24 juin 2011

Sucker Punch

id., 2011.
Conte de fée vaguement freudien et néanmoins post-Inception, qui comme tout ces films de genre un peu ambitieux, un peu démiurgiques, ces films-univers (le "vieux" Terry Gilliam à une extrémité, les "jeunes" Kelly, Nolan ou Aronofsky à l'autre, et au milieu tout le bruyant bataclan), noie le meilleur dans une incomparable laideur plastique (ou, selon où l'on se place, plombe d'un nébuleux sabir des fulgurances graphiques qui s'accommoderaient fort bien - paradoxe ! - de plus de gratuité),
et comme une poignée de choses récentes, prend pour (unique ?) moteur narratif les apports (bordéliques et platement chorégraphiques) de l'ère adulte du videogame - cf le bien plus fun Scott Pilgrim -, offre donc à nos émotions cinéphiles et à nos mirettes (qui en ont vu d'autres), malgré le fracassant et le pénible emballage (à côté les Charlie's Angels de McG c'est Intérieurs !)… pas grand chose de bien neuf (générosité et sincérité de l'entreprise ou pas !),

par Zack Snyder.

*****

Massacres dans le Train Fantôme

The Funhouse, 1981.
Slasher cinéphile (citations en pagaille*, de Whale et Browning à Hitch et Carpenter) un tantinet trop safe mais bien moins quelconque que les surnuméraires wagons du genre alors, et ce grâce à de vraies options plastiques (éclairages, cadres, optimisation jamais ramenarde du cinémascope, des tempos/durées et des espaces dramatiques (le labyrinthe /machinerie), travail du son**...), une évidente sincérité (fétichiste) pour l'univers*** et une pugnacité bienvenue dans l'application à ne pas (trop) se contenter ni de stéréotypes lapidaires ni de tropismes terrorisants,
par Tobe Hooper.

*****

* y compris "auto-" avec ce goût réitéré pour le freakisme familial.
** C'est d'ailleurs le premier film de major en dolby !
*** ni réduit ni pris pour argent comptant: nous avons paradoxalement bien affaire là
à de la peur de cinoche et pas de seule attraction foraine.

22 juin 2011

Il Etait une Fois en Amérique

Once Upon a Time in America, 1984.
Opéra mélancolique et mouvementé, fresque ample et humaine à la fois, intense, tempétueuse, mais surtout passablement métaphorique (c'est avant tout l'Hollywood perdu, warnerbroso-paramountien, qui est nostalgiquement retracé à travers le chef d'oeuvre, de Scarface au Parrain)*,
par Sergio Leone.

*****
* on y voit même une séquence archi-kubrickienne (l'hilarante séquence - musicale - "de la maternité") !



21 juin 2011

Pure Morning - Placebo/Nick Gordon

On n'a jamais tant parlé d'Henry Hathaway que depuis les Coen.

Le réalisateur des grands Noir avec Jimmie Stewart (Appelez Nord 777) ou - le pourtant fadasse - Victor Mature (Le Carrefour de la Mort) avant de jouer les déambulateurs de l'ouest pour le Duke (voir donc True Grit !), cultifié pour ses Cooperades (Les Trois Lanciers du Bengale, Peter Ibbetson) mais plus connu du public pour son cataractesque Marilyn (Niagara), devait réaliser, la même année que son Renard du Désert (il n'était pas rare que l'homme tournât deux, trois, voire quatre film par an !) une rareté avec la future Miss Ellie Ewing (in Dallas) Barbara Bel Geddes et la petite bombasse Debra Paget (remember ses minimales tenues dans les Lang indiens !). Mais offrant surtout, quelques mois avant Le Train Sifflera Trois Fois, un premier rôle cinématographique à l'alors hautement télévisuelle Grace Kelly.
Cette rareté (depuis: pas un DVD zone 2 à l'horizon !) avait pour titre 14 Heures.

Culte aujourd'hui à ces deux titres (Kelly et la faible visibilité), autant qu'à son dispositif (proto-larrycohenesque ?), 14 Heures ambitionnait effectivement de narrer les tourments d''un new-yorkais désespéré décidant de se balancer d'un building de Wall Street (détruit depuis). Le film traitant 92 minutes durant de la négociation avec un aimable policier pour qu'il ne saute en définitive pas.

