Naissance de l'Indépendance (par la bande)

Lorsque les gars Jourd’hui et Mitchell firent diffuser par FR3 la version relief (on pouvait se munir de fameuses lunettes bicolores auprès des Maisons de Presse) de L’Etrange Créature du Lac Noir (Arnold, 1954)*, mon frère et moi préférâmes la soirée concoctée par Antenne 2 qui repassait, déjà royale, Les Bidasses en Folie (Zidi, 1971).

Le lendemain, ce fut non sans une certaine ostentation, un rien supérieure mais fichtrement incomprise par la plèbe en K-Way (d'aucuns, la morve au nez, nous qualifièrent de "ringards" (ou d'équivalent réthorique plus en cours à l'époque), que nous nous pavanâmes dans la cour de récré, fiers de notre indépendance intellectuelle.
Une jourdaine attitude altercinéphile qui ne manquerait pas de bientôt nous définir et, par la même et de loin en loin, de nous jouer des tours...

* on y reviendra en novembre prochain !

Anthropophagous

id., 1979.
Famousserie gore/bis célèbre pour ses (éparses mais efficaces) outrances foetuso-viscérales, que cette œuvre aussi opportuniste (car bien sûr, ça plagie sévère !) et cousue d'intestins rouges, mais que transcendent toutefois un authentique malsain (hellène d'avant la dette), une ambiance ouvertement crapoteuse et dégénérée, issus de la farouche volonté d'un homme (George Eastman, acteur, scénariste et producteur du film) décidé à peser alors de toutes ses entrailles sur une époque et un genre (complaisante intention atteinte (?) par des manières au salingue diapason (!)) et se faire, de la sorte, plus Fulcien que Fulci lui-même !,
par Joe d'Amato.

Viens chez Moi, J'Habite chez une Copine

id., 1981.
Buddy Movie à la française, caféthéâtro-bédéphile, dont la recette (ingrédients, ustensiles et cuisiniers) ne finira pas, une décennie durant, de se voir épuisée,
par Patrice Leconte.

Short Circuit

id., 1986.
Tout à la fois d'un opportunisme post-ET éhonté et indubitable source visuelle pour le robot pixaro-écolo que fut, depuis, Wall-E, ce pur produit Amblin-like (les modus d'apprentissages (junk culture, comics & TV en tête) sont ceux de l'alien/padaung de Spielberg ou du Gizmo de Columbus/Dante) évoquant -plus que travaillant vraiment- les thèmes de l'intelligence artificielle et de l'auto-apprentissage, se voit tôt plombé par une dynamique familiale de comédie déterministe* (punchlines épuisantes, caractérisations pénibles** et acting au diapason***) et une dramaturgie quasi simpliste que naïve, débarrassée de toute gravité ou noirceur (économie que ne faisait pas WarGames !)...
par John Badham.

* l'usage dune part du casting de Police Academy
illustrant cette chiante réalité.

** seul le personnage du patron de la société d'engeneering offre
un tant soit peu d’ambiguïté dans ses motivations et réactions.


NB: film présenté ce soir 21 heures par Dominique Séguéla, ingénieur CNES, à La Cinémathèque de Toulouse dans le cadre de la programmation bimestrielle L'Odyssée de l'Espace.

Marée Nocturne

Night Tide, 1961.
L'amateur sagace (qualité essentielle à icelui, sans quoi à quoi bon se prétendre amateur ?) ne manquera pas de renifler les influences à divers titres des sieurs Lewton (des allures ouvertement catpipoleuses derrière le propos mermaidesque) et Corman (de l'économie à la citation finale (Poe, of course) en passant par le traitement cheapy/indie*) et de, faute de mieux, s'en satisfaire. L'esthète, bienheureux, appréciera quant à lui en supplément une mise en forme (et un contexte post-Browning) qui pourra évoquer (pourquoi pas ?) la psyché de Herk Harvey, tant le contexte beachy/fairground qui nimbe la chose préfigure (en moins gothique toutefois) le contexte de Carnival of Souls...,
par Curtis Harrington.


* on remarquera combien l'affiche originale,
proposait un artwork proche des manières au Roger !


