant, avec un colosse de foire)).
Néanmoins, et malgré l'écho de ces nombreuses « proximités », pourra-t-on dénicher chez ces 4-là une authentique personnalité de ton, à commencer par une certaine - quoique discrète et funambule- dérision (le titre n'est pas encore dans la pantalonnade à baffes qui finira par être la patte du duo chéri des allemands) en regard des collègues (Albert R. Broccoli inclus, lors du final en casino quasi royal) et du créneau spagh. Mais aussi un enclin régulier pour les motifs inattendus, sinon authentiquement baroques (les ruches multicolores, les berceaux suspendus, le nillard à cheval,...). Sans follement s'enthousiasmer non plus (le métrage est - malgré une somme honorable "d'idées" - exagérément long* en regard de la solidité et de la cohérence de ses articulations scénaristiques), on pourra, amateur ou béotien un poil curieux, picorer ainsi humblement de nombreux instants vraiment bien troussés (le film eut pu être véritablement meilleur, ça se joue à peu !). Et écarter d'une bienveillante main tout le roublardement fumeux qui encombre, ça et là, la production. Fumeux que symbolise au passage un titre étonnamment inexpliqué.
Giuseppe Colizzi (1968)

* un reproche régulier à faire, avant d'autres, aux Spencer/Hill.

03 décembre 2010

A Cause d'un Assassinat

Même si les précédents sont au-delà de l'honorable et confinent même à l'indiscutable sensationnel (Un Crime dans la Tête (62) et Sept Jours en Mai (64) de John Frankenheimer*), c'est au nom d'Alan J. Pakula** qu'on associe traditionnellement le thriller politique conspirationniste et paranoïaque, sur la seule foi de deux films: Les Hommes du Président (et son Watergate décortiqué) et le préalable et présent Parallax View (évocation Kennedy case à haute influence sur le I... Comme Icare, non ?).
Parallax View qui contient ainsi tous les ingrédients du genre qu'il popularise (plus qu'il n'initie donc): opaque politique, manœuvres scientifiques (ici un lavage de cerveau par projection aussi impactant que les expériences de Milgram dans le Verneuil), théorie du complot aussi tentaculaire qu'omnipotent et, par définition, héros seul contre tous.
Évidemment plus qu'un simple genre (ou qu'un étroit opportunisme commercial permettant à Robert Evans de s'en mettre plein les fouilles) il est un angoissant écho à la crise de confiance qui règne aux USA de l'après-Watergate, qui isole chaque individu dans une incommunicabilité aux conséquences souvent dramatiques.
Le film de Pakula use ici, pour parvenir à ses fins, de procédés aujourd'hui familiers au moindre spectateur tel la prime patine documentaire hautement immersive (de l'ouverture surtout, ou du quotidien assez morose de l'enquête***) ou le "coup d'avance" donné au spectateur (dés le début on a identifié le "vrai" "coupable") et se laisse aller, toujours dans un même souci de complicité avec le public, à quelques séquences "de genre" assez inutiles (les bagarres de saloon et poursuites à ralenti dans le bled du shérif Wicker). Il est en revanche plus téméraire avec l'usage régulier d'ellipses compliquant ce qu'il faut la compréhension (doublé d'une approche assez froidement Antonionesque de son intrigue) ou la relative patience théorique de l'investigation (Mich' again !) - le tout entraînera d'ailleurs aux yeux de certains une impression intimidante de "c'est bien compliqué pour moi ces histoires de complot, c'est pas moi qui me retrouverait embringué là-dedans" que contrebalance un curieuse et dédramatisante sensation de "ah, ce n'est que ça ?" (il faut avouer que la scène de bravoure finale se montre bien plus désincarnée (désenchantée ?) que véritablement spectaculaire).
Alan J.Pakula (1974)

NB1: l'avis plus enthousiaste d'Ed(isdead), ici.

* du temps de sa superbe (62-75).

** au risque de négliger les belles contributions de John Schlesinger (Marathon Man)
ou de Sidney Pollack (Les Trois Jours du Condor)
et de ne pas remarquer qu'un certain casting était marqué alors
par le genre (Dustin et Robert, de tous les coups ou presque !)...
et les équivalents francaouis de Costa-Gavras ou Henri Verneuil.


*** brillamment soutenu par la sombre photo de Gordon Willis
(le fameux Prince des Ténèbres du Nouvel Hollywood !)
et la pâle (entendez minimale et introvertie) composition de Warren Beatty,
toutes deux réalistes et discrètement intenses.