Or, visiblement, il s'avère qu'au moment où il faut adjoindre un clip au premier single extrait de Without You I'm Nothing, deuxième album de Placebo, Brian Molko, l'androgyne leader, se souvient avoir vu, comme notre confrère EdisDead d'ailleurs, 14 Heures (et pas le premier Arme Fatale et son acid-jump inaugural ?). Vu et apprécié. Pure Morning pouvait donc exploiter une situation analogue, d'autant que le chanteur aimerait follement, what a coïncidence !, tourner un film dans lequel il se jette d'un immeuble !
Cet argument en tête, le groupe s'enquiert de trouver un réalisateur (pour changer un peu du fidèle des premières heures, Howard Greenhalgh*) en la personne de Nick Gordon dont il a aimé le récent travail (éminemment urbain et rythmique) pour le Paper Brown Dog de Roni Size/Reprazent.

L'affaire est vite entendue et le tournage (à côté de l'hôtel savoy à Londres et non aux USA comme l'induit les uniformes policiers et les logos du broadcsat news) se fait dans un temps record: deux jours.
Deux jours et pourtant Pure Morning apparaît comme le clip le plus "pro" du groupe, laisse supposer gros budget et planning au diapason.

A cela plusieurs raisons, pas toutes "cinématographiques" d'ailleurs et dont l'amélioration du son, de la production, de "l'effet Placebo" n'est pas la moindre (arrivée de loops, de samples, d'électronique). La récente notoriété du groupe et de son charismatique leader est aussi assez centrale dans cette soudaine mutation (amélioration ?) de la charte visuelle du trio. En effet, si les précédentes vidéos de Placebo mettaient en scène les trois membres à presque égalité (une poignée de secondes en plus pour le chanteur mais guère plus), Molko est ici et désormais mis en avant - Stefan Olsdal le bassiste suédois et Steve Hewitt, le batteur londonien, ne font plus qu'une lapidaire apparition à l'image (les deux jeunes hommes sont, en trois ou quatre plans fugaces, le visage plaqué sur le capot d'une voiture de police puis menottés et poussés à l'arrière de ladite auto).
Par "mis en avant" je manipule bien sûr l'euphémisme puisque, non content d'être l'unique personnage (romantiquement sacrificiel) du clip, Brian Molko s'avère même finalement une pure incarnation christique**, comme le prouve sans ambiguité l'issue-twist hautement messianique du film.

La rupture ne se joue cependant pas à l'occasion de ces seuls enjeux musicaux/commerciaux mais également parce que Pure Morning constitue le premier clip "narratif" de Placebo.
Comme chacun a pu en faire la déduction, en matière de vidéos musicales, si plusieurs courants philosophiques se donnent (voir/ne pas voir les musiciens à l'image, les voir ou non jouer et chanter la chanson illustrée, par exemple), celui opposant les films esthétisants, de "motifs" et d"ambiances", à ceux "à histoire" en est un parmi les plus réguliers être questionné lors de la pré-production.
Or Pure Morning, très scénarisé, rejoint bien la seconde espèce (et rompt ainsi avec les précédents films mettant le groupe en scène), propose une authentique situation, articule une indéniable séquence (très découpée), et donne à voir un micro-drame… sorte donc de concentré du 14 Heures. D'Hathaway. Dont je vous disais plus haut que.


La grammaire visuelle du clip est elle aussi des plus concentrées (une constante dans l'art clipesque) et fait multiplier les coupes et plans (au risque de faux raccords:un coup Molko est devant une fenêtre, un autre sur le toit !), les plongées et les contre- (déplaçant au besoin en de courts travellings la caméra pour décupler les vertigineux effets). On use également de ralentis (qui bouleverse la temporalité de l'action) et on varie les qualités d'images (via l'écran de télévision). Sans oublier de multiplier les symboles de manière subliminale (les multiples plans sur les pieds nus de Brian, les plans insistants sur les bandeaux "do not
cross", la contre-plongée sur Molko marchant sur la façade de l'immeuble dessinant une croix, ..., amplifient imperceptiblement la dimension christique de l'affaire).