Capitaine Kidd

Captain Kidd, 1945.
Ne seraient ces dernières minutes, expéditives, quasi-elliptiques (au point qu'on croit une bobine égarée !), désappointantes à dire vrai, cet ultime film du réalisateur de La Tour de Londres et du réputé Fils de Frankenstein (si, si !), brille longtemps par son casting certes (quoique Scott soit un peu vieux pour le rôle) mais surtout par la modernité régulière de la mise en scène et l'audace de sa manière: une sorte de film de pirates à l'envers, une façon de négatif au swashbuckler (la piraterie est ici affaire d'escroquerie et d'abus de confiance, rarement d'assauts le coutelas entre les dents).
Cela en fait, de fait, plus qu'une curiosité.
par Rowland V.Lee.



Curiosité que Wild Side Vidéo peut satisfaire
puisque la rareté fait partie de
la nouvelle salve des Vintage Classics
à sortir le 25 janvier !

La Mouche Noire

The Fly, 1958.
Faible préalable (quoiqu'absolument fidèle à l'excitante nouvelle de George Langelaan) à la réappropriation de Cronenberg, cette mise en boîte (toile ?) d'un savant frappé de god syndrome, pour efficace qu'elle est sur le papier, ne manque pas de se montrer à la fois corsetée et exagérément dirigiste à l'écran.
La belle photo et les amples mouvements d'appareils de Karl Struss (chef op' de Chaplin sur Le Dictateur ou Les Feux de la Rampe) ne suffisent pas à faire vibrer une trame trop rigide et pas assez allégorique (du récit, du récit et encore du récit !)**, qui l'isole du coup (malgré sa notoriété demeurée) des grandes réussites de la SF 50's métaphorique (on n'est pas chez Wise, Arnold ou Siegel, ni même Wolf Rilla), en dépit des recours et modus communs (science pointée du doigt, rapports d'échelle, horrible entomologie, effets spéciaux*...) et l'impactant indéniable de son propos,
par Kurt Neumann.

* joli point d'orgue de "la vision kaléidoscopique" !

** ni à produire véritablement du cinéma.

La Mouche

The Fly, 1986.
Suite de la reprise des invitations mariaquesques et l'incontournable, l'indéfectible, l'indispensable Sonic Eric (les blogs du bonhomme ici et ) pour prendre aujourd'hui la plume à notre place. L'objet du délit ? Le fort et légitime culte The Fly, de Cronenberg, premier alors d'entre les titres du canadien à intéresser hors ghetto du "Genre". Nous étions en 1987, voilà 25 ans: plus que 13 années avant que David ne préside le Festival de Cannes et que chacun de ses films soit discuté comme un Eastwood !
So, let's go Sonic: fly me to the Mouche !

Comme l’admet Stuart Cornfeld, le producteur de La mouche dans les suppléments de l’édition DVD, ce qu’il y a de fascinant dans le travail de Cronenberg sur ce film, c’est la façon dont progressivement, insensiblement, le protagoniste (le savant Seth Brundle) devient l’antagoniste (l’insecte destructeur), perturbant en profondeur les schémas narratifs habituels.
Dans la première adaptation de la nouvelle de George Langelaan par Kurt Neumann (1958), le savant était relégué au second plan et le spectateur devait se contenter du point de vue de sa femme, une parfaite femme d’intérieur, dépourvue d’aspérités. Et c’était très frustrant d’autant que les expériences menées par son scientifique de mari aboutissaient à un dédoublement guère convaincant (une grosse tête de mouche sur un corps d’homme et un visage d’homme greffé sur un corps d’insecte). En refusant la métamorphose (mais la censure ne l’aurait sans doute pas permise), le scénario se privait de tout potentiel anxiogène, potentiel que Cronenberg presque trente ans plus tard saurait formidablement exploiter.
Même si, à l’adolescence, le cinéaste canadien éprouvait beaucoup d’intérêt pour les invertébrés, on sent bien que ce qui le passionne ici, ce n’est pas l’insecte mais les mutations du corps de Seth, métaphore de toutes les dégénérescences (la maladie comme le vieillissement) mais aussi vecteurs de renaissance (Après sa téléportation, Seth voit sa force sexuelle décupler et la fatigue disparaître). Cronenberg traite avant tout de l’humain, de l’amour humain jusque dans ses aspects les plus angoissants (« m’aimeras-tu encore à l’état de larve ? ») et j’aime à voir dans l’acte final de Veronica comme un geste d’euthanasie pour mettre fin aux souffrances de son amant mutant.
Dans une scène qui fut coupée au montage, Seth s’acharnait à l’aide d’un tuyau en acier sur le fruit d’une expérience ratée, une créature hybride, mi-chat, mi-babouin. Stuart Cornfeld incita Cronenberg à retirer cette scène pour ne pas que le public se détourne définitivement du personnage de Seth. On peut regretter cette mutilation tant elle s’insérait parfaitement dans le projet de l’auteur de Faux Semblants de dessiner une figure de scientifique dans la lignée du docteur Jekyll plus que de Louis Pasteur.
En l’état, le film demeure un époustouflant chef d’œuvre, défiant le bon goût (le film reste à déconseiller aux femmes enceintes), pour mieux saisir ce qui fait notre destin commun, ce combat perdu d’avance pour rester humain jusqu’au bout,
par David Cronenberg.