02 décembre 2010

Silverado

Je n'ai jamais cherché, en son temps, à voir Silverado.
A cela deux raisons principales. Ce n'est, d'abord, que depuis fort peu de temps que je suis tombé en westernerie (cinq ans ? six ans ?) et j'ai, par ailleurs, toujours été convaincu, fort de son casting un peu trop étincelant, qu'il s'agissait là d'un gros loukhoum cartoono-hollywoodien flattant autant la nostalgie du comédien autosatisfait (et pleurnichant d'être né trop tard pour jouer au coilleboille en touchant un paquet de dollars) que celle de la plèbe (amatrice de distribution pléthorique) s'acquittant de son ticket. Davantage qu'autre chose.
Or, si la dimension XXL du générique demeure un fait indiscutable, son usage n'est pas si démonstratif et c'est curieusement le moins fémousse d'entre tous peut-être qui tire les plus beaux marrons du feu. En effet, Kevin Klin est de loin le plus intense (Glenn est un poil trop enfermé dans l'archétype, Costner dans la charmeuse mad-dogerie et Dennehy dans son emploi historique de shérif peu fréquentable) et quelques fameux noms n'ont que de brèves apparitions à camper (souvent avec efficacité), Rosanna Arquette et John Cleese (particulièrement bon) en tête.
En outre, si le souffle épique demeure plutôt artificiel (option Méthode Coué), force est de reconnaître au titre une certaine ampleur (scénaristique, formelle) ainsi qu'un élan visiblement sincère (quoique carburant à cette nostalgie pointée plus haut) et qui ne verse pas au catalogue référentiel (si l'un des premiers plans met les pieds dans le plat Fordien, la suite se débarrasse davantage du lourd héritage). Ce qui, en l'état, n'est pas la moindre des pailles.
Plus vibrant que malin, plus émouvant que parodique, éminemment sexy sans jamais être putassier enfin, Silverado, pour délibérément anachronique qu'il est, dépasse tôt le stade de l'exercice ou de la grosse (donc fausse) bonne idée, pour tendre finalement vers quelque chose de pas dégueulasse du tout. Et que, sans doute, un John Landis n'aurait pas réussi à atteindre, empétré dans sa goguenardise. Et sûrement pas aujourd'hui, empêtré dans plus encore (et des plus rebutants), un Roberto Rodriguez !
Lawrence Kasdan (1985)

01 décembre 2010

City Girl

1928, c'est l'année merdique pour Hollywood, la faute à ce con de Chanteur de Jazz.
Les studios ne savent pas sur quel pied danser (parlant ? pas parlant ?) et minent les œuvres en cours de leurs atermoiements.
Retards, reports, wait and see ou bien emballons-nous Folleville, Murnau et son City Girl (d'ailleurs titré Our Daily Bread tout au long du tournage) ne coupent pas aux indécisions d'époque malgré le crédit que l'auteur a auprès de William Fox.
L'ode américaine, américaniste qu'entend signer le père de Nosferatu et de L'Aurore, se veut d'abord "une épopée du pain" (de la graine à la miche) comme allégorie de ce continent qui l'a accueilli. Ce paradoxal et fascinant continent aux villes tentaculaires et volontiers aliénantes et à la campagne si pleine de valeurs luthériennes et d'apparentes et rudes noblesses d'âme qu'on en oublierait presque la concupiscence égale et le même asservissement nourris là comme à la cité... Le travail, même si promis à tous, est aussi dur pour les serveuses en fast food que pour les moissonneurs de blé.
La funeste comparaison entre les deux mondes est l'occasion de plans renversants de beauté et de sens et permet à Murnau d'enchâsser sa culture de l'expressionnisme allemand (gros travail, prodigieux travail !, des lumières) dans un naturalisme (gothique paysan) à vaste échelle*.
Souvent très moderne dans sa forme (la prime course à travers champ), régulièrement somptueux (que les plans soient de jours, de nuits, d'intérieurs ou d'extérieurs, FW maîtrise son affaire en toutes occasions malgré les restrictions**) et toujours lyrique (façon Borzage) le film est en outre d'une rare intelligence formelle, et fait montre d'un symbolique diffus mais pertinent, à la sensualité indéniable (les actrices ont d'ailleurs un physique résolument moderne), et s'avère en tous points majeur (malgré le peu de notoriété qu'il a eu jusqu'alors, la faute à une diffusion contrariée***).

Pourtant la question, l'éternelle question tant l'histoire se répétera avec nombre de réalisateurs et de producteurs, se pose: à quel point City Girl demeure un film de Murnau ?
Le cinéaste quitte en effet le tournage avant la fin en laissant quelques mémos (pour articuler la fin des prises de vues et le montage) qui ne seront ni considérés ni appliqués (on abandonne même le titre Our Daily Bread au profit de City Girl, déplaçant de la sorte -et c'est bien le cas de le dire ! - le champs du regard du "pain" à la "fille") et la production s'entiche même de faire une seconde version, artificiellement sonore, contredisant l'histoire imaginée par le metteur-en-scène...
Préfigurant là les cinéastes maudits (statut amplifié par sa mort accidentelle quelques mois plus tard), façon Welles et consorts, les autorités compétentes semblent attester toutefois que City Girl porte toutes les manières FW-esques, ses enjeux autant que son énergie, et que aussi peu director's cut (et director's take ?) qu'il soit, il offre bien (malgré un final abruptement mélodramatique) ce qu'ambitionnait le Murnau américain.
Et nous de les croire et d'applaudir à tout rompre.
Friedrich Wilhelm Murnau (1928)


* on prête au Nestor Almendros photographiant
pour Terence Malick Les Moissons du Ciel
une grosse influence prise chez City Girl.

** la Fox lui fait renoncer à tourner
dans les véritables lieux concernés.

*** après son tournage chaotique,
le titre voit sa sortie sans cesse repoussée
pour finalement être distribué dans un relatif secret.
Il sortira en France, avec la même discrétion sous le titre L'Intruse.