Par ce film, Gordon et Molko exacerbent en outre l'imagerie gothic'n'gay qui deviendra la niche artistique de Placebo (le premier album et les premiers clips jouaient davantage - et plus largement ? - une carte SM (ou twisted) qu'ouvertement homo-érotique) et imposent un univers plastique fort qui assoira l'artwork majeur du groupe, relayé par des pochettes de disques hautement identifiables ***.

L'imagerie, la thématique même du clip de Pure Morning (et son traitement romantique/gothique) feront d'ailleurs rapidement des émules et on remarquera une prochaine inflation de building diving videos au lendemain du film de Nick Gordon (Embrace, Evanescence,... et les plus fréquentables Lamb). Lendemain qui se fera cependant sans le réalisateur puisque Placebo ne refera pas, malgré le succès et la résonance incontestables de ce clip, appel à lui ****.
Nick Gordon (1998)

Sources Photogrammes: Chilenito-Cosavarias

Le film 14 Heures chroniqué par Shangols.

* qui travaillera aussi pour les Pet Shop Boys, Sneaker Pimps, System of a Down, Muse,… et même Iron Maiden.

** de sa propre confession, Brian Molko ne "joua" pas vraiment son personnage lors du second jour de tournage: sa douloureuse apathie était simplement le fruit d'une gueule de bois sévère.

*** que réaliseront successivement Saul Fletcher et Mary Scanlon (Placebo), Corrine Day (Without You I'm Nothing et singles issus), Kevin Westenberg (Black Market Music), Héléna Berg et Jean-Baptiste Mondino (Sleeping with Ghosts et singles issus), Nadav Kander (Meds et la compilation de singles Once More a Feeling).
Curieusement, alors que l'imagerie du groupe semble pérenne et homogène, elle ne fut donc pas la responsabilité d'un seul "mentor" (contrairement à Anton Corbjin pour Depeche Mode) !

**** il demeure l'un des clips préférés du groupe et de Nick Gordon, dont les travaux ultérieurs ne seront cependant pas aussi notables (pour Starsailor, The Kooks, …)

17 juin 2011

Le Monstre du Train

Terror Train, 1980.
Balisé dans ses enjeux mythologiques (le souffre-douleur humilié vire au psycho-killer vengeur), ses motifs (quid du masque, ici roublardement favorisé par un bal costumé), sa topographie (au camp de vacances isolé est ici substitué un train, tout aussi compartimenté (ah ! ah !)) et même son casting (Jamie Lee Curtis, incontournable scream queen d'alors), ce qui pourrait n'être qu'un stab movie de plus suscite toutefois un intérêt réel de par la qualité renversante de sa photographie (John Ascott, qui filmait aussi Shining la même année !) et quelques malices de découpage et/ou de montage,
par Roger Spottiswoode.

*****


Le Récidiviste

Straight Time, 1978.
Pépite méconnue (Dustin est alors en pleine bourre et sa marathonienne filmo 4 étoiles d'alors masque un peu ce film plus modeste commercialement) que cette braqueuse chronique aussi réaliste que lyrique (façon grand récit américain 70's de petits faits), jamais simpliste ou hâtive mais volontiers émouvante (la love story impossible avec Teresa Russell est bluffante d'intensité retenue), soutenue par un casting remarquable (Stanton ! Emmet Walsh !), et, bien sûr, solidement désenchantée comme un Sidney Lumet de première classe,

par Ulu Grosbard.

*****

NB: on appréciera combien François Cluzet, à ses heures moustachues, se fait parfois le clône du présent Hoffman !

NB2: les collègues sont d'accord, suffit de lire leurs (toujours) pertinents avis !



16 juin 2011

Rob et Sheri Moon à Panic!