La Dernière Séance #1: Le Corsaire Rouge (1952) / Bandido Caballero (1956)

The Crimson Pirate, 1952.
Sur-pirate movie, renvoyant tous les ambitieux en -ski (Polan-, Verbin-) à leur bateau Playmobil, tant la chose s'impose comme un modèle indépassable de fantaisie, de rythme, de charme*, de cartoonerie acrobate et transformiste, ayant indubitablement inspiré les plus soiffards en trépidants dépaysements bigger than life (Gilliam et son Munchhau' en tête !),

par Robert Siodmak.


* et ce en dépit d'un amalgame entre la coquetterie et la classe (sic George Abitbol, l'homme le plus casse du monde).


Bandido, 1956.
C'est avec la plus parfaite outrecuidance que nous nous permettons de reprendre les mots de l'indispensable ouéstèrniste Tepepa que le bougre agença il y a quelques temps sur son blog éponyme pour évoquer cette rareté zapatiste:


Dix ans avant Damiano Damiani, Richard Fleischer nous fait découvrir le Mexique révolutionnaire, avec son armée de gris vêtue qui se fait tailler en pièces, ses péons hurlants qui tombent comme des mouches, les révolutionnaires guerilleros bardés de cartouchières, les automobiles primitives et sa course au trésor, bien qu’ici c’est d’une chasse au dépôt d’armes qu’il s’agit. Le duo entre l’occidental arriviste et le Mexicain révolutionnaire est déjà là aussi, bien que le mexicain joué par Gilbert Roland ne suive pas la pente initiatique vers la révélation sociale que suivront ses successeurs italo-cubains. Robert Mitchum, par contre, avec son flegme et son absence de scrupules, préfigure bien la ribambelle de pingouins polako-finlandais qui déferleront sur le territoire du Mexique Spaghetti dans les années soixante, mais western américain oblige, c’est la femme (Ursulla Thiess) qui lui donnera une leçon d’humanité, et non pas le rustre indigène local. On est tout surpris également de trouver un Mexique verdoyant et varié (le film a bel et bien été tourné au Mexique selon imdb), à mille lieues des cailloux désertiques d’Almeria, mais aussi des gorges épineuses de Peckinpah. La mer au Mexique ? Mais oui, c’est possible. Des marais poisseux ? Mais oui, aussi !
Si le film aura alors un incontestable attrait pour les amateurs de western zapata, il n’en reste pas moins agréable à suivre pour le commun des mortels, avec des moyens, des grenades, du second degré et une lisibilité limitée des intentions du héros. Mitchum est bien, sans flingue et sans chapeau, Gilbert Roland un peu moins convaincant, en révolutionnaire presque intellectuel,
par Richard Fleischer.




Pépites diffusées lors du tout premier volet éfertroisien de la madeleine "genresque"  
La Dernière Séance de Mitchell et Jourd'hui (et Brion aussi !), 
dont nous rendrons compte mensuellement, et à trente ans d'écart.

