
On ne pourra s'empêcher de voir parmi les lauréats du Prix Jean Vigo quelques authentiques, héritiers de
Zéro de Conduite. Le Pialat de
L'Enfance Nue bien entendu, mais sans doute plus encore et malgré le lustre « familial » que le temps lui a fait prendre et le genre codifié (la comédie d'enfants) dans lequel le film s'ébat, cette
Guerre des Boutons. Il suffit de son ouverture sur la question cruciale: qu'est-ce qu'une couille molle ? et des moyens pour parvenir à savoir si, oui ou non, il y a là crime de lèse-majesté à se faire ainsi appeler par les gars de Longeverne, pour que le ton soit donné.
Ton délicieux et effectivement Vigo-esque dans sa force de rébellion (Lebrac est un vibrant insurgé qui n'aurait pas départi dans la bande de Caussard, Colin, Tabard et Bruel) et qui ira jusqu'à embarrasser les distributeurs français (qui, s'ils auraient su (le box office, finalement) seraient peut-être venus ?) au point que c'est, après que Robert ait (déjà !) produit son film himself, avec les capitaux de l'américaine Warner que le film est diffusé.
Aujourd'hui intacte dans son intensité, sa drôlerie, son humanité (Trabaud et Richard apportent une discrète finesse à la caricature des adultes) et sa douce révolution, cette Guerre nous fait amèrement pleurer d'être orphelin d'un cinéaste comme Yves Robert et d'être livré en lieu et place aux mains décorativement télévisuelles des Barratier, Tirard et autres Zilbermann...
Yves Robert (1962)