A l'occasion de la venue exceptionnelle
de Rob et Sheri Moon Zombie
à Panic! Cinema ce soir entre les soirs au Nouveau Latina,
retour (sans filet ni relecture) sur les deux films à l'honneur
lors de cette séance de grands malades:


house corpses

Si, au lieu de filmer son Tueurs Nés, Oliver Stone s’était attelé à un remake de Massacre à la Tronçonneuse… le résultat n’aurait pas été si loin de ce film-ci. Glauquissime, dégénéré et dérangeant, rock’n’roll et maniéré, voilà un métrage qui en scandaliserait plus d’un tant il manipule l’odieux et le révulsant avec une complaisance opiniâtre et hystérique. Seule distance peut-être, cette forme ambitieuse, clipesque et graphique, qui parfois allège le cauchemar malsain (mais l’amplifie aussi, en d’autres occasions !), car pour le reste la barbarie furieuse bat son plein et on se réjouit vite de n’avoir pas découvert ce film en salle obscure où il eut été rien moins qu' insoutenable. House of 1000 Corpses fait ainsi littéralement passer Jeepers Creepers ou Detour Mortel (et même le Texas Chainsaw’ 2004 pourtant sévère) et bon nombre d’autres épouvantes rednecks et ultra-contemporaines pour des Disney à princesses. Car si le prétexte scénaristique est proprement inexistant (des jeunes gens piégés par une famille de dingos), le visionnage de l’œuvre, est quant à lui salement déroutant…
Au point qu’il place ce film comme l’un des plus éprouvants qu’il m’est été donné de voir… Rien de moins.
Rob Zombie (2002)


devil's rejects

Peckinpah, Leone, Hooper et quelques autres fleurons late 60’s-early 70’s mis au service d’une redneckerie azimutée, bien révisés et le gars Rob peut crier son moteur ! au porte-voix. La cavale de sa famille de mass-murderers barges et consanguines (celle-là même du traumatisant House of the 1000 Corpses dont il est la sequel) aux trousses de laquelle un shérif vengeur et illuminé(William Forsythe, huge !) veut faire acte de nettoyage du mal, offre ainsi tous les motifs du cinéma pessimistement libertaire mis en lumière avec un goût immodérément formaliste, à la complaisance gourmandément graphique et référentielle (les repêchés Michael Hills Have Eyes Berryman et Ken Dawn of Dead Foree en attesteront s’il le faut).
Parfait prototype régressif du feel-bad-movie nourri de wilderness et de culture de la violence so US, le titre rompt véritablement avec le ton mis en place par l’oppressant épisode précédent pour verser dans une noire et désespérée fuite en avant, tendance Wild Bunch mâtinée de Bonnie & Clyde (on pense aussi beaucoup au NBK d’Oliver Stone), comme si Vanishing Point avait été un film de Wes Craven. L’effet est toutefois peut-être moins percutant, les ficelles davantage visibles…, l’impact moins immédiat en tout état de cause.
Reste un titre massif et immersif, salingue et déroutant, dérangeant et vicelard, qui s’enrichira vraisemblablement à chaque vision et gagnera avec les ans. La destinée des meilleurs ?
On s’en recause, voulez-vous ?
Rob Zombie (2005)

15 juin 2011

Solo pour une Blonde

The Girls Hunter, 1963.
Franche curiosité que de voir un personnage de fiction (mollement) incarné au cinéma par son propre auteur (un peu comme si Frédéric Dard s'était entiché de camper San Antonio à l'écran !) qui constitue l'unique raison solide de s'envoyer ce très premier degré (et très inégal*) petit polar aux enjeux rapidement anecdotiques, au rythme discutable (les morceaux de bravoure n'y sont ni légion ni d'envergure) et au triste déficit en catchy ou en charisme, exception faite peut-être de ses indéniables qualités cosmétiques (belle production design, photo soignée, jolie blonde fatale à bikini pigeonnant),

par Roy Rowland.

*****
* ah, Rowland n'est pas Aldrich:
on est bien loin d'
En Quatrième Vitesse...


NB: sortie ce jour du DVD chez Carlotta, la galette se voit flanquée d'un fort intéressant doc/entretien avec Spillane himself, réalisé en 91 par Christian Bauer.