Talk Radio

id., 1988.
Fruit indiscutable de deux pans de la psyché entertaineuse de l'Amérique que sont le film deejayesque d'un côté et le biopic de sulfureux stand-upers de l'autre*. Ainsi le shaker se verra ici rempli principalement de Play Misty For Me et de Lenny mais ne fera pas oublier quelques autres titres qu'il rejoint ou préfigure (Fog, Fisher King, Man on the Moon, Franc-Parler, Parties Intimes, Pontypool...).
Quoique brillamment mis en forme et solidement interprété, le titre demeurera, en plus qu'inégal (un tiers central flashbackeux assez faible), bien sûr moralement, éthiquement confus.
Ainsi si le portrait d'un homme qui se noie dans son désenchantement, sa colère, sa misanthropie et son incapacité à vraiment communiquer semble fonctionner, les résonances sociétales dont Stone et Bogosian font par ailleurs un bruyant étalage (pour peu qu'elles soient exactes et un juste reflet de la redneckerie US) n'est que provocation facile et vaine, faute de point de vue et de perspective.
Si l'animateur radio est cohérent avec son nihilisme, qu'en est-il en effet de son entourage ? Pourquoi son patron se satisfait-il de ces émissions putassières* (Baldwin répète sans cesse de ne pas "trop" en faire mais se rengorge à coups de "great !" du "trop" commis chaque soir) et une major souhaite-t-elle le diffuser à grande échelle ? Qu'est-ce que cela nous dit des médias ? du monde ? Rien que les auteurs ne supposent, n'ambitionnent sans doute, ivres de leur propre et noire virtuosité et fascinés par le (facile) gueuloir radiophonique qu'ils ont engendré...
par Oliver Stone.

* il en est littéralement la fusion puisqu'inspiré d'un spectacle de stand-up d'Eric Bogosian
et de la bio de l'animateur Alan Berg, assassiné par un auditeur en 1984 !

** alors que l'alibi Lelay-sien de la publicité est ici littéralement absent.


- le film, raréfié depuis 1988,
sort chez Carlotta et devrait alimenter un fougueux débat autour de lui -


Naissance de la Projection (par le fantasme sonore)


C’est sans en avoir vu la moindre image alors que mon frère et moi jouions et rejouions sans cesse la séquence dite du Football Fight de Flash Gordon (Hodges, 1980), inspirés en cela par la face B, peu musicale mais pleine d’évocations, du 45t de Queen Flash : un vague pugilat d’une minute et vingt-huit secondes (bien plus hystérique que la véritable pantalonnade à la colorimétrie hypertrophiée qu'elle illustrait en réalité...).

Le Tueur du Vendredi - Vendredi 13 #2

Friday the 13th - Part 2, 1981.
Il s'agira bien de ne pas perdre de vue la perspective lorsque d'aucuns vous affirmeront, et parmi eux moi, que ce second opus de la licence bientôt hockeyeusement masquée (ce n'est point encore le cas ici, le visuel ne se trouvant que dans la livraison suivante) constitue le meilleur segment de la piètre saga.
Si l'argument demeure toujours aussi lapidaire, le traitement des personnages pareillement expéditif, l'allégeance à La Baie Sanglante de Bava plus que jamais prégnant (ici des modus homicides sont même repris tel quel !) et le tout passablement stupide, force est de distinguer pour ce coup-ci une gestion du tempo, de l'espace et de la résistance plus inhabituelles... et bienvenues.
Ce mol enthousiasme posé, rien de bien neuf sous la hache (engluée par ailleurs encore dans la construction hasardeuse de sa propre mythologie),
par Steve Miner.

Mad Max


Symphonie virtuose, épique et dégénérée, ouéstèrne post-moderne et suprêmement décadent (la scène des "bad guys at the station" a tout de High Noon ou de Sergio Leone), hymne frénétique à la vitesse (hypnotiques rubans d'asphalte), sauvage, fétichisant (cuir, sueurs, cicatrices, cylindrées et tôles froissées, le tout avant Cronie), anticipation déjantée (il faut voir le commissariat du MFP et ses flics-voyous déglingués), hiératique et revancharde (du ouéstèrne que j’vous dit, de Liberty Valance à Unforgiven !)... une date assurément (même si c’est le 2ème volet, post nuke, qui alimenta 20 ans de clônes latins…) !
Vision apocalyptique, cheapos et no future, magnétique (pas si éloignée de celle du Big Apple fracassé de New-York 1997), méchamment filmée, c’est l’occasion d’une des ouvertures les plus catchy et estomaquante du ciné d’alors (la poursuite du Knightrider), d’une poignée de scènes traumatisantes (l’agression collective de la minute 25, celle de la famille de Max, Goose le motard passé au barbecue…) et de quelques autres distillant une angoisse de correcte ampleur (la traque forestière (cousine consanguine de Delivrance ?) précédant la mise à mort du bébé de Jessie (elle survivant tout juste) me terrifia, en son temps).

