id., 2005.Le biopic ne jouit pas souvent, dans notre colonne, du meilleur accueil. La faute en premiers lieux à des axes cinématographiques parmi ceux nous touchant le moins et dont la performance d'acteur induite ainsi que l'autoritarisme scénaristique qu'impose naturellement l'exercice n'étant pas à nos yeux vinaigrés les plus ingurgitables.
Soyons honnêtes: le genre en lui même complique fatalement sa propre tâche: rendre compte "artistiquement", "dramaturgiquement" de quelqu'un, d'un épisode, d'un parcours... réels !
Que faire alors ? Se focaliser sur une tranche de vie ? S'en tenir à un axe, une thématique à la symbolique forte (ou, à défaut, appuyée) ? Traquer le fondateur, expliquer ? Saisir l'énergie ou une époque, un contexte ?
Sur le papier, vous voyez bien, j'invente rien: c'est déjà le mess. Seules la soif (parfois sincère) de l'hommage et l'aspiration aux dollars (toujours intacte) doivent faire qu'on s'entiche de la chose, qu'on s'attaque au laborieux labeur. Ou bien c'est à n'y plus rien comprendre.
WtL, aujourd'hui convoqué, enfile pas mal des poncifs craints du genre et ne vaut pas vraiment, quoiqu'on ait pu entendre, mieux que les autres (la preuve: tous ces prix récoltés de par le monde, quant bien même Reese est-elle assez touchante).
Au delà du trauma fondateur traqué et sans cesse rappelé (et ce jusqu'au dernier plan), il court ainsi plusieurs lièvres narratifs à la fois (histoire de se couvrir ?), sûr de sa légitimité et de son bon goût: l'histoire d'amour June Carter/Johnny Cash, la traversée médicamenteuse du chanteur, sa relation trouble et épique avec la chose pénitentiaire,... tout en voulant contextualiser artificielement (anecdotes, noms familiers en arrière-plan à l'appui (les rockers décadents, de Jerry Lee Lewis à Elvis) et force cartons nous situant et dans l'espace américain et dans une chronologie (superflue)).
L'ambition en elle-même n'est pas un reproche, la constatation de sa stérilité au sortir des deux heures commence en revanche à en être un, d'autant que les ralentis signifiants et les tours de passe-passe de montage, sans abonder, finissent par être cependant convoqués, histoire de bien orienter le spectateur et lui indiquer quoi penser ou ressentir... Facilités, ficelles, acting et symbolisme engoncé finissent alors par rattraper le tout et entraver l'affaire comme les chaînes des prisonniers de Folsom... qui a dit que les histoires vraies, au cinoche (fussent-elles prétendues intouchables), c'est toujours moche ?*,
par James Mangold.
*****
* pas Milos Forman, Todd Haynes
ou Gus Van Sant, en tous cas...
mais il sont les seuls à avoir raison !
C'est donc Loretta Lynn qui, la première parmi les icônes country, devait se voir biopiquer, avant même son modèle Patsy Cline (qui n'y aura droit qu'en 1984, avec Sweet Dreams)*.
Pas si balourd que ça mais pas bien solide non plus, le portrait de la star n'en montre pas grand chose et n'offre de l'envers du décor qu'un certain pittoresque, guère signifiant. Le quotidien artistique ne s'y ressent pas vraiment, pas plus que les tourments de la chanteuse ne sont véritablement prégnants alors que régulièrement énoncés, avancés. L'approche est ainsi nourri d'intentions, sur-revendiquées, mais dont l'annonce semble être l'unique recours empathique. L'interminable tagline de l'affiche constitue en effet à ce titre un préalable complice, une entente tacite entre le public et le film, qui fait alors l'économie de bien des axes de son thème, puisqu'on serait censé les connaître. Curieusement, inhabituellement, le film passe alors à côté de son sujet. Le portrait ne se fait pas vraiment. D'autant plus qu'il est nimbé d'une naïveté et d'une passivité qui finisent d'en faire une chose tragiquement peu mémorable**... qui se souvenait par exemple qu'on avait quand même coller un oscar dans les mains de Sissy Spacek pour sa "performance" ("performance" qui consistait qu'à 30 ans elle devait jouer une fille de 13 ?) ? ***,
par Michael Apted.
*****
* et, à ce jour, Dolly Parton attend encore ?!
** pour le coup, c'est bien l'humilité du film,
contraire au directif habituel des biopics,
qui le mine et le rend inoffensif !
*** statuette qu'elle ravit à Ellen Burstyn
pour sa performance habitée dans Resurrection.

5 commentaires:
Je partage avec vous ce manque d'intérêt pour le biopic et votre analyse de l'entreprise qui dans sa genèse et son principe porte déjà tous ses défauts ( et l'un des pires pour moi et le coté machine à trophées).
Mais, comme vous le dites, certains s'en sont miraculeusement sortis, le Runaways étant récemment plutôt de bonne facture (à mon goût un peu trop axé sur Cherry Currie), et plus anciennement, je garde un certain attachement à Ali, de Michael Mann (qui pourtant sent la perf' à Oscars pour Smith).
Et coté musique, j'ai un souvenir agréable du Great Balls of Fire, sur Jerry Lee Lewis (quelques moments assez raides, entre autre), vu enfant mais pas sûr que ces souvenirs juvéniles soient bien fiables.
@Dr Strangelove,
J'ai vu Great Balls avec des yeux de presque quadra et confirme votre jugement.
Concernant WtL, cher Mariaque,
vous avez tout bon. On préfèrera nettement l'apparition du vrai Johnny Cash dans Columbo ("Le Chant du Cygne").
Mais tout autant que le western, le giallo ou le film de boule, le genre biopic a son lot de pépites et de sombres merdes.
Lenny, Man on the Moon, the Rose, c'est fait pour les chiens ?
Krapu
@ Strangelove: Runaways ne m'a pas ennuyé, saisissait bien l'énergie, mais bon, l'épilogue blackheartien tout plein de pathos...
@ Krapu': un astérisque suggère des exceptions par nous consenties ! (quant à vos lumières sur les pépites de "films de boules", elles intriguent le plus grand nombre, partagez-les donc !)
@Krapu (et Mariaque) : moi aussi ça m'intrigue, parce que, hormis Devil in Miss Jones et Behind the Green Door, j'ai eu beau beaucoup cherché, ma ruée vers le K(l)on-dick n'a jamais rapporté de vraies pépites.
@Mariaque : d'accord avec vous sur l'épilogue, faut dire quand même que l'aventure Runaways s'est quand même terminé en eau de boudin (ce qu'elles n'étaient pourtant pas toutes), et j'ai trouvé un peu vachard l'absence de commentaires sur la gratteuse soliste (sacrée gratteuse d'ailleurs) ou la fûteuse de boucan (membre fondateur du groupe tout de même).
Bonjour,
J'ai trouvé très intéressant votre article sur le genre du biopic et je voudrais vous proposer de participer à un débat sur Newsring : "Y a-t-il trop de biopics ?"
Newsring est un site de débats lancé sous la direction éditoriale de Frédéric TaddeÏ. Tous les débats sont lancés, orchestrés et modérés par les journalistes.
Je vous encourage à publier votre avis dans le débat qui est là : http://www.newsring.fr/culture/273-y-a-t-il-trop-de-biopics/contexte
Bien à vous,
Ariane Hermelin
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