Starship Troopers

id., 1997.
Jubilatoire jeu de massacre à l'ironie hargneuse, à la complaisance et l'outrance revigorantes, au casting testostéronement roboratif (Michael Ironside, Clancy Brown, rhaa lovely !), au patriotisme propagandiste US hystériquement brocardé (et, aussi, à la roublarde manipulation), au point de faire passer Robocop pour un épisode des Malheurs de Sophie, mais surtout authentique brûlot priapique aussi visionnaire qu'indispensable entre les deux guerres du Golfe tant il préssent les méthodes Bush Jr.,

par Paul Verhoeven.



*****

13 juin 2011

The Tree of Life

id., 2011.
Il y a, dans un Tree of Life, un film d'une heure-une heure quinze (celui qui débute après la calamiteuse "séquence de La Moldau de Smetana"*), qui n'est pas pour me déplaire. Qui répond à mon enclin clicheteux pour les fifties hopperiennes à greniers lynchiens. Qui m'émeut même, me renvoyant à mes expériences (fraternelles) et mes contradictions (familiales), et qui, malgré l'iconique passablement appuyé (l'est jolie et sacrificielle la môman, mais, justement, au bout d'un moment... on se lasse), me bouleverse assez.
Las !, ce film d'une heure-une heure quinze est lové dans deux -logues (pro et épi, bien sûr) flirtant avec l'infect cosmique le plus rédhibitoire au point de faire passer le final métaphysique de 2001 pour un scénario tropezien de Claude Mulot. Un préalable et conclusif trip beau comme un hors-série de Géo négligemment feuilleté dans la salle d'attente de son proctologue, aussi habité que possible (comparés à la présente élégie panthéisto-new age, Boorman et Herzog paraissent des cinéastes d'entreprise !), mais qui fait tout de même s'interroger sur l'idée que la quintessence d'un style, d'un genre, d'une patte, pourrait tout aussi bien (et sans doute mieux) s'appréhender par l'économie, le hiératisme même, plutôt que par la surenchère complaisante, l'inflation gratuite de symbolismes et de signes, et l'épanchement volontiers hémophile du grand n'importe nawak en mode harderbetterfasterstronger,

par Terrence Malick.

*****
* digne de publicité pour une compagnie d'assurance !

11 juin 2011

Chérie, Je Me Sens Rajeunir


Monkey Business, 1952.
Assurément un pas derrière l'impayable et Impossible Mr Bébé (pas revu dernièrement His Girl Friday pour établir le tiercé dans l'ordre), Howard Hawks' Monkey Business n'en demeure pas moins un fort joli morceau de comédie bigrement débridée et volontiers folle (surtout lors de son désopilant dernier quart). Le film entretient d'ailleurs une étrange relation avec son aîné (le paléontologue Huxley étant devenu Fulton le chimiste), faite de tricks-clins d'œil explicites (les deux hommes tentent de cacher les cuisses de « leur » femme, découvertes à leur insu) et de timing propre à la screwball.
Loufoque voire positivement hystérique, la farce semble cependant interroger en sous-texte, et de façon assez amère, ce que constitue, ce que pourrait être la matière de cette vieille antienne humaine philosophico-utopique de « la jeunesse retrouvée »: si le spectacle désinhibé peut se montrer vite hilarant, il est aussi évident que l'irresponsabilité la plus parfaite qui l'anime n'occasionne, au fond, que le plus navrant et absurde ridicule, des torts regrettables (faits à autrui), aux conséquences sinon dramatiques, au moins socialement préoccupantes (accidents de voiture, divorce, agressions): d'ailleurs fort moral, Fulton veut détruire séance tenante « the formula » dés après l'avoir expérimentée par lui-même et ne reconnaît aucun plaisir à posteriori (pas plus que ne le fera son épouse*); la morale reprend-elle là l'aval sur la liberté ou bien cette liberté est-elle objectivement reconnue comme décevante ?