Joué assez approximativement (malgré l’hallucinée Tondeuse, sorte de Benny Hill psychopathe), ce qui renforce le malaise ambiant, mais filmé avec une rare intensité, le film, nerveux et complaisamment sadique, idéologiquement douteux (tout ça est bien réac’ !), est soutenu en outre par une partition orchestrale classique et baroque à la fois de Brian May (très Herrmann-Rozsa-Waxman) qui renforce le climat difficilement soutenable de la chose, authentique concentré de chocs, pépite odieuse et inouïe, scandaleux chef-d’œuvre patenté… film-monstre, culte et éminemment formateur.


id., 1979/Australie - George Miller

La Guerre des Mondes

War of the Worlds, 2005.

Le postulat scénaristique d’abandonner les procédés omniscients et chorals pourtant coutumiers du genre (voir encore les récentes Emmericheries !) et de laisser là même la vision des puissants « dépanneurs » (Etat, Armée, Scientifiques, Presse) au profit du prisme réduit d’un pauvre mec (anti-héros autant que peut l’être Cruise, ne poussons pas trop quand même !), d’un citoyen lambda ignorant tout de ce qui se passe et qui tente de fuir est la force vive, l’intérêt principal de cette relecture Wellsienne. Les effets spéciaux, volontiers bluffants aussi, mais c’est la forme du récit qui tient le film en haleine, nourrissant sa paranoïa paradoxalement naïve et post-09.11.

Ainsi peu de séquences, pourtant impressionnantes, ne se détachent du corpus (à condition qu’elles ne soient pas exagérément référentielles, comme la scène de la cave, clin d’œil proche du TOC à Jurassic Park et Minority Report en un seul coup de caméra) ou bien sont-elles exclusivement celles presque dépourvues d’envahisseurs (la foule en panique attaquant la bagnole de Cruise), mettant en scène la furie aveugle de l’homme affolé, aux repères égarés.

Sorte de négatif de CE3K (comme Poltergeist était celui d’ET), ce film est surtout une oeuvre adulte (le vilain mot !), pleine encore des petites affaires de Steven (la famille décomposée, par exemple*) mais débarrassée à jamais de la légèreté 70’s au profit de la noirceur des années de l’après barbecue Ben-Ladesque,
par Steven Spielberg.

* les diverses thématiques seront sans doute évoquées par Clément Safra,
auteur du Dictionnaire Spielberg récemment publié par Vendemiaire,
lors de la présentation qu'il fera ce soir du film à La Cinémathèque de Toulouse,
dans le cadre du cycle Fin du Monde ?

French Connection

id., 1971.
Formellement jusqu'au-boutiste et en plein dans le renouveau du film policier (Popeye Doyle, quoique plus humain et réaliste, est aussi peu "aimable" que Dirty Harry) que creusera des types genre Lumet, FC est aussi peu glamour qu'il est diablement immersif et foutument désenchanté. Immersif jusqu'à l'inconfort, désenchanté jusqu'à plus loin encore.
Le heurté de la prise de vues*, le confus du montage et l'opaque parfois de la progression narrative**, aussi peu souples soient-ils, sont évidemment tout au service du projet et offrent un supplément d'âme, un diapason valide et indiscutable au sujet.
Ce qui demeurera plus sujet à débat, c'est la sincérité de l'entreprise. Sensation décuplée à 40 ans de là: aujourd'hui "machin" que le culte (et le temps) a un peu dépossédé de ses qualités d'alors (et déformé au profit d'épinaleries cinégéniques) French Connection, aussi iconoclaste apparaît-il sent (un peu, parfois) le "procédé",
par William Friedkin.

* tandis que les acteurs ont répétés scrupuleusement leurs déplacements,
le caméraman en ignorait tout et devait les suivre "au feeling".

** de très nombreuses séquences (fin comprise) ont été écartées au montage,
creusant pourtant la personnalité de Popeye.

Le Clan des Siciliens


id., 1969.
Frenchy blockbuster à la papa, tout en DS et DC-8, ce sommet solide de la filmographie d'Henri Verneuil vaut évidemment plus pour sa Ste Trinité et ses deux scènes d'anthologie (l'évasion à la René la Canne d'un panier à salade et le détournement sur autoroute en construction du vol Paris-NY) que pour la franche intensité de son récit (assez ba(na?)lisé), mêlant assez artificellement deux enjeux (un duel Le Goff-Sartet (sous-exploité, mais Verneuil n'est pas Melville) et un caper movie Mélodie en Sous Sol-like) ou de ses ressorts psychologiques (on notera cependant que les femmes sont un tout petit peu plus creusées (la non-sicilienne Jeanne par exemple) que les flingueurs, fumants ou pas).
Restent des séquences fort bien filmées (toutes les scènes dans l'entreprise de flippers Malanese) par Henri Decaë, une BO au poil d'Ennio et une ambiance early-70's emballante (mais pas autant que dans Dernier Domicile Connu ou Le Grand Blond).
Et puis cet inévitable petit côté rassurant du dimanche soir...,
par Henri Verneuil.

