id., 1975.Après avoir "corrompu" les grandes iconographies hollywoodiennes (films de guerre, western et film noir), frottées au désenchantement et à l'humour noir (MASH, John McCabe, Le Privé), Altman observe le microcosme country (autre grande composante de la culture américaine) à l'occasion d'une de ses grandes fresques panoramiques et circulatoires qui deviendra sa signature (dispositif repris dans The Player, Prêt-à-Porter, Gosford Park et surtout, dans sa forme la plus ample et la plus radicale, avec l'impeccable Short Cuts).
Aussi critique et plein de désillusions que toujours prompt à l'exaltation, le réalisateur pointe en l'american dream vanté à la guitare et au violon tous les paradoxes d'une nation ayant pris pour adage bien des formules du show business. Ni à charge, ni complice, jugeant même rarement ses situations et ses personnages, l'observation quasi-documentaire* saisit l'effervescence et la communion (parfois autiste) d'un microcosme auto-suffisant et sourd aux pulsations du monde qui l'entoure: Nashville et sa country labellisée (que la caméra explore sans relâche, traquant ses rythmes, ses contours, ses enjeux et ses symboles) n'est alors rien de plus que New York à l'heure des premiers immigrants: une promesse qui ne sera tenue que pour le plus petit nombre, l'impression d'une chance pour tous qui n'existe en réalité que pour peu, une couleuvre que les mélodies des banjos font avaler aveuglément... le cynisme, l'arrivisme, l'opportunisme de tous (politiques, vedettes, médias) n'ayant de cesse de s'agiter sous le vernis clinquant et théâtralisé à l'extrême du show business triomphant,
par Robert Altman.
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* relayée par un souci d'improvisation des comédiens
qui durent composer eux-même les chansons qu'ils interprètent,
en direct, lors du film (la formule sera payante puisque Keith Carradine
et son catstevenien I'M Easy croulera sous les Oscar et les Golden Globe !)
et d'un montage tâchant toujours de transmettre le bouillonnant,
la confusion (sonore, rythmique) de la vie "en vrai".
A Prairie Home Companion, 2006.Trente ans plus tard, et après avoir posé sa caméra panoramico-microcosmique sur l'univers de studios hollywoodiens et sur celui de la haute couture, Altman revient à ses amours country, lors de l'évocation d'une (authentique) émission radiophonique hors d'âge, délibérément vintage et surannée. La forme y est bien sûr Altmanienne dans sa "choralité" mais passée au vernis de sa manière la plus chaleureuse, la plus bienveillante, de celle qui avait fait de Cookie's Fortune un film si délicieux.
Le délice est ici aussi au rendez-vous, entre nostalgie douce et virtuosité intacte (le fourmillement, l'effervescence, la topographie, sont saisis et rendus avec une savoir-faire remarquable) mais le propos n'est plus tout à fait le même que lors de Nashville. La politique cède la place à la rêverie, l'ampleur de l'observation est ramenée à une affaire presque "familiale" au point que les acteurs sont cette fois-ci aussi centraux que les personnages qu'ils incarnent (davantage de performances ici, de Meryl Streep au drôlissime et petersellersien Kevin Kline*), et que seule la "peine musique" de l'âme de l'Amérique profonde (dit ici sans jugement) paye encore le tribut identitaire d'une oeuvre paradoxalement oecuménique.
Le scénario de Garrison Keilor (authentique animateur de la véritable émission, privée d'antenne en 1987), qui joue quant à lui son propre rôle, offre préalablement (et en plus d'une largeur métaphorique évidente) la même virtuosité d'écriture que celle, visuelle et rythmique, du réalisateur. Mêlant vécu et spectacle, moments de vie et publicités chantées, réel et fantasme, il orchestre les derniers instants d'une émission comme, fatalement, ceux d'une époque. Point de farouche conservatisme pourtant ici, la chose, nimbée d'un fantastique bienvenu, s'interdit toute propagande: la notion de petit théâtre de marionnettes imaginaire est volontiers appuyée au point qu'alors que le show est enregistré en public, on ne verra jamais de spectateurs...
par Robert Altman.
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1 commentaires:
"The last show" ou l'un des plus beaux adieux au cinéma depuis "Gens de Dublin"...
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