On pourra toutefois concéder aux amateurs du verre à moitié plein, Hawks évoluant en équilibre sur un fil de chat bien malin, d'envisager un « message » radicalement inverse !
Manipulant donc au passage de séquences épileptiques et insolemment transgressives (le Code de la Motion Picture eut du mal à avaler la povocation) les thèmes de l'inhibition adulte, des codes sociaux transgressés (et de la sexualité réprimée ?), mais aussi de la futilité de la science (c'est un singe mimant les gestes des scientifiques qui arrive à produire le fol élixir !), le film offre en outre un premier rôle d'adorable idiote à une Marylin (aux punchlines les plus tordantes du film) faisant déjà sauter toutes le braguettes (« bizarrement » pas tant que ça celle de Cary... malgré sa parade de jeune coq tout fou, qui relève de tout sauf de la franche séduction) et l'occasion pour Grant et Rogers (vraiment surprenante !) de faire montre d'une largeur de gamme (un d'un certain courage d'acteur) proprement épatante, tendant le programme régressif des plus enthousiasmants (ah, le scalp d'Hank...!),
par Howard Hawks.
*****

* seul le vieil et ventripotent homme d'affaire Oxley
fantasme sur la découverte,
tandis que dans la "vraie vie" Grant était authentiquement
paniqué à l'idée de vieillir.

10 juin 2011

La Route

The Road, 2009.
Confondant souvent l'intensité et le pénible émotionnel (la performance christique/didactique de Mortensen, la sursignifiante - jusqu'à l'obscène ! - musique*, les fumeux flash-backs), confiant illusoirement au vain illustratif** les vertus de l'âme cinématographique (vanité que la peinture ne disait pas Momo ?), mais parvenant aussi à offrir une honnête (et résolument mélancolique) parabole sur la foi (et d'autres vétilles du genre le bien et le mal (are we the good guys ?)), un titre qui rejoindra seulement la congrue famille des blockbusters plus-intelligents-que-la-moyenne, type I Am a Legend, sans atteindre encore toutefois une ampleur (et une légitimité ?) véritablement satisfaisante,

par John Hillcoat.

*****

** certains ont d'ailleurs pu comparer, avec un à-propos parfait, le set design à des maps de FPS.



08 juin 2011

Ichi, la Femme Samouraï

Ichi., 2008.
Hésitant dans ses tonalités, discutable dans ses intentions (spin off/reboot de Zaïtochi ?), anachronique et superfétatoire dans son positionnement, maladroit dans son contemplatif (le tout n'est jamais qu'illustratif, belle foire aux chromos), ce film de gozes n'y voyant que couic, de sabres (et de shamisen pour pub Obao) à la laideur toute numérique, manque singulièrement - et un par un - tous les coches, excepté celui de l'ennui poli,

par Fumihiko Sori.

*****

NB: afin de nous contredire, se jeter sur les DVD et Blu Ray MEP Vidéo distribués par Opening.


06 juin 2011

Le Plein de Super

id., 1976.
Cassavetes on Nationale 7, road movie pour mâles bien paumés, double et socialisantes Valseuses en Giscardie désenchantée (quoique le titre interroge plus le déplacement des lignes des moeurs et de la famille post-68 que le climat véritablement politique)*, le tout parfois drôle et toujours touchant,
par Alain Cavalier.

*****

* on pourra penser aussi au Némès de Les Héros n'ont pas Froid aux Oreilles...

05 juin 2011

Retour Gagnant - à 30 ans de là: The French

Petite piqure de rappel à quelques minutes de la Finale RaFed
avec cette ancienne note tennistico-cinéphile:

De vieux messieurs avec des noms de fringues (ou l'inverse ?) - certains même qu'on a mousquetairisés. Des copines, Chris et Virginia, qui papotent et trouvent ceci et cela chic – mais l'argentine n'en peut plus de se faire sortir par la première (l'américaine lui plante ainsi cinq finales l'année précédent ce Roland 81 !). Le vieux (déjà !) Nastase qui fait le con, sans cesse (et déjà !), dans les vestiaires (avec son garde du corps), sur les exhibs mais aussi en plein tournoi, au risque d'agacer ses adversaires (le pauvre Teltscher, persuadé qu'on veut le « bousiller »). Noah, victorieux et héroïque face à Vilas dit son admiration pour Borg (« le martien » comme l'appelle Victor Pecci fraîchement éconduit). Mais aussi la colère spectaculaire (déjà !) de McEnroe (qui tente à maintes reprises de faire interrompre un match pour cause de pluie et de nuit tombante, mais Jacques Dorffman ne cède qu'en extreme limite), l'impassibilité princière de l'écrasant mais digne champion suédois (Björn va remporter là son sixième Roland Garros !) ou l'étrange contrôle d'image (enfin pas dentaire ni capillaire !) d'Ivan Lendl (dont ses collègues disent qu'il « a toujours l'air épuisé »), jeune tchèque plaisantant sur les moyens de s'enfuir de sa patrie communiste mais refusant d'être filmé torse nu !?...
... The French est l'occasion d'une fugace radiographie, d'instants volés mais précieux, de champions-enfants rassemblés pour un grand jeu (l'argent n'est évoqué que discrètement, circulant de la plus honteuse et triviale des manières: une confidence fortuite sur le financement lourd de démonstrations faussement bénévoles avec des petits gosses maniant raquette en bois contre champion suédois, ou encore cette joueuse payée en liquide, presque sous le manteau, à un obscur guichet, façon bookmaker taillé pour être braqué par Sterling Hayden !).
Des champions-enfants oui, car en 81, l'heure est, pour part, au renouvellement des effectifs: Noah, Lendl ont 21 ans, McEnroe 22 et le tennis français a de l'acné qui traîne (Leconte et Tulasne attrapent tout juste 18 ans !).
Certes Vilas, Connors et Nastase rééquilibrent la balance, tout comme Borg et Navratilova (25), mais c'est une gamine de 19 ans (la tchèque Mandlikova) qui dame le pion à la dame (Chris Evert, 27 ans), même si la championne américaine aura raison de la tchèque cette année-là sur tous les autres tournois du Grand Chelem.
Point de voix-off, guère de point de vue (entendons là, de didactisme), le film ne fait pas l'apanage de héros modernes, ni d'événements bigger than life... il offre, comme la pornographie d'alors (si ! si!), un projet à « hauteur d'homme », sans performances trop inhibantes* pour le spectateur ni culte peoplesque trop appuyé (alors que les fans étaient déjà légions et bien mordus), écartant ainsi l'obscénité et le sensationnel tout en montrant ce qu'on cache habituellement: l'ennui, l'attente, l'infantilisation (Borg n'ose pas offrir sa raquette à un ramasseur de balles sans l'autorisation de son coach !!) de ces grands enfants qu'étaient encore (avec ses fayots en survêt' et ses brats en Tachinni!) alors les grands champions.
William Klein (1982)

* y compris en termes d'organisation, d'un amateursime effarant !




The Fighter

id., 2010.
Nonobstant le convenu (dramaturgico-rédempteur) des trajectoires, le balisé des performances (Bale dans toute sa superbe), le roué du sound design (galvanisant mais si manipulateur), l'ambition sur-psychologisante et un peu vaine des diverse narrations (quid, par exemple, de "l'histoire de la mère" ?) et le post-westlerisme (et pour aronofskienne cause !) de l'affaire, rien moins que le meilleur, grâce à une frontalité, une intensité, une viscéralité et une générosité aussi revêches que bouleversantes, film de boxeurs depuis le Raging Bull de Scorsese (inévitable parrain tutélaire),

par David O.Russell.

*****


01 juin 2011

Je Suis un No Man's Land

id., 2010.
Le Beau Serge vs La Gueule Ouverte meets (improbablement ?) Un Jour Sans Fin, à l'occasion d'un portrait sensible, conte drôle et émouvant (évoquant aussi Demy et le Podalydès que Dieu seul voit), de l'homme en éternel enfant (aux yeux de tous, des siens compris) et qui complète la bouleversante trilogie régressive Katerinienne, amorcée avec Peau de Cochon et poursuivie par la pochette du dernier album du délicieux garçon,

par Thierry Jousse.

*****

Enthousiasme mariaqui diablement plus développé
sur KINOK !!