Lee H.Katzin: Cosmos 1999 #1-01


Lee H.Katzin a tout du besogneux routard de la TV series, que des velléités cinématographiques n'écarteront pas longtemps de son destin tout hertzien.

Ses classes faites à l'orée des 60's avec Le Proscrit (après de l'assistanat sur le fouetteux plateau de Rawhide), on le retrouve, du générique des Mystères de l'Ouest à celui de MacGyver, dans tout ce qui fit ou presque pétarader le petit écran (CHIPS inclus !).

Signant une douzaine d'épisodes de Mission: Impossible (en 67-68), il retrouve huit ans plus tard les acteurs (et épousés) Martin Landau et Barbara Bain lors de cet inaugural épisode de Cosmos 1999, le fugace projet Kubricko-StarTrekien des Anderson (créateurs par ailleurs des marionnettisantes Sentinelles de l'Air).

Ce faisant l'homme revient en fait (penaud ?) d'une brève expérience cinématographique qui l'a vu apposer son nom à de disparates productions (l'Aldrichienne interrogation: Qu'est-il Arrivé à Tante Alice ?, la Premingerienne Salzburg Connection (avec Anna Karina et Udo Kier)) au sein desquelles ne brillera à vrai dire (quoique l'affaire fut un bide !) que l'interminable publicité pour les cultissimes montres Tag Heuer (sur laquelle il n'atterrit qu'après la démission de John Sturges) que constitue le surmacouinien Le Mans.


C'est en toute humilité donc qu'il signe l'épisode 1 de la saison 1 de Cosmos 1999 (il en fera autant avec L'Homme de l'Atlantide), qui voit l'échec retentissant du Commandant Koening, un 13 septembre, à éviter une catastrophe nucléaire aux conséquences peu banales: la Lune rompt son orbite avec la Terre et s'en va errer dans l'Espace, par delà même notre si familier système solaire !
Ne pouvant compter sur l'aide du Dr John Robinson ni sur celle Commandant Kirk (pris dans leur propres errantes galères), "l'équipage" de la base Alpha (311 pyjamas à zip sur l'épaule) n'a plus qu'à se débrouiller seul.

Enfin, presque seul puisque cette errance se fera, tout au long de 48 épisodes, sous l'oeil implacable de différents réalisateurs ayant eu maille à partir aussi (et avec des fortunes toutes aussi contrariées), avec le cinoche qu'on aime:
l'edgarriceburroughile Kevin Connor mais aussi Peter Medak (L'Enfant du Diable), Charles Crichton (Un Poisson Nommé Wanda)... ou le recommandablement Hammerien Val Guest (Quatermass !).




A lire sur Le Mans.


Peggy Sue s'est Mariée

Peggy Sue Got Married, 1986.
C'est sans doute le vain et autosatisfait -quoique pugnace !- enclin critique qui, avec le temps, fit coïncider les thématiques Copolesques avec cette fadasserie time-traveleuse, patente sous-Back to the Future (même si le script est, dit-on, antérieur au Zemeckis à DeLorean), histoire de dessiner aux forceps les contours d'une oeuvre cohérente et circonscrite.
Il n'y a pourtant que peu à retenir de cette bluette anachronique (jusque dans le casting, passablement trop âgé !), tout juste une certaine et capra-esque mélancolie (qui tourne toutefois au moralisme... démoralisant) et les premiers pas de certains "futurs": Cage pas encore Sailor et Carrey anté-maské...
Le reste est, malgré un féminisme recherché (mais finalement bien tiède), absolument dispensable,
par Francis Coppola.

Happy Birthday

Happy Birthday to Me, 1981.
Lorsque - masochistement - l'on se penche sur le courant du slasher late 70's/early 80's, on ne manque rarement d'entendre (et parfois d'abonder en un même sens) que tel et tel film se distinguent toutefois de la masse opportuniste qui s'entassait alors sur les écrans, au lendemain des succès inégalement justifiés d'Halloween et de Vendredi 13. Au point qu'à force même, cette "masse" n'en semble plus une puisque chaque titre offrirait son "particularisme" salvateur.
Après Le Monstre du Train, épargné par quelques effets de manche et l'incomparable merveille psychokilleuse de Vernon Zimmerman, Happy Birthday est donc parfois considéré comme "au dessus de ce légendaire tout venant", de par une réalisation soignée et une ambition inhabituelle, au ludique noirissime quoiqu'englué dans ses modèles (Hitch and Carpenter rules !).
Autant whodunit, giallo que simple slasher teenagerocide, cette sanglante campusserie assez friquée (un budget dix fois supérieur à ses modèles) s'entiche ainsi de brasser plus de thèmes qu'à l'accoutumée mais s'avèrera, du coup, par trop éprise d'esprit de sérieux et tristement coupable de contre-productivité plastique (la belle séquence d'ouverture n'offre pas de lendemain par excès de sujet... et la finale, par surenchère de twists et de tiroirs, ne manque ainsi pas de susciter la circonspection la plus désarmée !),
par Jack Lee Thompson.

NB: le titre permet en outre l'occasion non négligeable pour l'amateur foutraque de voir Mary Ingalls offrir un comportement pour le moins anti-petite maison dans la prairie (tandis que Glenn Ford et le réalisateur cachetonnent allègrement !) !

Melancholia

id., 2011.
Festen meets Armaggedon sous les yeux impuissants de Jack Bauer ?
La vraie claque (plastique, mystique, ...) de 2011* n'aura pas été, malgré les vrais et prégnants efforts de chacun, almodovarienne, hazanaviciesque ou (au hasard) malickeuse.
Non, elle nous aura été donnée par un réalisateur dont seul le cinéma est (bienheureusement et décidément) toujours plus grand que la gueule...
par Lars von Trier.

* pourtant belle année de cinoche, nan ?

Le Mouton Enragé

id., 1974.
A la fois théorique et charnel, plus désenchanté (cruel ?) que cynique, davantage grisant qu’il n’est véritablement élégant, le marivaudage 70’s de Deville, certes inégal (les 20 dernières minutes, cousues de fil blanc n’amusent soudainement plus), offre toutefois un bien beau - et lapidairement classique - polaroïd conceptuel des intrigues sexe-politique-presse- en même temps que deux-trois portraits bien sentis (le marionnettiste omnipotent et impuissant à la fois que campe fort bien JP Cassel (un metteur en scène ?), du fond de sa brasserie, fiches en main, mais aussi Roberte, la victime collatérale donnée par une Romy Schneider aussi intense que chez Sautet, Birkin, troublante et insaisissable complice ingénue, et surtout la marionnette désincarnée mais consentante que joue Trintignant, impec’).

Le tout est très XVIIIème (siècle pas arrondissement !), existentiel et (un brin) poétique, ce qui n’est pas une surprise chez Deville, et s’avère longtemps plaisant, malgré le confus écheveau de péripéties fantasmatiques et d’influences tissé, car ménageant tragique larvé et ironie ébouriffante (je veux être riche et coucher avec plein de femmes), acide goguenard (A part les films pornos, le cinéma occidental n’a aucune raison d’être) et chaleur poignante (les scènes d’alcôve de Romy)…

Un beau spécimen de libertinage moderne, moqueur et doux-amer, réussi.,
par Michel Deville.

Naissance de la Résistance (par l'escalier)

Par interdit parental nous ne vîmes tout d’abord pas, mon frère et moi, Rollerball (Jewison, 1975) lorsque la télévision française le diffusa. Ce qui fit monter en nous la notion de culte pour ce prétendu concentré d’ultraviolence, qui s’avéra finalement bien plus étonnant dans ces instants hors-sport (l’anticipation sociale et politique étant tout aussi intrigante que celle de Soleil Vert (Fleischer, 1973) ou même de L’Age de Cristal (Anderson, 1976)), quand nous le dégustâmes enfin.
Nous parvînmes néanmoins à l’époque à en apercevoir quelques images motorisées, à l’insu de notre père qui, lui, n’hésita pas à s’envoyer sa dose de testostérone orangée.

Jo-na-than ! Jo-na-than !